Entraînement BTS… Sport et discriminations de genre…

Entraînement BTS Sessions 2012>13

Entraînement BTS

Sports et discriminations de genre

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Présentation du corpus et aide méthodologique

Dans ce nouvel entraînement sur le thème du « Sport, miroir de notre société ?« , je propose à mes étudiant(e)s de Seconde année de BTS un exercice relativement ardu… Tout d’abord, le dossier de documents est plus complexe que les corpus habituellement présentés à l’examen : il comporte en effet cinq textes, ce qui obligera l’étudiant(e) à savoir manipuler un certain nombre de documents dans un temps limité : la culture générale s’avère ici essentielle afin de traiter plus efficacement les questions abordées, et consacrer davantage de temps à l’organisation de la synthèse en confontant plusieurs textes : c’est la raison pour laquelle les candidat(e)s les plus motivé(e)s gagneront à mieux cerner le sujet par une lecture préalable des documents complémentaires, particulièrement pour préparer l’écriture personnelle.

Mais la difficulté de cet entraînement tient à la composition du dossier elle-même : le document 1 est une pétition, et nécessitera donc une interprétation particulière, prenant en compte l’origine des points de vue exprimés. Le document 2 extrait d’un rapport sur l’homophobie met l’accent sur l’image des femmes dans le sport. Le document 3 émanant du Conseil de l’Europe, comporte un assez grand nombre d’informations à visée sociologique, posant à la fois le problème de la représentation des femmes dans les sports et suggérant des solutions. Le document 4, issu de la presse spécialisée, est un article de recherche, avec son « jargon » et ses outils méthodologiques particuliers. Quant au dernier document, rédigé en Anglais, il apportera une difficulté, mais aussi un intérêt supplémentaires. Enfin, il conviendra de prêter attention à la nature des documents (on ne traite pas de la même façon par exemple une pétition et un rapport du Parlement européen).

La période de publication des documents (de 2004 à 2011) est également essentielle puisqu’elle enracine le thème du sport dans la problématique, malheureusement toujours d’actualité, de la discrimination sexuelle et des grands débats de notre temps sur la hiérarchie des genres. Comme le remarquait avec pertinence en 2010 Catherine Louveau, « contrairement à ce qu’énoncent nombre de discours sur ses «vertus» (un «pouvoir rassembleur», «socialisant», «intégrateur») ou encore son «universalité», le sport est une pratique sociale et culturelle, et, à ce titre, porteur de différences, de distinction et d’inégalités » (*). Mais au-delà des inégalités de genre, le corpus soulève aussi l’image et le statut de la femme, le sexisme, le problème de l’intégrité corporelle et de l’homophobie dans le sport, et de façon plus générale, la question des valeurs et des représentations collectives dont il est porteur (voyez à ce sujet l’entraînement que j’ai proposé sur les valeurs du sport, ainsi que le corrigé).

(*) Catherine Louveau (Université Paris-Sud 11), « Introduction », Sport et discrimination en Europe (sous la direction de William Gasparini et Clotilde Talleu), Conseil de l’Europe, septembre 2010, page 39.

Corpus

  • Document 1 : « À la télé, pas de filles hors-jeu », 2011
  • Document 2 : SOS Homophobie, Rapport sur l’homophobie (collectif), 2006
  • Document 3 : Dominique Bodin, Luc Robène, Stéphane Héas, Sports et violences en Europe, 2004.
  • Document 4 : Christine Mennesson, « Être une femme dans un sport « masculin », Modes de Socialisation et construction des dispositions sexuées », 2004.
  • Document 5 : Tess Kay, Ruth Jeanes, « Women, Sport and Gender Inequity », in Sport and Society : A Student Introduction  (sous la direction de Barrie Houlihan), 2008.

Sujet : Vous ferez des documents suivants, une synthèse concise, objective et ordonnée.

Écriture personnelle :

  • Sujet A : Selon vous, le sport devrait-il, au nom de l’égalité, effacer les différences de genre ?
  • Sujet B : À moins qu’il existe une raison légitime de l’interdire, les femmes peuvent-elles, selon vous, jouer au sein d’équipes masculines ? 

