75 minutes BTS « Cette part de rêve que chacun porte en soi… » La science, entre rêve et cauchemar

75_minutes_gabarit_2014

Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2 
Cette part de rêve que chacun porte en soi…


Problématique de ce « 75 Minutes » : la science, entre rêve et cauchemar

mots clés : Science ; cauchemar scientifique ; mythe du savant fou ; folie prométhéenne ; rêve et mythe

Le credo scientiste, qui se développera à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, ne cessera d’alimenter la littérature qui revendiquera, à l’instar du naturalisme, son caractère « expérimental ». Parallèlement, les travaux de Freud sur le rêve (L’Interprétation des rêves, 1899) et le développement de la psychanalyse vont également considérablement modifier le rapport de l’homme à lui-même et alimenter l’imaginaire des écrivains occidentaux qui ne cesseront d’être fascinés par le côté obscur de l’âme humaine. 

C’est dans ce contexte que L’Étrange cas du Dr Jekyll et M. Hyde, publié en 1886 par Robert Louis Stevenson, relate avec brio le face-à-face de Jekyll et de son double, représentatif du combat entre le Bien et le Mal : le double incarnant tout à la fois la conscience morale et les mauvais penchants de l’individu. Ce qui est intéressant dans ce récit, c’est aussi la façon dont il semble annoncer le débat sur le moi et le rêve, si important avec la découverte quelques années plus tard de l’inconscient par Freud.

Ce type de personnages prométhéens, mêlant grandeur et perversion, rêve et cauchemar, nous ramène évidemment au Faust de Goethe (1827), véritable coup d’envoi du romantisme noir et du mythe de l’expérimentateur démoniaque qui s’enferme dans son laboratoire pour y créer une vie artificielle¹. Outre qu’il nous fait replonger dans le climat de décadence propre au pessimisme fin de siècle, l’ouvrage suggère également l’angoisse de l’affaiblissement biologique, de la dégénérescence et de la décadence, qui alimentera vers la fin du du XIXe siècle nombre de thèses se réclamant de l’eugénisme².

Mais c’est sans doute Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818), créé par Mary Shelley (1797-1851), qui apparaît comme une œuvre fascinante à plus d’un titre, : « Né d’un cauchemar, [Frankenstein de Mary Shelley] continue de faire rêver. L’absence de clôture du roman qui ne rapporte pas la mort du monstre résolu de s’immoler par le feu sur son radeau de glace ne peut que postuler une suite, mettre en mouvement l’imagination […]. Si un mythe est bien une parole et des images qui entrent dans un rapport étroit avec le sacré, le roman de Mary Shelley, si prolixe en discours et si riche en images, représente bien le mythe originel du savant fou »³.

Comme il a été très justement écrit : « Grâce à la science et à la technologie, l’Homme domine la nature. Il a réalisé le rêve de Prométhée : il a dérobé le feu du ciel. Il a appris à fabriquer des golems, des robots à son service. Il contrôle le vivant, le reproduit, en mieux, et défie la mort. Mais sait-il conjurer la malédiction qui pèse sur Frankenstein ? » [Source]

Comme vous le voyez,  le mythe du savant fou, cher à la littérature fantastique et à la science-fiction, parce qu’il amène à une réflexion originale sur le rêve, oblige à penser le cauchemar : ainsi le jusqu’auboutisme scientiste nous entraîne dans la dérive totalitaire. Au rêve positiviste et irrationnel d’une science comme « fait total » permettant d’atteindre l’idéal répond le célèbre avertissement de Rabelais dès le seizième siècle : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » ; autrement dit, la connaissance sans discernement ni examen critique, parce qu’elle empêche l’homme de réfléchir par lui-même, est la pire des extrapolations.

