« 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Autour du crayon…

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Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2 
Ces objets qui nous envahissent…

Problématique de ce « 75 Minutes » : objet et liberté d’expression… Autour du crayon…

mots clés : crayon, Charlie-Hebdo, Liberté de la presse, Anastasie

Parmi ces objets qui nous envahissent, le crayon occupe une place de choix puisqu’il s’en vendrait plus de… 15 milliards chaque année ! Pourtant, à la différence d’autres objets, le crayon symbolise aussi bien l’âme de l’artiste que l’arme de l’intellect. Mâchonné de la petite école au bureau, il évoque dans l’inconscient collectif bien plus qu’un simple outil d’écriture : une formidable prise de position sociale.

Avant d’être fait de matière, le crayon est donc une « pensée » et un outil d’accès au savoir. C’est ainsi par exemple que l’avènement du crayon graphite a démocratisé l’enseignement de l’écriture, en l’élargissant au plus grand nombre. Mais le crayon, comme la plume de l’écrivain, est aussi l’expression d’une pensée libre dont de nombreux pays ont tiré leur force intellectuelle et morale, dans l’exercice exigeant de la liberté de la presse.

Comme le suggérait le poète André Breton à propos de l’écriture surréaliste, « la plume qui court pour écrire, ou le crayon qui court pour dessiner »|1| ne sont-ils pas les symboles de la liberté d’expression, condition nécessaire à l’établissement et au fonctionnement de la démocratie ? Délaissant le fusil pour le trait de mine émotionnel ou ravageur, les dessinateurs ou les caricaturistes ont fait du crayon leur arme favorite et de la feuille de papier un espace de liberté…

1. André Breton, Le Surréalisme et la peinture, texte de 1941, réédité en 1965 (Paris, Gallimard, page 66).

Étape 1 : la prise de notes (40 minutes) : Documents 1 et 3 : 20 minutes. Document 2 : 10 minutes |1|. Document 4 : 10 minutes. Prenez connaissance des documents en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE.

1. Attention à la lecture du document 2 : il s’agit d’un poème. Vous devrez être particulièrement vigilant quant au sens connoté de certaines expressions (« Le poème s’élevant par le crayon », « Je suis une dévastation intelligente », etc.) qui vont prendre un sens particulier en fonction de la problématique abordée dans le corpus.

1. « Le crayon guidant le peuple »
Photographie : Stéphane Mahé

crayon_guidant_le_peuple© Stéphane Mahé/Reuters

Photographie prise le 11 janvier 2015 à Paris sur la place de la Nation (Statue représentée : « Le triomphe de la République »). Sur les réseaux sociaux, cette photographie a rapidement été baptisée « Le crayon guidant le peuple » en écho au célèbre tableau de Delacroix.

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Eugène Delacroix, « La Liberté guidant le peuple » (1830). Paris, Musée du Louvre

2. Herberto Hélder, Le Poème continu. Somme anthologique
Traduit du Portugais par Magali Montagné et Max de Carvalho.
Éd. Chandeigne et Librairie portugaise, Paris 2002, page 93.

3. Isabelle Stibbe, « Ni Dieu ni maître », in Nous sommes Charlie (collectif), soixante écrivains unis pour la liberté d’expression, Le Livre de poche, 2015

Depuis : « Une semaine a passé depuis l’attentat » jusqu’à : « un crayon, un feutre, quelques couleurs… ».

4. Christian Delporte, « « Anastasie »|1| : L’imaginaire de la censure dans le dessin satirique (XIXe-XXe siècles) ».
Publié dans : Pascal Ory (sous la direction de-), La Censure en France à l’ère démocratique (1848- ), Éditions Complexe, 1999, page 97.

