75 minutes BTS « Cette part de rêve que chacun porte en soi » Rêve et bovarysme : de l’idéal aux clichés romanesques

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Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2
Cette part de rêve que chacun porte en soi…

Voir aussi : « BTS : Rêve et Publicité… Étude de l’image »
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Problématique de ce « 75 Minutes » : rêve et bovarysme

mots clés : Rêve ; Idéal ; Bovarysme ; romanesque ; clichés

Le terme bovarysme dérive du célèbre roman de Gustave Flaubert, Madame Bovary, publié en 1856 et c’est à Jules de Gauthier (1911) que l’on doit le concept de bovarysme. On désigne sous ce terme un état d’insatisfaction affective et sociale amenant à rêver à un bonheur souvent illusoire et inaccessible. Le Petit Larousse (2000) propose ainsi la définition suivante : « comportement qui consiste à fuir dans le rêve l’insatisfaction éprouvée dans la vie ». 

Mais le terme de bovarysme se double également d’un autre sens, proche du premier, et qui le complète utilement : c’est celui de mettre en dérision le rêve, et plus particulièrement les clichés romanesques voire romantiques qui s’y trouvent : ainsi, dans le premier document, Flaubert relate de façon assez ironique et quelque peu caricaturale les rêveries d’Emma, qui, malheureuse dans sa vie de couple, rêve d’une lune de miel. Loin d’être personnel, son discours est une succession de lieux communs de lecture.

Le deuxième extrait tiré du roman de Maupassant Une Vie accentue plus encore ce bovarysme : l’héroïne Jeanne vient de sortir du couvent où son père (un vieux baron adepte de Rousseau) l’a tenue enfermée, moins par conformisme religieux, que pour l’écarter des vices du monde. Le passage que je vous présente se situe à la fin du premier chapitre : de retour au château familial et ne parvenant pas à trouver le sommeil tant elle est excitée d’avoir quitté « pour toujours » le couvent, la jeune fille se met à « rêver d’amour »…

Quant au troisième document, il n’est pas non plus éloigné de ce bovarysme amoureux que j’évoquais à l’instant. Regardez par exemple les cœurs ! Il y en a de partout : le collier, le pendentif, la bague, et bien sûr le produit lui-même ainsi que les traits qui encadrent le flacon. Tous ces cœurs figurent une plongée dans la rêverie, et sont autant d’invitations au voyage fictionnel dans un conte amoureux, qui n’est pas loin d’évoquer une certaine image d’Épinal de la féminité. 

Bruno Rigolt

Étape 1  : la prise de notes (45 minutes) : Documents 1 à 3 : 15 minutes par document. Lisez les deux textes en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Pour le document 3, aidez-vous de l’analyse d’image publiée sur ce site. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE

1. Gustave Flaubert, Madame Bovary (1856). Deuxième partie, chapitre 12

Dans ce passage, Flaubert relate de façon assez ironique et quelque peu caricaturale les rêveries d’Emma qui, malheureuse dans sa vie de couple avec Charles (le type même de l’homme ordinaire), rêve d’une « lune de miel ». Loin d’être personnel, son discours qui est une succession de lieux communs, « représente l’attente et le fantasme romantique de trouver le prince charmant conforme aux clichés des œuvres littéraires de l’époque » (L. Schmitt).

Emma ne dormait pas, elle faisait semblant d’être endormie ; et, tandis qu’il s’assoupissait à ses côtés, elle se réveillait en d’autres rêves.

Au galop de quatre chevaux, elle était emportée depuis huit jours vers un pays nouveau, d’où ils ne reviendraient plus. Ils allaient, ils allaient, les bras enlacés, sans parler. Souvent, du haut d’une montagne, ils apercevaient tout à coup quelque cité splendide avec des dômes, des ponts, des navires, des forêts de citronniers et des cathédrales de marbre blanc, dont les clochers aigus portaient des nids de cigognes. On marchait au pas, à cause des grandes dalles, et il y avait par terre des bouquets de fleurs que vous offraient des femmes habillées en corset rouge. On entendait sonner des cloches, hennir les mulets, avec le murmure des guitares et le bruit des fontaines, dont la vapeur s’envolant rafraîchissait des tas de fruits, disposés en pyramide au pied des statues pâles, qui souriaient sous les jets d’eau. Et puis ils arrivaient, un soir, dans un village de pêcheurs, où des filets bruns séchaient au vent, le long de la falaise et des cabanes. C’est là qu’ils s’arrêteraient pour vivre ; ils habiteraient une maison basse, à toit plat, ombragée d’un palmier, au fond d’un golfe, au bord de la mer. Ils se promèneraient en gondole, ils se balanceraient en hamac ; et leur existence serait facile et large comme leurs vêtements de soie, toute chaude et étoilée comme les nuits douces qu’ils contempleraient. Cependant, sur l’immensité de cet avenir qu’elle se faisait apparaître, rien de particulier ne surgissait ; les jours, tous magnifiques, se ressemblaient comme des flots ; et cela se balançait à l’horizon, infini, harmonieux, bleuâtre et couvert de soleil. Mais l’enfant se mettait à tousser dans son berceau, ou bien Bovary ronflait plus fort, et Emma ne s’endormait que le matin, quand l’aube blanchissait les carreaux et que déjà le petit Justin, sur la place, ouvrait les auvents de la pharmacie.

