CPGE|Corrigé de résumé analytique et de composition française|Les Passions|Ferdinand Alquié

accroche cpge_dissertThème 2015-2016 : les passions
Dissertation sur programme
sujet corrigé
Méthodologie de la dissertation

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  1. Entraînement Sujet A (TB) : résumé analytique (analyse en 150 mots (marge de 10 % en plus ou en moins tolérée) d’un texte de 750 mots environ, en lien avec le programme des œuvres étudiées.
  2. Entraînement Sujet A (TB) : question de vocabulaire portant sur deux mots ou expressions du texte, à définir dans leur contexte.
  3. Entraînement Sujet A (BCPST) : composition française
TEXTE

Orientée vers le passé, remplie par son image, la conscience du passionné devient incapable de percevoir le présent : elle ne peut le saisir qu’en le confondant avec le passé auquel elle retourne, elle n’en retient que ce qui lui permet de revenir à ce passé, ce qui le signifie, ce qui le symbolise : encore signes et symboles ne sont-ils pas ici perçus comme tels, mais confondus avec ce qu’ils désignent. L’erreur de la passion est semblable à celle où risque de nous mener toute connaissance par signes, où nous conduit souvent le langage : le signe est pris pour la chose elle-même : telle est la source des idolâtries, du culte des mots, de l’adoration des images, aveuglements semblables à ceux de nos plus communes passions. Aussi celui qui observe du dehors le passionné ne peut-il parvenir à comprendre ses jugements de valeur ou son comportement : il est toujours frappé par la disproportion qu’il remarque entre la puissance du sentiment et l’insignifiance de l’objet qui le semble inspirer, il essaie souvent, non sans naïveté, de redresser par des discours relatifs aux qualités réelles de l’objet présent les erreurs d’une logique amoureuse ou d’une crainte injustifiée. Mais on ne saurait guérir une phobie en répétant au malade que l’objet qu’il redoute ne présente nul danger, la crainte ressentie n’étant en réalité pas causée par cet objet, mais par celui qu’il symbolise, et qui fut effectivement redoutable, ou désiré avec culpabilité. De même, il est vain de vouloir détruire un amour en mettant en lumière la banalité de l’objet aimé, car la lumière dont le passionné éclaire cet objet est d’une autre qualité que celle qu’une impersonnelle raison projette sur lui : cette lumière émane de l’enfance du passionné lui-même, elle donne à tout ce qu’il voit la couleur de ses souvenirs. « Prenez mes yeux », nous dit l’amant. Et seuls ses yeux peuvent en effet apercevoir la beauté qu’ils contemplent, la source de cette beauté n’étant pas dans l’objet contemplé, mais dans la mémoire de leurs regards. L’erreur du passionné consiste donc moins dans la surestimation de l’objet actuel de sa passion que dans la confusion de cet objet et de l’objet passé qui lui confère son prestige. Ce dernier objet ne pouvant être aperçu par un autre que par lui-même, puisqu’il ne vit que dans son souvenir, le passionné a l’impression de n’être pas compris, sourit des discours qu’on lui tient, estime qu’à lui seul sont révélées des splendeurs que les autres ignorent. En quoi il ne se trompe pas tout à fait. Son erreur est seulement de croire que les beautés qui l’émeuvent et les dangers qu’il redoute sont dans l’être où il les croit apercevoir. En vérité, l’authentique objet de sa passion n’est pas au monde, il n’est pas là et ne peut pas être là, il est passé. Mais le passionné ne sait pas le penser comme tel : aussi ne peut-il se résoudre à ne le chercher plus.

Ferdinand ALQUIÉ, Le Désir d’éternité (1943)
Coll. « Quadrige », PUF, 1983, pp. 59-60

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Corrigés

I. Résumé analytique (150 mots)

Dans ce passage du Désir d’éternité, Ferdinand Alquié dresse un réquisitoire détaillé contre la passion : elle constitue selon le philosophe une erreur majeure car elle amène celui qui en est victime à une interprétation faussée de son rapport au temps.
Cette aliénation se manifeste tout d’abord par une incapacité du passionné d’appréhender correctement le présent, de par sa propre appréhension de la liberté aliénée à la conscience affective.
Le présent du passionné est alors un présent déceptif et fantasmé, qui montre un refus du monde et de la société, autrement dit un refus d’objectiver la réalité. De là vient qu’il est difficile de comprendre les aveuglements du sujet passionné. Car il n’est capable d’aucune problématisation.
La passionnalité s’oppose donc à la rationalité. Irréductible à toute objectivité, la conscience du passionné se fixe sur tel objet fini en le transformant illusoirement en infini, exprimant ainsi un « désir d’éternité ».

II. Explications des expressions

  • « la conscience du passionné devient incapable de percevoir le présent »
    La conscience humaine, en tant que faculté mentale, permet d’appréhender la réalité selon une logique d’objectivation du présent. Selon Ferdinand Alquié, la conscience du passionné ne permet pas un tel discernement car elle est aveuglée par une perception faussée du temps. Cette aliénation se manifeste par une incapacité du passionné de voir le présent et de s’inscrire dans le devenir.
  • « le signe est pris pour la chose elle-même »
    Un signe est une représentation. Il a donc sa réalité dans l’objet qu’il signifie, mais il n’est pas l’objet lui-même. Dans le texte, il y a ainsi confusion chez le passionné dans sa perception de la réalité. Le présent du passionné est un présent illusoire, inauthentique et fantasmé : le passionné croit à tort retrouver dans un objet présent le retour de l’objet aimé de l’origine, sous une forme nouvelle, évidemment fausse et nécessairement déceptive puisqu’elle vise ce qui n’existe pas.

III. Composition française
Entraînement Sujet A (BCPST) : composition française

Rappel du sujet :

« Orientée vers le passé, remplie par son image, la conscience du passionné devient incapable de percevoir le présent : elle ne peut le saisir qu’en le confondant avec le passé auquel elle retourne, elle n’en retient que ce qui lui permet de revenir à ce passé, ce qui le signifie, ce qui le symbolise : encore signes et symboles ne sont-ils pas ici perçus comme tels, mais confondus avec ce qu’ils désignent. »

Dans quelle mesure votre lecture des trois œuvres au programme éclaire-t-elle ce jugement de Ferdinand Alquié, dans Le Désir d’éternité ?

Dissertation

Travail collaboratif Dernière mise à jour : lundi 08/02/2016 16:54

Parmi tous les travaux qu’il m’a été donné de lire en BCPST2, souvent de grande qualité, j’ai distingué le devoir d’Émeline B. Bravo à elle et à tous les étudiants pour leur implication. Ce travail a servi de base au présent corrigé.
N. B. Le tapuscrit original a été profondément remanié pour correspondre davantage à la charte éditoriale de ce blog de lettres. Ces modifications ne remettent bien évidemment pas en cause la qualité du travail et n’ont d’autre but que de l’enrichir.

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_____Les passions sont-elles une erreur ? Nous empêchent-elles d’accéder à la conscience de l’existant ? Nous soumettent-elles sans résistance à l’irrationnel et aux déterminismes ? Les chefs d’accusation, depuis les débuts de la philosophie, ne manquent pas : les hommes seraient bien souvent mus par des affects qui les destituent de toute maîtrise d’eux-mêmes au point de les empêcher d’affronter la réalité et de vivre dans l’historicité du présent. Ils subiraient ainsi l’éternelle boucle des passions qui, ramenant sans cesse le présent au passé, les entretiendrait dans une « moindre conscience ». Telle est en effet la thèse soutenue par Ferdinand Alquié dans Le Désir d’éternité : « Orientée vers le passé, remplie par son image, la conscience du passionné devient incapable de percevoir le présent : elle ne peut le saisir qu’en se confondant avec le passé auquel elle retourne, elle n’en retient que ce qui lui permet de revenir à ce passé, ce qui le signifie, ce qui le symbolise : encore signes et symboles ne sont-ils pas ici perçus comme tels, mais confondus avec ce qu’ils désignent ». Renouant avec toute une tradition moraliste de la passion, Alquié la présente comme un refus affectif du temps : elle aliénerait ainsi le sujet en faisant perdurer le passé dans le présent, par le biais de signes et d’émotions ressentis auparavant. Incapable de percevoir le présent, prisonnier de ses passions, l’individu déréalise la réalité au point de perdre sa souveraineté sur lui-même.

_____La sévérité d’un tel jugement prête à discussion : faut-il combattre les passions pour être libre ? Dans quelle mesure, en modifiant le rapport qu’a le passionné au temps, empêchent-elles l’homme d’agir ? Ces questionnements fondent la problématique de notre travail : si les passions, comme nous le concéderons d’abord, amènent à faire perdurer le passé dans le présent, nous verrons qu’elles peuvent aussi aliéner le passionné à un éternel présent illusoire. Il conviendra enfin de dépasser cette dialectique quelque peu réductrice pour envisager une définition plus positive des passions : comme moteur de l’histoire mais aussi de la conscience humaine, ne permettent-elles pas, loin d’aliéner l’homme au temps, de l’ouvrir au contraire à une conscience du temps libérée ? Nous étayerons notre démonstration par les trois œuvres au programme : Andromaque de Racine, la Dissertation sur les passions de Hume et La Cousine Bette de Balzac.

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______La passion apparaît comme un refus du temps. Ainsi que l’affirme Ferdinand Alquié, le passionné semble faire perdurer le passé dans le présent au point d’être incapable de s’objectiver dans la conscience d’une temporalité authentique. Les affects dominent l’individu qui ne perçoit plus le présent et de ce fait, reste entièrement tourné vers le passé.

