Entraînement BTS n°3… « Faire voir esthétiquement la laideur »

bts2009.1232872062.jpgLes entraînements BTS

Entraînement n°3. Thème 1 (« Faire voir ») : esthétique de la laideur…

Je vous propose dans cet entraînement un sujet inédit tout à fait dans l’optique de l’examen, mais qui va vous changer des sujets habituellement posés. Ce corpus en effet vous amènera à réfléchir à la manière de faire voir et de se représenter le beau ou la laideur. Comme le dit Voltaire, le beau est « relatif ». Cette problématique conduit ainsi à travailler sur un terme qui n’est pas simple à définir : le beau est-il toujours « esthétique » ? La laideur est-elle forcément « moche » à voir ? Le corpus ainsi que l’écriture personnelle sont difficiles : de fait, c’est la fonction de l’art qui se trouve posée ici : ne serait-il pas parfois un détournement de la beauté ? De Baudelaire à l’expo Trash en passant par le peintre Bacon, il y a une sorte de jeu de la transgression et de la provocation : faire voir la laideur, n’est-ce pas donner une valeur esthétique à ce qui est considéré comme repoussant, vulgaire, indécent ou obscène ?

Niveau de difficulté : *** (* accessible ; ** moyennement difficile ; *** difficile)

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  • Document 1 Voltaire, article « Beau » du Dictionnaire philosophique (1764).

« Puisque nous avons cité Platon sur l’amour, pourquoi ne le citerions-nous pas sur le beau, puisque le beau se fait aimer? On sera peut-être curieux de savoir comment un Grec parlait du beau il y a plus de deux mille ans.

« L’homme expié dans les mystères sacrés, quand il voit un beau visage décoré d’une forme divine, ou bien quelque espèce incorporelle, sent d’abord un frémissement secret, et je ne sais quelle crainte respectueuse; il regarde cette figure comme une divinité…. quand l’influence de la beauté entre dans son âme par les yeux, il s’échauffe: les ailes de son âme sont arrosées; elles perdent leur dureté qui retenait leur germe; elles se liquéfient; ces germes enflés dans les racines de ses ailes s’efforcent de sortir par toute l’espèce de l’âme » (car l’âme avait des ailes autrefois), etc.

Je veux croire que rien n’est plus beau que ce discours de Platon; mais il ne nous donne pas des idées bien nettes de la nature du beau.

Demandez à un crapaud ce que c’est que la beauté, le grand beau, le to kalon (*). Il vous répondra que c’est sa crapaude avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête, une gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun. Interrogez un nègre de Guinée; le beau est pour lui une peau noire, huileuse, des yeux enfoncés, un nez épaté.

Interrogez le diable; il vous dira que le beau est une paire de cornes, quatre griffes, et une queue. Consultez enfin les philosophes, ils vous répondront par du galimatias; il leur faut quelque chose de conforme à l’archétype du beau en essence, au to kalon.

J’assistais un jour à une tragédie auprès d’un philosophe. « Que cela est beau! disait-il. — Que trouvez-vous là de beau? lui dis-je. — C’est, dit-il, que l’auteur a atteint son but. » Le lendemain il prit une médecine qui lui fit du bien. « Elle a atteint son but, lui dis-je; voilà une belle médecine! » Il comprit qu’on ne peut pas dire qu’une médecine est belle, et que pour donner à quelque chose le nom de beauté, il faut qu’elle vous cause de l’admiration et du plaisir. Il convint que cette tragédie lui avait inspiré ces deux sentiments, et que c’était là le to kalon, le beau.

Nous fîmes un voyage en Angleterre: on y joua la même pièce, parfaitement traduite; elle fit bâiller tous les spectateurs. « Oh, oh! dit-il, le to kalon n’est pas le même pour les Anglais et pour les Français. Il conclut, après bien des réflexions, que le beau est souvent très relatif, comme ce qui est décent au Japon est indécent à Rome, et ce qui est de mode à Paris ne l’est pas à Pékin; et il s’épargna la peine de composer un long traité sur le beau. »

(*) To kalon : le beau (en grec)
  • Document 2 Baudelaire, « Une charogne » Les Fleurs du mal (1857)

  • Document 3 Renaud Revel, « L’exposition Trash… Des poubelles et des hommes » (L’Express du 13 mars 2007)

  • Document 4 Francis Bacon, « Autoportrait », 1976 (Huile et pastel sur toile, Musée Cantini de Marseille) © ADAGP. Photographe : cliché Jean Bernard bacon.1289732084.jpg

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Proposition d’écriture personnelle : selon vous, la représentation de la laideur peut-elle avoir un intérêt artistique ?

Publié par

brunorigolt

Bruno Rigolt Docteur es Lettres et Sciences Humaines Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris Professeur de Lettres Modernes et de Culture générale au Lycée en Forêt (Montargis, France).