Documents complémentaires

  1. Rosarita Cuccoli, « Sport, racisme et discriminations« , LeMonde.fr « Sport », 14 décembre 2009
  2. Ministère de la Santé et des Sports, Secrétariat d’État aux Sports, « Charte contre l’homophobie dans le sport« 
  3. Laboratoire d’Anthropologie et de Sociologie Université de Rennes 2 (Département STAPS), « Discriminations dans les sports contemporains : entre inégalités, médisances et exclusions« . Journal International De Victimologie, 2008.
  4. LA DÉCLARATION DE BRIGHTON SUR LES FEMMES ET LE SPORT, « Les femmes, le sport et le défi du changement » (1994).
  5. Christine Mennesson, ÊTRE UNE FEMME DANS UN SPORT « MASCULIN », Modes de Socialisation et construction des dispositions sexuées, Sociétés Contemporaines n° 55, pages 69-90, 2004.

Dossier de documents

[…] Une ancienne joueuse de rugby féminin tient les propos suivants dans une interview dans un journal régional (Var Matin – 8 mars 2005) : « il existe un vrai problème d’homosexualité qui colle aux sports collectifs féminins et plus sensiblement encore au rugby. Il y a aussi le manque de féminité de certaines. C’est pourquoi j’insiste auprès des filles pour qu’elles soignent leur image et leur tenue en dehors du terrain ». On imagine sans peine les conséquences de tels propos sur des lesbiennes pratiquant ou désirant pratiquer du rugby ou tout autre sport collectif…

De plus, le climat homophobe peut être entretenu par les supporters. Ainsi, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a dénoncé dans une enquête en juin 2005 le racisme et l’homophobie dans les stades. Le football est le sport le plus concerné : près de 70 actes racistes, antisémites ou homophobes ont été observés durant douze mois dans le football professionnel. Les incidents peuvent prendre des formes très variées : insultes, banderoles, ratonnades…

Cette situation encore majoritairement hostile aux homosexuel(le)s peut expliquer notamment pourquoi, hormis Amélie Mauresmo, aucun sportif français de haut niveau n’est ouvertement homosexuel, et en particulier dans les sports collectifs (football, rugby). De même, on peut parfaitement comprendre les raisons qui poussent de nombreux sportifs homosexuels ayant vécu des discriminations et des rejets dans les clubs sportifs traditionnels à quitter ces structures pour se réunir dans des clubs gays et lesbiens (et leur nombre est important), afin de pouvoir pratiquer le sport qu’ils aiment en toute liberté sans avoir à cacher leur identité ou à se justifier.

  • Document 3 : Dominique Bodin, Luc Robène, Stéphane Héas, Sports et violences en Europe, Editions du Conseil de l’Europe, © Conseil de l’Europe, août 2004 (page 213 et suivantes).

Les statistiques sont éloquentes : les femmes sont très largement sous-représentées dans les sports. Elles le sont directement parce qu’elles sont, le plus souvent, moins nombreuses dans les clubs, les fédérations dominantes, les listes de sportifs/sportives de haut niveau, et dans les participants à ce qui est considéré comme les grands événements sportifs. Elles le sont, ainsi, en ce qui concerne la médiatisation. En dehors des jeux Olympiques où certaines rencontres ou manifestations sportives féminines apparaissent plus souvent qu’à l’accoutumée, les femmes sont, le plus souvent, absentes, hormis des exceptions notoires comme le patinage artistique ou la gymnastique, par exemple. Cette invisibilité constitue à proprement parler une violence symbolique essentielle et supplémentaire. Les sportives et leurs exploits, plus simplement leurs actions, ne sont pas connues. Dans ce cadre masculin dominant des sports et des médias sportifs, il est difficile alors pour elles d’être reconnues comme athlètes ou joueuses (Bodin, Héas, 2002 ; Brocard, 2000). Certains pays ont adopté des mesures compensatoires et légales visant à augmenter la place octroyée aux femmes dans le monde général du sport au niveau de la pratique, de l’encadrement ou de la formation. Ce processus, qui peut être appréhendé comme relevant du phénomène plus général dénommé «discrimination positive» en France, et ailleurs plutôt «action/mobilisation positive» (affirmative action), englobe nombre d’initiatives locales ou nationales. Outre-Atlantique, les résultats semblent mitigés pour le moins, alors qu’un tel processus a été mis en place dès les années 1970 (Leonard II, 1998, 263). Aujourd’hui, pour l’homme comme pour la femme, un facteur de pratique sportive (ou culturelle en général d’ailleurs) clivant est le temps que l’on peut (ou non) organiser à sa guise. Or, il existe toujours une charge quasi exclusive du travail domestique et familial pour les femmes. Les données sont implacables : le noyau dur des tâches domestiques repose toujours à 80 % sur la gent féminine en France (CNRS, 1991). En outre, «sachant que la charge parentale représente à peu près 39 heures par semaine, la femme prend en charge les deux tiers et l’homme un tiers» (Méda, 2001). Le phénomène des «nouveaux pères», des «nouveaux hommes», est souvent annoncé. Pourtant, les différences sont toujours présentes, avec quelques différences significatives entre certains pays du nord de l’Europe (hors Irlande) où les échanges entre conjoints et/ou parents semblent moins cristallisés que dans d’autres pays comme la France, l’Espagne ou l’Italie.