______Selon le sens commun, les passions se présentent comme une emprise au point d’aveugler, par leur caractère obnubilant, la raison. Certaines, nourries et entretenues par le souvenir, entraînent alors une dévalorisation de la téléologie rationnelle. C’est ainsi que la Cousine Bette, protagoniste du roman balzacien, semble pétrifiée par la passion haineuse et jalouse de la vengeance dont l’auteur de la Comédie humaine nous rappelle qu’elle est « comme un germe de peste qui peut éclore et ravager une ville » |source|. Celle-ci est en effet entretenue par les déterminismes sociaux, à commencer par cette enfance en Lorraine pendant laquelle Lisbeth a été indirectement rabaissée par la belle, intelligente et vertueuse Adeline. À la lecture du récit, nous avons le sentiment que le narrateur, en nous racontant l’histoire de « la Bette », nous transmet aussi une conception du sens de l’existence où le temps est vécu en aliénation au passé : « Lisbeth commençait à voir les progrès de la sape souterraine à laquelle elle consumait sa vie et dévouait son intelligence » |ch. 41, source|. Cette rancœur profonde à l’encontre d’Adeline, qui se constitue en ressassement stérile du passé, peut être mise en relation avec les allusions historiques du roman qui peuvent se lire comme un refus de toute perspective évolutionniste : Crevel semble ainsi littéralement fasciné par les exploits libertins de la noblesse de cour sous Louis XV, et la famille Hulot par la figure mythique de  Napoléon. Ce rôle primordial du passé dans la formation des passions détermine également le personnage d’Andromaque : son attitude face à Pyrrhus est en effet intimement liée au souvenir de la nuit de cauchemar qui vit la chute de Troie et le massacre de sa propre famille. En voulant à tout prix rester fidèle à la mémoire d’Hector, son mari décédé, elle alimente une obsession mortifère du souvenir au point de faire d’Astyanax le substitut d’Hector. Les paroles prononcées par Andromaque et rapportées par Pyrrhus à la scène 5 de l’acte II témoignent à cet égard d’une profonde ambiguïté : « Vainement à son fils j’assurais mon secours : / C’est Hector, disait-elle en l’embrassant toujours ; / Voilà ses yeux, sa bouche, et déjà son audace ; / C’est lui-même, c’est toi, cher époux, que j’embrasse. » |source|. Comme nous le voyons, si Andromaque chérit Astyanax, c’est parce qu’il est le vivant portrait d’Hector : ainsi n’a-t-il d’existence qu’en tant que réincarnation du père. Nourrie par le passé, la passion cristallise donc les affects au point de devenir exclusive et obsédante.

______En outre, si les passions apparaissent souvent comme l’anti-raison et l’amoralité par excellence, c’est que le passionné se trouve dans l’incapacité d’objectiver le présent : aveuglé par ses affects, il déréalise la réalité au point de ne la percevoir qu’à travers le prisme déformant de la passion.  N’est-ce pas cette confusion qu’évoque Hume dans ce passage de la Dissertation : « […] l’esprit humain […] pour ce qui est des passions, […] ne ressemble pas à un instrument à vent, qui, tandis qu’on en parcourt les touches, laisse retomber le son dès que l’on cesse de souffler ; il ressemble plutôt à un instrument à cordes qui, à chaque attaque, en conserve les vibrations encore quelque temps, pendant que le son décline par degrés insensibles » (I, 3) ? Dès lors, si nos passions naissent de nos impressions, le monde qu’elles nous font entrevoir exclut la maîtrise de la raison : nos sentiments se fondant les uns dans les autres au point de rendre une passion calme ou violente, les vibrations de la passion persistent alors sans qu’on puisse les arrêter : comme le remarquait Alquié, toute prévision rationnelle semble donc rendue impossible par l’interposition d’un attrait présent qui prend valeur d’éternité : le sujet passionné subit ainsi les effets de la passion, jusqu’à ne plus percevoir le présent et la réalité du monde qui l’entoure. Cette idée des forces aveugles de l’instinct se retrouve particulièrement chez Balzac : Wenceslas par exemple ne voit que par l’habile et manipulatrice Valérie : « Je suis perdu […]. Que veux-tu ? Cette Valérie m’a rendu fou ; mais, mon cher, elle vaut la gloire, elle vaut le malheur… Ah ! … C’est mon Dieu ! » |source|. Totalement rabaissé au rang de jouet, Wenceslas semble littéralement perdre son âme. À ce titre, rappelons que la passion, fortement empreinte de sa valeur étymologique (« pati », souffrir, subir), est par essence passive : de là que le jeune homme soit incapable de percevoir les fondements mêmes de son amour. La passion amoureuse apparaît bien ici comme une illusion tant elle relève d’un dysfonctionnement de la raison pratique. Ainsi que nous le comprenons, la passion est en grande partie une illusion, donc un aveuglement qui empêche de percevoir le présent.

______Enfin, selon la thèse de Ferdinand Alquié, le passionné confondrait signes et symboles avec ce qu’ils désignent. Sous l’effet de la passion, il vit dans un monde illusoire, inauthentique et fantasmé : aussi, sa perception du monde en est-elle modifiée. Le personnage d’Oreste dans Andromaque illustre bien ce vertige de l’âme : ne croit-il pas pouvoir oublier Hermione quand il en est totalement entiché ? À Pylade qui lui rappelle son inconséquence (« Vous l’abhorriez seigneur ; enfin vous ne m’en parliez plus. / Vous me trompiez Seigneur. »), il répond en effet : « Je me trompais moi-même […] Je défiais ses yeux de me troubler jamais […] Le sort me fait courir alors au piège que j’évite » (I, 1). Livré à ses sentiments, en proie à l’illusion de sa passion, Oreste devient confus dans ses pensées, dans ses certitudes. Une telle confusion le fait vivre dans le temps de plus en plus rétréci de la tragédie, qui le mènera au néant. Cet aspect prend un caractère encore plus systématique dans La Cousine Bette où les passions s’accompagnent d’un délitement social et moral. L »érotomanie dévorante d’Hulot en fait le complice de son immobilisme : « Le baron était, moralement, comme un homme qui cherche son chemin la nuit dans une forêt » |source|. Cette errance amène le baron, littéralement dévoré par la toute-puissance du passé, à revivre sans cesse la même chose : son impuissance morale est conséquemment le signe de sa propre lâcheté, puisqu’elle lui permet d’échapper à la nécessité de la responsabilité. Pareille aliénation à la conscience affective se manifeste donc par une incapacité du passionné d’appréhender correctement le temps, de par sa propre perception de la liberté aliénée. Le présent du passionné est alors un présent déceptif et fantasmé, qui montre un refus du monde et de la société, autrement dit un refus d’objectiver la réalité. De là vient que le passionné est aliéné au passé.  Irréductible à toute objectivité, sa conscience se fixe sur tel objet fini en le transformant illusoirement en infini, exprimant ainsi un « désir d’éternité ».

______De nos réflexions précédentes, ressort l’idée que si les passions visent à faire perdurer le passé dans le présent au point de dominer l’Homme, ce refus du temps peut également conduire à un état négatif, déchu, mystifié qui fait percevoir le présent comme deuil d’un passé perdu. La passion ne revêt-elle pas alors la forme d’une aliénation au présent ?

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______Ce qui marque les passions est qu’elles appartiennent au registre de l’éphémère et de l’immédiat, qui fait que l’individu s’accomplit dans un présent d’autant plus illusoire et chaotique, qu’elles se déploient dans le domaine mobile de la modalité. Privé d’une juste perception du temps, aliéné au présent et à la chair, entravé par ses affects, le passionné s’enferme dans un présent illusoire qui est aussi une illusion de l’éternel présent.

______Rappelons pour commencer que le monde des passions apparaît souvent comme celui de l’exclusivité et de l’immédiateté. Prisonnier du fini et de ses impulsions instinctives, le passionné s’enferme dans le flot des passions qui l’envahissent ; flot irrépressible au point que la quête de l’objet de la passion s’avère interminable et infinie. À cet égard, Hume a bien montré que les passions, toutes reliées entre elles, résultent d’idées associées dont elles se nourrissent : « Toutes les impressions qui se ressemblent sont reliées entre elles ; l’une n’a pas plus tôt surgie que les autres suivent naturellement » (II, 2). Mais alors une question se pose : si les passions constituent une chaîne dynamique, qui est de l’ordre de l’immédiateté et de l’instabilité, ne risquent-elles pas de vouer l’homme à tous les excès ? Racine montre ainsi combien les relations qui s’établissent entre les personnages amènent à l’égarement puis au chaos : Pyrrhus est assassiné, Hermione se suicide, Oreste sombre dans la folie : ainsi l’immédiateté des sentiments emporte les héros dans l’impuissance de la volonté et l’aveuglement de la raison. Submergés par des affects qui manifestent la domination du corps ou de l’imagination, ils contredisent les valeurs mêmes de la vertu comme en témoigne dans la pièce la constante oscillation entre l’amour et la haine : « Où suis-je ? Qu’ai-je fait ? Que dois-je faire encore ? / Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ? / Errante, et sans dessein, je cours dans ce palais. / Ah ! Ne puis-je savoir si j’aime ou si je hais ? ». Cet aveu d’Hermione à la scène 1 de l’acte V est éclairant : faut-il voir dans cette réversibilité encore de l’amour ? Et n’est-ce pas cet état contradictoire qui est suggéré par le philosophe écossais, dans sa Dissertation lorsqu’il affirme que « le chagrin et la déception suscitent la colère ; la colère suscite l’envie ; l’envie, la malveillance ; et la malveillance ressuscite le chagrin » (Section III). Comme il l’affirme un peu plus loin (section IV), « la nature humaine est trop inconstante pour admettre une telle régularité ; l’instabilité lui est essentielle ». Ainsi, les mêmes qualités qui produisent l’orgueil et l’humilité causent l’amour ou la haine. Comme nous le comprenons, la sphère de la passion est bien celle qui, participant de l’immédiateté sensible, amène l’individu à se réaliser dans des buts tellement relatifs qu’il fait toujours faillite : de là son désespoir.

