Entraînement à l’épreuve de Culture générale et expression du BTS
Paris, capitale de la comédie sociale ?
Entraînement BTS
Thème au programme : Paris, ville capitale ?
Sujet complet conforme au BTS
➤ Les corrigés (synthèse + écriture personnelle) ont été mis en ligne.
Paris, capitale
de la
comédie sociale ?
Crédit iconographique : © juillet 2023, Bruno Rigolt.
(photomontages et peinture numérique)
Paris, capitale de la comédie sociale ?
La présentation du corpus et des conseils de méthode seront mis en ligne prochainement. Mise en ligne des corrigés : mercredi 20 mars 2024.
Activités d’écriture :
♦ Synthèse : Vous réaliserez une synthèse concise, ordonnée et objective des documents suivants :
1. Olivier Py, Les Parisiens, 2019
2. Gustave Caillebotte, « L’Homme au balcon, boulevard Haussmann », 1880
3. Honoré de Balzac, Illusions perdues,1843
4. Jean de La Bruyère, Les Caractères, « De la ville », 1688
♦ Écriture personnelle :
Le narrateur du roman d’Olivier Py déclare à propos de la vie parisienne qu’elle est « faite d’inutilités et de paillettes ». Ce jugement répond-il à votre vision de la capitale ? Vous répondrez à cette question d’une façon argumentée en vous appuyant sur les documents du corpus, vos lectures de l’année et vos connaissances personnelles.
NIVEAU DE DIFFICULTÉ : *** DIFFICILE
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Document 1 : Olivier Py, Les Parisiens, 2016
Olivier Py est un homme de théâtre français né le 24 juillet 1965 à Grasse. Acteur, metteur en scène et dramaturge, il a été directeur du Festival d’Avignon de 2013 à 2019 et dirige le Théâtre du Châtelet depuis 2023. Publié en 2016 aux éditions Actes Sud, Les Parisiens se présente comme un roman « balzacien » : Aurélien, le personnage principal, sorte d’arriviste séducteur du XXIème siècle, veut subjuguer la capitale par le théâtre. Avide de plaisirs et de reconnaissance, il se lance avec arrogance à la conquête du Tout-Paris culturel et politique. Sur sa route, il croise une galerie de personnages violents socialement, moralement ou physiquement dans un monde cynique où tout n’est que simulacre et représentation. Le passage à étudier se situe au début du livre.
___Un ciel mouvant d’acier et d’or, luxe et pourriture, désenchantement ou exaltation, éveil et songe.
___Aurélien marche dans Paris les yeux au ciel. Réussir, vaincre, triompher !
___Il se regarde faire, aller, siffloter, et en se jouant à lui-même la comédie de sa propre béatitude, il fait de Paris, ses façades de plomb, ses trésors voilés, ses arbres éblouis, un grand décor dont il est le centre. Il est le centre de cette spirale, sa beauté, sa jeunesse, sa désinvolture, son envie insatiable de victoire, Paris ne vit que pour dévorer sa féroce ambition, Paris est fait pour que les arrivistes arrivent et que les séducteurs séduisent. Il a compris le sens même de cette ville, ce n’est pas une ville c’est une manière d’ignorer la mort. C’est une manière de nier la mort – de laisser la mort fumer ses cigarettes et s’habiller en rose, parmi les autres créatures de ce bestiaire merveilleux.
