Entraînement BTS… Sport et droits de l’homme

Entraînement BTS Sessions 2012>13

Pour l’un de nos derniers entraînements avant la session de 2012, je vous propose de réfléchir à la problématique des Droits de l’Homme dans le Sport. Les vingt-sixième Jeux Olympiques de Pékin, qui se sont déroulés du 8 au 24 août 2008, eurent pour effet de ranimer, avec la flamme de la vint-neuvième Olympiade, nombre de controverses et de polémiques sur le vaste sujet des Droits de l’homme. De fait, n’oublions pas que la problématique sur laquelle nous invitent à réfléchir les Instructions Officielles concerne le sport, comme reflet et « miroir de notre société ». En ce sens, il véhicule un certain nombre de questionnements qui trouvent un écho dans le champ culturel, social et idéologique.

Dès lors, deux thèses s’affrontent : face aux enjeux de la realpolitik, qui imposent une acceptation de facto d’un pragmatisme souvent peu conciliable avec les Principes fondamentaux de l’Olympisme, les tenants du boycott en appellent au courage et à l’engagement des démocraties, au risque néanmoins de contredire la neutralité de la lex sportiva et de poser la question qui fâche quant à l’instrumentalisation du sport par les revendications politiques de tous ordres, aussi légitimes soient-elles… Cela dit, si l’interférence des Droits de l’homme dans le sport est problématique par le fait même qu’elle tend à confondre l’esprit sportif avec la légitimité arbitrale des droits fondamentaux, c’est néanmoins la Charte du CIO qui dans ses principes mêmes, définit les missions dévolues à l’Olympisme par référence aux Droits de l’homme…

 

Sport et Droits de l’Homme
Le sport en quête de légitimation…

 

CORPUS

  • Document 1 : Frédéric Bolotny, « Sport et droits de l’homme : il ne faut pas tout mélanger »
  •  Document 2 : Rama Yade et Bernard Laporte, « Les Jeux olympiques en Chine, une chance à saisir… »
  • Document 3 :  Amnesty International : “Stop the world record of executions”
  • Document 4 : Cyril Lemieux, « Boycotter les JO de Pékin ? »
  • Document 5 : Collectif pour le boycott des Jeux olympiques de Pékin 2008, « Cinq bonnes raisons de boycotter les Jeux olympiques de Pékin en 2008 »

 

  • Annexe : Charte Olympique : « Principes fondamentaux de l’Olympisme »

Travaux d’écriture :

1) Synthèse : Vous ferez une synthèse concise, ordonnée et objective des cinq documents contenus dans ce corpus.

2) Ecriture personnelle : Dans quelle mesure « la pratique du sport est un droit de l’homme » comme l’affirme la Charte Olympique dans son principe n°4 ?

D’un côté le sport, de l’autre la politique : il ne faut pas « tout mélanger », selon Frédéric Bolotny, économiste au Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de l’Université de Limoges. Le boycott des Jeux Olympiques comme « moyen de pression n’est plus pertinent, car les temps ont changé ». Interview.

Quel est votre sentiment face à ceux qui souhaitent boycotter les prochains JO à Pékin?
Il ne faut pas tout mélanger. Il y a le sport d’un côté et la question des droits de l’homme de l’autre. J’ai vraiment l’impression que l’on instrumentalise le sport. De droite, comme de gauche, on récupère selon les intérêts politiques du moment, par stratégie marketing. Je pense notamment à Ségolène Royal qui s’est positionnée en faveur de ce boycott… Personnellement, je ne pense pas que cela soit la meilleure solution.

Auparavant, les Jeux Olympiques ont été boycottés à trois reprises. Pourquoi aujourd’hui, cela ne serait-il plus pertinent?
Les JO sont devenus un événement extrêmement populaire et important. Le sport et les jeux ont acquis une autonomie et une légitimité à part entière. Il est vrai qu’en 1980 par exemple, une cinquantaine de pays ont boycotté les JO de Moscou en refusant d’envoyer leurs athlètes: à l’époque, deux grands blocs s’opposaient. Mais le monde a changé et le boycott est devenu obsolète.

Imaginons qu’un pays comme la France boycotte les prochains JO : quelles en seraient les conséquences?
Une grosse frustration pour tous: sportifs, entraîneurs, annonceurs, mais aussi pour tous les fans de sport. La participation aux JO est un aboutissement pour n’importe quel athlète de haut niveau. Après tant d’années d’effort et d’entraînement, ce serait une punition pour eux. Cet événement a lieu une fois tous les 4 ans donc, en général, une seule fois dans une carrière de sportif. Je ne remets pas en cause les lacunes du gouvernement chinois en matière des droits de l’homme, mais il a été décidé que les prochains JO seraient en Chine, on ne peut plus revenir en arrière. Un boycott serait un pur scandale.