______Parce qu’elles se déploient dans le domaine affectif des impressions, les passions ne s’apparenteraient-elles pas plutôt à une souffrance du changement et de l’illusion ?  La peinture sans complaisance de la passion infernale que fait Racine, où chaque geste de l’un réagit immédiatement sur le sort de tous les autres n’est pas sans évoquer la dynamique affective et passionnelle qui structure selon Hume le corps social, et que nous notions à l’instant. Ce caractère immédiat et chaotique des passions semble dès lors le signe d’une incurable inquiétude ; de là que les passions, dans la mesure où elles sont dominées par la pure présence des impressions, amènent à des changements incessants : une passion en remplace une autre. Dans la Cousine Bette, les maîtresses presque interchangeables qui se succèdent dans le cœur du baron Hulot alimentent son désir compulsif : aliéné à l’éternel présent que lui impose sa passion pour les femmes, il passe d’Adeline à Josépha, de Josépha à Valérie puis de Valérie à la fille de cuisine Agathe Piquetard qu’il épousera à la fin du roman. Il n’y a plus de fidélité, point d’amour propre. De même, le personnage d’Adeline, dans son entêtement quelque peu hypocrite à refuser de reconnaître la réalité, s’enferme également dans la corruption du cœur : sa dévotion pour son mari atteste selon Balzac que « les sentiments nobles poussés à l’absolu produisent des résultats semblables à ceux des plus grands vices » |ch. 20|. Comme il a été très justement dit, « Balzac joue sur les antithèses et les oxymores dans le choix des titres des chapitres de la scène où Madame Hulot est prête à se vendre pour soutirer deux cent mille francs à Crevel : « Une courtisane sublime » (chapitre 87), « Où la fausse courtisane se révèle une sainte » (chapitre 89). Enfin, la rencontre et le pacte conclu entre la courtisane Josépha et l’épouse légitime Adeline Hulot, semblent définitivement entériner l’idée selon laquelle les contraires se rejoignent, s’interpénètrent et finalement s’annulent » |source|. De « sainte et martyre », elle devient lâche et madame de Saint-Estève, la tante de Vautrin n’a pas tort d’affirmer ironiquement : « J’ai toujours vu dans l’honnêteté de l’étoffe à l’hypocrisie ! » |source|. Il ne suffit point de faire comme si la tromperie n’existait pas, de ne pas en parler, de la refouler. La compassion assez grotesque d’Adeline envers Hulot se change ainsi en obsession, sa sensibilité en idolâtrie et en fausse conscience. Comme nous le voyons, la sphère passionnelle échappe, par définition, à la conscience et au contrôle de la raison. Le passionné est ainsi aliéné à un éternel présent, où les passions deviennent, en permanence, interchangeables.

______Enfin, les passions conditionnent l’accomplissement des actions de l’individu à l’ivresse d’une répétition infinie et sans issue qui est à la fois un refus du temps et un refus d’être soi-même : les passions s’enchaînent, se remplacent jusqu’à se répéter selon un principe de dépréciation des autres et de dénégation mensongère de soi. C’est ainsi que le baron Hulot dans la Cousine Bette est dans l’infinie répétition de sa passion, réduite à des expériences toujours ratées. Sa passion est un immobilisme figé car elle est à concevoir comme un état en marge de tout évolutionnisme : il n’a jamais changé et ne changera jamais. Éternellement poursuivi, son rêve de bonheur est éternellement déçu : non seulement le baron ne peut contrôler ses désirs mais il en devient le complet esclave, trop enferré dans sa passion pour être susceptible de s’intéresser aux autres. Son comportement compulsif, qui additionne les conquêtes, est en effet le signe d’un profond narcissisme interdisant le véritable amour. On peut alors comprendre que le passionné est dans une répétition infinie de sa passion présente, qu’il traduit par des comportements compulsifs. À ce titre, l’interprétation mécaniste des passions dans la perspective humienne, n’aboutit-elle pas au chaos comme en témoigne ce passage : « lorsque le bien ou le mal est placé dans une situation telle qu’il cause une émotion particulière, outre la passion de désir ou d’aversion qu’il suscite directement, cette dernière passion acquiert nécessairement une force et une violence nouvelles » (VI,2). Ainsi, la raison et la volonté capitulent devant le désir et les affects, qui s’en servent, à leur insu, comme moyens d’illusions, et comme simulacre.

______Si les passions dénient souvent au sujet sa responsabilité et la maîtrise de sa condition, pour autant, leur condamnation morale n’amène-t-elle pas à sous-évaluer l’homme, incapable de donner sens à son destin ? La conscience affective naît-elle seulement de ce refus du temps dont parlait Alquié et qui engendre les passions ? Plutôt que de nous aliéner au passé ou au présent, ne permettraient-elles pas, en questionnant l’homme sur son propre pouvoir d’agir, de nous libérer, selon un nouveau rapport au temps amenant à mieux appréhender la condition humaine ?

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______Plutôt que de condamner sans appel les passions, il conviendrait de reconnaître toute leur force créatrice : ne posent-elles pas la question de la liberté et de la détermination de nos comportements ? Peut-on appeler aliénation ce qui meut les hommes, les fait progresser ? En nous conférant une puissance accrue sur nos actes et nos facultés, les passions apparaissent comme ce qui met en mouvement l’humanité de l’homme : sa perfectibilité même.

______Tout d’abord, quand on évoque le monde des passions, il faut se départir de tout antinaturalisme abstrait qui conduirait à raisonner a priori. Comme l’a bien montré Hume à la suite de Descartes, les passions sont constitutives de la nature humaine ; elles sont les mobiles premiers et uniques de tous nos actes, les forces motrices qui mettent en jeu toutes nos facultés. En ce sens, leur condamnation ne prend pas en compte un élément essentiel qui touche à la dynamique du vivant : en tant qu’états naturels de l’âme, les passions sont mouvantes et ne restent jamais stables ni identiques à elles-mêmes : dans la Dissertation, Hume nous rappelle qu’elles sont les produits d’interactions et d’associations d’idées (II, 2). De même, il se produit une association comparable d’impressions : toute passion ressentie pouvant devenir à nouveau la cause d’une autre passion suivant des voies dont il importe de prendre la mesure de la complexité. Hume écrit un peu plus loin : « L’imagination ou l’entendement, comme il vous plaira de l’appeler, fluctue entre des vues opposées […]. Le pour et le contre prévalent alternativement interdisant à l’esprit toute opinion ferme » (I, 3).  Ainsi les passions évoluent-elles selon l’évolution de l’âme : elles peuvent alors changer d’intensité, se renforcer ou être atténuées. Dès lors, elles ouvrent paradoxalement l’homme à une meilleure connaissance de soi. Si Oreste confie à Pylade qu’il est « las d’écouter la raison » (v. 712), c’est justement parce qu’il prend conscience de sa passion : certes, il en est victime, mais elle l’oblige, derrière bien des désillusions et des déconvenues, à faire preuve de lucidité sur lui-même. C’est là, finalement, la grande question que nous pose la passion : la vie est-elle supportable pour qui veut la vivre comme absolu ? Ne paie-t-on pas le prix de ses audaces et de ses sentiments ? Si Oreste illustre la funeste vanité des entreprises temporelles, on peut dire aussi que cette dimension temporelle des passions, qui les distingue d’une simple émotion, en souligne au contraire toute la force créatrice et toute l’humanité. Ne convient-il pas dès lors d’écarter toute approche purement moralisante des passions pour en dégager la fonction éminemment positive ?

______Pareille réhabilitation des passions les inscrit donc dans le temps et dans l’historicité : les deux œuvres littéraires, en se déroulant de façon temporelle sur une ligne dramatique et narrative, suggèrent cette dynamique positive des passions : dans la Cousine Bette par exemple, la signification sociale de la vengeance d’une fille du peuple amène à une réflexion sur les structures du pouvoir : en haïssant Adeline et sa fille Hortense, Lisbeth qui travaillait comme ouvrière dans la passementerie, prend sa revanche sur les déterminismes sociaux : ainsi se comprend la phrase de l’Avant-Propos de la Comédie Humaine : « la passion est toute l’humanité. Sans elle, la religion, l’histoire, le roman, l’art seraient inutiles ». De fait, la passion inscrit l’homme dans l’Histoire, c’est-à-dire selon une historicité moderne et dynamique, que met en lumière le destin romanesque des personnages. De même, dans Andromaque, Racine fait de l’héroïne éponyme la personnification de la vertu, de la fidélité et de la persévérance. Sa passion pour Hector est l’exemple même d’une belle passion, caractérisée, comme il a été justement dit,  « par une amour fidèle, constante et honnête qu’on a pour une personne de  grande vertu et de grand mérite, sans aucune relation à la brutalité » |source|. Loin de tout jansénisme illusoire, la passion racinienne fait au contraire coexister tragédie et action, immobilisme et espoir, néant et vérité. De la sorte, l’intrigue de la pièce, en se déployant dans le temps et la durée, s’enracine dans une téléologie narrative qui voit le triomphe de la passion morale sur la raison instrumentale et qui donne sa puissance cathartique au personnage d’Andromaque en consacrant de ce fait sa supériorité ontologique. Comme nous le voyons, les passions, en s’inscrivant dans la durée, permettent d’envisager l’avenir et peuvent même amener à la vertu. Quant à Hume, il rappelle dans le Traité de la nature humaine, dont la Dissertation est la réécriture, combien « la raison ne peut qu’être l’esclave des passions ». Ainsi, ce n’est pas la raison, en tant que conduite morale, qui est le facteur décisoire de l’action, mais la passion, puisqu’elle consiste à concevoir l’expérience sensible comme fondement de la connaissance. La passion est donc ici positive car elle permet d’envisager un avenir grâce à sa continuité dans le temps.

