Entraînement à l’épreuve de Culture générale et expression du BTS. Sujet type : Paris, capitale de la comédie sociale ? CORRIGÉS

BTS 2024 « Paris, ville capitale ? »
Entraînement n°1 : synthèse + écriture personnelle
→ CORRIGÉS

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① La synthèse

Les mots clés du corpus

  • Arrivisme : souvent associé à une volonté de réussite à tout prix. l’arrivisme désigne une attitude ou une tendance à rechercher avidement le succès social ou professionnel, souvent au détriment de valeurs morales ou de considérations éthiques. Cette forme d’ambition impliquant le désir de pouvoir, de richesse ou de prestige, a largement été mise en lumière par le roman d’apprentissage au XIXème siècle. Georges Duroy, le héros du roman Bel-Ami de Maupassant (1885) est le type même de l’arriviste : égocentrique, opportuniste et séducteur.
  • Segmentation sociale : la segmentation sociale désigne la division de la société en différents groupes ou catégories en fonction de divers critères tels que le revenu, l’éducation, la profession, l’origine ethnique, etc. En sociologie, l’étude de la segmentation sociale permet de mieux comprendre les inégalités et les tensions qui peuvent exister au sein d’une société. Dans le corpus, tous les documents insistent à des degrés divers sur l’idée de segmentation sociale. Par exemple, La Bruyère observe et décrit les différentes strates de la société parisienne. Il analyse avec beaucoup de finesse et d’acuité les comportements, les valeurs et les caractéristiques des différents groupes sociaux, mettant en lumière les distinctions entre les classes sociales, les habitudes et les modes de vie (y compris face au monde rural). De même, l’exploration de la segmentation sociale dans les textes d’Olivier Py, de Balzac ou dans le tableau de Caillebotte en font des observateurs aigus et critiques de la société de leur temps, offrant ainsi une analyse profonde des tensions et des dynamiques qui structurent les relations sociales.
  • Comédie sociale : la comédie sociale renvoie aux faux-semblants. Paris est ainsi un miroir tendu qui nous invite à dépasser les apparences pour mieux démasquer les faux-semblants de la société. Le corpus propose une réflexion sur les rapports humains, les normes et les codes sociaux (façons de s’habiller, de parler, de se comporter, etc.). Pour Balzac, Olivier Py, et bien entendu La Bruyère, nul doute que la société parisienne est une sorte de théâtre où chacun « joue un rôle ». La mission de l’écrivain est précisément de faire tomber les masques et de mettre à jour le simulacre de « l’inhumaine comédie »… Cette problématique est très riche dans la mesure où elle met à jour notre rapport aux autres et à nous-même. Dans une société du spectacle et de l’apparence, tout ne serait-il qu’illusion au détriment de la vérité ? Divertissement au sens pascalien, et mise en scène de soi au détriment de la morale. Comme on le voit, le terme comédie nous renvoie, au monde du simulacre et des apparences.

Présentation du corpus
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  • Document 1. Olivier Py est un homme de théâtre français né le 24 juillet 1965 à Grasse. Acteur, metteur en scène et dramaturge, il a été directeur du Festival d’Avignon de 2013 à 2019 et dirige le Théâtre du Châtelet depuis 2023. Publié en 2016 aux éditions Actes Sud, Les Parisiens se présente comme un roman « balzacien » : Aurélien, le personnage principal, sorte d’arriviste séducteur du XXIème siècle, veut subjuguer la capitale par le théâtre. Avide de plaisirs et de reconnaissance, il se lance avec arrogance à la conquête du Tout-Paris culturel et politique. Sur sa route, il croise une galerie de personnages violents socialement, moralement ou physiquement dans un monde cynique où tout n’est que simulacre et représentation. Le passage à étudier se situe au début du livre.
  • Document 2. Gustave Caillebotte (1848-1894) est un peintre impressionniste français dont les peintures urbaines très réalistes, mettent en scène des moments de la vie quotidienne à Paris. La toile montre un homme élégant, coiffé d’un chapeau haut-de-forme et en habit. Vu de dos, il contemple depuis son balcon le boulevard Haussmann, symbole du développement économique sous la IIIème République. Ce célèbre boulevard abrite toujours plusieurs grands magasins parisiens renommés, comme les Galeries Lafayette et le Printemps, qui ont contribué à renforcer l’association du boulevard avec la bourgeoisie d’affaires et le commerce haut de gamme.
  • Document 3. Rédigé entre 1837 et 1843, Illusions perdues est un roman majeur d’Honoré de Balzac, appartenant au cycle de La Comédie humaine, vaste ensemble de récits donnant à voir des personnages en quête de gloire et de réussite, mais dont les illusions se heurtent aux dures lois du monde social. Illusions perdues raconte l’histoire d’un jeune provincial désargenté, Lucien de Rubempré, ayant quitté Angoulême dans l’espoir de faire fortune à Paris grâce à son talent littéraire. Dans ce passage, le jeune homme écrit à sa sœur pour l’informer de sa nouvelle vie…
  • Document 4. Brillant moraliste du XVIIème siècle, Jean de La Bruyère a consacré sa vie à la rédaction d’une œuvre unique : Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle. Plusieurs fois réédité du vivant de son auteur, l’ouvrage comporte de nombreuses réflexions sociologiques réparties en seize livres. Dans le livre VII intitulé « De la ville », La Bruyère met en scène un homme du monde propulsé dans Paris. C’est l’occasion pour l’auteur de s’en prendre vivement à la capitale, vaste théâtre divisé en microsociétés éphémères et superficielles dont les habitants agissent comme des acteurs faits seulement pour la parade. 