Autre procédé familier pour manifester la présence de la censure et, partant, pour dépeindre la lutte pour la liberté de la presse : l’instrumentalisation. L’objet peut être attribut ou élément signifiant du dessin. Les ciseaux, bien sûr, qui coupent, fendent, mais qui tuent aussi. De même : l’éteignoir (le plus vieil outil, on l’a dit), le sabre, les tenailles, la scie, le couteau, le piège, le boulet, la feuille de vigne, le clystère, l’encrier renversé… En face, le crayon rompu ou, soudain animé, luttant contre les ciseaux, la plume, brisée, ou transperçant Anastasie|1|. Et puis, la presse, au sens matériel et technique du terme. L’homme broyé par la presse est un thème récurrent. « Broyé par la presse » : c’est-à-dire par une législation ou des pratiques étatiques restreignant la liberté d’expression des journaux et donc la liberté du citoyen. Ainsi peut-on rapprocher deux compositions séparées par près d’un siècle : le dessin de Gilbert-Martin dans le Don-Quichotte (« Projet de loi sur la presse », 8 mai 1875), et celui publié par Siné en 1961 (Album de L’Express : « La presse sera libre »). L’objet incriminé est, bien sûr, plus stylisé (ou plus moderne) chez le second que chez le premier.  Mais le sens est analogue. En une image forte d’émotion (le sang coule dans le dessin de Gilbert-Martin), est exalté le combat pour l’indépendance de la presse.

1. Sur Anastasie, consultez cette page de la BNF.


→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (40 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis. 

– Que symbolise le crayon sur la photographie ? Pourquoi est-il intéressant de comparer la photographie avec le tableau de Delacroix ? La conquête de la liberté s’acquiert-elle de la même façon dans les deux documents ?
– Dans le document 3, Isabelle Stibbe évoque un poème célèbre : « Liberté, j’écris ton nom ». De quel texte ces propos sont-ils extraits ? En quoi ce poème peut-il être mis en relation avec le crayon ?
– Étayez ces propos d’Isabelle Stibbe : « Ce rapport à l’enfance, c’est aussi le crayon bien sûr ».

– En exploitant le document 2, dites pourquoi le crayon est nécessaire à la création poétique.
– Christian Delporte (document 4) évoque le dessin de Gilbert-Martin dans le Don-Quichotte (« Projet de loi sur la presse », 8 mai 1875), et celui publié par Siné en 1961 (Album de L’Express : « La presse sera libre »). Faites une recherche d’image sur Google et mettez en relation les deux dessins de presse. Que vous apprennent-ils ?
– Dans quelle mesure les ciseaux d’Anastasie, synonymes de la censure dans la presse, sont-ils un objet intéressant à étudier ?

  • Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes.
  • Pour aller plus loin… Regardez le poème d’Éluard ci-dessous (« Où se fabriquent les crayons » ainsi que l’illustration de Man Ray qui l’accompagne). Essayez de répondre au questionnement suivant : en quoi le crayon participe-t-il au renouvellement de la pensée ?

Où se fabriquent les crayons

La dernière l’hirondelle
À tresser une corbeille
Pour retenir la lumière
La dernière à dessiner
Cet œil déserté

Dans la paume du village
Le soir vient manger les graines
Du sommeil animal

Bonne nuit à la pensée

Et j’appelle le silence
Par son plus petit nom.

crayons_man_rayPaul Éluard, Man Ray, Les Mains libres (1937), coll. Poésie Gallimard, éd. NRF/Gallimard, p.118-119.

Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochain rendez-vous « 75 minutes » : dimanche 26 avril (Thème : Ces objets…) et jeudi 30 avril (Thème : Cette part de rêve…)

« 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Le discrédit de l'objet

75_minutes_gabarit_2014
Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2 
Ces objets qui nous envahissent…

Problématique de ce « 75 Minutes » : les objets sont-ils inutiles ? Ou « la loi du Ripolin »

mots clés : Le Corbusier, Adolf Loos, refus de l’ornement, machine, objet décoratif

Voir aussi : « 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Le champ symbolique de la fabrication de l’objet

L’ornement est-il superflu ?

De fait, il a été souvent reproché à notre société du faire-voir et du paraître, de privilégier l’avoir au mépris de l’être, et de motiver l’accumulation d’objets au détriment du fonctionnel. Particulièrement à partir du vingtième siècle, sous l’influence d’un certain nombre d’architectes (Adof Loos, Auguste Perret et surtout Le Corbusier), une tendance se fait jour dans la société européenne dont le discours s’élabore en dehors de tout renvoi à l’objet et à la tradition décorative, jugés passéistes. 

