Corrigé Contraction de texte et Essai (sujet inédit) Parcours : « Écrire et combattre pour l’égalité »

Entraînement au Bac de français. Séries technologiques : ST2S | STI2D | STL | STMG

Texte de la contraction : discours d’Isabelle Lonvis-Rome* prononcé le 30 janvier 2023 : « Présentation du Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine : 2023-2026 » (extraits).

* Ministre déléguée auprès de la Première ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances.

Activités d’écriture

CONTRACTION (10 points)
Vous résumerez ce texte en 230 mots. Une tolérance de +/– 10 % est admise : votre travail comptera au moins 205 mots et au plus 255 mots.

  • Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots.
  • Vous indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

1. L’étape préparatoire

L’autrice
  • Isabelle Lonvis-Rome, magistrate, autrice et femme politique française, très engagée dans la lutte contre les stéréotypes de genre. Elle a également coordonné un plan d’action contre les violences conjugales dans le cadre du Grenelle sur les violences conjugales en 2019.
  • Elle a occupé le poste de ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances dans le gouvernement d’Élisabeth Borne, du 20 mai 2022 au 20 juillet 2023. Durant son mandat, elle présente le plan « Toutes et tous égaux – 2023-2027 », axé sur la lutte contre les violences faites aux femmes, la santé des femmes, l’égalité professionnelle et la promotion d’une culture de l’égalité. Elle quitte le gouvernement en juillet 2023. (source : wikipedia)
Thème du discours
  • Le texte porte sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et l’antitsiganisme en France.
  • Il met en avant un plan d’action pour protéger les victimes, éduquer la jeunesse et renforcer l’État de droit face à ces discriminations
Thèse de l’autrice
  • Isabelle Lonvis-Rome soutient l’idée que la République française doit combattre fermement toute forme de discrimination et de haine, car elles menacent le vivre-ensemble et les valeurs républicaines. L’universalisme républicain, fondé sur l’égalité et la dignité de chacun, est présenté comme un rempart contre ces dérives.
Étude de l’énonciation
  •  L’usage de la première personne (« je ») joue un rôle clé dans la portée persuasive du discours. Isabelle Lonvis-Rome utilise plusieurs fois le « je » pour affirmer son engagement personnel : « J’y veillerai », « Je resterai à l’appui des autorités locales […] et [je] sillonnerai le pays », « Je l’ai dit », « Lorsque je pense à cet ennemi commun que nous avons », « Je vous remercie ». Il s’agit ici d’un engagement personnel et politique : l’oratrice ne se contente pas d’exposer des principes généraux, elle affirme sa responsabilité et sa vigilance quant à la mise en œuvre des mesures annoncées.
  • L’emploi du « nous » est également important. Il y a d’abord le « nous » institutionnel (« nous réaffirmons », « nous devons renforcer la confiance des citoyens ») : il englobe l’autrice, les institutions et l’État, affirmant un engagement collectif des autorités. Il y a également le « nous » inclusif, moral et universel. Il inscrit le combat contre la haine dans un projet républicain partagé (« nous avons une destinée commune », « nous gagnerons cette bataille »). Le « nous » inclut donc  la République, les citoyens et les victimes. Il permet ainsi de faire de la lutte contre le racisme une cause collective et non une simple action gouvernementale.
  • L’adresse au destinataire : l’énonciation se caractérise aussi par un usage du « vous », qui sert à interpeller directement le public : « Ce plan, vous venez de le découvrir », « Parmi les mesures ambitieuses qui vous ont été présentées », « Je vous remercie ». L’interpellation vise à responsabiliser l’auditoire et à créer une adhésion aux mesures proposées.
  • On trouve enfin des formulations plus généralisantes, parfois proches de la maxime : « pour que personne ne perde foi en la République », « Faire Nation, c’est prôner l’universalisme », « La Justice est une réponse clé au racisme », etc. Ces phrases posent des principes généraux et cherchent à donner une dimension solennelle au propos.
Structuration du texte 

1. Introduction : un constat alarmant. L’oratrice montre d’abord l’ampleur du problème (chiffre frappant pour capter l’attention : « un million deux cent mille victimes ») et les conséquences graves : exclusion, violence, départs forcés.

2. Annonce d’un plan d’action pour protéger les victimes et sanctionner les coupables.

  • Affirmation des fondements philosophiques et républicains
    • Définition de l’universalisme républicain et son opposition à une vision uniformisante (distinction entre un universalisme humaniste et un universalisme dévoyé).
    • Insistance sur l’État de droit comme pilier de la lutte contre la haine.
  • Mesures concrètes pour l’éducation et la justice 
    • Importance de l’éducation pour lutter contre la haine et les préjugés et en particulier de la transmission mémorielle (visites de lieux de mémoire pour sensibiliser les jeunes).
    • Rejet de la banalisation de la haine, notamment dans les médias et sur Internet.
    • Renforcement des institutions judiciaires (amélioration de la prise de plainte, renforcement des moyens des forces de l’ordre et exécution des peines, lutte contre le sentiment d’impunité des auteurs de crimes racistes).

3. Conclusion : nécessité d’un combat politique et moral. Réaffirmation des valeurs républicaines et d’universalité, appel à l’engagement collectif contre le racisme.

Registres et style

Ton engagé et solennel : utilisation de formules marquantes pour insister sur l’urgence du problème.