Le tableau comparatif

Appelé également « tableau de confrontation » ou « tableau synoptique » parce qu’il donne une vue d’ensemble des différentes idées pour chacun des documents, le tableau comparatif comporte autant de colonnes que de documents. Ce tableau doit mettre en relief les arguments principaux et/ou les exemples à valeur illustrative.

Olivier Py
Roman
2016
Gustave Caillebotte
Tableau (huile sur toile)
1880
Honoré de Balzac
Roman
1843
Jean de La Bruyère
Essai
1688
voir le texte voir le texte  voir le texte  voir le texte
⇒ Vision d’une capitale dominée par l’arrivisme, les apparences et la segmentation des relations sociales.
⇒ L’homme au balcon est représenté comme un spectateur détaché de la vie urbaine qui se déroule en contrebas. ⇒ En quête de reconnaissance et de succès, le héros s’illusiuonne sur la réalité impitoyable de la vie parisienne. ⇒ À travers Paris, La Bruyère décrit l’être humain, ses passions, ses contradictions, ses faiblesses.
1. Paris, ville de tous les contrastes (« d’acier et d’or, luxe et pourriture, désenchantement ou exaltation, éveil et songe »)
2. Arrivisme du héros (« Réussir, vaincre, triompher ! » ; « envie insatiable de victoire » ; « féroce ambition » ; « Paris est fait pour que
les arrivistes arrivent… »
3. Fausse conscience du personnage « se jouant à lui-même la comédie de sa propre béatitude »
4. La capitale abrite une diversité et une richesse culturelle comparable à celle d’un bestiaire : la vie urbaine et sociale y est foisonnante.
5. Paris est une échappatoire à la mort (« Oublier la mort…Ridiculiser la mort… Chacun combat la mort comme il peut » ; « mithridatisation de la mort »).
6. Portrait de différents personnages dont les activités oscillent entre l’hédonisme, le paraître, la corruption et l’échec social. Paris apparaît comme le lieu de l’individualisme, de la solitude, de l’anonymat, de la segmentation des rapports sociaux, etc.
7. A travers tous ces personnages, le texte interroge la relation entre l’être et le paraître : à défaut de relations sociales véritables, seule compte « une vie parisienne faite d’inutilités et de paillettes ».
8. Homme élégant vu de dos qui prend la pose et contemple de son balcon le boulevard Haussmann, symbole des transformations sociales et politiques.
9. Attitude hautaine du personnage qui est « parvenu » socialement (symbole de l’ascension sociale du héros qui s’apprête à sortir .
10. Paris est le lieu de la société du paraître et de l’argent.
11. Importance du lieu : On peut voir dans l’hausmannisation de la capitale, notamment la construction des Grands boulevards, la création d’un espace dédié au spectacle et au paraître comme le suggère la peinture de cet élégant.
12. Théâtralisation de toute la scène : le balcon devient un espace de figuration pour le « personnage-acteur ».
13. « Paris sans le peuple » qui n’apparaît pas dans le tableau. La peinture semble traduire la déshumanisation en marche des grandes métropoles modernes dominées par l’anonymat et la segmentation des rapports sociaux.
14. Image du « gouffre » et des contrastes sociaux : le luxe côtoie l’extrême pauvreté. Le texte ouvre à de nombreux questionnements : Paris est une ville propice au changement, pour le meilleur ou pour le pire.
15. Le héros insiste sur ses déboires financiers : bien que menant une vie misérable, il s’illusionne sur son destin . L’auteur ironise sur la vocation artistique du héros qui rêve de rencontrer le beau monde et les grands esprits de son temps.
16. A l’opposé de la province qui ne semble ouvrir aucune perspective, Paris est la ville de tous les possibles : le héros est littralement hanté par le désir narcissique de parvenir (« Si le présent est froid,, nu, mesquin, l’avenir est bleu, riche et splendide. » ; « les écrivains deviennent riches, et je serai riche » ; « Là seulement se cultive la gloire, et je connais les belles récoltes qu’elle produit aujourd’hui. »)
17. La vison réelle de la capitale laisse place à une vision fantasmée où Paris cède sa place au parisianisme, au paraître et à la superficialité (importance des lieux de comédie sociale : théâtres, cafés…).
18. « effrayante rapidité » de la vie parisienne, à la fois séduisante et aliénante : exaltation du héros face à l’activité intense que permet Paris face à la province, symbole de stagnation.
19. Tout se joue à Paris : la ville apparaît comme le centre du monde (« L’on se donne à Paris… comme un rendez-vous public »).
20. La vie parisienne » est brillante et superficielle (spectacles de toutes sortes, plaisirs nocturnes). Mouvements incessants et vains des parisiens pour « paraître » : « c’est là précisément qu’on se parle sans se rien dire »… « l’on gesticule et l’on badine »… « l’on passe et l’on repasse ».
21
. Paris est un lieu de segmentation sociale (« La ville est partagée en diverses sociétés… »).
22. Accusée d’abolir les besoins de l’être, la société parisienne est celle de la vacuité exacerbée et du vide intérieur (« un peuple qui cause, bourdonne, parle à l’oreille, éclate de rire, et qui retombe ensuite dans un morne silence »).
23. Opposition Paris/monde rural : tournée vers le paraître et la vanité exacerbée, la vie parisienne a a perdu tout contact avec les choses de la nature.
24. On mène à Paris une vie anti-naturelle où domine l’esthétique de l’excès et du simulacre (satire des magistrats qui jouent une sorte de comédie sociale).