En termes économiques, quelles seraient les conséquences d’une telle mesure?
En France, les pratiques sportives représentent près de 30 milliards d’euros. Mais concrètement, cela ne nous toucherait pas trop. Ce serait les petites disciplines méconnues qui en pâtiraient le plus. Les JO sont une formidable tribune médiatique et contribue grandement au développement des pratiques sportives. Lorsque la France est devenue championne du monde de foot en 1998, la pratique de ce sport a augmenté de + 15% l’année suivante. Lorsque David Douillet a remporté les JO de Sydney en 2000, cela a eu un formidable impact sur le judo, soit près de 15% aussi.

Qu’en pensent les sportifs autour de vous?
Honnêtement : rien ! Ils ne craignent pas beaucoup que de telles mesures soient prises.

Et vous ?
Un très mauvais calcul politique. N’oublions pas que la Chine représente la puissance de demain.

 

  • Document 2 : « Les Jeux olympiques en Chine, une chance à saisir… »
    Par Rama Yade et Bernard Laporte, respectivement secrétaire d’État chargée des Droits de l’homme et secrétaire d’État aux Sports. (Le Figaro du 28/02/2008)

Pékin, 8 août 2008 : l’empire du Milieu sera le centre du monde. Le cœur d’un quart de l’humanité sera relié à celui du reste de la planète. Ces cœurs battront ensemble au rythme des exploits sportifs. Battront-ils pour autant avec la même ivresse pour les valeurs de l’olympisme ?

Au-delà d’une réussite attendue, celle des records dépassés, des audiences battues, des médailles récoltées, la Chine est attendue aussi sur le terrain de l’idéal olympique.

Les interrogations dont la presse française et internationale se fait l’écho sont légitimes. Et deux questions lancinantes restent en filigrane : le boycott des Jeux olympiques de Pékin serait-il la meilleure façon de faire avancer la situation des droits de l’homme ? Y aller reviendrait-il à cautionner des pratiques jugées inacceptables au regard des droits de l’homme qui sont universels ?

Interrogeons l’Histoire : le boycott des Jeux olympiques de Moscou en 1980, par une cinquantaine de pays dont les États-Unis, a-t-il permis la chute du mur de Berlin ? A-t-il conduit à inverser la situation des droits de l’homme sur le terrain ? Assurément non ! Le constat est triste, mais il est là : ce boycott a fourni un prétexte facile au régime soviétique pour justifier, dans un dernier sursaut voué à l’échec, des répressions accrues, et fouler aux pieds les valeurs de la démocratie. Au fond, le boycott ne conduirait-il pas à l’inverse de l’objectif recherché : raidissement plutôt qu’assouplissement, fermeture plutôt qu’ouverture, éloignement plutôt que rapprochement avec l’Occident et les valeurs universelles que nous voulons partager avec la Chine ?

Alors disons-le une fois pour toutes. Pour la France, comme pour d’autres, le boycott n’est pas une option.

Prenons la Chine au mot.

La Chine est en train de devenir ce que préconisait le général de Gaulle «une grande réalité politique, économique». Géant de la scène internationale, une dimension que personne ne lui conteste, il lui reste à donner du sens à une puissance économique de plus en plus évidente. La modernisation passe aussi par le plein respect des droits de l’homme. Des progrès importants ont été réalisés ces dernières décennies, essentiellement en matière de droits économiques et sociaux. Mais des insuffisances flagrantes demeurent en matière de droits civils et politiques, de respect de la liberté d’expression.

Ce qui est attendu de la Chine, de la part de la communauté internationale comme de sa population, ce sont des pas concrets et significatifs. Nul n’ignore que la responsabilité est l’autre versant de la puissance. De ce point de vue, nous pensons que la période de préparation des Jeux olympiques de Pékin 2008, et les Jeux eux-mêmes, offrent une occasion unique, un tremplin pour enraciner plus profondément en Chine l’État de droit et les libertés fondamentales.

On peut former l’espoir que les JO de Pékin puissent permettre une de ces conquêtes en faveur des droits de l’homme.

Les domaines dans lesquels la Chine pourrait répondre à nos appels sont connus. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, s’est clairement exprimé à ce sujet à l’occasion de son déplacement à Pékin : la ratification du pacte des Nations unies sur les droits civils et politiques, un moratoire sur les exécutions ou à tout le moins, dans une première étape, la réduction des crimes passibles de la peine capitale ; des avancées en matière de liberté d’expression. La France continuera, inlassablement, son engagement après août 2008, dans le cadre d’un dialogue amical et franc, qui prend pleinement appui sur la relation privilégiée entre nos deux pays. Il faut tendre la main à la Chine, mais sans fermer les yeux. Demeurons vigilants et exigeants, tout en maintenant un climat de confiance propice au dialogue et aux avancées.

Le président de la République a souligné à Pékin tout le chemin parcouru par la Chine : «La Chine se transforme et la transformation de la Chine, c’est la transformation du monde.» C’est dire toute la responsabilité de la Chine, tout l’enjeu de sa mutation, y compris dans le domaine, essentiel, des droits de l’homme. Nous espérons qu’au soir du 24 août 2008, ce grand pays aura été à la hauteur de ses responsabilités.