  • Répétitions et anaphores : « Un million deux cent mille », « Faire Nation », « l’universalisme » pour marquer les esprits.
  • Références littéraires et philosophiques : Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, Victor Hugo, Simone Veil, Charles Péguy, Tahar Ben Jelloun pour légitimer le propos.
  • Alternance entre considérations théoriques (idéal républicain) et faits concrets (mesures pratiques).

2. Corrigé de la contraction

RAPPELS de méthode :
  • Vous devez vous mettre à la place de l’auteur en conservant les marques d’énonciation du texte. Surtout n’écrivez pas « l’auteur dit que » : c’est une maladresse lourdement sanctionnée. 
  • Votre contraction doit comporter les idées essentielles du texte et respecter les étapes de la démonstration de l’auteurN’ajoutez aucune idée personnelle : la nécessité de l’objectivité est impérative.
  • Votre contraction doit être concise : la  reprise des formulations du texte, sauf si elle se justifie (mots clés dont la suppression empêcherait la compréhension du message), contrevient aux principes de l’exercice. L’effort de reformulation est donc indispensable.
Contraction de texte :

1,2 million de personnes subissent chaque année en France des insultes, discriminations, actes racistes ou antisémites sans oser porter plainte. Ces injustices isolent, marginalisent et contraignent certaines victimes à déménager ou à douter de leur place dans le pays. Ce plan vise à répondre à cette réalité et s’adresse [50 mots] à toutes les victimes et, plus largement, à l’ensemble de la société.

Ici, sur le sol de la République, chacun doit jouir des mêmes droits, quelles que soient son origine, sa culture, sa religion ou sa couleur de peau. Faire Nation, c’est défendre cet universalisme républicain : un universalisme [50 mots] humaniste qui protège la dignité de tous, l’égalité et l’État de droit.

Pour promouvoir cet objectif, le plan que nous proposons doit mettre l’accent sur l’éducation et la transmission mémorielle pour former des citoyens responsables. Mais ce plan est aussi un avertissement à ceux qui distillent [50 mots] la haine dans les médias, sur Internet ou en politique : ces actes barbares sont incompatibles avec les valeurs républicaines que nous partageons et n’ont pas leur place dans le débat public.Voici pourquoi la justice doit être un rempart contre la haine. Nous renforcerons la prise de plainte, sanctionnerons [50 mots] sans faiblesse et mettrons fin à tout sentiment d’impunité.

Enfin, j’insiste sur la nécessité de rester fidèle aux valeurs républicaines et à notre idéal de fraternité, qui rejette l’égoïsme et l’exclusion. [35 mots]

Nombre de mots utilisés : 235.

3. Corrigé de l’essai

  • SUJET (10 points)
    Dans son discours, Isabelle Lonvis-Rome affirme : « L’Histoire alerte trop souvent le présent ». Selon vous, en quoi les leçons du passé concernant les luttes pour l’égalité aident-elles à construire notre présent ? Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre du parcours « Ecrire et combattre pour l’égalité ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Comprendre les enjeux du sujet : Le sujet invite à réfléchir au rôle de l’histoire et de la mémoire dans la construction des sociétés contemporaines. Il s’agit de montrer comment les combats passés pour l’égalité (droits civiques, féminisme, lutte contre les discriminations…) permettent aujourd’hui d’améliorer les lois, les mentalités et les institutions.

Problématique possible : En quoi la connaissance des luttes passées pour l’égalité permet-elle d’inspirer et d’influencer nos sociétés contemporaines ?

Les événements passés ont souvent une résonance sur le monde contemporain. Cette résonance de l’Histoire peut être perçue comme une forme d’avertissement : c’est ainsi qu’Isabelle Lonvis-Rome dans son allocution du 30 janvier 2023 présentant le Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine affirme : « L’Histoire alerte trop souvent le présent ». Ces propos nous invitent à nous interroger : en quoi les leçons du passé en matière de lutte pour l’égalité aident-elles à construire notre présent ? Nous traiterons cette problématique selon une triple perspective : après avoir montré dans une première partie comment les leçons du passé fournissent des repères précieux en matière de lutte pour l’égalité, nous verrons ensuite comment en tirant parti de l’Histoire, nous pouvons mieux appréhender les défis actuels. Enfin, nous nous interrogerons de façon plus critique : les combats passés peuvent-ils toujours aider à construire un présent et un avenir plus inclusifs ?


En premier lieu, nous devons nous rappeler combien les combats du passé constituent le fondement des droits actuels. Les luttes pour l’égalité dans l’Histoire ont permis d’établir des principes universels toujours pertinents aujourd’hui. C’est à dessein qu’Isabelle Lonvis-Rome rappelle dans son allocution l’importance de l’humanisme : « Il faut défendre un universalisme républicain et humaniste ». De fait, les valeurs humanistes reposent sur l’idée fondamentale que chaque individu mérite d’être respecté dans sa dignité et sa liberté. Par exemple, Étienne de La Boétie, dans son Discours de la servitude volontaire (1576), pose une réflexion essentielle : les inégalités et les oppressions perdurent parce que les peuples les acceptent passivement. En analysant la manière dont les dominés participent à leur propre soumission, il invite à une prise de conscience qui, encore aujourd’hui, inspire les combats pour la liberté et l’émancipation des individus. Sa critique de la tyrannie et de l’acceptation passive des injustices est un rappel que la justice ne s’impose pas d’elle-même, mais doit être défendue activement par l’éducation et la raison, mais aussi par la tolérance et la fraternité, principes essentiels du vivre ensemble : « il ne peut venir à l’esprit de personne que la nature en ait mis certains en servitude, puisqu’elle nous a tous faits membres d’une compagnie ». Ainsi, beaucoup de gens de nos jours se réclament, parfois sans le savoir, de valeurs largement inspirées des principes humanistes définis au XVIème siècle.