Conseil : même si le tableau comparatif est évidemment important pour réaliser votre plan, n’hésitez pas, dès les premiers repérages, à identifier spontanément des informations essentielles (quoi ? comment ? pourquoi ?) et à exploiter un plan-type au moment de formuler vos axes : cela vous aidera à percevoir de façon plus globale et spontanée la structure du corpus ainsi que le mode de relation entre les documents.

Le plan de la synthèse

1) Paris, centre du monde et des ambitions personnelles

  • La ville de tous les possibles : rêve et ambition sociale [2, 9, 15, 16, 19]
  • Paris, ville de tous les contrastes  : richesse et précarité [1, 6, 13, 14] ; segmentation sociale [4, 13, 14, 21]

2) Vie parisienne et superficialité : le paraître comme échappatoire

  • De l’être au paraître : Paris, capitale de la comédie sociale [3, 5, 10-12, 17, 20] et symbole de l’anti-province : vacuité exacerbée [4, 5, 16, 22, 23] 
  • Du triomphe de l’individualisme à la solitude et au vide intérieur [2, 7, 18, 22-24]

La synthèse rédigée

[ Introduction]

____Pôle économique, politique et culturel de rayonnement et d’influence planétaire, Paris brille de tous les prestiges que lui confère son statut de ville-monde. Le corpus qui nous est proposé infléchit pourtant cette vision idyllique en interrogeant de façon très critique la fascination qu’exerce Paris. Composé de quatre documents de genres variés (extraits d’essai, de romans, reproduction d’un tableau) publiés entre le XVIIème siècle et notre ère, le dossier explore les revers de l’ambition parisienne. Deux visions de la capitale se dégagent des documents proposés. D’un côté celle d’une ville au dynamisme intellectuel et culturel très affirmé, propice à l’ambition et à la segmentation sociale ; de l’autre une capitale fortement marquée par la comédie sociale, la superficialité et le paraître.

[ I. Paris, centre du monde et des ambitions personnelles]

____Par sa diversité, son effervescence et son rayonnement, Paris apparaît d’emblée comme une métropole culturelle dynamique et fascinante. « Monter à la capitale », c’est d’abord l’espoir d’une ascension sociale comme en témoignent les deux extraits de romans. Pour Lucien de Rubempré, le jeune héros d’Illusions perdues (1843), Paris est la capitale de tous les possibles. Balzac décrit à ce titre l’irrépressible désir de réussite et de gloire littéraire de ce jeune provincial romantique soumis aux mirages de l’illusion : dans la lettre qu’il écrit de Paris à sa soeur restée à Angoulême, le héros s’illusionne en effet sur son destin. L’auteur ironise sur la vocation artistique de ce personnage misérable qui rêve de vêtements à la mode et de restaurants chics dans l’espoir de croiser le beau monde et les esprits éclairés de son temps. S’inscrivant dans cette veine balzacienne, Olivier Py choisit également la capitale comme cadre de son roman. Aurélien, le personnage principal des Parisiens (2016) est littéralement hanté par le désir narcissique de parvenir. Avide de plaisirs et de reconnaissance, il se lance avec arrogance à la conquête d’un monde où l’argent et l’ambition sociale rêgnent en maître.
____Le tableau de Gustave Caillebotte « Homme à son balcon » (1880) semble résumer à lui seul les rêves de gloire et d’ascension décrits par les romans : la toile présente un homme élégant vu de dos qui prend la pose et contemple de son balcon le boulevard Haussmann, symbole des transformations sociales et politiques sous le Second Empire. Archétype de la réussite, le personnage illustre l’arrivisme d’une société projetée dans une course effrénée du pouvoir et de l’argent. En témoigne l’importance du lieu : le boulevard Haussmann. L’attitude hautaine du personnage qui est « parvenu » socialement contribue à renforcer l’association du boulevard avec la bourgeoisie d’affaires et la dynamique de l’enrichissement. A ce titre, la théâtralisation de la scène voulue par Caillebotte interroge le spectateur : tout semble en effet spectacle et mise en scène ; le balcon devenant un espace de figuration pour le « personnage-acteur ». Cette remarque prend tout son sens dans l’extrait des Caractères de La Bruyère (1688) : comme le dit l’auteur, « l’on se donne à Paris », suggérant que tout s’y joue et que la ville est le centre d’un monde des apparences, rongé par les appétits de pouvoir.

____Dès lors, il n’est guère étonnant que le corpus mette l’accent sur les contrastes sociaux. En contrepoint de l’opulence que donne à voir le tableau de Caillebotte, le petit garni de Lucien de Rubempré devient le cadre illusoire de l’ambition et des rêves du jeune provincial. Vivre à Paris, c’est pour le personnage l’espoir de la réussite et de la gloire, au côté des grands écrivains et des illustres penseurs. Pourtant il vit misérablement et sa naïveté le condamne à n’être que le faire-valoir d’une société qui l’écrase de sa toute-puissance. Comment d’ailleurs ne pas voir dans l’atitude hautaine du personnage de Caillebotte le symbole de ce monde de parvenus où seule compte la comédie des apparences, c’est-à-dire les signes de la réussite ? Le monde de Paris prend en effet tout son relief dans la confrontation qui l’oppose à celui de la province, que montre très bien Balzac : incapable de déchiffrer les codes sociaux et de percevoir le pouvoir de l’argent, son héros semble irrémédiablement condamné. Pareillement, Olivier Py et La Bruyère reviennent longuement sur les contrastes sociaux qui marquent la capitale, partagée entre l’extrême richesse et la misère.
____De même, le fait que le peuple n’apparaisse pas dans le tableau de Caillebotte, suggère que la réussite a pour corollaire la cruelle indifférence de l’homme d’argent. La peinture semble ainsi traduire la déshumanisation de la métropole, très bien montrée par Olivier Py et surtout La Bruyère qui fait porter ses observations sur l’anonymat et la segmentation de Paris. Fortement empreint de darwinisme social dans le roman d’Olivier Py, l’arrivisme va de pair avec le désir frénétique de jouissance et de possession matérielle. Cette image de perdition est parfaitement illustrée par le texte de Balzac qui fait de Paris un « gouffre » en  proie aux influences les plus délétères. Enfin, s
i pour Olivier Py, la capitale abrite une diversité et une richesse culturelle comparable à celle d’un « bestiaire merveilleux », c’est pour dénoncer ironiquement un monde de personnages dont les activités oscillent entre l’hédonisme, le paraître, la corruption et l’échec social. Paris apparaît ainsi comme le grand théâtre d’un monde en mutation qui subordonne tout à l’ambition et à l’argent. Monde dominé par l’individualisme, la solitude, l’anonymat et la segmentation des rapports sociaux, 

