Présenter la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne à l’oral de l’EAF : comment préparer et réussir l’entretien ?

Vous allez présenter la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne à l’oral de l’EAF… Comment préparer et réussir l’entretien ?

Le choix de l’oeuvre d’Olympe de Gouges pour la deuxième partie de l’oral (entretien) peut s’avérer très intéressant : la Déclaration est en effet un texte bref, rédigé dans un style juridique et direct, ce qui en facilite la lecture. Chaque article énonce de manière explicite une revendication, que ce soit pour le droit de vote, l’égalité devant la loi, ou l’accès aux fonctions publiques et aux biens. Loin d’être théorique, le texte est également un appui à l’action politique et un appel au changement social : même si l’oeuvre se lit assez rapidement, la portée des revendications soulevées dans cette Déclaration est donc très importante puisque Olympe de Gouges défend des principes d’égalité et de justice sociale qui résonnent encore aujourd’hui.

Cela dit, votre présentation peut rapidement devenir maladroite si vous la préparez mal et si vous limitez votre réflexion à quelques textes déjà présentés pour l’exposé oral. N’oubliez pas que plus un livre est bref, plus la densité du texte demande donc une attention accrue pour saisir pleinement la portée des idées exprimées, ainsi que les subtilités et les nuances que l’œuvre cherche à transmettre.

Tout d’abord, soyez clair et structuré. Élaborez obligatoirement un plan pour que votre présentation soit logique et fluide le jour de l’examen. C’est d’autant plus important que votre présentation doit être très brève : 2 minutes 1/2 à 3 minutes maximum pour réaliser un exposé qui « impacte », vous devez donc être organisé. Le moyen le plus simple de faire une présentation bien construite est de mentionner clairement au brouillon chaque point que vous allez aborder au cours de votre exposé, et la façon dont vous allez l’aborder. Structurez votre intervention du début jusqu’à la fin de celle-ci.

Votre prestation orale doit être scénarisée, c’est-à-dire qu’elle doit obéir à un scénario. Le scénario, c’est l’itinéraire suivi dans l’exposé. Donc sur votre brouillon pensez à noter les grandes étapes qui doivent conduire votre démonstration : vous devez avoir devant vous les grandes lignes de votre exposé, accompagnées si possible de repères temporels (minutage par exemple), de mots clés, de notions ou de données importantes. Mettez-les en évidence sur votre feuille afin de les visualiser immédiatement : ainsi, vous éviterez les trous de mémoire qui sont particulièrement pénalisants à l’oral.

Avant l’oral, entraînez-vous à parler de l’œuvre, sans lire vos notes, afin de ne pas trop dépendre de votre feuille. Soignez également votre diction : prenez le temps de bien articuler et de justifier vos idées de manière concise.

Enfin, le plus important : n’oubliez pas que votre opinion personnelle est fondamentale. Vous devez obligatoirement apporter un éclairage personnel sur ce que vous ressentez ou comprenez dans l’œuvre. L’entretien en effet n’est pas un questionnaire de lecture mais bien plus un dialogue constructif permettant d’apprécier comment le candidat s’est approprié personnellement le texte et comment sa lecture prolonge les réflexions menées en classe sur l’œuvre intégrale et le parcours associé. Cette appropriation personnelle peut prendre plusieurs formes :

  • Réflexion critique : il ne faut surtout pas accepter passivement le contenu de l’œuvre, mais en discuter les implications, poser des questions voire même être en désaccord avec certains points.
  • Relation avec l’œuvre : vous devez montrer en quoi cette œuvre vous a touché ou comment elle résonne avec votre expérience personnelle, vos valeurs ou votre propre vécu.

Exemple de présentation (dans cet exemple, la durée de l’exposé est d’environ 2 minutes ½)

« L’œuvre que j’ai choisi de vous présenter est la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Il s’agit d’un texte publié le 14 août 1791 par Olympe de Gouges, femme des Lumières et militante abolitionniste, en réponse à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Dans ce texte fondateur de la cause féministe, Olympe de Gouges revendique l’égalité des sexes en matière de droits civils et politiques. Rédigée pendant la Révolution française, La Déclaration d’Olympe de Gouges condamne l’exclusion des femmes des droits proclamés en 1789 et défend leur participation à la vie publique.

Plusieurs points de cette Déclaration m’ont paru particulièrement importants.

En premier lieu, l’égalité hommes-femmes : Olympe de Gouges estime que les femmes doivent avoir les mêmes droits que les hommes, notamment le droit de vote, le droit d’accéder aux fonctions publiques et de participer à l’élaboration des lois. De plus, Olympe de Gouges aborde la question des libertés fondamentales : elle montre que la liberté, la propriété, la sécurité et la résistance à l’oppression doivent être garanties pour tous, indépendamment du genre. En prolongement de cette réflexion, l’autrice pose la question de la responsabilité des femmes : elle souligne que les femmes, tout comme les hommes, doivent assumer leurs devoirs civiques et légaux. Enfin, la réflexion autour du mariage et de l’égalité est un aspect important de cette œuvre. Olympe de Gouges s’en pred souvent au mariage, qu’elle dénonce comme un instrument d’inégalité : à la place, elle n’hésite pas à proposer  un « contrat social » garantissant l’équité entre conjoints.