« Concevez les effets de la Loi du Ripolin. Chaque citoyen est tenu de remplacer ses tentures, ses damas, ses papiers peints, ses pochoirs, par une couche pure de Ripolin blanc. […] Le blanc de chaux est extrêmement moral. » Ces propos de Le Corbusier (doc. 1) publiés en 1925 dans l’Art décoratif d’aujourd’hui font écho à l’ouvrage d’Adolf Loos (doc. 2) dont le titre provocateur (L’Ornement est un crime) a jeté le discrédit sur l’objet, jugé trop encombrant, trop décoratif, trop empreint de sentiment. 

En assimilant l’objet décoratif à un ornement équivoque et superflu niant le concept d’intérêt général au profit d’un plaisir égoïste, ces deux auteurs sur lesquels je vous propose de réfléchir aujourd’hui, amènent à s’interroger sur la place qu’occupe l’objet : alors que l’esthétique procéderait de la « passion », de l’instinct, du sentiment, du lyrisme, donc de l’individuel, l’utilitaire est au contraire « collectif », « social ». Comme le dit le Corbusier, « plus un peuple se cultive, plus le décor disparaît ».

Mais cette disparition du décor est tout sauf évidente : héritière d’une tradition culturelle fonctionnaliste marquée par l’universalisme des Lumières, elle ne vise pas moins à institutionnaliser l’art selon une esthétique de la totalité qui prône la prééminence du collectif sur l’individuel : en ce sens, l’objet, éminemment personnel, a-t-il encore sa place dans un système de société reliant les besoins individuels (et l’utilisation que chacun fait des objets) aux exigences fonctionnelles du système dans son ensemble ?

Voir aussi : Yannis Tsiomis, Le Corbusier, L’Art décoratif d’aujourd’hui et « la loi du ripolin »
http://books.openedition.org/pupo/2422?lang=fr

Étape 1 : la prise de notes (35 minutes) : Documents 1 et 2 : 30 minutes. Document 3 : 5 minutes. Prenez connaissance des documents en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE.

1. Le Corbusier, L’Art décoratif d’aujourd’hui, 1925
Flammarion, « Champs Arts », Paris 2008

|page 18*| « LE MUSÉE EST MAUVAIS, CAR IL NE FAIT PAS TOUT CONNAITRE. IL TROMPE, IL DISSIMULE, IL ILLUSIONNE. C’EST UN MENTEUR.
Les objets qui sont mis sous les vitrines de nos musées sont consacrés de ce fait ; l’on dit d’eux qu’ils sont des objets de collection, qu’ils sont rares et précieux, chers, donc beaux. Ils sont décrétés beaux, ils servent de modèle, et voici l’enchaînement fatal des idées et des conséquences. D’où viennent-ils ? Des églises, alors que celles-ci avaient admis le principe du faste pour éblouir, imposer, attirer, forcer le sentiment de la toute-puissance. Dieu était dans l’or et dans les ciselures […].
|page 19| Ces objets venaient aussi des châteaux et des palais : imposer, épater, satisfaire le guignol bariolé qui se trémousse au fond de l’être humain et que la culture chasse, ligote et musèle. […] À qui s’adressait toute cette pacotille fabriquée sous les règnes des grands roys ? À une catégorie de gens que nous ne respectons pas aujourd’hui ; il est donc désastreux et presque immoral d’envoyer nos enfants s’inspirer avec un respect presque religieux de certaines de ces choses mal faites et malsonnantes.

[…]

|chapitre 7 « 1925 Expo Arts Déco », page 93*| L’art décoratif moderne n’a pas de décor. […] l’expérience du décor d’art, faite depuis 1900 à la guerre, a montré l’impasse du décor et la fragilité d’une conception prétendant faire de nos outils des objets sentimentaux, des objets exprimant des états d’âme individuels. […] Laissons s’éteindre doucement une ou deux générations élevées dans la religion de la patine et du « tour de main ». Les jeunes générations naissent à la lumière nouvelle et vont naturellement et d’enthousiasme aux vérités simples.
[…]
|chapitre 8 « 1925 Expo Arts Déco », page 185*| La machine, phénomène moderne, opère dans le monde une réformation de l’esprit.
Pourtant, intact, le facteur humain demeure, la machine étant conçue par l’homme pour des besoins humains.
La machine est construite sur le système spirituel que l’homme s’est donné et non sur une fantaisie, système qui lui constitue un univers tangible […].
L’homme s’arrête devant la machine : la bête et le divin s’y rassasient.
La leçon de la machine est dans la pure relation de cause à effet. Pureté, économie, tension vers la sagesse. Un désir neuf : une esthétique de pureté, d’exactitude […].