Les combats passés ont en outre permis d’obtenir des avancées en matière de droits qui servent encore aujourd’hui de référence et de socle pour nos sociétés contemporaines. Ainsi la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 a établi des principes de liberté et d’égalité devant la loi, dont se sont largement inspirées les démocraties modernes. C’est au nom de ces valeurs qu’Olympe de Gouges a fondé son engagement pour une société plus équitable. Dans sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), elle revendique pour les femmes les mêmes droits que ceux accordés aux hommes : nous pourrions mentionner par exemple l’article 1 de la Déclaration : « La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits ». Si cet article reprend presque mot pour mot l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, il y intègre explicitement les femmes. En reprenant la formulation de la déclaration de 1789, Olympe de Gouges met en évidence les insuffisances d’un texte qui prône l’égalité tout en excluant la moitié de l’humanité. Bien que largement ignorées à son époque, ces revendications d’égalité ont donc largement nourri les combats pour l’égalité des siècles suivants : notamment le droit de vote des femmes, obtenu en France en 1944, la loi sur l’égalité professionnelle homme-femme (1983), l’accès des femmes aux fonctions politiques, avec l’instauration en 2000 de la parité en politique ou les lois sur la contraception et l’avortement (loi Veil de 1975). Aujourd’hui, l’idée selon laquelle femmes et hommes doivent être égaux en droits est devenue un principe fondamental des sociétés démocratiques.


Par ailleurs, de nombreux idéaux des siècles passés tels que l’égalité, la liberté et la fraternité, s’ils constituent un modèle pour mieux penser notre modernité, n’en sont pas moins un avertissement dont il nous faut tenir compte : la connaissance des œuvres passées aide en effet à mieux comprendre les combats actuels. Stéphane Hessel dans son essai intitulé Indignez-vous ! (2010) affirme : « dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l’indifférence, dire « je n’y peux rien, je me débrouille ». En vous comportant ainsi, vous perdez l’une des composantes essentielles qui font l’humain. Une des composantes indispensables : la faculté d’indignation et l’engagement qui en est la conséquence ». Cette faculté d’indignation dont parle Stéphane Hessel rappelle que la construction d’une société égalitaire exige une vigilance constante face aux injustices de notre monde.L’Histoire en effet enseigne à reconnaître les dangers du passé pour mieux lutter contre les dérives du présent. A ce titre, Isabelle Lonvis-Rome insiste sur l’importance de l’éducation pour lutter contre la haine et les préjugés ; en particulier sur le rôle de la transmission mémorielle : se souvenir est en effet une condition nécessaire de la connaissance historique et du jugement mémoriel : comme exigence éthique et identitaire, la célébration des événements historiques fondateurs d’une nation invite toujours à se pencher sur la mémoire collective : sans mémoire, point de conscience ni d’obligation morale.

Ainsi, le devoir de mémoire se présente à la conscience collective sous la forme d’un impératif moral qui dépasse l’individu puisqu’il s’adresse à tous. Oublier le devoir de mémoire, c’est effacer de notre conscience l’héritage de l’histoire, transmis de génération en génération ; c’est enfouir au fond de soi-même la conscience historique, et conséquemment refuser les rapports d’obligation et de solidarité qui constituent le corps social. La connaissance des événements tragiques, tels que l’esclavage, est donc essentielle pour éviter la répétition des horreurs du passé. Condorcet en particulier dans ses Réflexions sur l’esclavage des Nègres (1781) affirme : « Réduire un homme à l’esclavage, l’acheter, le vendre, le retenir dans la servitude, ce sont de véritables crimes ». L’auteur, par le biais de l’argumentation directe, nous touche et nous implique. Dans le même ordre d’idées, Olympe de Gouges a composé en 1784 une pièce de théâtre, Zamore et Mirza ou L’Heureux Naufrage, dont le propos est de dénoncer l’esclavage des Noirs. Nous pourrions aussi citer ces propos sans équivoque extraits des Réflexions sur les hommes nègres où l’on peut lire : « L’homme partout est égal. Les rois justes ne veulent point d’esclaves […] ». Ainsi, l’apprentissage historique forme des citoyens conscients, capables de résister à la montée des discours haineux ou des idéologies extrémistes. À l’heure de la mondialisation, du mélange des cultures mais aussi des replis identitaires, nous nous rendons compte combien l’humanité a besoin d’une histoire qui renvoie à une mémoire partagée, c’est-à-dire à une conscience identitaire collective, fruit d’un long travail de résilience : c’est cette conscience du temps qui donne sens à notre présent. 