[…]
Oublier la mort, oublier que l’on va mourir, vaincre, triompher. Réussir à Paris, c’est plus grand qu’inscrire en lettres d’or sur un temple fermé l’annulation du ciel. Oublier la mort cela voudrait dire croire au destin, croire à son destin et ridiculiser la mort, cela voudrait dire faire de la mode une religion. Aucune philosophie, jamais, dans sa difficile et amère mithridatisation1 de la mort, ne vaut le scandale de cette petite robe jaune pailletée dans la vitrine d’un magasin de luxe, soleil éblouissant d’inutilité. Deux jeunes filles la regardent comme le Saint-Sépulcre2. Rien n’est vanité et les Parisiens vont vers leurs travaux et leurs amours, leurs combats et leurs trahisons, la moindre de leurs brûlures est une œuvre d’art puisqu’ils l’ont connue à Paris. Chez un antiquaire derrière le Châtelet3 une critique de théâtre achète des boucles d’oreilles en forme d’ananas, c’est une affaire d’importance. La face du monde est changée. Des gigolos préparent une orgie sous les ordres d’un musclé maître de cérémonie. Acte non moins considérable, un chef d’orchestre obèse, perdu dans les salles du Louvre, regarde les fesses des touristes américains. Et les compare à celles de David4. Un quadragénaire qui a survécu au cancer va agacer les lions du Jardin des Plantes, que faire de plus essentiel ? Un vieux milliardaire découvre sous un voile de satin noir la maquette d’un musée qui lui survivra. Chacun combat la mort comme il peut. Un ministre épuisé regarde de son balcon la beauté des nuages et se mesure à leur évanescence5 en rotant. Deux jeunes femmes qui s’aiment comparent leurs poitrines, ne savent-elles pas que le temps est court et qu’être belle un jour ensoleillé est plus grand que la philosophie ? Une révolution se prépare et des militants peignent sur des cartons des slogans éculés, la révolution elle-même est soumise aux saisons, et une pasionaria6 en imperméable élimé médite sur les utopies. Près de la gare d’Austerlitz, un groupe de sans-papiers a installé son campement, il leur reste avant l’hiver des combats héroïques qu’on ignore dans le jardin des Tuileries7. Une vieille élégante sable le champagne avec un influent mécène. Ensemble, ils rêvent d’intrigues florentines et de têtes coupées. Un pianiste raté pose ses doigts sur un Bösendorfer8 qu’il n’achètera pas, mais c’est le temps de se laisser flotter dans la loterie des destins. Une actrice alcoolique vitupère au bar de la Comédie-Française. Elle a été brûlée au feu de son génie et Paris est son bûcher. Dans l’église Saint-Gervais, un prêtre qui a perdu la foi admire le recueillement des fidèles, autour de lui le monde est indifférent à sa catastrophe intime. Un illustre ténor dîne au Café de la Paix et parle de l’art du chant français, il regarde les foules aller et venir dans la spirale endiablée des Grands Boulevards. Une fausse duchesse se souvient du temps où elle se vendait pour un repas chaud. Son ascension est plus belle que les étoiles, seul le ciel de Paris en connaît le secret. Un jeune homme brun hésite à s’ouvrir les veines, mais le suicide aussi est une vanité. Et tout ce peuple sait que si rien n’est possible politiquement, il reste à vivre une vie parisienne faite d’inutilités et de paillettes.
Olivier Py, Les Parisiens. Paris, Actes-Sud 2016.
1. mithridatisation : action d’immuniser contre un poison. Ici, être indifférent, insensible face à la mort.
2. Saint-Sépulcre : Selon la tradition chrétienne, le Saint-Sépulcre est le lieu où le corps du Christ fut déposé après sa crucifixion. L’expression est ici à prendre au sens figuré : les jeunes filles regardent la robe avec convoitise, comme un objet presque sacré.
3. Allusion au théâtre du Châtelet, situé place du Châtelet dans le 1er arrondissement.
4. Allusion au David de Michel-Ange, célèbre sculpture de la Renaissance réalisée entre 1501 et 1504.
5. Evanescence : qui a une apparence floue, imprécise, fugitive.
6. passionaria : femme se passionnant pour une cause, une idée, et dont l’éloquence agit sur les foules
7. Le Jardin des Tuileries est un élégant lieu de promenade situé entre le Louvre et la place de la Concorde.
8. Bösendorfer : prestigieuse manufacture autrichienne de pianos, parmi les plus chers du monde.
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Document 2 : Gustave Caillebotte, « L’Homme au balcon, boulevard Haussmann », 1880
Gustave Caillebotte (1848-1894) est un peintre impressionniste français dont les peintures urbaines très réalistes, mettent en scène des moments de la vie quotidienne à Paris. La toile montre un homme élégant, coiffé d’un chapeau haut-de-forme et en habit. Vu de dos, il contemple depuis son balcon le boulevard Haussmann, symbole du développement économique sous la IIIème République. Ce célèbre boulevard abrite toujours plusieurs grands magasins parisiens renommés, comme les Galeries Lafayette et le Printemps, qui ont contribué à renforcer l’association du boulevard avec la bourgeoisie d’affaires et le commerce haut de gamme.
Gustave Caillebotte, « L’Homme au balcon, boulevard Haussmann », 1880 (coll. partic.)