|page 190*| Si quelque Solon|1| imposait à notre effervescence ces deux lois :

LE LAIT DE CHAUX
LA LOI DU RIPOLIN

|page 191*| nous ferions un acte moral : Aimer la pureté !
nous accroîtrions notre état : Avoir un jugement !
Un acte qui conduit à la joie de vivre : la poursuite de la perfection.
Concevez les effets de la Loi du Ripolin. Chaque citoyen est tenu de remplacer ses tentures, ses damas, ses papiers peints, ses pochoirs, par une couche pure de Ripolin blanc. On fait propre chez soi : il n’y a plus de coin sale, ni de coin sombre : tout se montre comme ça est.
Dans le ripolin, ce qui a servi et est un déchet, vous le jetterez. Acte important dans la vie ; morale productrice. Vous ferez la part de ce qui sert et vous jetterez ce qui a servi. Quand nous mangeons, la nature sait jeter loin ce qui a servi. Nous, hors la loi du ripolin, nous conservons et faisons de la maison un musée ou un temple à ex-voti : nous faisons de notre esprit un concierge, un custode. Nous flattons aussi l’avare installé en nous et l’instinct de la propriété nous saisit, nous étreint : Arpagon. Nous mentons alors, car nous cherchons à dissimuler cette lâcheté de n’oser se séparer, et cette laideur d’accumuler ; nous instaurons le culte du souvenir […].
Sur le ripolin blanc des murs, ces amoncellements de choses mortes du passé ne sauraient être tolérées ; elles feraient tâche.

[…]

|page 193*| Si la maison  est toute blanche, le dessin des choses s’y détache sans transgression possible ; le volume des choses y apparaît nettement ; la couleur des choses y est catégorique. Le blanc de chaux est absolu, tout s’y détache, s’y écrit absolument, noir sur blanc ; c’est franc et loyal.
Mettez-y des objets malpropres ou de faux-goût ; cela saute aux yeux. C’est un peu les rayons X de la beauté. C’est une Cour d’assises qui siège en permanence. C’est l’œil de la vérité.
Le blanc de chaux est extrêmement moral. Admettez un décret prescrivant que toutes les chambres de Paris soient passées au lait de chaux. Je dis que ce serait une œuvre policière d’envergure et une manifestation de haute morale, signe d’un grand peuple. »
1. Solon : législateur et poète athénien (vers 640-vers 558 avant J-C)

* Les références de page renvoient à l’édition Flammarion, « Champs/Arts », Paris 2008

2. Adolf Loos, Ornement et crime, 1908.
Payot & Rivages, Rivages poche/Petite Bibliothèque, n°412, 2003. Traduit de l’allemand et présenté par Sabine Cornille et Philippe Ivernel.

|extrait de la préface, page 25*|« D’un combat de trente années, je suis sorti vainqueur. J’ai libéré l’humanité de l’ornement superflu. « Ornement », ce fut autrefois le qualificatif pour dire « beau ». C’est aujourd’hui, grâce au travail de toute ma vie, un qualificatif pour dire « d’une valeur inférieure ». 

|page 80*| L’ornement est de la force de travail gaspillée, et par là de la santé gaspillée. Mais de nos jours, l’ornement signifie aussi du matériau gaspillé, et les deux choses réunies veulent dire du capital gaspillé.
|page 87*| L’absence d’ornement a porté les autres arts à une hauteur insoupçonnée, les symphonies de Beethoven n’eussent jamais été écrites par un homme devant déambuler dans la soie, le velours et la dentelle. Celui qui de nos jours circule en habit de velours n’est pas un artiste, mais un guignol ou un vulgaire peintre en bâtiment. Nous avons gagné en finesse, en subtilité. Les hommes en troupeau étaient obligés de se distinguer par diverses couleurs, l’homme moderne, lui, use de son habit comme d’un masque. Si immensément forte est son individualité qu’elle ne se laisse plus exprimer par des pièces de vêtement. L’absence d’ornement est un signe de force spirituelle.