______En ce sens les passions, précisément parce qu’elles ne sont pas une objectivation mais une réponse humaine et subjective, forcent le héros au courage et l’amènent à se mesurer au destin : en le révélant à lui-même, elles le confrontent directement à ce qu’il est. Selon l’empirisme de Hume, la passion est ainsi une conscience de soi. À l’opposé des postulats métaphysiques du rationalisme moral, le philosophe affirme dans sa Dissertation que « la raison est une passion générale et calme, qui embrasse son objet d’un point de vue éloigné et qui met en œuvre la volonté, sans susciter pour autant une émotion sensible » (section V). Loin d’aliéner l’individu, la passion peut au contraire l’affranchir de la fatalité et le pousser à la responsabilité. De fait, ne pourrions-nous pas dire que la passion est un existentialisme, tant il est vrai que l’homme est toujours responsable de ses actes : ils l’engagent et le confrontent à la question qu’il est pour lui-même. On peut alors réinterpréter le rôle que joue la fatalité dans la tragédie de Racine : la passion d’Andromaque pour son fils Astyanax est positive. Elle la pousse à être courageuse face à Pyrrhus, et à dire « non » à son chantage. Elle s’en trouve moralement glorifiée et grandie : de captive, elle devient reine. Le refus d’Andromaque prouve que la raison élève l’homme et l’affranchit d’un enfermement dans le passé. Nous comprenons alors aisément que la passion est la grande expérience qui donne à voir un nouveau rapport au monde, tant elle peut forcer l’homme, en le sortant de l’ordinaire humain, à se confronter à son destin. Là sont sans doute la vérité et la grandeur de la passion : elle manifeste que l’homme ne saurait se satisfaire de sa finitude. C’est ainsi qu’à la fin de la Cousine Bette, quand Valérie Marneffe se trouve défigurée, elle révèle certes la corruption de son âme mais aussi sa sincérité : « Le repentir avait entamé cette âme perverse en proportion des ravages que la dévorante maladie faisait à la beauté », juge (trop) sévèrement Balzac |source|. Car si la petite vérole est ici la marque du doigt de Dieu comme le pense la pieuse baronne Hulot, on peut également interpréter ce repentir à l’instant de la mort comme un principe d’action et comme un acte de courage qui ouvre à la réconciliation avec soi-même. Si la passion a donc sa racine dans l’irresponsabilité et le poids du passé, elle peut élever vers une connaissance de soi dominée par l’esprit lucide et la raison.

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______Les conclusions qu’il est possible de tirer au terme de ce travail sont plurielles : si les passions apparaissent souvent comme un affect pathologique s’opposant à la volonté, et si elles semblent soumettre l’homme à la misère du moi, elles peuvent aussi l’amener à la connaissance de soi et à une conscience du sens. En affirmant qu’elles enferment l’homme dans une temporalité répétitive, sans avenir parce que sans devenir, Ferdinand Alquié nous paraît donc limiter quelque peu l’approche du thème : comme nous avons essayé de le démontrer, il y aurait moins une inconscience passionnelle qu’une inconscience de l’homme lui-même. Dès lors, il lui appartient de promouvoir une éthique des passions qui est aussi une éthique de la responsabilité. Tant il est vrai que les passions sont le moteur de l’action : en ce sens, elles nous constituent, et sont consubstantielles à la vie elle-même. Idées et passions forment ainsi une source productrice d’histoire, capable d’un mobile et d’une légitimité amenant à préférer à la contingence du monde le monde du possible. « Rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion » affirmait justement Hegel…

Copyright © février 2016, Bruno Rigolt
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Méthodologie de la dissertation… Tous niveaux…


Les règles d’une bonne dissertation

Bruno Rigolt

méthodologie et conseils


 PLAN

1.
Définition
2. Connaissances préalables requises
3.
3-1
3-2
3-3
Trois obstacles majeurs à éviter :
La paraphrase
La tendance à la généralisation
Une trop grande implication personnelle

4.
4-1
4-2
4-3
4-4
Analyser le sujet : la méthode « OPLC »
L’objet d’étude
La problématique
Les limites du sujet
La consigne et les différents types de plans
5. La gestion du temps
6. La présentation de la copie et l’expression
7. La recherche des idées
8. Le plan : ordre, progression et cohérence
9. La structure du paragraphe : le principe de l’unité de sens
10.
10-1
10-1-1
10-1-2
10-1-3
10-1-4
10-2
10-3
L’introduction
L’entrée en matière
 
L’accroche par citation
L’accroche par analogie
L’accroche par énumérations ou questionnements
L’accroche en allant du général au particulier
L’annonce du sujet et la définition d’une problématique
L’annonce du plan
11.
11-1
11-2
La conclusion
Le bilan
L’ouverture
12. Sujets d’entraînement

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1

 

DÉFINITION

La

dissertation littéraire est un genre qui possède une longue tradition scolaire et universitaire. Relevant de l’argumentation, elle est basée sur un thème défini et elle amène le rédacteur à soutenir un raisonnement répondant à une problématique dans le but de convaincre un lecteur en justifiant ou en confrontant des thèses successives. Par ailleurs, « elle vise à faire acquérir, par les élèves de l’enseignement secondaire général et par les étudiants de lettres, une maîtrise dans l’exposé écrit, cohérent, précis et le plus rigoureux possible, sur un sujet donné »¹.

La particularité de la dissertation littéraire tient au fait qu’elle amène à répondre au sujet posé en exploitant un certain nombre de connaissances au niveau de l’histoire littéraire et au niveau des textes. Pour un candidat à l’Épreuve Anticipée de Français par exemple, il serait aberrant d’entreprendre une dissertation sans avoir un minimum de culture littéraire : les savoirs scolaires et les acquis personnels sont indispensables.


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2

 

CONNAISSANCES PRÉALABLES REQUISES

Certes, une dissertation littéraire peut bien sûr emprunter des connaissances à d’autres domaines de la pensée —historique et philosophique en particulier—, mais son objet est de parler des textes². Sans une connaissance concrète des œuvres dont on parle, elle tombe dans le délayage, les lieux communs, les généralités, les simplifications. L’ennemi mortel de la dissertation est le vague souvenir d’un cours, d’un manuel, ou d’un discours critique.

Attention aux propos allusifs : l’exactitude des connaissances est déterminante. La réussite d’une dissertation dépend donc essentiellement de l’étendue des lectures, et de l’attention accordée aux textes ainsi qu’aux grandes problématiques littéraires. On ne fait pas « allusion » à un auteur ou à un ouvrage au risque de faire « illusion » : les références se doivent d’être précises.

Comme vous le voyez, la dissertation est un exercice de réflexion étayée par un savoir : il est donc impératif de mémoriser des textes, même brefs, de connaître des citations et bien entendu d’effectuer préalablement des recherches personnelles. Relire une fois cinq poèmes que l’on va présenter à l’oral de l’EAF et croire qu’on peut entreprendre de rédiger une dissertation relève d’une ignorance coupable. Comment maîtriser une démonstration si la culture est insuffisante ? La connaissance de données formelles et littéraires est essentielle.

Vous devez vous constituer :

  • des fiches de synthèse : sur le roman, le théâtre, la poésie, etc.
  • des fiches de synthèse : sur les grandes problématiques littéraires et les mouvements culturels. Elles vous aideront à dégager le sens d’un passage dans son contexte d’histoire littéraire et sociale ;
  • des fiches de lecture (sur quelques ouvrages bien ciblés) ;
  • des répertoires de citations ;
  • des fiches sur les notions logiques (vocabulaire de l’argumentation).
  • CPGE : une parfaite connaissance du thème ainsi que des œuvres au programme (notamment les passages-clés et les citations).

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3

 

TROIS OBSTACLES MAJEURS À ÉVITER

  1. La paraphrase : on fait de la paraphrase quand on redit ce qu’exprime déjà un texte. C’est un obstacle majeur dans le commentaire littéraire puisqu’elle conduit à délayer le contenu au lieu de l’expliquer. Mais beaucoup de candidats à l’EAF lors de la dissertation font également de la paraphrase, précisément quand leur culture générale leur fait défaut : au lieu de proposer une réflexion organisée mettant en valeur l’exploitation de l’oeuvre au programme et du parcours associé à la lumière de leurs connaissances personnelles, ils se mettent à commenter les documents proposés. De là une absence totale de raisonnement démonstratif.

  2. La tendance à la généralisation : elle touche un certain nombre de candidats (parfois de valeur) qui éprouvent des difficultés à hiérarchiser et à sélectionner leurs connaissances : ils veulent tout mettre en négligeant les aspects particuliers du sujet, c’est-à-dire sa délimitation. Leur devoir ressemble ainsi à une sorte d’exposé ou de discours très général. Autre cas de figure : vous vous trouvez devant un sujet ressemblant à une problématique déjà traitée, et vous cherchez à réutiliser vos connaissances… le risque est de tomber dans les généralités en oubliant la prise en compte minutieuse du sujet spécifique qui vous est soumis.

  3. Une trop grande implication personnelle : à la différence de l’écrit d’invention, la dissertation n’est pas un exercice de style. On n’attend pas du candidat des gradations, des anaphores, des métaphores colorées, etc. Vous ne devez donc pas vous impliquer émotionnellement ou affectivement dans votre travail, ni interpeller le lecteur comme vous le feriez par exemple dans un article de journal, un discours, un débat, une lettre, etc. Il vous faut  au contraire objectiver votre devoir, c’est-à-dire le rendre objectif par une expression neutre et sobre, qui tient compte de la situation de communication imposée : donc pas de poésie, pas de lyrisme exagéré, et bien entendu pas d’esprit polémique ! Le but étant de convaincre dans une langue qui doit rester toujours soutenue.


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4

 

ANALYSER LE SUJET : LA MÉTHODE « OPLC »

La

plupart du temps, quand un étudiant échoue, c’est qu’il a mal compris le sujet. Le trac en effet pousse souvent à interpréter de manière hâtive un énoncé. Tout d’abord, lisez plusieurs fois la question et reformulez-la dans votre propre langage.

Au départ, il est donc nécessaire de mobiliser ses connaissances en cernant le sujet. Rappelez-vous de ces quatre lettres : ”O.P.L.C.”

