Support de cours : Je fais le point sur… LA METAPHORE

Niveau : classes de Lycée (Seconde, Première générale)

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La connotation

La métaphore

« Je fais le point sur… »
Des supports de cours centrés sur quelques notions essentielles de grammaire, de linguistique et de stylistique. Ces supports de cours sont destinés prioritairement à mes élèves de Seconde et aux élèves de Première Générale.

La métaphore est une figure 1 d’analogie.
On a parfois tendance à la qualifier de « comparaison incomplète », ou pour être plus précis de « comparaison implicite », « sous-entendue », consistant à créer une relation de substitution entre deux référents distincts possédant un élément commun de sens.

Dans la comparaison, ce rapport d’analogie entre le comparé et le comparant est mis explicitement en valeur par un mot comparatif (appelé aussi outil de comparaison ou mot outil) qui peut être :

  • une conjonction (comme, ainsi, etc.) : « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle » (Baudelaire, « Spleen » n°78, Les Fleurs du mal) ;
  • une comparaison quantitative (autant/plus/moins que…) : « Je vous aime,/ Beaucoup moins que mon Dieu, mais bien plus que moi-même. (Corneille, Polyeucte, Acte IV, scène 3) ;
  • un adjectif dénotant un degré de comparaison (identique à, semblable à, pareil à, etc.) : « Le poète est semblable au prince des nuées » (Baudelaire, « L’Albatros », Les Fleurs du mal) ;
  • un verbe ou une expression verbale (sembler, paraître, ressembler à, faire penser à, etc.) : « Et ce chemin, qui ressemblait à un long squelette, nous a conduits à un pays qui n’avait que son souffle pour escalader l’avenir. » (Albert Camus, La Postérité du soleil, 1965. Préface de René Char).

Dans la métaphore au contraire le comparatif est absent : en l’absence de lien spécifique, il revient alors au lecteur de retrouver les analogies permettant d’opérer un rapprochement de sens entre le comparé et le comparant.

Dans son Traité des tropes 2 paru en 1730, César Chesneau Dumarsais —que vous connaissez pour avoir étudié le célèbre article « Philosophe » de l’Encyclopédie— définit ainsi la métaphore :

Figure par laquelle on transpose, pour ainsi dire, la signification propre d’un nom à une autre signification qui ne lui convient qu’en vertu d’une comparaison qui est dans l’esprit.

En substituant un terme à un autre, la métaphore infléchit donc le sens des mots et met en jeu un sens nouveau qui révèle une façon de penser, des valeurs. Ce sens nouveau est donc figuré, puisque la métaphore amène à un transfert de sens, d’autant plus marqué qu’elle sera inventive.

Mais ce transfert de sens est également présent dans les métaphores dites « lexicalisées » ou les expressions figurées, qui font partie de la langue courante. Si, dans ces métaphores tombées dans la norme, il existe une forte relation de substitution entre le comparé et le comparant (par exemple quand on dit que « la mer est un miroir »), il y a toujours néanmoins un écart entre le signifié attendu et le signifié produit puisque la métaphorisation détourne le lien entre le référent et son signifié habituel afin de produire une rupture de sens. Dans l’exemple précédent, le mot « miroir » désigne en effet un élément imaginaire ne faisant pas partie de l’univers référentiel habituel de la mer.

Prenons aussi l’exemple de la chanson bien connue « Les yeux revolver », composée par Fabrice Aboulker en 1985 et interprétée par Marc Lavoine : « Elle a les yeux revolver/Elle a le regard qui tue ». Ici, le comparé (les yeux) coïncide avec le réel car il est employé au sens propre, alors que le comparant (revolver) désigne un référent virtuel qui introduit un détournement de sens et nous fait pénétrer dans le champ fictif : l’arme prenant davantage les traits de la femme fatale associée à la mort. Comme vous le voyez, la métaphore participe à un processus de conceptualisation et d’idéalisation du réel.

Même remarque pour le vers suivant qui « file » la métaphore : « Elle a le regard qui tue » : si les deux termes (« regard » et « tue ») sont liés grammaticalement, ils ne sont pas normalement liés par le sens. Mais la relation de substitution entre le comparé et le comparant produit bien plus qu’une analogie entre les signifiés, elle symbolise et conceptualise : dire d’une femme qu' »elle a le regard qui tue » fait passer l’énoncé de la description référentielle à une vision plus conceptuelle faisant apparaître la vision archétypale de la femme : sublime et prédatrice ! La  métaphore prend ici tout son sens puisqu’elle permet d’exprimer une idée, un concept, ce que ne permet pas la comparaison.