[ II. Vie parisienne et superficialité : le paraître comme échappatoire]

____En outre, le corpus fait de Paris le lieu d’une société où le paraître prime l’être. Jeunes et beaux, les héros de Balzac et d’O. Py mettent l’accent sur l’apparence : la lettre qu’envoie le jeune Lucien à sa sœur est en effet un modèle de narcissisme. Tourné vers le paraître, le héros se complet dans une vision artificielle de l’existence. Cet aspect est encore plus poussé chez Olivier Py : à la fausse conscience du personnage « se jouant à lui-même la comédie de sa propre béatitude » répondent les portraits des parisiens, où dominent l’anonymat et la vanité des convenances. L’auteur va même jusqu’à faire de ce monde de dissimulation une échappatoire à la mort, comme si les gens cherchaient à éviter de penser à leur propre finitude en s’immergeant dans des activités ou des expériences qui les distraient de cette réalité inéluctable. De même, l’exacerbation des valeurs matérialistes dans le tableau de Caillebotte et l’insistance sur le paraître sont à mettre en relation avec la vie parisienne brillante et superficielle décrite par La Bruyère qui insiste avec force sur les mouvements incessants et vains des parisiens pour « paraître ».
____Cette « effrayante rapidité » de la vie parisienne, à la fois séduisante et aliénante, est particulièrement bien montrée dans le texte de Balzac qui insiste sur l’exaltation du héros devant l’activité intense que permet Paris face à la province, symbole de stagnation et de déclin. La vison réelle de la capitale laisse place à une vision fantasmée marquée par le parisianisme, le paraître et la superficialité : en témoigne la fascination du jeune Lucien pour les cafés ou les théâtres. Dans le même ordre d’idées, La Bruyère revient longuement sur la misère morale d’une humanité marquée par la vanité, l’inauthenticité et qui a perdu tout contact avec les choses de la nature. Pour les deux auteurs, Paris est donc le symbole de l’anti-province : son effervescence offre certes un spectacle fascinant mais elle est aussi le miroir pessimiste d’une société individualiste et sans repères : notamment dans Les Caractères, la stigmatisation de la capitale va de pair avec la critique du libertinage. Face au naturel et à la simplicité de la campagne, Paris devient ainsi le miroir grossissant et caricatural d’une humanité en proie à la décomposition du corps social.

____ Le dossier met enfin particulièrement en valeur les crises morales subies par la société depuis le XVIIème siècle jusqu’à notre monde le plus contemporain, en passant par la Révolution industrielle en même temps qu’il reprend le mythe fécond de la ville, lieu de tous les possibles et de toutes les tentations, lieu complexe qui allie les vertus de la réussite et les dérives de l’arrivisme. A la fois humain et inhumain, Paris devient ainsi le lieu initiatique des contradictions et des faiblesses de la société toute entière. Symbole de la fragmentation sociale et de la dissolution des repères fondamentaux notamment chez La Bruyère, Paris semble marquée par le déracinement et la perte des identités qui constituaient la stabilité de la société : cet amer constat se retrouve dans tous les documents du corpus. Chez Balzac et Olivier Py, l’idéal du mérite personnel est remplacé par l’arrivisme. De même La Bruyère montre qu’on mène à Paris une vie anti-naturelle qui entraîne la disparition des valeurs au profit d’un monde où domine l’esthétique de l’excès et du simulacre. Le texte dénonce ainsi une véritable « comédie humaine », au sens balzacien du terme.
____Accusée d’abolir les besoins de l’être, la société parisienne serait donc celle de la vacuité exacerbée et du vide intérieur. Si Olivier Py s’attarde sur la diversité et la richesse culturelle de Paris, c’est pour en questionner le sens. Confronté au vide métaphysique, son héros cherche, dans un mouvement de dépassement, à se déifier lui-même pour atteindre la réussite et la victoire. Tout l’extrait met à nu le nihilisme d’une société écrasée par le trop plein des choses et la présence proliférante des biens de consommation dans un monde en crise, confronté au vide existentiel ; monde en archipel que décrit parfaitement La Bruyère où personne ne croit à rien et cherche encore à donner un sens à l’absence de sens. Comme nous le comprenons, le dossier interroge la relation entre l’être et le paraître, notamment la manière dont les individus façonnent leur représentation pour correspondre à ce qu’ils pensent être attendu d’eux : à défaut de relations sociales véritables, seuls comptent le simulacre et la comédie des apparences. En témoignent ces propos sans appel d’Olivier Py qui résument le corpus : « une vie parisienne faite d’inutilités et de paillettes ».

