« 75 minutes BTS » (Thème « Je me souviens »). « Je suis né quelque part » : la généalogie comme légitimation identitaire.

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Le « 75 minutes », c’est quoi ?

Pour vous aider dans vos révisions, je vous propose 1 à 2 fois par semaine jusqu’à l’épreuve, un « 75 minutes » sur l’un des deux thèmes proposés à l’examen. Obligez-vous à respecter le timing : 1h15 pas plus, pour confronter trois documents, faire une fiche de synthèse à partir de la problématique abordée, et vous entraîner en temps limité sur quelques sujets-type. Bien entendu, rien ne vous empêche ensuite d’approfondir un ou plusieurs aspects, mais obligez-vous la première fois à travailler dans le temps imparti : 75 minutes ! Chronométrez-vous en n’oubliant pas qu’un temps limité est toujours mieux utilisé !

Révisions Thème 2016-2017 
Je me souviens

Problématique de ce « 75 Minutes » : « Je suis né quelque part… » : la généalogie comme légitimation identitaire.

mots clés : Je me souviens ; généalogie ; filiation ; identité ; ancrage territorial et patrimonial

De passe-temps distinctif réservé jadis à une élite aristocratique, la généalogie s’est peu à peu diffusée dans toutes les couches de la société. Si la mise en valeur des archives et la démocratisation de la photographie dès le début du vingtième siècle ont favorisé une réflexion plus large sur l’histoire familiale, c’est dans le tournant des années 60, sous l’influence des études sur les déterminismes historiques et socioculturels, et surtout à partir des années 80¹ grâce au développement de la mémoire patrimoniale, que la généalogie populaire prend un essor considérable au point de devenir un véritable phénomène de société : nombre de gens se mettent à rechercher la trace de leurs ascendants. On assiste en effet de nos jours à travers le monde, notamment avec l’essor d’Internet, des réseaux associatifs et des banques de données généalogiques, à un développement sans précédent de la réflexion sur la quête identitaire et le lignage. 

Face à l’euphorie trompeuse d’un monde toujours plus éphémère et diasporique², « pris dans le flux de l’immédiat et du court terme, emportés par le cours accéléré de la vie » (Instructions officielles), les individus souvent déracinés recherchent les ancêtres, le territoire, la tribu, le clan, le groupe, la famille dont ils sont originaires. De fait, la généalogie est d’abord alimentée par une peur de l’oubli et un désir de sociabilité : « Je suis né quelque part/Laissez-moi ce repère/Ou je perds la mémoire » chantait Maxime Le Forestier en 1989³… La quête de reconnaissance mémorielle constitue sans nul doute une dynamique essentielle de la généalogie : tout en écrivant avec pessimisme le monde post-moderne, et en puisant leur inspiration dans une époque qu’elles n’ont pas connue, les générations actuelles, orphelines de l’État-providence, cherchent à s’inscrire différemment dans l’histoire collective par la reconstitution d’une mémoire familiale. 

Cette mémoire de la parenté a entraîné de nouveaux marchés et de nouvelles pratiques culturelles : à ce titre, le sujet proposé l’an passé au BTS sur l’objet vintage nous rappelait combien, à une époque troublée de notre histoire faite de discontinuités sociales et de ruptures, le goût pour le passé se conjugue avec la volonté de s’inscrire dans une identité et une reconnaissance des origines. Confrontés à toutes les contradictions de la modernité, si nous cherchons à être né quelque part, c’est dans un lieu appartenant à un certain espace et dans une temporalité nous conférant une légitimité sociale : ainsi avec la généalogie, nous avons une histoire, puisque l’identité personnelle se projette comme identité narrative. Dans notre monde diffus et superficiel, monde à mémoire faible, cette quête mémorielle associe la mémoire forte⁴ à une légitimation existentielle et identitaire : je sais d’où je viens, donc je suis.

Copyright © février 2016, Bruno Rigolt

1. Voir à ce sujet : Philippe Joutard, Histoire et mémoires, conflits et alliance, Paris, Éditions La Découverte », 2013.
2. Qui se rapporte à la diaspora. Dans le contexte : relatif à une identité plurielle.
3. Maxime Le Forestier, « Né quelque part », 1989
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4. La « mémoire forte »
caractérise une « mémoire organisatrice en ce sens qu’elle est une dimension importante de la structuration d’un groupe et, par exemple, de la représentation qu’il va faire de sa propre identité ». La « mémoire faible », « diffuse et superficielle […] est difficilement partagée par un ensemble d’individus dont l’identité collective est, par ce fait même, relativement insaisissable ». Joël Candau, Anthropologie de la mémoire. Paris, Presses Universitaires de France (« Que sais-je ? » n°3160), 1996, page 40. Propos cités par Marie-José Jolivet, « Espace, mémoire et identité ». In : Marie-José Jolivet (ed.). Logiques identitaires, logiques territoriales, 2000, Cahier des Sciences humaines, nouvelle série numéro 14, Autrepart, page 174.