Une parité en marche

En Europe, la parité en général et la parité dans les domaines des APS (¹) devient un engagement des différents acteurs en présence. Dès le milieu des années 1970, les institutions européennes ont mis en place des directives ou des comités chargés de promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes. Respectivement, la Directive 76/207 CEE de 1976 et le Comité directeur pour l’égalité entre les femmes et les hommes (CDEG) pour le Conseil de l’Europe, en 1979, renforcé en 1992. L’égalité est l’objectif ultime, la parité étant un moyen d’y parvenir dans des domaines clefs comme la politique, les administrations, les lieux de formations, mais aussi les APS. […]

Dans les fédérations non féminines, à «tradition masculine forte», comme la lutte, le football, la boxe, et le cyclisme dans une moindre mesure, le sport féminin, dans sa phase initiale qui a duré plusieurs dizaines d’années, ressemblait souvent à une parodie folklorique. A la fin des années 1970, il était possible d’entendre des propos du genre : «L’an dernier, on avait organisé un concours de vaches landaises, mais c’était beaucoup moins réussi !» (Héas, Bodin, 2001). Aujourd’hui encore, les femmes pratiquant un sport sont parfois utilisées comme «petit truc publicitaire pour attirer la foule» lors de matches d’ouverture, en «amuse-gueule» pour la compétition réelle, celle des hommes. À un degré de machisme supérieur, le divertissement, déjà douteux, devient «une pratique corporelle rose» : lutte de femmes, dans la boue, plus ou moins dénudées, boxe en monokini, etc. Cette déviation sexuelle concerne plus souvent encore les APS connotées socialement comme féminines : danse érotisée, gymnastique tonique «rafraîchissante pour l’oeil», «relaxation avec massage et plus si affinités», etc. (Héas, 2004).

(1) APS : Activités physiques et sportives.

Les travaux traitant de la construction historique de la virilité moderne insistent sur le rôle central du sport dans ce processus dès le XIXe siècle (Elias et Dunning, 1991 ; Mosse, 1997). Les apprentissages sportifs, organisés autour de la gestion de la puissance physique, de l’agressivité et de la violence, participent largement à la construction d’une masculinité « virile » hégémonique (Messner et Sabo, 1994). Ce modèle de socialisation et les valeurs qui le fondent, particulièrement exacerbés dans les sports collectifs et les sports de combat, ne facilitent pas l’engagement des femmes dans ces disciplines. La définition sexuée du sport implique en effet une certaine « conformité sexuée » pour les femmes en général et les sportives en particulier (Louveau et Davisse, 1991). Les sportives de haut-niveau sont ainsi d’autant plus médiatisées qu’elles correspondent aux canons de la définition dominante de la « féminité » et de la conformité sexuelle, et qu’elles s’investissent dans des pratiques qualifiées de « féminines » (Wright et Clarke, 1999). En ce sens, l’intérêt du football et des boxes poings-pieds pratiqués par les femmes réside essentiellement dans le fait que les pratiquantes transgressent les représentations dominantes de la femme sportive en s’engageant dans l’apprentissage de techniques corporelles historiquement et symboliquement « masculines » (Theberge, 1995). De ce fait, ces sportives sont confrontées à une « double contrainte » : maîtriser une gestualité sportive « masculine », tout en démontrant leur appartenance à la catégorie « femme », pour échapper aux processus de stigmatisation (Laberge, 1994). […]

Le cas du football […]