* Les références de page renvoient à l’édition Payot & Rivages. Rivages poche/Petite Bibliothèque, n°412, 2003. Traduit de l’allemand et présenté par Sabine Cornille et Philippe Ivernel.

3. Musée de la vie romantique, Paris
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→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (40 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis. 

– Quelle est la thèse de Le Corbusier à propos des musées ? Sur quels arguments s’appuie-t-elle ?
– Montrez que pour Le Corbusier les objets du quotidien sont les accessoires du paraître dans une société fondamentalement conservatrice.

– En exploitant le document 2, expliquez ces propos d’Adolf Loos : « L’absence d’ornement est un signe de force spirituelle ».
– Dans quelle mesure le refus ornemental prôné par Adolf Loos et Le Corbusier, en valorisant des formes de plus en plus réductibles à l’abstraction, peut-il toutefois constituer un danger ?

– Le Corbusier réfute tout attachement affectif à l’objet. Justifiez-vous ce point de vue ?
– En regardant la photographie de l’intérieur du Musée de la vie romantique à Paris, pensez-vous qu’il soit opportun, comme l’affirme Le Corbusier, d’inscrire uniquement l’objet dans le monde des besoins et de la nécessité ?
– D’une certaine façon, chaque objet raconte une histoire : au sein même de la quotidienneté et des relations les plus personnelles. Donnez un ou deux exemples qui vous ont marqué-e.

  • Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes.

Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochain rendez-vous « 75 minutes » : vendredi 17 avril (Thème : Ces objets…)

« 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Le discrédit de l’objet

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Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2 
Ces objets qui nous envahissent…

Problématique de ce « 75 Minutes » : les objets sont-ils inutiles ? Ou « la loi du Ripolin »

mots clés : Le Corbusier, Adolf Loos, refus de l’ornement, machine, objet décoratif

Voir aussi : « 75 minutes BTS » Thème : « Ces objets qui nous envahissent… » Le champ symbolique de la fabrication de l’objet

L’ornement est-il superflu ?

De fait, il a été souvent reproché à notre société du faire-voir et du paraître, de privilégier l’avoir au mépris de l’être, et de motiver l’accumulation d’objets au détriment du fonctionnel. Particulièrement à partir du vingtième siècle, sous l’influence d’un certain nombre d’architectes (Adof Loos, Auguste Perret et surtout Le Corbusier), une tendance se fait jour dans la société européenne dont le discours s’élabore en dehors de tout renvoi à l’objet et à la tradition décorative, jugés passéistes. 

« Concevez les effets de la Loi du Ripolin. Chaque citoyen est tenu de remplacer ses tentures, ses damas, ses papiers peints, ses pochoirs, par une couche pure de Ripolin blanc. […] Le blanc de chaux est extrêmement moral. » Ces propos de Le Corbusier (doc. 1) publiés en 1925 dans l’Art décoratif d’aujourd’hui font écho à l’ouvrage d’Adolf Loos (doc. 2) dont le titre provocateur (L’Ornement est un crime) a jeté le discrédit sur l’objet, jugé trop encombrant, trop décoratif, trop empreint de sentiment. 

En assimilant l’objet décoratif à un ornement équivoque et superflu niant le concept d’intérêt général au profit d’un plaisir égoïste, ces deux auteurs sur lesquels je vous propose de réfléchir aujourd’hui, amènent à s’interroger sur la place qu’occupe l’objet : alors que l’esthétique procéderait de la « passion », de l’instinct, du sentiment, du lyrisme, donc de l’individuel, l’utilitaire est au contraire « collectif », « social ». Comme le dit le Corbusier, « plus un peuple se cultive, plus le décor disparaît ».

Mais cette disparition du décor est tout sauf évidente : héritière d’une tradition culturelle fonctionnaliste marquée par l’universalisme des Lumières, elle ne vise pas moins à institutionnaliser l’art selon une esthétique de la totalité qui prône la prééminence du collectif sur l’individuel : en ce sens, l’objet, éminemment personnel, a-t-il encore sa place dans un système de société reliant les besoins individuels (et l’utilisation que chacun fait des objets) aux exigences fonctionnelles du système dans son ensemble ?