[Conclusion]

____Au terme de ces analyses, Paris apparaît bien comme la « capitale des capitales », mêlant étroitement deux aspects qui vont de la fascination au désenchantement. Mais si elle est présentée dans le dossier comme le symbole de l’ambition, de la cupidité, voire de la fragmentation des classes sociales ou de la comédie des apparences, il n’en demeure pas moins que la ville-lumière suscite un véritable mythe : celui d’une capitale emblématique et inspirante abritant d’éternels fantasmes à la croisée de la réalité sociale et des stéréotypes, de l’histoire et des rêves…

© Bruno Rigolt, mars 2024


② Le sujet d’écriture personnelle

  • À la différence de la synthèse qui exige une stricte neutralité, vous devez clairement affirmer votre opinion.
  • Convaincre et persuader… Quel que soit le type de sujet, il s’agit de proposer des pistes de réflexion. Pensez à mettre en valeur votre démarche argumentative : vos arguments doivent toujours être illustrés par un ou plusieurs exemples tirés du du corpus, des œuvres étudiées pendant l’année et/ou de votre culture générale (littérature, arts, actualité…).

➤ Sujet :
Le narrateur du roman d’Olivier Py déclare à propos de la vie parisienne qu’elle est « faite d’inutilités et de paillettes ». Ce jugement répond-il à votre vision de la capitale ? Vous répondrez à cette question d’une façon argumentée en vous appuyant sur les documents du corpus, vos lectures de l’année et vos connaissances personnelles.

Ce type de sujet amène ici à soutenir un raisonnement illustré par des exemples répondant à une problématique dans le but de convaincre un lecteur en justifiant ou en confrontant des thèses successives. La démarche dialectique (oui/non) semble tout à fait indiquée. Vous pouvez par exemple défendre un point de vue dans la thèse (votre première partie) en trouvant au moins deux arguments illustrés d’exemples, et à le nuancer dans l’antithèse (votre deuxième partie) en trouvant également deux arguments illustrés d’exemples :

  1. Certes, « la vie parisienne est faite d’inutilités et de paillettes »
  2. Néanmoins, il faut dépasser cette image assez stéréotypée 

Plan développé

I) La vie parisienne est faite d’inutilités et de paillettes…

Pistes de réflexion Exemples possibles
Idée 1 : Paris, capitale de l’illusion : la vie dans la capitale paraît souvent superficielle, désincarnée, consumériste : axée sur l’apparence ou des aspects futiles, mondains (préoccupations matérialistes, activités frivoles au détriment de valeurs plus profondes ou d’engagements plus significatifs). 

 

Doc. 1 : Jacques Dutronc : « Il est cinq heures, Paris s’éveille »

Doc. 2 : publicité de Givenchy pour le parfum « L’Interdit »

Doc. 3 : bande-annonce de la série Emily in Paris

  • Cette perception de la ville comme étant étincelante, superficielle ou glamour a été largement véhiculée à travers les médias, la culture populaire et le tourisme. La capitale française est en efffet mondialement renommée pour ses maisons de couture, de parfumerie, de cosmétique, pour ses joailliiers prestigieux, son offre hotelière et gastronomique réservée à une élité, etc. De même, un certain nombre de lieux (Champs Elysées, Faubourg Saint-Honoré, avenue Montaigne, quartier de l’Opéra, grands magasins du Boulevard Haussmann, Samartitaine, etc.) ont contribué à renforcer les stéréotypes attachés à l’argent : grandes fortunes, opulence et ostentation (L’Oréal, groupe LVMH, Chanel) par opposition à la France laborieuse.
  • Fortement associée à l’idée du luxe, la Fashion Week de Paris est l’un des événements les plus prestigieux de l’industrie de la mode. Elle se déroule deux fois par an, au printemps/été et à l’automne/hiver, et attire les créateurs les plus renommés du monde entier. Ce type d’événement accentue les représentations quant à la superficialité de la capitale : étalage des richesses, ostentation, etc. Référence à l’idée que l’industrie accorderait plus d’importance à l’apparence superficielle et à la tendance éphémère plutôt qu’à des valeurs plus profondes (cf. le texte de Balzac : « il y a des gilets et des pantalons à quatre francs et quarante sous, les tailleurs à la mode ne vous les font pas à moins de cent francs » ou ces propos d’O. Py : « […] cette petite robe jaune pailletée dans la vitrine d’un magasin de luxe, soleil éblouissant d’inutilité. Deux jeunes filles la regardent comme le Saint-Sépulcre […] ».
  • Jacques Dutronc : « Il est cinq heures, Paris s’éveille » [Doc. 1](paroles : Jacques Lanzmann). cette chanson est souvent associée à l’ambiance de la capitale française au lever du jour. Dutronc chante les pérégrinations d’un dandy qui termine sa nuit festive et croise sur son chemin (avec une certaine désinvolture) la France ouvrière, qui se lève tôt. A mettre en relation avec les IO : « La vie parisienne est aussi une vie nocturne, faite d’excès, avec ses codes particuliers et ses univers interdits ». On pourra par exemple exploiter la publicité de Givenchy pour le parfum « L’Interdit » [Doc. 2] (créé à l’origine en 1957 par Hubert de Givenchy pour l’actrice Audrey Hepburn) : réalisée par Todd Haynes, la publicité joue avec un certain nombre de stéréotypes attachés à la capitale : après une soirée mondaine parisienne ennuyeuse, une jeune femme (Rooney Mara) se laisse entraîner dans les couloirs du métro parisien (station désaffectée de la Porte des Lilas) jusqu’à une soirée « interdite »… Au petit matin, elle réapparaît finalement à la sortie du métro.
  • Diffusée pour la première fois sur Netflix en octobre 2020, la série Emily in Paris[Doc. 3] fait partie des contenus les plus visionnés de la plate-forme : l’héroïne débarque dans une ville de carte postale (chambre de bonne spatieuse donant sur la Tour Eiffel) qui accumule les clichés sur la capitale : obsession de la mode, liberté de moeurs, infidélité, rapport des Parisiens à l’alcool, fainéantise, café-croissant quotidien, etc. Les épisodes de la série enchaînent de nombreux stéréotypes sur la France et les Français.
Idée 2 : Importance du paraître et des apparences à Paris (vanité, snobisme) : cette vision suggère que les gens doivent jouer un rôle pour s’imposer en société.  On pourra réfléchir à l’égocentrisme dont se nourrit le parisianisme.