Comme nous le comprenons, les combats passés ne peuvent aider à construire un présent et un avenir plus inclusifs qu’à la condition de garder une grande conscience critique. Au début de son discours, Isabelle Lonvis-Rome martèle à trois reprises une expression qui résonne comme un constat d’échec : « Un million deux cent mille à subir des insultes, des discriminations, des actes racistes ou antisémites […] Un million deux cent mille, c’est la population du Val d’Oise. Un million deux cent mille, ce sont autant de femmes, d’hommes et d’enfants qui sont marginalisés, exclus […] ». S’il est indéniable que les combats passés ont servi de références pour bâtir des sociétés démocratiques et plus égalitaires, il faut cependant s’interroger : l’histoire nous montre aussi que les injustices persistent sous de nouvelles formes, ce qui révèle une insuffisance des leçons du passé. L’exemple d’Olympe de Gouges est éclairant : il faudra attendre 1981 pour que la première étude complète et détaillée de sa vie et de ses œuvres soit réalisée par l’historien Olivier Blanc. Et c’est seulement en 1986 que Benoîte Groult publiera pour la première fois l’intégralité de la Déclaration. De même, si les textes garantissant l’égalité existent, leur application reste incomplète. Les discriminations raciales, les inégalités économiques et les violences sexistes démontrent que l’égalité proclamée n’est pas toujours une égalité réelle. Étienne de La Boétie, dans son Discours de la servitude volontaire que nous mentionnions précédemment, soulignait la tendance des sociétés à accepter des formes d’oppression, même quand elles semblent révolues. Aujourd’hui, le racisme, la précarité et les atteintes aux libertés montrent que les discriminations persistent sous des visages différents.

Ainsi, nous devons nous questionner : avons-nous vraiment appris de nos erreurs, ou reproduisons-nous des schémas d’inégalités sous d’autres formes ? Certes, les victoires historiques, telles que l’abolition de l’esclavage, la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) ou la lutte contre les violences sexuelles grâce au mouvement #MeToo (2017) montrent que des avancées collectives ont été possibles. Mais à quel prix ? Combien de temps, combien de sacrifices ont été nécessaires pour remporter ces batailles ? Dans un monde où le passé n’apparaît plus bien souvent comme une source d’avenir, où la mémoire collective est de moins en moins agissante dans la société, faire que l’on se souvienne d’un lieu, d’un geste, d’une parole, d’un cri, est aussi une manière d’appréhender l’histoire à travers la mémoire de ceux qui ne sont plus, tant il est vrai que l’Histoire est d’abord une prise de conscience, révélatrice d’une nécessité de l’engagement politique : se souvenir d’Olympe de Gouges, de Martin Luther King ou de Nelson Mandela, c’est d’abord se rappeler que leur vision d’un monde meilleur les a poussés à endosser des risques personnels considérables, voire à sacrifier leur vie. L’exemple de ces trois personnalités incite à une réflexion profonde sur la conscience mémorielle, c’est-à-dire sur la manière dont les sociétés se souviennent et intègrent dans leur identité collective les luttes passées. Le souvenir du passé en effet ne doit pas être figé mais agir comme une force vivante et dynamique, permettant ainsi de nourrir une conscience collective vigilante. Si le passé a permis des avancées, il ne suffit pas à garantir un progrès définitif et doit donc être sans cesse réinterrogé. La véritable leçon à tirer est que les acquis ne sont jamais définitifs et que le combat pour la justice et l’égalité est un processus en perpétuelle construction.


Comme nous avons tenté de l’exposer dans cet essai, les leçons du passé aident à construire notre présent en nous rappelant la fragilité des acquis et la nécessité d’une vigilance constante. Des textes comme la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ou les idéaux portés par l’humanisme ou les Lumières montrent combien la lutte pour l’égalité et la dignité humaine est un travail collectif et permanent. Apprendre de l’Histoire, c’est non seulement honorer les combats d’hier, mais aussi ouvrir la voie à une société plus juste et solidaire pour demain. En particulier, nous pourrions nous interroger sur la manière d’adapter les leçons du passé en matière d’égalité aux défis de l’ère postmoderne : les robots humanoïdes, les humains-machines, l’intelligence artificielle ou les nouvelles formes d’exclusion nous amènent ainsi à questionner fondamentalement nos valeurs éthiques et citoyennes.

10 citations clés de la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » à exploiter pour la dissertation et l’essai au Bac de français

10 citations clés de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne à exploiter pour la dissertation et l’essai au Bac :

Si vous travaillez sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges, voici 10 citations clés expliquées et commentées. Elles vous aideront à enrichir vos démonstration (dissertation sur programme). Si vous êtes en Première technologique, ces citations vous aideront également à étayer vos raisonnements dans l’essai argumentatif.

  • Pourquoi apprendre et utiliser des citations ? Une citation bien choisie vient renforcer un argument en s’appuyant sur l’oeuvre au programme. Cela montre au correcteur votre connaissance de l’oeuvre et donne plus d’intérêt à votre raisonnement.
  • Comment bien utiliser une citation ? Pour être pertinente, la citation doit être en lien direct avec l’argument développé et ne doit pas être placée au hasard. Pensez également à l’introduire correctement : vous pouvez l’amener par une phrase  comme : Selon…, D’après…, À ce sujet, Olympe de Gouges affirme que «…» ; Comme le dit si bien OdG, «…»).
  • Conseil : une citation ne doit pas être placée sans commentaire. Il faut toujours l’expliquer et montrer comment elle illustre votre propre raisonnement.