  • L’objet d’étude (O) : il s’agit de déterminer précisément le champ thématique dans lequel se situe le sujet (par exemple “la Poésie” ou “le roman”), et d’établir des comparaisons rapides avec d’autres objets d’étude afin de bien cerner les enjeux et de les mettre en perspective : on n’aborde pas le roman comme on aborde le théâtre par exemple. La capacité du candidat à établir des distinctions, à varier les points de vue afin d’ouvrir des perspectives, ou de nuancer des prises de position sont autant de qualités valorisées lors de la notation.

    CPGE : la dissertation portant sur les œuvres au programme, votre approche sera donc obligatoirement comparatiste.

  • La Problématique (P) : c’est-à-dire les différentes façons de poser le problème, d’envisager différents points de vue permettant de préciser l’enjeu social et culturel soulevé par le sujet. Le plus important ici est de questionner le sujet, de cerner la thèse, c’est-à- dire le point de vue de l’auteur (et donc d’envisager d’autres points de vue). Si le sujet est une citation, vous devez évidemment la reformuler pour en comprendre les significations. C’est aussi l’occasion de vous interroger sur le sens des termes, sur la thèse soutenue, sur les arguments explicites ou implicites qui sous-tendent le jugement ou la démonstration.

    Je vous renvoie à ces propos éclairants : « On voit donc que l’analyse de la citation est tout entière orientée par la nécessité d’en tirer une problématique. À cette fin, on a tout intérêt à ramener à une phrase-résumé la réflexion de l’auteur, surtout si elle est longue. Car il ne s’agit jamais simplement de « commenter » ses propos, de les paraphraser, de « parler de » ou de « parler sur », il s’agit de savoir où l’on va et donc de commencer par se poser une question. […] Ainsi lancé, le devoir aura toutes les chances, non seulement de maintenir une ligne directrice, mais d’être dynamique, en opposant des points de vue »³

    La problématique consiste donc à faire porter la réflexion sur la validité des présupposés du sujet. Toute dissertation ne prenant pas en compte la problématique du sujet ne saurait obtenir la moyenne ! N’allez pas trop vite ! Exploitez le paratexte : le nom de l’auteur, le titre de l’ouvrage ainsi que sa date de publication peuvent vous aider. Pensez aussi à bien cerner les termes du sujet, et à en comprendre le sens : pour cela, vous devez identifier les mots-clés et les expliciter. Une analyse de notion s’avère également nécessaire le plus souvent : on ne saurait par exemple entreprendre une dissertation sur le Réalisme ou le Naturalisme sans avoir constitué au préalable un minimum de recherches.

    Conseil : attention à ne pas confondre la proposition exprimée par la problématique et la démonstration qu’elle implique : la problématique et le plan sont deux étapes différentes. Il arrive en effet parfois qu’un candidat pose si maladroitement la problématique, qu’elle annonce déjà la démonstration, d’où une redondance à la lecture du plan.

  • Les limites (L) : il est également essentiel de déterminer les limites d’un énoncé afin d’éviter la généralisation (voir plus haut) ou le hors-sujet (n’oubliez pas que les devoirs hors-sujet sont notés sur la moitié des points !). Certes, votre connaissance des œuvres et votre culture générale sont essentielles… mais à la condition de les exploiter avec discernement en tenant compte de la spécificité de l’énoncé. Quel est l’intérêt de “recracher” ses connaissances sur le Romantisme ou la poésie si ce qu’on écrit n’a pas de rapport étroit avec la problématique ? Je vous conseille de privilégier une approche restreinte en partant d’une problématique clairement définie plutôt que d’élargir et de prendre le risque de rester dans le vague et les généralités.

La Consigne (C). Vous devez la respecter scrupuleusement en vous posant toujours cette question : « Qu’est-ce qu’on attend de moi exactement ? » En règle générale, deux types d’énoncés sont souvent proposés :

a) les sujets sous forme de citation à discuter :

  • Exemple 1 (sujet sur le roman) : Stendhal place en exergue du chapitre XIII de la première partie de son roman Le Rouge et le noir la citation suivante : « Un roman : c’est un miroir qu’on promène le long d’un chemin ». Vous commenterez et discuterez cette affirmation.
  • Exemple 2 (sujet sur la poésie) : En quoi votre conception de la poésie s’accorde-t-elle avec ce jugement de Charles Baudelaire (Théophile Gautier, 1859) : « La Poésie, pour peu qu’on veuille descendre en soi-même, interroger son âme, rappeler ses souvenirs d’enthousiasme, n’a pas d’autre but qu’Elle-même ; elle ne peut pas en avoir d’autre, et aucun poème ne sera si grand, si noble, si véritablement digne du nom de poème, que celui qui aurait été écrit pour le plaisir d’écrire un poème ».

La consigne, comme c’est le cas ici, impose la plupart du temps un débat contradictoire qui invite à prendre position par rapport à un jugement formulé :

  • Vous commenterez et discuterez…
  • Dans quelle meure…
  • En quoi…
  • Cette affirmation vous paraît-elle ?…
  • Souscrivez-vous à l’opinion de… ? / Partagez-vous cette opinion ?
  • etc.

b) le sujet peut prendre également la forme d’une question ouverte :

  • Qu’est-ce qui pousse selon vous à écrire et à lire des poésies ?
  • Selon vous, qu’est-ce qu’un bon livre ? 
  • Quel intérêt un lecteur d’aujourd’hui peut-il éprouver à la lecture des romans du XIXème siècle ?
  • Comment ? Pourquoi ? Que pensez-vous de… ?

La difficulté de tels sujets, malgré leur apparente simplicité, est qu’ils amènent bien souvent l’étudiant inattentif à construire un plan d’exemples, un plan-catalogue, ce qui est à proscrire puisqu’un tel devoir n’amène à aucun raisonnement probant. Les correcteurs vont donc évaluer votre capacité à tenir compte des implications du sujet dans votre démonstration qui doit toujours être dynamique, c’est-à-dire obéir à une finalité. Je vous recommande de lire les pages 15 et suivantes de l’ouvrage de Francine Thyrion, La Dissertation, qui explique bien ces questions.

Les plans les plus couramment pratiqués…

Plan dialectique

Plan critique
ou d’opposition

Plan thématique
ou d’exposition

Plan analytique

  • Thèse
  • Antithèse
  • Synthèse

Hérité de la Philosophie, ce plan est pratiqué quand
le sujet invite à mettre en débat une opinion. Il amène à dépasser dans la synthèse les deux thèses opposées par une nouvelle mise en perspective du sujet.

  • Hypothèse formulée
  • Hypothèse débattue
  • Nouvelle hypothèse

Comme le plan dialectique dont il est très voisin, le plan critique porte sur le bien-fondé, la validité d’une hypothèse. Il implique cependant une plus nette prise de position par rapport à une situation, à des faits, dont il faut comprendre qu’ils soulèvent un problème que le travail se propose de résoudre après en avoir évalué l’enjeu.

  • Thème 1
  • Thème 2
  • Thème 3

Ce type de plan n’amène pas à une discussion mais à analyser un problème clairement identifiable dans l’énoncé, en centrant le travail sur la mise en relation des notions contenues dans le libellé. La démarche analytique est donc clairement expositive : expliquer, montrer, démontrer, etc.

  • problème/quoi
  • causes/comment
  • solutions/pourquoi

À la différence du plan thématique, le plan analytique est moins descriptif. il exige une réflexion personnelle de la part du candidat. Ce type de plan est fréquemment utilisé dans les matières nécessitant un important réinvestissement des savoirs ou un enjeu décisionnel (Droit, Histoire, Économie, Sciences politiques).

 – Plan dialectique : « Moi, j’écris pour agir ». Ces propos de Voltaire s’accordent-ils avec votre conception de la fonction de l’écrivain ?
– Plan dialectique : À un ouvrier qui lui avait demandé : « Conduis-nous vers la vérité », l’écrivain russe Boris Pasternak répondit : « Quelle drôle d’idée ! Je n’ai jamais eu l’intention de conduire quiconque où que ce soit. Le poète est comme un arbre dont les feuilles bruissent dans le vent, mais qui n’a le pouvoir de conduire personne ». Vous discuterez cette affirmation en élargissant votre réflexion à la littérature sous toutes ses formes. (Corrigé)

Attention au plan thématique. Comme il s’agit d’un plan descriptif, s’il est mal maîtrisé, il amène souvent à une restitution maladroite des connaissances, ainsi qu’à une présentation linéaire ou répétitive, sans réelle dynamique de composition. 

– Plan thématique : « Romantisme et poésie en France au XIXème siècle. »
– Plan thématique : « La littérature de fiction au XVIIIème siècle »
– Plan thématique : « Quelles sont les conséquences de Mai 68 en France ? »

– Plan critique : Le théâtre est-il une copie de la réalité ?
– Plan critique : Le romancier doit-il se donner pour but de distraire son lecteur ?

– Plan critique : Faut-il avoir peur du progrès technique ?
– Plan critique : Rabelais est-il un auteur sérieux ? (Source : Axel Preiss, La Dissertation littéraire)

– Plan analytique : Certains écrits d’invention à l’EAF exploitent le plan analytique. Ainsi ce sujet (2007, ES/S, centres étrangers) : « Vous avez été témoin, dans votre propre commune, d’une scène proche de celle que décrit Rimbaud dans « Les Effarés ». Vous la racontez (I Constat) dans une lettre à un élu local pour lui faire part de vos émotions (II Causes) et l’inciter à agir » (III Solutions).

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5

 

LA GESTION DU TEMPS

Minutez votre temps : vous devez aller vite pour ne pas être pris de court le jour de l’examen : n’oubliez pas que les brouillons ne sont pas acceptés !