Doc. 4 : Marie-Paule Belle « La Parisienne »

  • Réinvestissement du texte de La Bruyère : « L’on se donne à Paris, sans se parler, comme un rendez-vous public, mais fort exact, tous les soirs au Cours ou aux Tuileries, pour se regarder au visage et se désapprouver les uns les autres […] l’on y passe en revue l’un devant l’autre : carrosse, chevaux, livrées, armoiries, rien n’échappe aux yeux, tout est curieusement ou malignement observé ». Dans la remarque 99 du Livre VIII des Caractères, La Bruyère utilise la métaphore du théâtre du monde : « ce sera le même théâtre et les mêmes décorations ». Cette idée d’hypocrisie, de dissimulation, de masque est bien mise en valeur par le personnage de Georges Duroy dans le roman Bel-Ami de Maupassant : refusant tout idéalisme, l’auteur décrit de façon froide une société parisienne dominée par l’argent et le chacun pour soi. En parfait arriviste, Georges Duroy, le héros du livre, gravit tous les échelons de la société grâce à la manipulation et aux complots financiers. La dernière page du roman donne à voir un personnage cynique et manipulateur. Cette vision pessimiste de l’homme et du monde dominée par le mensonge et l’hypocrisie est à mettre en relation avec le personnage d’Aurélien dans le roman d’O. Py : « Aurélien marche dans Paris les yeux au ciel. Réussir, vaincre, triompher ! Il se regarde faire, aller, siffloter, et en se jouant à lui-même la comédie de sa propre béatitude […], un grand décor dont il est le centre ».
  • Dans un registre plus léger, on pourra exploiter la chanson de Marie-Paule Belle « La Parisienne » (1976) [Doc. 4], charge sarcastique contre le snobisme parisien :
    Lorsque je suis arrivée dans la capitale
    J’aurais voulu devenir une femme fatale
    Mais je ne buvais pas, je ne me droguais pas
    Et je n’avais aucun complexe
    Je suis beaucoup trop normale, ça me vexe
    Je ne suis pas parisienne
    Ça me gêne, ça me gêne
    Je ne suis pas dans le vent
    C’est navrant, c’est navrant
Idée 3 : une ville « de paillettes » au détriment des plus pauvres et des oubliés.

 

 

« La Complainte de la Butte » est une chanson emblématique de la musique française, écrite par Jean Renoir et interprétée à l’origine par Cora Vaucaire. Elle a été composée en 1955 pour le film French Cancan réalisé par Jean Renoir. Loin des paillettes de la ville-lumière, la chanson évoque le quartier de la Butte Montmartre, misérable à l’époque…

  • La gentrification à Paris (processus par lequel un quartier autrefois défavorisé subit des changements sociaux et économiques, entraînant une augmentation des prix de l’immobilier) a provoqué l’arrivée de résidents plus aisés au détriment des classes populaires : Les bobos (contraction de bourgeois-bohèmes) désignent cette nouvelle population branchée qui s’installe dans les quartiers gentrifiés. On pourra exploiter ces propos des IO : « Derrière l’image convenue de la « Ville Lumière », la capitale est aussi le reflet des fractures et des inégalités sociales. Il est de plus en plus difficile de se loger et de vivre dans une cité en pleine gentrification qui exclut les plus pauvres, mais aussi les classes moyennes. Dans ces conditions, peut-on encore y faire société ? » Souvent perçus comme insouciants et préoccupés par leur image et leur statut social, les bobos sont souvent accusés d’altérer l’authenticité culturelle des quartiers. Le phénomène de boboïsation a accentué les tensions entre Paris et la province (à mettre par exemple en relation avec La Bruyère qui souligne comment les Parisiens de son époque sont obsédés par leur rang social, leur réputation et leur apparence extérieure.
  • Exemples possibles sur les déséquilibres (économiques, sociaux, culturels) entre Paris et la province. En 1947, le géographe et urbaniste François Gravier (1915-2005) a publié un ouvrage important intitulé Paris et le désert français. Derrière ce titre provocateur, l’auteur mettait en lumière les disparités de développement entre la région parisienne et les autres régions de France. Cette œuvre a eu un impact significatif sur la politique d’aménagement du territoire en France.
  • La « Belle Epoque » : période de prospérité, d’innovation artistique et de développement culturel caractérisée par une effervescence créative dans les arts, la littérature, la musique, la mode et l’architecture. Certains critiques ont qualifié cette époque de « superficielle » en raison de son obsession pour le luxe, les divertissements frivoles et une certaine légèreté dans les préoccupations sociales et politiques. De fait, derrière les paillettes, la réalité pour le peuple était bien différente. La misère sociale coexistait avec les paillettes de la haute société. Les inégalités économiques étaient importantes, avec une classe ouvrière confrontée à des conditions de travail difficiles et à des niveaux de pauvreté élevés.
  • Sous les paillettes se cache donc une réalité dramatique, comme en témoigne Les Misérables (1862),vaste fresque couvrant près de 20 ans d’histoire du peuple parisien : l’auteur décrit la misère et l’exclusion des plus démunis dont il se fait le porte-parole. On pourra également évoquer l’appel radiophonique de l’Abbé Pierre le 1er février 1954. Cet appel était une réaction à la crise du logement et à la terrible vague de froid qui sévissait en France à l’époque. 