I) « Préambule » de la Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne :

« Homme, es-tu capable d’être juste ? C’est une femme qui t’en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? Ta force ? Tes talents ? ». DDFC, Préambule

  • Dans ce passage, Olympe de Gouges dénonce l’injustice de la domination masculine en soulignant son absence de fondement légitime. Elle apostrophe violemment les hommes en posant plusieurs questions rhétoriques mettant en cause les fondements du pouvoir masculin, et suggérant qu’il repose sur la force physique ou les préjugés, plutôt que sur une véritable légitimité morale ou intellectuelle : « Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? Ta force ? Tes talents ? ». Olympe de Gouges emploie le champ lexical de la tyrannie pour renforcer cette idée avec les mots : « souverain », « empire » et « opprimer ».
  • L’autrice remet ainsi en cause l’équité des hommes en matière de droits et d’égalité, en soulignant que la question vient d’une femme, ce qui souligne son droit à la parole. En mettant en avant l’injustice de cette oppression , elle invite à une réflexion sur les droits des femmes et leur accès à la justice et à la citoyenneté
  • Dans ce passage, l’emprise de l’homme sur la femme est assimilée aux formes les plus contestables du pouvoir, que la Révolution prétendait pourtant abattre. Le registre employé est le registre polémique et satirique. L’homme est ici violemment attaqué et ridiculisé : interpellation directe, ton accusateur, questions rhétoriques forçant l’interlocuteur à se justifier.  

« Bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l’ignorance la plus crasse, il [l’homme] veut commander en despote » […]. DDFC, Préambule

  • Dans cet extrait du Préambule, Olympe de Gouges critique violemment l’attitude des hommes face à la domination qu’ils exercent sur les femmes. D’emblée, l’autrice souligne l’incohérence entre l’époque des Lumières, censée être marquée par le progrès et la raison (« ce siècle de lumières et de sagacité »), et l’ignorance persistante des hommes quant à l’égalité des sexes. Elle brosse un portrait dévalorisant de l’arrogance intellectuelle des hommes à travers une accumulation de qualificatifs péjoratifs (bizarre, aveugle, boursouflé),
  • L’image du despote souligne l’injustice et l’abus de pouvoir, mettant en parallèle la domination des hommes sur les femmes avec les tyrannies politiques combattues par les Lumières. L’extrait met donc en évidence l’hypocrisie des Révolutionnaires qui prônent la raison et la liberté, tout en maintenant les femmes dans la soumission
  • Le registre dominant est le registre polémique, renforcé par une tonalité satirique : le portrait caricatural de l’homme (boursouflé de sciences et dégénéré) le ridiculise, soulignant son incohérence et son ignorance malgré son savoir apparent. La tonalité satirique dénonce avec force l’obscurantisme des hommes dans un siècle qui se prétend « éclairé ».

« Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation, demandent d’être constituées en Assemblée nationale ». DDFC, Préambule

  • Dans cet extrait du Préambule, Olympe de Gouges revendique explicitement la participation des femmes à la vie politique. En reprenant le vocabulaire institutionnel de la Révolution française, l’autrice réclame pour les femmes les mêmes droits de représentation que les hommes. L’énumération « Les mères, les filles, les sœurs » souligne que les femmes, en tant que citoyennes et membres de la société, doivent bénéficier des mêmes droits politiques que les hommes. Le parallèle avec la Révolution est explicite2: En les désignant comme représentantes de la nation, Olympe de Gouges insiste sur l’appropriation par les femmes d’un rôle jusqu’alors réservé aux hommes, contestant ainsi leur exclusion du pouvoir.
  • Ce passage s’inscrit dans une logique d’émancipation féminine et constitue une critique implicite de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), qui n’accordait aucun droit politique aux femmes. Il permet en outre à l’autrice d’affirmer avec force l’exigence d’une reconnaissance politique des femmes, en l’inscrivant dans les idéaux de liberté et d’égalité portés par la Révolution française.
  • Le registre dominant ici est le registre argumentatif : la démonstration repose sur une logique d’égalité, en s’appuyant sur les principes révolutionnaires pour justifier la légitimité des revendications féminines. L’usage de verbes d’action forts (demandent d’être constituées) illustre une volonté de changement et une prise de parole directe.

II) Articles de la Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne :

« La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits ». DDFC, art. 1

  • L’article 1 de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne reprend presque mot pour mot l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), mais en y intégrant explicitement les femmes. En reprenant la formulation de la déclaration de 1789, Olympe de Gouges met en évidence les insuffisances d’un texte qui prône l’égalité tout en excluant la moitié de l’humanité.
  • Cette affirmation du principe d’égalité pose donc un principe fondamental : les femmes ont, dès leur naissance, les mêmes droits que les hommes. Cet article est particulièrement marquant car il constitue un manifeste politique en faveur de l’émancipation des femmes, en réclamant pour elles un statut juridique et citoyen équivalent à celui des hommes. Ce premier article fixe donc le cadre de toute la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne : une réhabilitation des droits des femmes dans un contexte révolutionnaire qui les a laissées de côté.
  • Le registre dominant est didactique et juridique : l’énoncé adopte un ton solennel, propre aux textes fondateurs, et pose par l’emploi du présent de vérité générale un principe universel et intemporel relevant du droit naturel1. La tonalité est par ailleurs revendicative : Il s’agit d’un acte politique fort qui défie directement l’ordre établi et demande une refonte constitutionnelle.

« […] l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison. » DDFC, art. 4

  • Dans cet article, Olympe de Gouges dénonce les limites arbitraires imposées aux femmes et réclame une réforme fondée sur des principes universels relevant du « droit naturel »1. L’autrice affirme tout d’abord que les seules restrictions aux droits des femmes résultent d’une « tyrannie perpétuelle » exercée par les hommes. Elle met ainsi en lumière l’injustice de la Révolution qui entrave la liberté des femmes.
  • Cet article constitue par ailleurs un appel à une réforme législative : en proposant que ces limites injustes soient corrigées, Olympe de Gouges s’appuie sur « les lois de la nature et de la raison », principes chers aux philosophes des Lumières. Cela suggère que l’égalité entre les sexes est une exigence rationnelle et naturelle, et non une construction sociale. En invoquant la raison, l’autrice rejette par ailleurs les arguments traditionnels (force physique, coutumes, religion) qui justifieraient l’infériorisation des femmes. Ce passage s’inscrit donc dans une démarche révolutionnaire et juridique, visant à inscrire l’égalité des sexes dans le droit naturel et non dans un système de domination arbitraire.
  • Le registre dominant est le registre polémique. L’expression « tyrannie perpétuelle » souligne la violence et l’injustice de la domination masculine. La dimension argumentative est également essentielle : l’autrice ne se contente pas de dénoncer, elle propose une réforme fondée sur la nature et la raison : valeurs universelles qui renforcent la légitimité de sa revendication.