Si vous disposez de 4 heures, vous devez être structuré(e) par ces 4 heures. Si vous disposez de 3 heures, vous devez être structuré(e) par ces 3 heures : c’est fondamental. À chaque session, de nombreux candidats perdent des points parce qu’ils ne prennent pas suffisamment en considération ces questions de gestion du temps. Si vous prenez trop de temps pour lire un texte par exemple, ou pour rechercher des informations, vous emmagasinerez trop de données, vous aurez du mal à les ordonner, et surtout à les hiérarchiser, d’où une perte de temps, qui sera préjudiciable à la qualité d’ensemble de votre travail.

N. B. Cet exemple est donné à titre indicatif. Bien entendu, vous pouvez l’adapter à votre convenance !


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6

 

LA PRÉSENTATION DE LA COPIE ET L’EXPRESSION

Comme tout texte argumentatif, la dissertation obéit à une visée clairement didactique : la disposition typographique est donc fondamentale. C’est ce qu’observe en premier lieu le correcteur AVANT de lire votre devoir.

Les découpages (parties, sous-parties ou paragraphes) doivent apparaître à l’œil nu, car ils soulignent la cohérence du plan ainsi que les articulations du raisonnement. Dans l’exemple ci-contre, on peut supposer que la disposition typographique obéit à un plan basé sur la construction thèse/antithèse (chaque partie comportant elle-même trois paragraphes, donc trois arguments).

Comme vous le voyez, la clarté de la présentation est indispensable : votre copie doit donc être aérée par des sauts de ligne qui séparent visuellement l’introduction, chaque partie du développement ainsi que la conclusion.

De même, il faut vous rappeler que chaque paragraphe commence par un alinéa visible. N’oubliez pas en revanche que la dissertation littéraire (tout comme la dissertation philosophique) ne doit comporter NI TITRE, NI NUMÉROTATION : certes, sur votre brouillon, il est tout à fait recommandé de mettre des titres à vos parties afin de visualiser votre parcours démonstratif, mais ces titres ne doivent pas figurer sur votre copie. Vous devez problématiser sous forme de phrase.

Enfin, le plan doit être visible grâce aux mots charnières qui énumèrent (« tout d’abord », « en premier lieu », « pour commencer », « par ailleurs », « en outre », « de plus ») qui annoncent une conséquence (« ainsi », « à cet effet »), etc.

Pensez également à ménager des transitions car elles sont fondamentales : elles traduisent en effet une cohérence dans la démonstration. N’hésitez pas à les mettre en valeur, en les détachant par exemple du paragraphe.

L’orthographe et l’expression

Faut-il revenir sur d’évidentes conventions de graphie ?

  • les coupures de mots en fin de ligne (conson-nes doubles) par exemple.
  • les accents, les règles d’accord du participe passé, notamment les terminaisons verbales en é/er.
  • l’écriture des noms propres, pourtant connus. C’est encore plus agaçant quand il s’agit d’auteurs dont le nom est mentionné dans l’intitulé du sujet.
  • les familiarités de langage : n’attendez aucune indulgence, a fortiori dans les examens et concours de haut niveau, pour ce qui concerne tout relâchement au niveau du lexique.
  • Soyez également rigoureux dans le choix du vocabulaire utilisé : attention par exemple à l’usage que vous faites du verbe « citer » : c’est toujours vous qui citez et non l’auteur qui « cite » !
  • Rappelez-vous aussi que les titres des œuvres se soulignent (ou se mettent en italiques dans le cas d’un texte tapé). Si le titre commence par un article défini, le premier substantif nommé doit commencer par une majuscule : Une vie (Maupassant) mais La Vie devant soi (Émile Ajar) ; Un barrage contre le Pacifique mais L’Amant (Duras).
  • Évitez enfin les parenthèses qui, en rompant le rythme de lecture, alourdissent considérablement la rédaction. Veillez aussi à la syntaxe (constructions de phrase).

Attention aux fautes sur du vocabulaire d’usage qui dénotent un manque de rigueur (d’autant plus qu’il n’est quand même pas compliqué d’apprendre une fois pour toutes l’orthographe de certaines expressions !) :

  • Quand à pour quant à
  • malgrés pour malgré
  • (malgré que : sans être incorrecte, cette expression est néanmoins lourde et jugée par la doctrine fort peu littéraire. Elle suscite d’ailleurs de nombreux débats : un certain nombre de « puristes » estimant que, dans un registre soutenu, malgré que doit s’employer uniquement avec avoir au subjonctif : malgré que j’en aie, qu’il en ait, etc. Dans le doute, préférez « bien que »
  • Voir (dans le sens de « et même ») au lieu de voire
  • quatres pour quatre
  • de faite pour de fait (en raison de la prononciation du « t » à l’oral qui n’est pas recommandable)
  • etc.

Je ne saurais trop en outre insister sur la correction de la langue et de l’expression, qui doit rester soutenue : n’oubliez pas qu’une dissertation constitue un test de culture générale. La clarté (attention aux copies-brouillon) ainsi que la maîtrise de l’écriture sont donc essentielles. 


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7

 

LA RECHERCHE DES IDÉES

Le plus facile est de prendre une copie GRAND FORMAT dans le sens de la LONGUEUR et de faire 3 colonnes (voir l’illustration ci-dessous).

  1. Dans la colonne de gauche, vous écrivez toutes les idées (c’est-à-dire les arguments) telles qu’elles se présentent à votre esprit, sans les classer.
  2. Une fois que vous avez terminé, dans la colonne du milieu, vous allez classer vos arguments : il s’agit de reprendre chacune des idées de la colonne de gauche mais EN LES ORDONNANT ET EN LES REGROUPANT.
  3. Dans la colonne de droite, vous allez faire correspondre en face de chaque argument UN OU DEUX EXEMPLES.

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8

 

LE PLAN : ORDRE, PROGRESSION ET COHÉRENCE

« Une stratégie »

Donnez à ce terme une couleur militaire. Un plan, c’est un peu un plan de bataille. Vous allez livrer une sorte de combat : un combat implicite contre les opinions, les préjugés ; un combat explicite contre un sujet partiel, voire partial. Un combat qui ne vise à vaincre personne mais à convaincre votre lecteur fictif, c’est-à-dire vaincre son ignorance ou son parti pris. Et votre lecteur réel, votre correcteur, appréciera VOTRE APTITUDE À MENER CE COMBAT DANS LES RÈGLES.De même qu’il y a un art militaire, il y a aussi un art d’argumenter et de convaincre, un art d’établir un plan stratégique car ce n’est pas une guerre de tranchées que l’on vous demande de mener : vous devez au contraire faire preuve d’efficacité, d’économie. Il faut économiser les mouvements, donner à chaque idée son intensité maximale, c’est-à-dire penser sa dynamique, la façon dont elle en appelle une autre, dont elle s’enchaîne à un exemple, de manière à avancer.

Hélène Merlin-Kajman,
La Dissertation littéraire
2009, « Les Fondamentaux de la Sorbonne nouvelle »,
Presses Sorbonne Nouvelle, page 51.

Il est important, particulièrement dans une dissertation, d’ordonner la réflexion. Les qualités d’un bon plan sont d’abord des qualités logiques permettant la mise en œuvre d’un raisonnement; Votre plan doit donc amener le lecteur à comprendre la logique démonstrative sur laquelle repose votre réflexion.

Comme il a été très bien dit, « il s’agit […] de faire face à la masse de remarques, d’idées, de propositions nées progressivement à mesure que le sujet a été analysé […]. Un travail d’organisation est alors nécessaire : le plan.
[…] Construire un plan revient donc bien à édifier, à permettre l’instauration d’une organisation : il s’agit de parvenir à une construction cohérente et logique font on a d’abord établi la finalité. Il faudra classer, hiérarchiser, choisir les arguments les plus pertinents […] : le plan doit rendre compte à la fois d’une organisation claire en ce qu’il est fixé et d’une pensée dynamique en ce qu’elle exhibe sa construction ». 

Il faut donc structurer le devoir selon une logique de progression qui va toujours du moins important au plus important. Il convient ainsi de partir des idées les plus générales ou les plus évidentes pour les approfondir : une dissertation obéit en effet à une finalité que l’on peut résumer ainsi : « D’où est-ce que je suis parti ? Pour parvenir où ? » 

Ce principe de cohérence est d’autant plus essentiel que la dissertation repose sur une logique démonstrative. Pensez aussi à confronter les points de vue, les textes entre eux : c’est de cette façon que vous enrichirez votre raisonnement, que vous nuancerez vos prises de position.

Pour les sujets qui comportent une thèse à discuter, le plan sera évidemment dialectique (thèse validée/discutée/réajustée = certes/mais/en fait). Évitez à ce titre le plus possible les avis trop tranchés [voir supra : « Une trop grande implication personnelle »]. N’oubliez pas qu’il s’agit d’examiner une problématique : confronter ne veut pas dire nécessairement opposer, mais plus simplement comparer, c’est-à-dire mettre en relation plusieurs approches dans un esprit de curiosité intellectuelle et de tolérance. À ce titre, de moins en moins nombreux sont les candidats qui pensent à utiliser les tournures interro-négatives ou concessives : c’est dommage car elles offrent l’avantage de nuancer subtilement certaines prises de position :

Ne convient-il pas de se demander si la poésie n’a de fonction qu’esthétique ? N’a-t-elle pas aussi un rôle social à jouer dans la société ? (tournure interronégative)

Si l’on ne peut nier la fonction esthétique de la poésie, il importe en revanche de souligner son rôle politique au sein de la société… (tournure concessive)

Afin de guider le correcteur dans votre parcours argumentatif, n’oubliez pas enfin d’utiliser les connecteurs logiques ainsi que les tournures de transition. De fait, il ne faut jamais enchaîner les arguments en se contentant de juxtaposer les idées entre elles. 