II) Affirmer que la vie parisienne est faite « d’inutilités et de paillettes » s’apparente donc quelque peu à un cliché sur la capitale. Bien que Paris puisse parfois être associée aux apparences et à la superficialité, nul ne saurait contester le décisif ascendant de la capitale : par sa diversité et sa richesse, Paris offre en effet une multitude d’expériences culturelles et artistiques qui vont bien au-delà de son image superficielle. C’est par ailleurs une cité attachante à l’histoire singulière. Enfin, par son statut de « ville-monde », Paris s’impose au XXIème siècle comme une mégapole de tout premier plan, en raison des fonctions stratégiques qu’elle exerce à l’échelle internationale.

Pistes de réflexion Exemples possibles
Idée 1 : Certes, Paris vend du rêve, mais plutôt que de parler de superficialité, on peut s’intéresser à la symbolique de la ville : par delà les clichés, elle a suscité depuis des siècles tout un imaginaire émotionnel.

 

Doc. 5 : Robert Doisneau, « Le balayeur au chevet de Notre-Dame » (1954)

 

 

 

 

 

 

Doc. 6 : « Pam Pa Nam » d’Oxmo Puccino : hommage poétique à la ville de Paris et à ses habitants.

  • Paris est une ville « poétique » en ce sens qu’à la différence d’autres lieux, elle ne renvoie pas seulement à son statut d’agglomération, mais à sa connotation, c’est-à-dire à ce supplément de sens qui fait appel à l’imaginaire et au rêve. C’est ainsi que Scorsese déclarait, dans Le Nouvel Observateur du 8 décembre 2011 : « Mon Paris est une ville de rêve, une cité de cinéma ». Cet aspect n’a donc rien de superficiel car il touche au symbolique. Vous pouvez ici faire référence au nombre de peintres, d’écrivains, de paroliers, de caricaturistes, de photographes (notamment Robert Doisneau Doc. 5) ou de cinéastes qui ont contribué à influencer notre vision de la capitale, superposant souvent à la ville réelle une ville imaginaire, qui parle au coeur et à l’âme.

Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (2001)

Cette comédie romantique raconte l’histoire d’Amélie Poulain, jeune femme rêveuse et imaginative qui décide de changer la vie des gens autour d’elle pour le meilleur, tout en cherchant le bonheur pour elle-même. Le film est célèbre pour ses reconstitutions oniriques de Paris, en particulier Montmartre ou le canal Saint-Martin, avec ses cafés pittoresques, ses rues pavées et son atmosphère bohême. 

  • Dans un monde de nivellement des cultures, de massification et de déracinement, Paris est un marqueur social en offrant un ancrage identitaire fort : comme le dit →Giulia Mensitieri, l’industrie du luxe (mode, parfums, haute couture, etc.) « est avant tout une industrie de production symbolique, elle fabrique un imaginaire que les médias et les institutions qui la représentent appellent communément le « rêve ». Ce rêve est matériellement lié à la confection des vêtements les plus luxueux qui se puissent concevoir. Or cette production est structurellement liée à la ville de Paris, car les créateurs souhaitant bénéficier de cette appellation doivent impérativement y disposer d’ateliers. De ce fait, la haute couture ne peut exister en dehors de Paris […]. Par un jeu d’emboîtements, aussi bien les maisons de couture que la ville de Paris et que la France produisent et bénéficient de cet apparat de dentelle, de paillettes, de beauté et de travail pour bâtir une image de luxe et de travail très rentable pour leurs économies ».
  • Il y a un lien fort entre Paris et le monde. Ainsi, l’incendie de Notre-Dame le 15 avril 2019 a provoqué une réaction de sidération et de tristesse dans le monde entier. De même, les attentats terroristes de 2015 ont déclenché une vague d’indignation, de solidarité et de deuil à l’échelle mondiale : des mémoriaux se sont formés, des centaines de milliers de messages ont été diffusés via Internet… Durant des semaines, les Archives de Paris en ont collecté le contenu qui appartient aujourd’hui au patrimoine national. Loin d’être seulement « médiatique », cette vague d’émotion témoigne du lien affectif et de l’attachement sincère du monde à Paris.
  • De même Paris porte l’empreinte de ses habitants : les arrondissements sont souvent pour eux comme un « village » avec lequel ils entretiennent une forte relation de proximité : vous pourrez exploiter bien entendu « La Bohême » (1965) de Charles Aznavour : sur le rythme mélancolique d’une valse, le chanteur évoque le Montmartre artiste du début du 20ème siècle. Pareillement, Charles Trenet dans « Ménilmontant » (1938) se souvient avec émotion de ce quartier pittoresque et populaire. 


Charles Trenet, « Ménilmontant » (1938)
Cette chanson aura d’autant plus de résonance qu’elle est écrite en 1938, dans un monde au bord d’une guerre que personne ne semble pouvoir éviter.

De façon plus contemporaine, la chanson « Pam Pa Nam » d’Oxmo Puccino (2012) Doc. 6 rend hommage aux quartiers de Paname (Paris en argot) sur le rythme lent d’une ballade, sorte d’errance lyrique et poétique mélangeant les influences musicales (notamment la chanson française et la musique rap). Le clip met en scène plusieurs destins croisés dans le Paris des « titis », notamment celui d’un voleur à la tire un peu perdu tombant amoureux de sa victime. 