Plus une métaphore est inattendue, et plus elle enrichit l’énoncé par son originalité : ainsi, quand le comparé et le comparant sont très éloignés, et qu’ils appartiennent à des domaines différents, la comparaison possède un pouvoir de suggestion et de connotation bien plus grand 3 :

Il existe trois types principaux de métaphores :

1.    La métaphore in praesentia

Dans la métaphore in praesentia, le comparé et le comparant sont exprimés dans une relation de co-présence : « un référent (le comparé) est compris par sa confrontation à la nature d’un autre référent (le comparant), avec laquelle il entretient des rapports de ressemblance, d’identification, d’analogie » 4 : comme dans la comparaison s’opère ainsi un rapprochement sémantique, une relation d’équivalence construite par exemple autour :

  • d’un verbe copule (« être ») : « La vie est un long fleuve tranquille » ; « Les yeux sont le miroir de l’âme » ;
  • d’un infinitif : « Partir, c’est mourir un peu » ;
  • de la préposition « de » : « une rivière de larmes », « la courbe de tes yeux » (Éluard)

2.    La métaphore in absentia

À la différence de la comparaison ou de la métaphore in praesentia, qui est la plus explicite, la métaphore in absentia est plus délicate d’approche car elle évacue le comparé, qui doit être deviné. Alors que dans la comparaison par exemple, le comparé qui désigne le référent est nécessairement exprimé, dans  la métaphore in absentia au contraire, seul le comparant est présent. Prenez par exemple ce vers extrait d’un sonnet de Du Bellay (« L’Olive », 1549) : « Alors voyant cette nouvelle aurore ». Ici, le comparé implicite est la femme, qui est sous-entendue par le contexte : les poètes de la Pléiade et de la Renaissance usant souvent de cette relation comparative entre la femme et l’aurore, la femme faisant « pâlir le soleil », etc.)

De façon plus significative encore, on pourrait citer ce premier vers du « Cimetière marin » dans lequel Paul Valéry décrit si magnifiquement la mer et les voiliers : « Ce toit tranquille où marchent des colombes ». Comme vous le voyez, là où la comparaison établit entre le comparé et le comparant une relation d’équivalence et de vraisemblance explicite (la mer ressemble à un toit tranquille, les voiliers sont comme des colombes qui marchent sur la mer), la métaphore in absentia supprime la relation attributive : un effort d’interprétation est donc réclamé de la part du lecteur.

 3.   La métaphore filée

La métaphore filée est une métaphore développée à travers une succession de termes appartenant au même champ lexical. Comme l’explique très bien Michel Riffaterre, il s’agit d’une « série de métaphores reliées entre elles par la syntaxe —elles font partie de la même phrase ou d’une même structure narrative ou descriptive— et par le sens : chacune exprime un aspect particulier d’un tout, chose ou concept, que représente la première métaphore de la série » (Michel Riffaterre, « La métaphore filée dans la poésie surréaliste », Langue française, n° 3, 1969, pp. 46-60).

Un exemple très célèbre est l’épilogue du roman Germinal, dans lequel la métaphore filée de la germination qui jalonne tout le texte, outre sa fonction poétisante, exerce une fonction argumentative : le printemps naissant étant symboliquement associé aux luttes à venir des mineurs dans l’espoir qu’un « Germinal » fera triompher le renouveau social d’un monde meilleur :

Maintenant, en plein ciel, le soleil d’avril rayonnait dans sa gloire, échauffant la terre qui enfantait. Du flanc nourricier jaillissait la vie, les bourgeons crevaient en feuilles vertes, les champs tressaillaient de la poussée des herbes. De toutes parts, des graines se gonflaient, s’allongeaient, gerçaient la plaine, travaillées d’un besoin de chaleur et de lumière.

Un débordement de sève coulait avec des voix chuchotantes, le bruit des germes s’épandait en un grand baiser. Encore, encore, de plus en plus distinctement, comme s’ils se fussent rapprochés du sol, les camarades tapaient. Aux rayons enflammés de l’astre, par cette matinée de jeunesse, c’était de cette rumeur que la campagne était grosse. Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre.

NOTES

(1) « Le terme de figure désigne tous les procédés de style qui modifient la forme la plus simple de l’énoncé ». Dictionnaire du Littéraire, sous la direction de Paul Aron, Denis Saint-Jacques, Alain Viala, PUF, Paris 2010, page 291.

(2) César Chesneau DUMARSAIS, Des tropes ou des différents sens, Figure, et vingt autres articles de l’Encyclopédie, suivis de l’Abrégé des tropes de l’abbé Ducros, éd. Flammarion, Paris 1988, page 135.

(3) Dans un ouvrage célèbre (Structures du langage poétique, Paris, Flammarion 1966), Jean Cohen distingue les « figures d’usage », qui à force d’être répétées sont devenues banales, et les « figures d’invention ».

(4) Éric Bordas, Les Chemins de la métaphore, PUF, Paris 2003, page 9.

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Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris. Diplômé d'Etudes approfondies en Littérature française et en Sociologie ; Maître de Sciences Politiques ; Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).