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LA STRUCTURE DU PARAGRAPHE : le principe de l’unité de sens

Le paragraphe argumentatif doit respecter certaines règles simples :

  1. Annoncer l’idée (au moyen d’un connecteur logique marquant la relation au paragraphe précédent). En premier lieu, vous devez présenter l’idée directrice en une ou deux phrases succinctes dans un souci de clarté. Il faut qu’en vous lisant le correcteur (et n’importe quel lecteur) puisse répondre spontanément à la question : « De quoi est-il question dans ce paragraphe ? » Il s’agit en effet pour le candidat de se situer précisément par rapport à d’autres points de vue en énonçant une pensée dont la vérité sera soutenue par le raisonnement. Votre formulation se doit donc d’être précise et claire. Vous lirez ici et là que l’annonce de l’idée principale ne doit pas se situer forcément au début. Certains en effet placent l’idée au milieu voire à la fin du paragraphe. Cela dit, il me paraît souhaitable de respecter la règle selon laquelle tout paragraphe argumentatif commence par l’annonce de l’idée dont découle une déduction à la suite d’un raisonnement. Cette structure est certes un peu rigide mais elle permet d’éviter les maladresses de méthode.

  2. Développer l’idée. C’est la phase d’approfondissement et d’explicitation : de fait, il est très maladroit de trouver dans certaines copies un argument certes pertinent, mais qui n’est pas développé. D’où une impression de superficialité, puisque le lecteur n’a pas pu suivre et donc comprendre votre logique démonstrative. Avant de passer à l’exemple, il est donc impératif d’étayer l’idée annoncée. N’oubliez pas qu’une idée n’arrive pas « d’un coup » : elle est le fruit d’un processus, d’un travail spécifique que le candidat élabore progressivement en utilisant son intelligence et ses connaissances. Derrière les mots, c’est donc d’abord un raisonnement logique que vous devez mettre en valeur.

  3. Illustrer l’idée. C’est la fonction des exemples. Vous ne devez pas les multiplier afin d’éviter l’impression de « catalogue » que présentent certaines mauvaises copies : un ou deux exemples bien ciblés et rattachés à la problématique sont préférables à une succession d’exemples qui feraient perdre au paragraphe son unité de composition et de sens. Pensez à développer votre exemple : soyez tout d’abord précis dans vos références (titre de l’oeuvre, numéro de chapitre, référence d’acte, de scène, etc.) ; commentez, même brièvement l’exemple choisi en montrant en quoi il vient illustrer l’argument avancé.

  4. Déduire. Il est évidemment recommandé de ne pas achever le paragraphe sur un exemple. Vous devez dans la mesure du possible proposer une déduction qui confirme l’idée annoncée en début de paragraphe et permette ainsi de mieux lier la démonstration à la problématique d’ensemble.

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L’INTRODUCTION

L’

introduction doit être fluide et se lire aisément. Sa longueur ne doit pas excéder une page environ. 

Elle se compose de trois étapes essentielles :

  1. L’entrée en matière
  2. L’annonce du sujet et la définition d’une problématique
  3. L’annonce du plan

10-1 L’entrée en matière

Appelée également « amorce », « accroche » ou « préambule », elle a pour but d’éveiller l’intérêt du lecteur et de susciter sa curiosité intellectuelle. Plus fondamentalement, l’entrée en matière doit amener à situer le cadre du sujet.

10-1-1 L’accroche par citation. Elle peut se révéler très utile à la condition bien entendu que la citation ait un rapport étroit avec le sujet. À ce titre, on n’introduit jamais (sauf cas très particulier) une citation à commenter ou à discuter par une autre citation : ce serait d’une extrême maladresse. Il y a une manière de citer. De nombreux candidats éprouvent toujours des difficultés dans leur façon d’amener la citation.

Considérons par exemple cette phrase d’accroche :

« La poésie est l’étoile » (V. Hugo). Nous allons réfléchir aux fonctions de la poésie. 

Cela ne convient évidemment pas. De plus, la citation n’est pas mise en valeur. On pourrait imaginer une entrée en matière de ce type : « Dans un texte célèbre, Victor Hugo, chef de file des Romantiques, assigne à la poésie la mission de guider les hommes : « La poésie est l’étoile » écrit-il. De fait, la poésie… »

Autre exemple [CPGE, thème : le monde des passions] : Dans les Pensées, publiées à titre posthume en 1670, Pascal affirme que « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » |citation 1|. Cet aphorisme réactive l’antagonisme entre raison et passion, constitutif du discours classique. |phrase d’accroche amenant au sujet| C’est pourtant contre cette thèse que Paul Ricœur, dans sa Philosophie de la volonté, écrit que |citation à discuter| « les passions procèdent du foyer même de la volonté et non du corps ; la passion trouve sa tentation et son organe dans l’involontaire, mais le vertige procède de l’âme. En ce sens précis les passions sont la volonté même ». |reformulation et mise en débat| De tels propos méritent cependant d’être discutés : si les passions ont la même origine que la volonté, c’est-à-dire qu’elles proviennent directement de l’âme, peut-on pour autant affirmer comme le suggère le philosophe, qu’elles témoignent de notre liberté et non de notre aliénation ?

Conseil : Si l’accroche par citation est souvent pertinente, il faut veiller cependant à ne pas faire de commentaire de cette citation qui amènerait à perdre complètement de vue le sujet !

10-1-2 Signalons aussi ici l’accroche par analogie. Elle consiste à s’appuyer sur une ressemblance entre un autre cas et la situation à traiter selon un principe de spécification. Il y aura donc similitude entre deux situations où les connaissances relatives à l’une sont en partie transférées à l’autre. Dans les exemples qui suivent, l’accroche par analogie est couplée à l’accroche par citation :

|Objet d’étude : le roman : Poésie roman| Dans un essai célèbre sur Victor Hugo, Baudelaire affirme du poète que c’est « un traducteur, un déchiffreur ». Ces propos nous semblent parfaitement s’appliquer au romancier

|Objet d’étude : les passions : Amour → passions| Dans un texte célèbre, l’écrivain Stendhal affirme : « L’amour est comme la fièvre, il naît et s’éteint sans que la volonté y ait la moindre part ». Pareille réflexion nous semble parfaitement s’appliquer au phénomène passionnel, tel que le définit le philosophe Alain, dans ses Propos sur le bonheur : « Ma passion, c’est moi et c’est plus fort que moi ». De fait, une question se pose… |Problématique|

10-1-2 L’accroche par énumérations ou questionnements. Elle part souvent d’anecdotes* ou d’exemples* à valeur factuelle (énoncés de faits, d’événements tirés de l’actualité, d’œuvres, etc.) amenant au questionnement suggéré par le sujet. Sa démarche est donc inductive : alors que le raisonnement déductif dérive d’une règle générale, l’approche inductive va tenter au contraire d’amener à une problématique générale à partir d’informations partielles, ou d’énumération de cas particuliers, d’exemples, de faits.

La passion est-elle une fatalité ? Peut-on même comprendre une passion ? la maîtriser ? |questionnements| Le philosophe Alain, en réponse à ces questions, apporte dans ses Propos sur le bonheur une réponse paradoxale qui montre autant la grandeur que la misère de l’homme passionné : « Ma passion, c’est moi et c’est plus fort que moi » écrit-il. Quel sens donner à cette formule, expression d’une conscience autant que d’une défaillance personnelle ?

Orgueil, humilité, amour, haine… |énumération| Nos passions, bien plus que la raison, régissent souvent nos pensées et nos actes au point de déterminer notre rapport au monde. A ce titre, le philosophe Alain n’hésite pas à affirmer dans ses Propos sur le bonheur  : « Ma passion, c’est moi et c’est plus fort que moi ». Quel sens donner à cette formule, expression d’une conscience malheureuse autant que d’une défaillance personnelle ?

* Il conviendra d’être très prudent si vous partez d’une anecdote ou d’exemples, dans la mesure où l’orientation argumentative d’un passage narratif ou descriptif peut se révéler des plus hasardeuses si elle n’est pas maîtrisée. Par son rôle interactif et déclencheur, une anecdote fictive ou autofictive peut s’avérer néanmoins utile dans les discours, les lettres argumentatives, les écritures personnelles (type BTS), etc. car elle a le mérite d’impliquer le destinataire et de mettre en place la discussion.

10-1-4 L’accroche en allant du général au particulier. Basée sur le raisonnement déductif, elle consiste à partir d’un principe universel ou d’un énoncé volontairement général duquel on pourra dégager un enjeu afin d’amener progressivement le sujet à traiter.

Prenons l’exemple de ce sujet de dissertation de culture générale : « La télévision a une sorte de monopole de fait sur la formation des cerveaux d’une partie très importante de la population. » Vous commenterez et au besoin discuterez cette affirmation de Pierre Bourdieu (Sur la télévision).

Pour réussir l’accroche, il ne faut pas partir du « général » mais du « particulier » (la télévision) et remonter progressivement vers le général : 1) la télévision. 2) ensemble plus large : la TV fait partie des médias, des moyens d’information et de communication. 3) Ces moyens se sont largement développés pendant les Trente glorieuses avec l’avènement d’une société de consommation.

Il suffit ensuite d’inverser l’ordre en allant du général au particulier (3 puis 2 puis 1) : « L’avènement d’une société de consommation de masse particulièrement sous les Trente Glorieuses (3) a bouleversé l’équilibre des systèmes d’information et de communication (2) au premier rang desquels figure la télévision : n’est-elle pas devenue un véritable phénomène de société ? À ce titre, le sociologue Pierre Bourdieu affirmait… »
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Conseils :
– attention à l’utilisation de clichés ou de formules trop stéréotypées dans votre accroche (« Depuis la nuit des temps »…)
– Ne partez pas de considérations qui, trop éloignées du sujet, en rendraient difficiles la compréhension.
– Lors de la contextualisation, ne rentrez pas dans des détails n’ayant aucun lien avec le sujet et qui déboucheraient sur une sorte d’exposé ou de commentaire à n’en plus finir sur le contexte historique, social, littéraire, etc.