  • Document 3 Amnesty International : « Stop the world record of executions »
    (source : Advertising Agency, DDB Budapest, Hongrie 2008).

« China holds the current world record of executions with executing 1,010 people of 1,591 confirmed executions worldwide. Although the Beijing Olympic committee declared that hosting the Olympics will “help the development of human rights in China”. Join the fight against death penalty”.

  • Document 4 : Cyril Lemieux, « Boycotter les JO de Pékin ? »
    La Sociologie sur le vif, Presse des Mines, Paris 2010, pages 19-20 (depuis « Faut-il boycotter les Jeux Olympiques de Pékin ? » (page 19), jusqu’à « Car c’est toujours la structuration de ce sysytème d’action concret qui conditionne leur rationalité et leurs actions » (page 20).

Pourquoi donc boycotter les Jeux olympiques de Pékin 2008 ?
1. Parce que le gouvernement chinois tente de briser tout ce que la Chine compte de dissidents, d’opposants, d’insoumis, d’intellectuels critiques et de syndicats libres. Il pratique les détentions administratives et abusives, recourt à la torture et à la peine de mort. La gynécologue Gao Yaojie est menacée par les autorités locales pour avoir révélé l’affaire du sang contaminé dans la province du Henan provoquant la mort de dizaines de milliers de personnes, victimes du sida. La reconnaissance internationale des Jeux donnera un visa d’honorabilité à ces violences.
2. Parce que la Chine a des visées sur Taïwan, poursuit une offensive diplomatico-guerrière à l’encontre du Japon, terrorise la région autonome des Ouïgours, colonise le Tibet et ne s’oppose pas au génocide qui a lieu au Darfour. Les Jeux olympiques vont servir d’écran à ses stratégies bellicistes et exterminatrices.
3. Parce que, dans la logique de la compétition sportive, l’élevage sportif chinois est le prolongement d’un système qui avait cours en RDA, en Roumanie, en URSS et à Cuba. Le dopage, la surveillance et la punition sont érigés en système de contrôle. Les robots « anabolisés » et transfusés sont lancés à l’assaut des podiums.
4. Parce que le Comité international olympique (CIO) défend ses intérêts et ne pourra aucunement permettre une démocratisation de la Chine. La signification des JO, loin des rêves de « fête », réside dans une stratégie de croissance du marché et de l’affairisme. La manœuvre diplomatique du CIO consiste à soutenir un régime totalitaire.
5. Parce que le matraquage médiatique du spectacle olympique va abrutir le plus grand nombre au moment où la vigilance doit être accrue. Cinq milliards d’euros sont actuellement dépensés pour imposer des « réjouissances » de quinze jours, dans un pays où la population manque de tout. Le gaspillage de la fête olympique est une insulte à la misère du monde !
Comment pouvons-nous tolérer que le milieu sportif, doté de fortunes colossales, donne une leçon d’éthique et de solidarité aux milliards d’individus vivant avec moins d’un euro par jour ?

1. L’Olympisme est une philosophie de vie, exaltant et combinant en un ensemble équilibré les qualités du corps, de la volonté et de l’esprit. Alliant le sport à la culture et à l’éducation, l’Olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur la joie dans l’effort, la valeur éducative du bon exemple, la responsabilité sociale et le respect des principes éthiques fondamentaux universels.
2. Le but de l’Olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’humanité en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine.
3. Le Mouvement olympique est l’action concertée, organisée, universelle et permanente, exercée sous l’autorité suprême du CIO, de tous les individus et entités inspirés par les valeurs de l’Olympisme. Elle s’étend aux cinq continents. Elle atteint son point culminant lors du rassemblement des athlètes du monde au grand festival du sport que sont les Jeux Olympiques. Son symbole est constitué de cinq anneaux entrelacés.
4. La pratique du sport est un droit de l’homme. Chaque individu doit avoir la possibilité de faire du sport sans discrimination d’aucune sorte et dans l’esprit olympique, qui exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play.
5. Reconnaissant que le sport est pratiqué dans le cadre de la société, les organisations sportives au sein du Mouvement olympique auront les droits et obligations inhérents à l’autonomie, à savoir le libre établissement et le contrôle des règles du sport, la définition de leur structure et gouvernance, la jouissance du droit à des élections libres de toutes influences extérieures et la responsabilité de veiller à ce que les principes de bonne gouvernance soient appliqués.
6. Toute forme de discrimination à l’égard d’un pays ou d’une personne fondée sur des considérations de race, de religion, de politique, de sexe ou autres est incompatible avec l’appartenance au Mouvement olympique.
7. L’appartenance au Mouvement olympique exige le respect de la Charte olympique et la reconnaissance par le CIO.

Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur es Lettres et Sciences Humaines Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).