Voir aussi : Yannis Tsiomis, Le Corbusier, L’Art décoratif d’aujourd’hui et « la loi du ripolin »
http://books.openedition.org/pupo/2422?lang=fr

Étape 1 : la prise de notes (35 minutes) : Documents 1 et 2 : 30 minutes. Document 3 : 5 minutes. Prenez connaissance des documents en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE.

1. Le Corbusier, L’Art décoratif d’aujourd’hui, 1925
Flammarion, « Champs Arts », Paris 2008

|page 18*| « LE MUSÉE EST MAUVAIS, CAR IL NE FAIT PAS TOUT CONNAITRE. IL TROMPE, IL DISSIMULE, IL ILLUSIONNE. C’EST UN MENTEUR.
Les objets qui sont mis sous les vitrines de nos musées sont consacrés de ce fait ; l’on dit d’eux qu’ils sont des objets de collection, qu’ils sont rares et précieux, chers, donc beaux. Ils sont décrétés beaux, ils servent de modèle, et voici l’enchaînement fatal des idées et des conséquences. D’où viennent-ils ? Des églises, alors que celles-ci avaient admis le principe du faste pour éblouir, imposer, attirer, forcer le sentiment de la toute-puissance. Dieu était dans l’or et dans les ciselures […].
|page 19| Ces objets venaient aussi des châteaux et des palais : imposer, épater, satisfaire le guignol bariolé qui se trémousse au fond de l’être humain et que la culture chasse, ligote et musèle. […] À qui s’adressait toute cette pacotille fabriquée sous les règnes des grands roys ? À une catégorie de gens que nous ne respectons pas aujourd’hui ; il est donc désastreux et presque immoral d’envoyer nos enfants s’inspirer avec un respect presque religieux de certaines de ces choses mal faites et malsonnantes.

[…]

|chapitre 7 « 1925 Expo Arts Déco », page 93*| L’art décoratif moderne n’a pas de décor. […] l’expérience du décor d’art, faite depuis 1900 à la guerre, a montré l’impasse du décor et la fragilité d’une conception prétendant faire de nos outils des objets sentimentaux, des objets exprimant des états d’âme individuels. […] Laissons s’éteindre doucement une ou deux générations élevées dans la religion de la patine et du « tour de main ». Les jeunes générations naissent à la lumière nouvelle et vont naturellement et d’enthousiasme aux vérités simples.
[…]
|chapitre 8 « 1925 Expo Arts Déco », page 185*| La machine, phénomène moderne, opère dans le monde une réformation de l’esprit.
Pourtant, intact, le facteur humain demeure, la machine étant conçue par l’homme pour des besoins humains.
La machine est construite sur le système spirituel que l’homme s’est donné et non sur une fantaisie, système qui lui constitue un univers tangible […].
L’homme s’arrête devant la machine : la bête et le divin s’y rassasient.
La leçon de la machine est dans la pure relation de cause à effet. Pureté, économie, tension vers la sagesse. Un désir neuf : une esthétique de pureté, d’exactitude […].

|page 190*| Si quelque Solon|1| imposait à notre effervescence ces deux lois :

LE LAIT DE CHAUX
LA LOI DU RIPOLIN

|page 191*| nous ferions un acte moral : Aimer la pureté !
nous accroîtrions notre état : Avoir un jugement !
Un acte qui conduit à la joie de vivre : la poursuite de la perfection.
Concevez les effets de la Loi du Ripolin. Chaque citoyen est tenu de remplacer ses tentures, ses damas, ses papiers peints, ses pochoirs, par une couche pure de Ripolin blanc. On fait propre chez soi : il n’y a plus de coin sale, ni de coin sombre : tout se montre comme ça est.
Dans le ripolin, ce qui a servi et est un déchet, vous le jetterez. Acte important dans la vie ; morale productrice. Vous ferez la part de ce qui sert et vous jetterez ce qui a servi. Quand nous mangeons, la nature sait jeter loin ce qui a servi. Nous, hors la loi du ripolin, nous conservons et faisons de la maison un musée ou un temple à ex-voti : nous faisons de notre esprit un concierge, un custode. Nous flattons aussi l’avare installé en nous et l’instinct de la propriété nous saisit, nous étreint : Arpagon. Nous mentons alors, car nous cherchons à dissimuler cette lâcheté de n’oser se séparer, et cette laideur d’accumuler ; nous instaurons le culte du souvenir […].
Sur le ripolin blanc des murs, ces amoncellements de choses mortes du passé ne sauraient être tolérées ; elles feraient tâche.