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune […] ». DDFC, art. 10

  • Cet article est essentiel : Olympe de Gouges revendique la liberté d’expression pour les femmes et met en évidence l’injustice de leur exclusion des droits politiques. En reprenant le principe révolutionnaire de liberté d’opinion, Olympe de Gouges souligne que ce droit doit s’appliquer à tous, y compris aux femmes.
  • Par ailleurs, cet article met en évidence une contradiction : les femmes subissent les peines les plus lourdes (comme la peine de mort) mais sont privées de droits politiques. Si « la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la Tribune » : par cette antithèse frappante, l’autrice dénonce les insuffisances du système révolutionnaire qui prône l’égalité, mais qui continue à exclure les femmes des droits citoyens. La Tribune, symbole du pouvoir et de la prise de parole publique, représente ici l’accès des femmes aux débats et à la vie politique.
  • Le registre dominant est le registre polémique et didactique. Polémique car l’opposition entre l’échafaud et la tribune est particulièrement provocante et force à une prise de conscience quant à l’incohérence du système. D’un point de vue argumentatif, l’autrice s’appuie sur un principe fondamental de la Révolution française (liberté d’opinion) pour revendiquer l’égalité des droits entre hommes et femmes, notamment en matière de participation politique.

« La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son administration ». DDFC, art. 15

  • Ce passage de l’article 15 de la Déclaration d’Olympe de Gouges revendique le droit des femmes à participer à la vie politique et à exiger des comptes des dirigeants, tout comme les hommes. En s’appuyant sur le principe fondamental de la souveraineté du peuple, l’autrice dénonce l’exclusion des femmes de la citoyenneté active et affirme qu’elles contribuent à la société (par le travail, les impôts, etc.), et doivent donc bénéficier des mêmes droits politiques, notamment celui de contrôle des affaires publiques (« a le droit de demander compte à tout agent public, de son administration »).
  • Ce passage est porteur d’une forte dimension revendicative. L’expression « la masse des femmes » souligne leur exclusion massive du pouvoir. De même, l’idée de « demander compte » est largement polémique face aux injustices du régime politique. Sur le plan argumentatif, le raisonnement est imparable : si les femmes contribuent à l’État, elles doivent avoir un droit de regard sur son administration. La tournure impersonnelle de la phrase cherche à convaincre, en plaçant les femmes dans un cadre collectif et légitime, qui ne peut être ignoré.

« Toute société, dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ; la Constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la nation, n’a pas coopéré à sa rédaction. » DDFC, art. 16

  • Cet article affirme un principe démocratique essentiel : une société ne peut être considérée comme légitime et conforme aux principes de justice que si les droits fondamentaux de tous sont garantis et que la séparation des pouvoirs est clairement définie. Inspirée par Montesquieu, Olympe de Gouges rappelle que sans séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire), une Constitution n’a aucune valeur réelle et ne peut être considérée comme valide.
  • L’originalité du texte d’Olympe de Gouges réside en outre dans l’ajout d’une condition essentielle à la légitimité d’une Constitution : la participation de la majorité des individus qui composent la nation à sa rédaction. Olympe de Gouges souligne donc implicitement que les femmes sont exclues de ce processus, alors qu’elles constituent une part essentielle de la population. Elle dénonce ainsi le caractère illégitime d’une constitution qui ne prendrait pas en compte les droits des femmes et ne serait élaborée que par les hommes. Olympe de Gouges défend ainsi un véritable principe d’égalité et de souveraineté populaire, soulignant que la démocratie ne peut exister sans la participation de tous. Cette vision anticipe les revendications féministes modernes en faveur du droit de vote et de l’égalité politique.
  • Le registre didactique et polémique domine largement : Olympe de Gouges utilise tout d’abord un raisonnement logique (« garantie des droits » pour tous et « séparation des pouvoirs ») pour établir la légitimité d’une Constitution. L’affirmation « n’a point de Constitution » et « la Constitution est nulle » pose un principe absolu, renforcé par l’utilisation du présent de vérité générale qui donne une dimension universelle à son raisonnement. Le registre polémique est également très marqué : la phrase « si la majorité des individus qui composent la nation, n’a pas coopéré à sa rédaction » comporte une critique implicite des Révolutionnaires qui excluent les femmes du processus législatif. L’emploi du qualificatif « nulle » est particulièrement polémique : il ne s’agit pas seulement d’un manquement, mais d’une invalidation complète de la Constitution si les femmes ne sont pas impliquées.