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Document 3 : Honoré de Balzac, Illusions perdues, 1843
Rédigé entre 1837 et 1843, Illusions perdues est un roman majeur d’Honoré de Balzac, appartenant au cycle de La Comédie humaine, vaste ensemble de récits donnant à voir des personnages en quête de gloire et de réussite, mais dont les illusions se heurtent aux dures lois du monde social. Illusions perdues raconte l’histoire d’un jeune provincial désargenté, Lucien de Rubempré, ayant quitté Angoulême dans l’espoir de faire fortune à Paris grâce à son talent littéraire. Dans ce passage, le jeune homme écrit à sa sœur pour l’informer de sa nouvelle vie…
« […] Ma pauvre sœur, Paris est un étrange gouffre : on y trouve à dîner pour dix-huit sous, et le plus simple dîner d’un restaurat élégant coûte cinquante francs ; il y a des gilets et des pantalons à quatre francs et quarante sous, les tailleurs à la mode ne vous les font pas à moins de cent francs. On donne un sou pour passer les ruisseaux des rues quand il pleut. Enfin la moindre course en voiture vaut trente-deux sous. Après avoir habité le beau quartier, je suis aujourd’hui hôtel de Cluny, rue de Cluny, dans l’une des plus pauvres et des plus sombres petites rues de Paris, serrée entre trois églises et les vieux bâtiments de la Sorbonne. J’occupe une chambre garnie au quatrième étage de cet hôtel, et, quoique bien sale et dénuée1, je la paye encore quinze francs par mois. Je déjeune d’un petit pain de deux sous et d’un sou de lait, mais je dîne très-bien pour vingt-deux sous au restaurant d’un nommé Flicoteaux, lequel est situé sur la place même de la Sorbonne. Jusqu’à l’hiver ma dépense n’excédera pas soixante francs par mois, tout compris, du moins je l’espère. Ainsi mes deux cent quarante francs suffiront aux quatre premiers mois. […] N’ayez donc aucune inquiétude à mon sujet. Si le présent est froid, nu, mesquin, l’avenir est bleu, riche et splendide. La plupart des grands hommes ont éprouvé les vicissitudes2 qui m’affectent sans m’accabler. […] Les chagrins et la misère ne peuvent atteindre que les talents inconnus ; mais quand ils se sont fait jour, les écrivains deviennent riches, et je serai riche. Je vis d’ailleurs par la pensée, je passe la moitié de la journée à la bibliothèque Sainte-Geneviève, où j’acquiers l’instruction qui me manque, et sans laquelle je n’irais pas loin. […] Je ne regrette pas non plus d’avoir quitté Angoulême. Cette femme avait raison de me jeter dans Paris en m’y abandonnant à mes propres forces3. Ce pays est celui des écrivains, des penseurs, des poètes. Là seulement se cultive la gloire, et je connais les belles récoltes qu’elle produit aujourd’hui. Là seulement les écrivains peuvent trouver, dans les musées et dans les collections, les vivantes œuvres des génies du temps passé qui réchauffent les imaginations et les stimulent. Là seulement d’immenses bibliothèques sans cesse ouvertes offrent à l’esprit des renseignements et une pâture4. Enfin, à Paris, il y a dans l’air et dans les moindres détails un esprit qui se respire et s’empreint dans les créations littéraires. On apprend plus de choses en conversant au café, au théâtre pendant une demi-heure qu’en province en dix ans. Ici, vraiment, tout est spectacle, comparaison et instruction. Un excessif bon marché, une cherté excessive, voilà Paris, où toute abeille rencontre son alvéole, où toute âme s’assimile ce qui lui est propre. Si donc je souffre en ce moment, je ne me repens5 de rien. Au contraire, un bel avenir se déploie et réjouit mon cœur un moment endolori. Adieu, ma chère sœur, ne t’attends pas à recevoir régulièrement mes lettres : une des particularités de Paris est qu’on ne sait réellement pas comment le temps passe. La vie y est d’une effrayante rapidité. J’embrasse ma mère, David, et toi plus tendrement que jamais. Adieu donc, ton frère qui t’aime.
LUCIEN. »
1. dénuée : vide, dépouillée de biens matériels, non meublée.
2. vicissitudes : ici : événements malheureux qui se succèdent.
3. Allusion à Louise de Bargeton, femme de la noblesse angoumoisine dont s’éprend Lucien. Après avoir entraîné le jeune homme vers Paris en lui faisant miroiter une vie rêvée, elle l’abandonne rapidement.
4. pâture : ici, nourriture spirituelle.
5. se repentir : regretter vivement une faute, une faiblesse.
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Document 4 : Jean de La Bruyère, Les Caractères, « De la ville », 1688
Brillant moraliste du XVIIème siècle, Jean de La Bruyère a consacré sa vie à la rédaction d’une œuvre unique : Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle. Plusieurs fois réédité du vivant de son auteur, l’ouvrage comporte de nombreuses réflexions sociologiques réparties en seize livres. Dans le livre VII intitulé « De la ville », La Bruyère met en scène un homme du monde propulsé dans Paris. C’est l’occasion pour l’auteur de s’en prendre vivement à la capitale, vaste théâtre divisé en microsociétés éphémères et superficielles dont les habitants agissent comme des acteurs faits seulement pour la parade.