Il s’agit donc, comme nous l’enseigne le précepte rabelaisien, de bien méditer les conséquences et dérapages potentiels de nos rêves et de nos idéaux, quand ils ne s’accompagnent pas d’une conscience morale : 1984 d’Orwell où Le Meilleur des mondes d’Huxley sont sur ce point deux ouvrages riches d’enseignement… La création d’une utopie, c’est-à-dire d’un monde tel qu’il devrait être, trahit toujours le rêve fou de transformer une abstraction en réalité… Comme nous le comprenons, le rêve ne saurait être pensé sans envisager ses rapports éthiques et philosophiques à « cette part de conscience que chacun porte en soi »…

Bruno Rigolt

1. De même, Jules Verne (1828-1905) reprendra à plusieurs reprises (L’Île mystérieuseLes Voyages extraordinaires, etc.) le thème du « savant fou ».
2. NRP (Nouvelle Revue Pédagogique) Lycée n°36 (septembre 2009), page 8.
Pour consulter la revue, cliquez ici.

3. Bibliothèque Chiroux-Croisiers (Liège, Belgique), Centre des paralittératures et du cinéma (Chaudfontaine, Belgique), Actes du colloque Frankenstein littérature/cinémapage 81.

Étape 1 : la prise de notes (40 minutes) : Documents 1 et 3 : 15 minutes. Document 2 : 25 minutes. Lisez les textes en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE.

1. Laurent Lemire, Les Savants fous : D’Archimède à nos jours, une histoire délirante des sciences, Paris Robert Laffont 2011

Lisez en particulier le passage suivant : depuis la page 13 (« À partir du XIXe siècle, la science produit chez quelques uns un sentiment de puissance qui confine à la folie« ) jusqu’à la page 14 (« Pour voir où il nous mène et dont on ne peut plus sortir« ). NB : la pagination sur Google-livres est différente de la pagination originale.

2. Susan E. Lederer, Elizabeth Fee, Patricia Tuohy, Frankenstein. Penetrating the Secrets of Nature : an Exhibition by the National Library of MedicineRutgers University Press, 2002. Page 24.

 

3. Philippe Clermont, Darwinisme et littérature de science-fiction, Paris L’Harmattan 2011.
Depuis la
page 133 (« Sur les traces du savant fou »), jusqu’à la page 135 (« (intertextualité plus ou moins explicite avec les récits de Wells et Verne) »).

→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (30 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis. 

– Dans quelle mesure le projet de Victor Frankenstein (« créer la vie et déjouer la mort ») est-il intéressant à étudier par rapport au thème du rêve ?
– Parcourez brièvement le début du chapitre 5 de Frankenstein (5 minutes maxi). Comment s’exprime le retournement du rêve éveillé en cauchemar ? Comparez vos remarques avec les éléments de réponse proposés par la NRP (voir l’encart ci-dessous : « 3. Un rêve devenu cauchemar »)
– Qu’est-ce que l’eugénisme ? En quoi ce rêve d’un homme parfait a-t-il alimenté les pires cauchemars dystopiques ?
– H. G. Well a écrit en 1895 un célèbre roman de science-fiction : La Machine à explorer le temps : et si c’était vrai ? Rêve ou cauchemar ?
– Le grand écrivain Georges Bernanos, dans La France contre les robots, dénonçait en ces termes le rêve scientiste : « Nous n’assistons pas à la fin naturelle d’une grande civilisation humaine, mais à la naissance d’une civilisation inhumaine qui ne saurait s’établir que grâce à une vaste, à une immense, à une universelle stérilisation des valeurs de la vie. […] ». Partagez-vous ce point de vue ?

encart Frankenstein Rêve_cauchemarNRP (Nouvelle Revue PédagogiqueLycée n°36 (septembre 2009), page 43.
Pour consulter la revue, cliquez ici. Pour voir le début du chapitre 5 de Frankensteincliquez ici.

  • Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes.

Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! 

 

 

 

Publié par

brunorigolt

- Agrégé de Lettres modernes - Docteur ès Lettres et Sciences Humaines (Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris) - Diplômé d’Etudes approfondies en Littérature française - Diplômé d’Etudes approfondies en Sociologie - Maître de Sciences Politiques