Étape 1 : la prise de notes (35 minutes) : Documents 1 et 2 : 30 minutes. Document 3 : 5 minutes. Prenez connaissance des documents en relevant les informations vous paraissant les plus utiles au traitement de la problématique : relevez synthétiquement le thème précis, la thèse de l’auteur ou l’enjeu posé, ainsi que quelques arguments ou exemples représentatifs. Ne rentrez pas dans les détails : allez toujours vers l’interprétation textuelle GLOBALE.

1. Martine Segalen, Agnès Martial, Sociologie de la famille, Huitième édition, Paris Armand Colin « Collection U », 1981, 2013 pour la présente édition.

« Les supports de la mémoire« 

 

2. Caroline Legrand, La Quête de parenté : pratiques et enjeux de la généalogie en Irlande, Québec (Canada), Les Presses de l’Université Laval, 2006, pp. 1114 (page 14 jusqu’à : « de leur mémoire, de leur parenté et de leur identité »).

 

3. Portail « Généalogie », Ministère de la culture et de la communication

http://www.culture.fr/Genealogie/Articles/Comment-debuter-ma-genealogie


→ Étape 2 : le réinvestissement des notes (40 minutes)

  • Essayez d’abord de répondre très brièvement aux questions suivantes en vous obligeant à réinvestir vos notes pour chacune de vos réponses, qui seront structurées autour d’un argument, illustré par un exemple précis. 

– Relevez dans le document 1 quelques mécanismes de reconnaissance de la filiation.
– En exploitant le document 1, dites pourquoi la généalogie n’est pas perçue de la même manière dans les milieux aristocratiques et bourgeois.
– Selon Caroline Legrand (doc. 2), pourquoi la généalogie a-t-elle renouvelé nos représentations de la parenté ?
– Après avoir cherché le sens du mot « parentèle », expliquez cette phrase (milieu de la page 12) : « Il s’agit de la recherche des origines, cette quête incessante d’identité qui est une autre manière d’illustrer les manipulations que l’on peut opérer pour se fabriquer une parentèle et redéfinir l’image que l’on a et que l’on veut donner de soi ». Vous pourrez chercher ensuite à étayer ces propos.
Page 14 (haut de page), Caroline Legrand mentionne le nom de Maurice Halbwachs : à quel propos ? Faites une recherche sur cet auteur et sur les ouvrages qu’il a rédigés. En quoi sont-ils importants pour mieux appréhender le thème « Je me souviens » ?
– À l’aide de quelques exemples empruntés aux documents 1 et 2, expliquez ces propos du support de cours : « avec la généalogie, nous avons une histoire, puisque l’identité personnelle se projette comme identité narrative ».

– Allez sur la page « Comment débuter ma généalogie ? » du Ministère de la culture et de la communication. En regardant attentivement les exemples proposés, les outils pratiques, etc., montrez comment la généalogie s’articule avec la notion de patrimoine, de diversité culturelle et de citoyenneté.
– La fièvre généalogique que nous connaissons présente néanmoins des limites : en se cherchant des origines ancestrales à travers des grands mythes historiographiques (Révolution, Empire, etc.), n’y a-t-il pas le risque de déviation vers une généalogie identitaire et communautariste ? Vous pourrez étayer votre réponse en exploitant cette page.

  • Enfin, essayez de construire une réflexion personnelle en 15 minutes à partir des éléments suivants (présentation de l’ouvrage de Caroline Legrand sur le site des Presses de l’Université Laval) : « La généalogie recouvre une dimension identitaire évidente. Elle permet à tout un chacun de penser sa propre continuité tout en confortant sa filiation et son ancrage territorial. Intime et personnelle, la généalogie n’échappe cependant pas à des instrumentations institutionnelles. Signe de la marchandisation des affaires de parenté, des commerces se développent autour de l’expertise généalogique et des industries se créent pour inscrire la quête des origines au cœur de politiques touristiques et patrimoniales. »

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Bon courage à toutes et à tous pour l’examen !

Prochains travaux dirigés :

  • « Support de cours et entraînement BTS » : dimanche 28 février
    (Thème : Je me souviens… « Histoire et mémoire »). Programme 2016-2017
  • « 75 minutes » : vendredi 11 mars
    (Thème : Ces objets qui nous envahissent… « Symbolique des objets et rituels de consommation » Programme 2015-2016
  • « Support de cours et entraînement BTS » : mardi 15 mars
    (Thème : Je me souviens… « Le souvenir et l’attente comme mesure du temps »). Programme 2016-2017
  • « 75 minutes » : dimanche 27 mars
    (Thème : Je me souviens… « Oubli et souvenir sont-ils si différents ? »). Programme 2016-2017

Travaux dirigés déjà mis en ligne (pour la session 2016) :

Méthodologie

 

Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur ès Lettres et Sciences Humaines, Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris. Diplômé d'Etudes approfondies en Littérature française et en Sociologie ; Maître de Sciences Politiques ; Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).