Au moment où les filles atteignent l’âge limite autorisé pour le jeu en mixité (13 ans à leur époque, 14 ans aujourd’hui), elles doivent rejoindre une équipe féminine pour poursuivre leur carrière. Persuadées que les filles ne savent pas jouer au football, elles s’estiment dévalorisées par ce changement. Pour ces joueuses, intégrer une équipe féminine revient à rétrograder dans la hiérarchie des sexes et si la possibilité d’intégrer une équipe féminine de bon, voire de haut niveau, ne se présente pas, elles abandonnent le football. Quand elles parviennent à s’intégrer dans une équipe féminine, elles sont confrontées au mépris des hommes, qui critiquent vertement le caractère « masculin » de leur hexis (¹) corporelle :

«Le gros problème que l’on a avec les filles, c’est leur dégaine, elles se trimbalent comme des garçons. Regardez-les marcher ! De dos, on dirait des mecs, quand ce n’est pas de face pour certaines… » (Roger, responsable d’une équipe féminine de la région parisienne).

Ces propos mettent en évidence la force du processus de stigmatisation dans l’expérience des footballeuses. Les filles évoluent alors dans un monde à part, entre femmes, coupées du milieu du football masculin largement hostile à leur pratique. Cette socialisation homosexuée dans un monde « diminué » (au sens de Goffman) facilite la définition de normes inversées en matière d’identité sexuée, renforçant ainsi les dispositions sexuées «masculines» constituées pendant l’enfance. Les joueuses s’investissent en effet fortement dans un mode de sociabilité communautaire qui tend à devenir un lieu de socialisation relativement exclusif. Dans ce contexte, le refus de se soumettre au travail de l’apparence corporelle ou encore les pratiques homosexuelles peuvent apparaître comme des moyens de signifier son appartenance à l’équipe (Mennesson et Clément, 2003). Bien sûr, toutes les footballeuses ne se construisent pas sur le même modèle. Si les trajectoires scolaires et sociales des joueuses ne permettent pas de distinguer les footballeuses les plus critiques à l’égard des normes sexuées dominantes des autres, l’âge d’entrée dans l’activité influence leur positionnement. Ainsi, les footballeuses entrées plus tardivement dans la pratique du football adoptent souvent des positions moins tranchées et acceptent plus facilement d’adopter des pratiques destinées à donner plus de visibilité à leur genre. Les tentatives de nombreux dirigeants pour « féminiser » les joueuses trouvent ainsi quelques ambassadrices du côté des sportives. Cependant, si ces événements, journées « filles » avec tenue « féminine » obligatoire, ne sont pas rejetés par toutes, la majorité des joueuses éprouvent beaucoup de difficultés, et de souffrance parfois, à se conformer. La « politique du tailleur », qui impose comme son nom l’indique le port du tailleur aux joueuses de l’équipe de France pendant leurs déplacements, suscite ainsi des réactions révélant un manque d’incorporation des manières d’être féminines et des pratiques corporelles qu’elles impliquent (marcher avec des talons, monter un escalier avec des jupes serrées…). De nombreuses joueuses déclarent être « mal à l’aise », certaines se sentant « travesties » ou « déguisées », sans compter leur peur de tomber ou de paraître ridicule du fait de leur incapacité à ajuster leur motricité (« masculine ») au costume (« féminin »). Leur manque d’aisance et leur gêne dans ces situations traduisent l’inadaptation de leurs dispositions sexuées au rôle qu’on leur demande d’assurer.

Pour résumer, la plupart des joueuses sont en difficulté face à des situations exigeant une présentation de soi conforme aux normes sexuées dominantes. De ce fait, elles peinent aussi à faire reconnaître leur pratique au sein d’une institution très attachée à une représentation stéréotypée du « féminin ».

(1) hexis : ensemble de dispositions corporelles, manière d’être, de se tenir, etc.

Document 5 : Tess Kay, Ruth Jeanes, « Women, Sport and Gender Inequity« , in Sport and Society : A Student Introduction (sous la direction de Barrie Houlihan), SAGE Publications Ltd ; 2nd edition (2008). Depuis la page 131 (« The female experience of sport : a history of exclusion » jusqu’à la page 133 (fin de la section « the female in sport is still considered a woman in man’s territory« ).

Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur es Lettres et Sciences Humaines Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).