Idée 2 : Une ville à l’identité culturelle complexe, loin des clichés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Doc. 7 : Mireille Mathieu, l’inoubliable interprète de la chanson « Paris en colère » (paroles : Maurice Vidalin ; musique : Maurice Jarre)

  • Paris est une capitale culturelle de premier ordre : outre son exceptionnel patrimoine artistique, c’est une ville qui a influencé les grandes avant-gardes, par exemple l’impressionnisme, le surréalisme, le cubisme ou la nouvelle vague à la fin des années 50 (mouvement de remise en question du cinéma traditionnel, notamment grâce à François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol ou Agnès Varda. Ce mouvement a eu une influence significative sur le cinéma mondial). Dans son essai intitulé Paris, « capitales » des XIXe siècles (Seuil 2021), Christophe Charle montre que Paris « est un laboratoire politique, social et surtout culturel : s’y expérimentent de nouveaux regards sur la ville devenue spectacle, des pratiques de loisirs, la mise en place du modèle de rupture dans les arts – impressionnisme, symbolisme, naturalisme… » De même c’est à Paris dans le « Quartier latin » que va se concentrer la vie éditoriale et littéraire après la guerre (théâtre de l’absurde, existentialisme sous l’influence de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir). Face à une France parfois très conservatrice et réticente à faire bouger les idées, toute une génération, celle du Jazz, de Boris Vian et de Saint-Germain-des-Prés, est avide de « refaire le monde ».
  • Par de nombreux aspects, et en dépit des vérités qu’elle pose, la satire des mœurs de La Bruyère est largement pessimiste et conservatrice. L’auteur semble stigmatiser toute idée nouvelle qui s’éloignerait de la morale traditionnelle. On peut donc légitimement questionner une telle éthique, qui paraîtrait de nos jours assez réactionnaire. De même, on ne saurait limiter la vie parisienne à une comédie sociale fondée sur les apparences. La particularité de la population parisienne est d’être largement multiethnique. Loin d’être repliée sur elle-même et de vivre dans des cercles fermés, elle est au contraire le symbole d’une ville ouverte à l’altérité : ainsi, la capitale accueille une population étrangère importante, puisque 4 immigrés sur 10 vivent à Paris et dans sa région. Un tel apport participe au dynamisme économique et culturel de la capitale.
  • Selon ce que vous avez étudié, vous pouvez centrer sur certains épisodes importants de l’histoire de Paris : Révolution française (avec le tableau d’Eugène Delacroix, « La Liberté guidant le peuple », 1830), Commune de Paris, Discours du Général de Gaulle lors de la libération de Paris, etc. Vous pouvez également mentionner  la célèbre chanson de Mireille Mathieu « Paris en colère » (1966) [Doc. 7] qui rappelle la vocation de la capitale à s’inscrire dans le cours de l’Histoire du monde : « Et le monde tremble/Quand Paris est en danger/Et le monde chante/Quand Paris s’est libéré »… Paris apparaît ainsi comme un marqueur de la démocratie.

"Soyez réalistes, demandez l'impossible". Crédit photographique : Gérard-Aimé/Rapho-Eyedea, 1968« Soyez réalistes, demandez l’impossible ». Crédit photographique : Gérard-Aimé/Rapho-Eyedea, 1968. Mai 68 a eu un impact durable sur la société française, marquant une rupture significative avec le passé et influençant la politique, la culture et les mouvements sociaux ultérieurs en France et dans le monde entier.

Idée 3 : Un poids économique et politique de premier ordre : renforcer Paris et sa région renforce le reste du pays. 

 

 

 

  • Paris est une métropole macrocéphale de rang mondial. Avec une population de près de 13 millions d’habitants, l’Île-de-France constitue l’une des aires urbanisées les plus peuplées du continent européen. Paris et sa région concentrent 31 % du PIB nationalBassin productif et d’emplois parfaitement relié à la dorsale européenne :  l’agglomération forme le pôle d’activités le plus important du pays et un centre dynamique à l’échelle nationale, européenne et mondiale. 
  • Exemple du « Grand Paris Express » dont le but est de transformer de façon durable l’agglomération parisienne en une grande métropole mondiale du XXIème siècle, afin d’améliorer le cadre de vie des habitants et de corriger les inégalités territoriales : 42 quartiers prioritaires de la politique de la ville seront ainsi desservis par le Grand Paris Express. Le Grand Paris Express permettra en outre de se déplacer facilement et rapidement de banlieue à banlieue sans passer par Paris : 200 km de voies et 68 gares vont être créées. Plus de 180 projets urbains sont d’ores et déjà engagés dans les quartiers entourant les gares qui seront mises en service en 2024 et 2025. Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, a joué un rôle important dans le développement du projet du Grand Paris (voir en particulier son discours du 26 juin 2007 lors de l’inauguration du Satellite n°3 Roissy Charles-de-Gaulle).
  • Situé à Marne-la-Vallée, Disneyland Paris ne saurait être réduit à un simple parc d’attraction : il constitue le pôle le plus visité de la capitale avec plus de 15 millions d’entrées annuelles. Il génère ainsi un impact significatif sur l’économie nationale. 

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brunorigolt

- Agrégé de Lettres modernes - Docteur ès Lettres et Sciences Humaines (Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris) - Diplômé d’Etudes approfondies en Littérature française - Diplômé d’Etudes approfondies en Sociologie - Maître de Sciences Politiques

Une réflexion au sujet de « Entraînement à l’épreuve de Culture générale et expression du BTS. Sujet type : Paris, capitale de la comédie sociale ? CORRIGÉS »

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