___L’on se donne à Paris, sans se parler, comme un rendez-vous public, mais fort exact, tous les soirs au Cours ou aux Tuileries, pour se regarder au visage et se désapprouver les uns les autres.
___L’on ne peut se passer de ce même monde que l’on n’aime point, et dont l’on se moque.
___L’on s’attend au passage réciproquement dans une promenade publique ; l’on y passe en revue l’un devant l’autre : carrosse, chevaux, livrées, armoiries, rien n’échappe aux yeux, tout est curieusement ou malignement observé ; et selon le plus ou le moins de l’équipage, ou l’on respecte les personnes, ou on les dédaigne.
___Tout le monde connaît cette longue levée qui borne et qui resserre le lit de la Seine, du côté où elle entre à Paris avec la Marne, qu’elle vient de recevoir : les hommes s’y baignent au pied pendant les chaleurs de la canicule ; on les voit de fort près se jeter dans l’eau ; on les en voit sortir : c’est un amusement. Quand cette saison n’est pas venue, les femmes de la ville ne s’y promènent pas encore ; et quand elle est passée, elles ne s’y promènent plus.
___Dans ces lieux d’un concours général, où les femmes se rassemblent pour montrer une belle étoffe, et pour recueillir le fruit de leur toilette, on ne se promène pas avec une compagne par la nécessité de la conversation ; on se joint ensemble pour, se rassurer sur le théâtre, s’apprivoiser avec le public, et se raffermir contre la critique : c’est là précisément qu’on se parle sans se rien dire, ou plutôt qu’on parle pour les passants, pour ceux même en faveur de qui l’on hausse sa voix, l’on gesticule et l’on badine, l’on penche négligemment la tête, l’on passe et l’on repasse.
___La ville est partagée en diverses sociétés, qui sont comme autant de petites républiques, qui ont leurs lois, leurs usages, leur jargon, et leurs mots pour rire. Tant que cet assemblage est dans sa force, et que l’entêtement subsiste, l’on ne trouve rien de bien dit ou de bien fait que ce qui part des siens, et l’on est incapable de goûter ce qui vient d’ailleurs : cela va jusques au mépris pour les gens qui ne sont pas initiés dans leurs mystères. L’homme du monde d’un meilleur esprit, que le hasard a porté au milieu d’eux, leur est étranger : il se trouve là comme dans un pays lointain, dont il ne connaît ni les routes, ni la langue ni les mœurs, ni la coutume ; il voit un peuple qui cause, bourdonne, parle à l’oreille, éclate de rire, et qui retombe ensuite dans un morne silence ; il y perd son maintien, ne trouve pas où placer un seul mot, et n’a pas même de quoi écouter. Il ne manque jamais là un mauvais plaisant qui domine, et qui est comme le héros de la société : celui-ci s’est chargé de la joie des autres, et fait toujours rire avant que d’avoir parlé.
[…]
___On s’élève à la ville dans une indifférence grossière des choses rurales et champêtres ; on distingue à peine la plante qui porte le chanvre d’avec celle qui produit le lin, et le blé froment d’avec les seigles, et l’un ou l’autre d’avec le méteil : on se contente de se nourrir et de s’habiller. Ne parlez à un grand nombre de bourgeois ni de guérets, ni de baliveaux, ni de provins, ni de regains, si vous voulez être entendu : ces termes pour eux ne sont pas français. Parlez aux uns d’aunage, de tarif, ou de sol pour livre, et aux autres de voie d’appel, de requête civile, d’appointement, d’évocation. Ils connaissent le monde, et encore parce qu’il a de moins beau et de moins spécieux ; ils ignorent la nature, ses commencements, ses progrès, ses dons et ses largesses. Leur ignorance souvent est volontaire, et fondée sur l’estime qu’ils ont pour leur profession et pour leurs talents. Il n’y a si vil praticien, qui, au fond de son étude sombre et enfumée, et l’esprit occupé d’une plus noire chicane, ne se préfère au laboureur, qui jouit du ciel, qui cultive la terre, qui sème à propos, et qui fait de riches moissons ; et s’il entend quelquefois parler des premiers hommes ou des patriarches, de leur vie champêtre et de leur économie, il s’étonne qu’on ait pu vivre en de tels temps, où il n’y avait encore ni offices, ni commissions, ni présidents, ni procureurs ; il ne comprend pas qu’on ait jamais pu se passer du greffe, du parquet et de la buvette.