[…]

|page 193*| Si la maison  est toute blanche, le dessin des choses s’y détache sans transgression possible ; le volume des choses y apparaît nettement ; la couleur des choses y est catégorique. Le blanc de chaux est absolu, tout s’y détache, s’y écrit absolument, noir sur blanc ; c’est franc et loyal.
Mettez-y des objets malpropres ou de faux-goût ; cela saute aux yeux. C’est un peu les rayons X de la beauté. C’est une Cour d’assises qui siège en permanence. C’est l’œil de la vérité.
Le blanc de chaux est extrêmement moral. Admettez un décret prescrivant que toutes les chambres de Paris soient passées au lait de chaux. Je dis que ce serait une œuvre policière d’envergure et une manifestation de haute morale, signe d’un grand peuple. »
1. Solon : législateur et poète athénien (vers 640-vers 558 avant J-C)

* Les références de page renvoient à l’édition Flammarion, « Champs/Arts », Paris 2008

2. Adolf Loos, Ornement et crime, 1908.
Payot & Rivages, Rivages poche/Petite Bibliothèque, n°412, 2003. Traduit de l’allemand et présenté par Sabine Cornille et Philippe Ivernel.

|extrait de la préface, page 25*|« D’un combat de trente années, je suis sorti vainqueur. J’ai libéré l’humanité de l’ornement superflu. « Ornement », ce fut autrefois le qualificatif pour dire « beau ». C’est aujourd’hui, grâce au travail de toute ma vie, un qualificatif pour dire « d’une valeur inférieure ». 

|page 80*| L’ornement est de la force de travail gaspillée, et par là de la santé gaspillée. Mais de nos jours, l’ornement signifie aussi du matériau gaspillé, et les deux choses réunies veulent dire du capital gaspillé.
|page 87*| L’absence d’ornement a porté les autres arts à une hauteur insoupçonnée, les symphonies de Beethoven n’eussent jamais été écrites par un homme devant déambuler dans la soie, le velours et la dentelle. Celui qui de nos jours circule en habit de velours n’est pas un artiste, mais un guignol ou un vulgaire peintre en bâtiment. Nous avons gagné en finesse, en subtilité. Les hommes en troupeau étaient obligés de se distinguer par diverses couleurs, l’homme moderne, lui, use de son habit comme d’un masque. Si immensément forte est son individualité qu’elle ne se laisse plus exprimer par des pièces de vêtement. L’absence d’ornement est un signe de force spirituelle.

* Les références de page renvoient à l’édition Payot & Rivages. Rivages poche/Petite Bibliothèque, n°412, 2003. Traduit de l’allemand et présenté par Sabine Cornille et Philippe Ivernel.

3. Musée de la vie romantique, Paris
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→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (40 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis. 

– Quelle est la thèse de Le Corbusier à propos des musées ? Sur quels arguments s’appuie-t-elle ?
– Montrez que pour Le Corbusier les objets du quotidien sont les accessoires du paraître dans une société fondamentalement conservatrice.

– En exploitant le document 2, expliquez ces propos d’Adolf Loos : « L’absence d’ornement est un signe de force spirituelle ».
– Dans quelle mesure le refus ornemental prôné par Adolf Loos et Le Corbusier, en valorisant des formes de plus en plus réductibles à l’abstraction, peut-il toutefois constituer un danger ?

– Le Corbusier réfute tout attachement affectif à l’objet. Justifiez-vous ce point de vue ?
– En regardant la photographie de l’intérieur du Musée de la vie romantique à Paris, pensez-vous qu’il soit opportun, comme l’affirme Le Corbusier, d’inscrire uniquement l’objet dans le monde des besoins et de la nécessité ?
– D’une certaine façon, chaque objet raconte une histoire : au sein même de la quotidienneté et des relations les plus personnelles. Donnez un ou deux exemples qui vous ont marqué-e.

  • Enfin, choisissez l’un de ces questionnements et essayez de construire un plan d’écriture personnelle en 15 minutes.

Bon courage à toutes et à tous pour l’examen ! Prochain rendez-vous « 75 minutes » : vendredi 17 avril (Thème : Ces objets…)