10-2 L’annonce du sujet et la définition d’une problématique

Cette deuxième étape est essentielle puisqu’elle amène à poser la question à laquelle votre devoir va répondre. D’abord, vous devez rappeler l’intitulé du sujet. Si le sujet est une citation à discuter, vous devez la réécrire telle quelle, sans modification. Dans le cas où la citation serait très longue, vous pouvez la condenser en ne citant que les passages clés. Attention à bien relier cette étape avec l’entrée en matière. Rien n’est plus maladroit qu’un sujet annoncé sans lien avec l’accroche. Par ailleurs, n’hésitez pas à reformuler (brièvement, de façon claire et concise) le sujet afin de fournir un éclaircissement.

Prenez par exemple ce sujet de discussion : « Au début de son roman Aden-Arabie (1931), l’écrivain Paul Nizan affirme : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » Vous discuterez ces propos ». Au-delà de sa dimension polémique (la dénonciation de la culture bourgeoise), ce sujet amène en fait à une réflexion sur la jeunesse. La citation de Nizan pourrait être reformulée ainsi : « Remplie de doutes, de révolte, de désirs parfois contradictoires, cette étape de la vie qu’est la jeunesse est considérée par Paul Nizan comme l’âge des désillusions ». La reformulation s’avère ici essentielle. Elle conduit à la problématisation : « Problématiser » un sujet signifie montrer en quoi le sujet légitime un questionnement proposé à la réflexion, et rendant nécessaire la recherche d’une solution. La problématisation implique donc un enjeu, une mise en perspective critique.

Conseil : Évitez à tout prix de réduire le sujet à un banal questionnement qui n’amènerait à aucune réflexion, à aucun enjeu.
– EAF, CPGE : vous devez impérativement rappeler l’œuvre (ou les œuvres en CPGE) au programme ! 

10-3 L’annonce du plan

C’est évidemment une étape incontournable puisqu’il s’agit pour le candidat d’annoncer la manière dont il va traiter le sujet, en lien avec la problématique. À ce titre, je vous recommande de ne pas rentrer dans le détail des arguments. Annoncez synthétiquement les grands axes de votre réflexion. « Il faut veiller, lors de cette étape, à être le plus clair possible, et cet impératif de clarté passe souvent par l’emploi d’un vocabulaire simple et précis, ainsi que par un choix judicieux des connecteurs logiques qui jalonnent l’annonce des différentes parties

Les qualités d’un bon plan

L’introduction ne doit pas comporter de longues phrases ET SURTOUT PAS D’EXEMPLES. De même, votre plan doit être un PLAN D’IDÉES et PAS un plan d’exemples. Il a pour but de présenter au lecteur de manière claire et synthétique les grandes lignes du raisonnement.

Ce qui pose le plus de difficultés aux candidats est d’organiser leur plan autour d’idées. Bien souvent, comme dans le commentaire, ce sont malheureusement les exemples qui président à l’élaboration du parcours démonstratif, de là des paragraphes très plats, reposant sur des faits et non des arguments. Je vous rappelle l’une des règles essentielles de la dissertation : à savoir que vous devez structurer chacune des parties autour de deux ou trois arguments en partant de l’argument le plus évident (le moins important) pour arriver à l’idée la plus essentielle à vos yeux. 


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LA CONCLUSION

Elle se doit d’être brève et synthétique. Elle comporte en général deux étapes :

  1. Le bilan. À la différence de l’introduction qui va du général au particulier, la conclusion va toujours du particulier au général. Dans le bilan, il ne s’agit pas de rappeler les étapes du raisonnement, ce qui vous amènerait à d’inévitables redites, mais les résultats auxquels vous êtes parvenu au terme de votre démonstration. Rappelez-vous que la ou les questions posées par la problématique dans l’introduction doivent trouver en conclusion leur réponse. Plus subtilement, il vous faut mettre l’accent sur la démarche ayant permis de répondre à la problématique posée : « Où est-ce que je suis parvenu par rapport à l’introduction ? » La conclusion doit donc vous amener à une prise de position.

  2. L’ouverture (ou élargissement). Cette question fait souvent débat : est-il utile d’ouvrir les perspectives par un nouveau questionnement, sans tomber dans des considérations qui n’auraient plus aucun rapport avec le sujet ? Oui, à la condition que ce questionnement ait une légitimité, une justification. Or, force est de reconnaître que beaucoup de conclusions débouchent sur des élargissements peu probants d’un point de vue intellectuel, ce qui est pénalisant, particulièrement en fin de devoir : si vous manquez d’inspiration, je vous recommande donc de ne pas élargir. Certes, il est possible d’ouvrir une perspective, mais en restant dans les limites de la problématique posée, au risque de laisser le correcteur sur une mauvaise impression.

Copyright © janvier 2010, Bruno Rigolt. Dernière révision du texte : mercredi 16 octobre 2019

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NOTES
1. Francine Thyrion, La Dissertation : Du lieu commun au texte de réflexion personnelle, éd. De Boeck, Bruxelles 2006, p. 6
2. Voir en particulier ce site : Anagnosis Lettres & classiques.
3. Jacques Deguy, Christian Leroy, Paul Renard, Christian Leroy… [et al.] ; sous la direction d’Yves Baudelle, Dissertations littéraires générales, Paris 2005, Armand Colin « Coll. Cursus », page 13. Une nouvelle édition est sortie en 2014 (notice éditeur).
4. Hervé Bismuth, Martine Jacques, Hélène Monnot, La Dissertation littéraire et ses enjeux. Parcours méthodologique. 2011, Éditions Universitaires de Dijon, page 75. 


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POUR ALLER PLUS LOIN ET S’ENTRAÎNER…

Vous pouvez vous entraîner à partir de ces sujets :

  • |Réflexion sur la littérature en général| Selon vous, qu’est-ce qu’un bon livre ? Excellent travail d’élève disponible en cliquant ici.

  • |Objet d’étude : Poésie et quête du sens| Dans la préface de son recueil de poèmes Les Contemplations (1856), Victor Hugo répond à ceux qui se plaignent « des écrivains qui disent moi » : « Ah ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé qui crois que je ne suis pas toi ! »… Quand vous lisez de la poésie, attendez-vous qu’un poète vous parle de lui, de vous ou bien attribuez-vous à la poésie d’autres rôles ?

  • |Objet d’étude : la poésie| Dans une conférence prononcée à Londres le 24 juin 1936 à l’occasion de l’exposition internationale du Surréalisme, Paul Éluard  affirme que les poètes « ont appris les chants de révolte de la foule malheureuse […], ils ont maintenant l’assurance de parler pour tous ». Vous discuterez cette affirmation. Corrigé disponible en cliquant ici.

  • |Réflexion sur la littérature en général| À un ouvrier qui lui avait demandé : « Conduis-nous vers la vérité », l’écrivain russe Boris Pasternak répondit : « Quelle drôle d’idée ! Je n’ai jamais eu l’intention de conduire quiconque où que ce soit. Le poète est comme un arbre dont les feuilles bruissent dans le vent, mais qui n’a le pouvoir de conduire personne ». Vous discuterez cette affirmation en élargissant votre réflexion à la littérature sous toutes ses formes. Corrigé disponible en cliquant ici.

  • CPGE 2016 |Dissertation sur programme. Thème : le monde des passions| : « Orientée vers le passé, remplie par son image, la conscience du passionné devient incapable de percevoir le présent : elle ne peut le saisir qu’en le confondant avec le passé auquel elle retourne, elle n’en retient que ce qui lui permet de revenir à ce passé, ce qui le signifie, ce qui le symbolise : encore signes et symboles ne sont-ils pas ici perçus comme tels, mais confondus avec ce qu’ils désignent. » Dans quelle mesure votre lecture des trois œuvres au programme éclaire-t-elle ce jugement de Ferdinand Alquié, dans Le Désir d’éternité ? Corrigé de dissertation disponible en cliquant ici.

  • |Objet d’étude : le roman| On a souvent reproché au roman d’encourager les rêves et les illusions du lecteur. Ce reproche vous paraît-il pleinement fondé ?

  • |Objet d’étude : le roman| L’amour occupe dans le roman une place essentielle. En quoi sa représentation est-elle révélatrice du regard porté par le romancier sur l’homme et la société ?

  • |Réflexion sur la littérature en général| Dans son Journal (février 1954), Anaïs Nin affirme que « nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres ». Vous discuterez ces propos. Excellent travail d’élève disponible en cliquant ici.

  • |Objet d’étude : le personnage de roman| Dans l’Art du roman (1986), Milan Kundera affirme que « L’esprit du roman est l’esprit de complexité. Chaque roman dit au lecteur : les choses sont plus compliquées que tu ne le penses ». Vous commenterez et au besoin discuterez ces propos. Corrigé disponible en cliquant ici.

  • |Dissertation de culture générale| « Un homme qui n’est plus capable de s’émerveiller a pratiquement cessé de vivre ». Dans quelle mesure peut-on adhérer à ce jugement d’Albert Einstein ? (Concours de l’A.M.O.P.A. 2013, Léna GNORRA-SONNERAT : premier prix national). Travail disponible en cliquant ici.

  • |Objet d’étude : le personnage de roman. Dissertation sur programme| Émile Zola dans Le Roman expérimental (1880) affirme qu’une œuvre littéraire doit être « un procès-verbal, rien de plus : elle n’a que le mérite de l’observation exacte […] ». Ce jugement s’accorde-t-il avec votre lecture de Thérèse Desqueyroux et de L’Étranger Corrigé disponible en cliquant ici.

Je vous conseille de lire les chartes des correcteurs à l’examen. Cela vous permettra de mieux comprendre les critères qui sont retenus pour évaluer une copie. Pour en savoir plus, cliquez ici. Voyez aussi mon rapport de correction d’un bac blanc portant sur la poésie qui comporte de nombreuses remarques méthodologiques.

Même s’il s’agit d’un ouvrage portant sur la dissertation économique, je vous recommande de lire en particulier les pages 12 à 17 de l’ouvrage de Jean-Luc Dagut, Modèles de dissertations d’économie, remplies de conseils pratiques.

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