2. Guy de Maupassant, Une Vie, 1883. Chapitre 1

Dans ce passage, qui se situe à la fin du premier chapitre, l’héroïne Jeanne vient de sortir du couvent où son père (un vieux baron adepte de Rousseau) l’a tenue enfermée, moins par conformisme religieux, que pour l’écarter des vices du monde.  De retour au château familial et ne parvenant pas à trouver le sommeil tant elle est excitée d’avoir quitté « pour toujours » le couvent, la jeune fille se met à « rêver d’amour »…

La jeune fille s’abandonna au bonheur de respirer ; et le repos de la campagne la calma comme un bain frais.
Toutes les bêtes qui s’éveillent quand vient le soir et cachent leur existence obscure dans la tranquillité des nuits, emplissaient les demi-ténèbres d’une agitation silencieuse. De grands oiseaux qui ne criaient point fuyaient dans l’air comme des taches, comme des ombres ; des bourdonnements d’insectes invisibles effleuraient l’oreille ; des courses muettes traversaient l’herbe pleine de rosée ou le sable des chemins déserts.
Seuls quelques crapauds mélancoliques poussaient vers la lune leur note courte et monotone.
Il semblait à Jeanne que son cœur s’élargissait, plein de murmures comme cette soirée claire, fourmillant soudain de mille désirs rôdeurs, pareils à ces bêtes nocturnes dont le frémissement l’entourait. Une affinité l’unissait à cette poésie vivante ; et dans la molle blancheur de la nuit, elle sentait courir des frissons surhumains, palpiter des espoirs insaisissables, quelque chose comme un souffle de bonheur.
Et elle se mit à rêver d’amour.
L’amour ! Il l’emplissait depuis deux années de l’anxiété croissante de son approche. Maintenant elle était libre d’aimer ; elle n’avait plus qu’à le rencontrer, lui !
Comment serait-il ? Elle ne le savait pas au juste et ne se le demandait même pas. Il serait lui, voilà tout.
Elle savait seulement qu’elle l’adorerait de toute son âme et qu’il la chérirait de toute sa force. Ils se promèneraient par les soirs pareils à celui-ci, sous la cendre lumineuse qui tombait des étoiles. Ils iraient, les mains dans les mains, serrés l’un contre l’autre, entendant battre leurs cœurs, sentant la chaleur de leurs épaules, mêlant leur amour à la simplicité suave des nuits d’été, tellement unis qu’ils pénétreraient aisément, par la seule puissance de leur tendresse, jusqu’à leurs plus secrètes pensées.
Et cela continuerait indéfiniment, dans la sérénité d’une affection indescriptible.

3. Publicité pour le parfum « Princess » (Vera Wang)
→ Pour accéder à l’analyse d’image, cliquez ici.

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→ Étape 2  : le réinvestissement des notes (30 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis.

– Le bovarysme a été défini comme un comportement consistant à fuir dans le rêve. Trouvez deux exemples (dans la publicité ou dans certaines émissions de télé-réalité) illustrant ce concept.
– Montrez que les aventures des deux héroïnes dans les textes de Flaubert et de Maupassant reposent sur un romantisme « à l’eau de rose ».
– À la lecture des documents, commentez ces paroles de la chanson « Foule sentimentale » d’Alain Souchon (1993) : « On a soif d’idéal/Attirés par les étoiles, les voiles/Que des choses pas commerciales ».
– Le poète Gérard de Nerval dit du rêve qu’il « est une seconde vie » (Aurélia, voir ce « 75 minutes » : Comprendre les rêves : 1/2) : opposez la conception du rêve dont parle Gérard de Nerval au bovarysme : si le rêve permet aux héroïnes d’accéder à « une seconde vie », quels sont néanmoins les dangers de cette pathologie de l’imaginaire ?
– Dans quelle mesure la publicité pour le parfum « Princess » (doc. 3) peut-elle être interprétée comme une réécriture des contes de fée ?
– Dans quelle mesure pourrait-on reprocher à certains magazines féminins à grand tirage leur bovarysme ?
– Peut-on dire de la télé-réalité et plus particulièrement des émissions people que c’est un bovarysme « à grande échelle » ?
– Pourrait-il y avoir un bovarysme réussi et positif ?

  • Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes.

Bon courage à toutes et à tous pour l’examen !

Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris. Diplômé d'Etudes approfondies en Littérature française et en Sociologie ; Maître de Sciences Politiques ; Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).