III) Postambule de la Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne :

« Femme, réveille-toi ! Le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits ». DDFC, Postambule

  • Olympe de Gouges lance ici un appel vibrant aux femmes pour qu’elles prennent conscience de leur oppression et revendiquent leurs droits. On notera tout d’abord l’appel à la prise de conscience : l’impératif « Femme, réveille-toi ! » constitue une injonction directe. Il suggère que les femmes ont été maintenues dans une forme de passivité et qu’il est temps pour elles de s’émanciper.
  • Les références aux Lumières sont par ailleurs nombreuses : l’image du « tocsin », évoque une alarme ou un appel à la mobilisation, qui rappelle les grands événements de la Révolution française et donne à ce discours une dimension combative. De même, la référence à la raison est essentielle : la raison et la lutte pour l’égalité sont en effet l’arme des philosophes dans leurs combats contre l’obscurantisme. C’est en effet au nom de la raison qu’Olympe de Gouges dénonce les inégalités hommes-femmes. La raison évoque donc l’idée d’éclairer les hommes par la connaissance et l’accès au savoir. L’expression « se fait entendre dans tout l’univers » suggère enfin que la lutte pour l’égalité dépasse le cadre français et concerne toutes les femmes du monde. Ce passage s’inscrit donc dans une logique d’éveil et d’émancipation des femmes, les incitant à revendiquer activement leurs droits au même titre que les hommes l’ont fait lors de la Révolution.
  • Le registre dominant est le registre oratoire dont le but est de convaincre par la parole : recours à l’apostrophe, à la métaphore et à l’hyperbole, amplification rythmique de la phrase, ton emphatique, etc. L’usage d’impératifs et d’images fortes donne par ailleurs au texte un ton solennel destiné à frapper le lecteur autant qu’à satisfaire la logique. Le champ lexical de l’alerte (« tocsin ») et de la revendication (« reconnais tes droits ») rappelle les appels à la mobilisation du peuple pendant la Révolution.

« Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir ». DDFC, Postambule

  • Dans cet extrait du Postambule, Olympe de Gouges adresse un message d’espoir et d’émancipation aux femmes, en les incitant à agir pour leur liberté. L’expression « Quelles que soient les barrières » montre que l’oppression des femmes est réelle et multiple, mais pas insurmontable : l’autrice insiste sur le fait que ces obstacles ne doivent pas être acceptés comme une fatalité. Le passage souligne en effet que la clé de l’émancipation des femmes réside dans leur propre volonté : « il est en votre pouvoir de les affranchir ». Cette phrase renforce l’idée que les femmes ne sont pas condamnées à subir, mais qu’elles peuvent agir et se libérer elles-mêmes. Le verbe « vouloir » est une exhortation à l’action : il met l’accent sur la prise de conscience et la détermination individuelle et collective nécessaires pour atteindre l’égalité.  Ce passage traduit donc une vision volontariste et engagée de la lutte féministe, insistant sur la nécessité pour les femmes de s’impliquer activement dans leur propre libération.
  • Le registre dominant est le registre exhortatif (exhortatif : qui incite à agir et pousse à l’action) et engagé. Olympe de Gouges lance un appel aux femmes dans le but de les sensibiliser, les inciter, les mobiliser pour qu’elles se révoltent contre leur condition. Ce texte constitue donc un appel à l’action et à l’engagement.

© Bruno Rigolt, janvier 2025.

1.  Le droit naturel désigne une théorie essentielle de la philosophie du droit selon laquelle il existe des droits fondamentaux inhérents à la nature humaine, indépendants des lois créées par les sociétés humaines. Ces droits sont considérés comme universels, inaliénables et intemporels. Ils sont souvent associés à des principes éhiques et moraux, et se trouvent au-delà du « droit positif » (créé par les autorités humaines et variable dans le temps).
2.  Le « Serment du Jeu de Paume » : le 20 juin 1789, les députés du Tiers-État, se voyant empêchés de se réunir dans la salle des États généraux, font le serment de ne pas se séparer avant d’avoir rédigé une constitution pour le royaume. Ce serment marque le début de l’Assemblée nationale constituante. Par la suite, cette Assemblée a travaillé sur l’élaboration de textes fondateurs, dont la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui sera adoptée le 26 août 1789. Ce texte fondamental pose les principes de liberté, d’égalité, de fraternité, et affirme les droits naturels et imprescriptibles de l’homme, notamment la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression.

Entraînement à la contraction et à l’essai (EAF écrit, séries technologiques)

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Contraction de texte et Essai (sujet inédit)
Parcours : « Écrire et combattre pour l’égalité »

Texte de la contraction : discours d’Isabelle Lonvis-Rome* prononcé le 30 janvier 2023 : « présentation du Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine : 2023-2026 » (extraits).

* Ministre déléguée auprès de la Première ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances.

Cette année, ils ont été un million deux cent mille à se taire.
Un million deux cent mille à subir des insultes, des discriminations, des actes racistes ou antisémites, et à ne pas déposer plainte. Un million deux cent mille, c’est la population du Val d’Oise.
Un million deux cent mille, ce sont autant de femmes, d’hommes et d’enfants qui sont marginalisés, exclus, empêchés, raillés, violentés en raison de leur couleur de peau, origine, religion.
Ce sont autant de femmes et d’hommes obligés de changer leurs enfants d’école, de déménager, avant d’en venir à douter de leur présence en France, leur pays, tant les intimidations, la crainte, les agressions sont devenues invivables.
C’est à elles, c’est à eux que ce plan s’adresse. C’est à toutes et tous que ce plan s’adresse.
Ce plan, vous venez de le découvrir. Il est une réponse concrète à ce qui fait la honte de notre Nation. C’est le geste rassurant d’une République qui leur dit qu’ils doivent garder la tête haute. C’est aussi, et surtout, un avertissement aux auteurs de ces actes nauséabonds : nous ne transigerons pas.
Ce que nous réaffirmons, avec ce plan ambitieux, c’est qu’ici, sur le territoire de la République, chacun jouit des mêmes droits. Quelles que soient son origine, sa culture, sa religion ou sa couleur de peau. Il nous faut le répéter pour que personne ne perde foi en la République, en notre destinée commune.
Car oui, nous avons une destinée commune, un contrat social à façonner et à respecter. C’est aussi cela, faire Nation.
Faire Nation, c’est prôner l’universalisme.
Un universalisme républicain, et donc humaniste.
Pas un universalisme dévoyé.
Pas l’universalisme conquérant, qui veut que chacun se ressemble, qui nie l’existence d’un monde pluriel.
[…] L’universalisme auquel il nous faut aspirer est celui qui offre à chacun la dignité qui lui revient. Une société où chacun est l’égal de l’autre, comme le prône la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Car c’est bien sur l’État de droit que repose cet universalisme. Il nous faut être les garants de cet État de droit, le plus solide rempart contre la haine. Garants, aussi, de la liberté d’expression qui ne doit jamais piétiner la dignité humaine. NON, jamais la liberté d’expression ne sera prétexte à la haine raciste, antitsigane et antisémite. Tolérance zéro. […] Personne, dans la mise en place de ce plan, ne devra se sentir laissé pour compte. J’y veillerai. Je resterai à l’appui des autorités locales qui auront à décliner ces mesures, et sillonnerai le pays pour le porter à leurs côtés.
La lutte contre le racisme, l’antisémitisme, l’antitsiganisme et les discriminations liées aux origines doit d’abord concerner notre jeunesse. En ouvrant des écoles, nous fermerons des prisons, pour paraphraser Victor Hugo. C’est en formant des citoyens conscients et responsables que nous nous débarrasserons de ce mal dont notre société souffre depuis trop longtemps. La transmission mémorielle en est la clé. C’est pourquoi, plusieurs mesures ciblent l’éducation de tous les enfants et adolescents, et la formation de ceux qui les encadrent. Parmi les mesures ambitieuses qui vous ont été présentées, la visite d’un lieu de mémoire à destination des plus jeunes est essentielle. C’est par la connaissance de l’Histoire que l’on évitera la répétition des heures les plus sombres de l’humanité. Pour lutter aussi contre les stéréotypes liés à l’antitsiganisme, un travail mémoriel sera élaboré autour de l’Histoire des populations Roms et des Gens du voyage.
L’Histoire alerte trop souvent le présent.
Rien n’est plus éloigné que le jour passé ; et rien n’est plus proche que le jour qui vient.
Il est aussi impératif de ne jamais céder à la banalisation du racisme de l’antisémitisme et de l’antitsiganisme. À ce propos, Charles Péguy écrivait « Il y a quelque chose de pire qu’une âme perverse, c’est une âme habituée ».
Les discours haineux que certains proclament fièrement sur des plateaux de télévision comme s’ils étaient respectables, dans des vidéos sur internet à plusieurs millions de vues, dans des livres à gros tirage ou pendant une campagne électorale ne doivent pas devenir une habitude, une sale habitude.
Nous ne pouvons être la nation qui a fait entrer Simone Veil au Panthéon, tout en banalisant de tels propos. La politique est un combat, la haine n’y a pas sa place.
[…]
Je l’ai dit, l’éducation est le premier outil à notre disposition pour éradiquer ces fléaux. Le second est le traitement judiciaire.
Nous devons renforcer la confiance des citoyens dans les institutions de la République.
La Justice est une réponse clé au racisme, à l’antitsiganisme et à l’antisémitisme.
C’est pour cela que la prise de plainte sera améliorée, les forces de l’ordre seront outillés pour mieux qualifier les faits, les peines seront exécutées pour que les auteurs condamnés ne pensent plus pouvoir y échapper en fuyant à l’étranger. Le sentiment d’impunité doit cesser.
[…]
Les racistes, les antisémites, les antitsiganes, ceux qui distinguent les êtres selon ou en raison d’une couleur de peau, d’une religion, ou d’une nationalité, sont nos ennemis les plus redoutables. Ils sont les ennemis de la République.
Lorsque je pense à cet ennemi commun que nous avons, ce sont souvent les mots de Tahar Ben Jelloun, dans Le racisme expliqué à ma fille qui s’imposent à moi. « Très souvent, le raciste s’aime beaucoup. Il s’aime tellement qu’il n’a plus de place pour les autres, d’où son égoïsme ».
C’est ce qui fait que nous gagnerons cette bataille : nos cœurs républicains, eux, ne manqueront de place pour personne.
Je vous remercie.

[Discours d’Isabelle Lonvis-Rome : présentation du Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine 2023-2026. Pour accéder à l’intégralité du discours, cliquez ici.]

Nombre de mots : 920 environ.

Activités d’écriture

CONTRACTION (10 points)
Vous résumerez ce texte en 230 mots. Une tolérance de +/– 10 % est admise : votre travail comptera au moins 205 mots et au plus 255 mots.

  • Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots.
  • Vous indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

ESSAI (10 points)
Dans son discours, Isabelle Lonvis-Rome affirme : « L’Histoire alerte trop souvent le présent ». Selon vous, en quoi les leçons du passé concernant les luttes pour l’égalité aident-elles à construire notre présent ? Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre du parcours « Ecrire et combattre pour l’égalité ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.