Mal accueillie à son époque, cette Déclaration est aujourd’hui reconnue comme un texte pionnier du féminisme, affirmant des idées novatrices pour l’égalité des genres. Depuis 2016, un buste est même installé à l’Assemblée nationale pour honorer le rôle d’Olympe de Gouges dans l’histoire des droits des femmes et de la Révolution française. J’ai choisi de lire et de présenter ce livre pour le Baccalauréat car il m’a permis, en tant qu’adolescent, de réfléchir à mon rôle dans la société et à mes propres convictions. Ce texte m’a amené par exemple à me poser de nombreuses questions : pourquoi des droits qui semblent évidents de nos jours ne l’étaient pas à son époque ? Comment cette oeuvre met-elle en lumière plusieurs inégalités qui perdurent de nos jours, comme l’écart salarial ou les violences faites aux femmes ? C’est donc une œuvre qui encourage une réflexion critique sur les discriminations encore présentes dans le monde moderne. Il est important de se rappeler par exemple que les droits ne sont jamais acquis sans effort et qu’ils doivent être défendus. Toutes ces questions éclairent des débats comme l’accès des femmes à des postes de pouvoir, ou encore l’éducation des filles dans le monde.

Enfin, j’ai choisi l’œuvre d’Olympe de Gouges car je pense qu’elle peut susciter l’engagement et la réflexion citoyenne. Ainsi, Olympe de Gouges incarne le courage et l’action politique : elle a osé s’attaquer aux stéréotypes de genre et défier les préjugés obscurantistes de son époque pour défendre des convictions, au péril de sa vie. Cette lecture m’a donc montré combien il était important de défendre ses idées et de s’investir dans des causes importantes, comme l’égalité ou les droits humains. Bien que rédigée en 1791, cette Déclaration résonne encore au XXIème siècle : comme je l’évoquais, de nombreuses inégalités subsistent dans plusieurs domaines. Lire ce texte m’a donc aidé à comprendre qu’être féministe ou défendre l’égalité est un acte universel et intemporel, et pas seulement réservé aux femmes. D’ailleurs, Olympe de Gouges dépasse la question des femmes dans son texte, en posant la question de la dignité et des droits de tous.

Quelques questions (parmi tant d’autres…) que l’examinateur pourrait vous poser (il s’agit bien sûr de suggestions… Mais plus vous vous entraînerez, et plus vous serez préparé le jour J).

Examinateur : Êtes-vous rentré·e facilement dans l’œuvre ou vous a-t-elle déstabilisé ?
Candidat : Personnellement, je suis entré assez facilement dans ce texte. J’ai apprécié en particulier la structure claire inspirée de la Déclaration des Droits de l’homme. Le texte suit en effet une logique simple et reconnaissable, avec un préambule, un postambule et 17 articles numérotés, ce qui facilite la circulation dans le livre. J’ai également apprécié la forme de l’argumentation directe grâce à un langage percutant qui permet à chacun de faire des liens avec son propre vécu. Certains passages m’ont malgré tout déstabilisé lors de ma lecture : Olympe de Gouges consacre par exemple une partie importante à ce qu’elle appelle « Forme du contrat social de l’homme et de la femme ». Ce contrat s’inscrit avant tout dans le cadre du droit privé et aborde des questions liées au mariage, à la filiation et à la justice dans les relations conjugales. C’est une partie parfois très juridique, et j’ai eu davantage de mal à entrer dans le texte.

Examinateur : Justement, pouvez-vous m’en dire davantage sur ce « contrat social » ?
Candidat : J’ai été très intéressé par le contenu et les enjeux de ce contrat conjugal, à commencer par l’égalité dans le mariage : Olympe de Gouges n’hésite pas à aborder la question de l’indépendance économique et juridique des femmes : elle évoque des principes qui rappellent les débats modernes sur le régime matrimonial, en demandant par exemple que la femme conserve une autonomie financière et des droits égaux dans la gestion des biens du couple. De même, en proposant un contrat basé sur l’équité, elle anticipe des notions modernes comme le divorce équitable ou la répartition juste des responsabilités parentales en cas de séparation.
Enfin, le « contrat » que propose Olympe de Gouges inclut des dispositions sur la filiation, comme le devoir des parents de reconnaître leurs enfants, qu’ils soient légitimes ou non : Olympe de Gouges estime ainsi que les femmes doivent pouvoir forcer un père inconstant « à tenir ses engagements » envers un enfant naturel. Cette vision novatrice remet en question les discriminations envers les enfants nés hors mariage. Ce « contrat » est donc très novateur car il préfigure les évolutions du droit matrimonial moderne, comme la reconnaissance de l’égalité entre époux, la protection des enfants nés hors mariage ou l’accès au divorce.

Examinateur : Vous êtes-vous renseigné sur la vie de l’autrice ? Y a-t-il par exemple des aspects de sa vie personnelle qui se retrouvent dans le texte ?
Candidat : Oui en effet, la vie d’Olympe de Gouges est étroitement liée aux idées qu’elle défend dans sa Déclaration. D’abord, c’est une femme d’origine modeste et autodidacte : Olympe de Gouges (née Marie Gouze) est issue d’une famille de Montauban. Mariée à 17 ans contre sa volonté, elle devient veuve très tôt et décide de ne jamais se remarier. Cette expérience traumatisante explique sa critique virulente du mariage, qu’elle considère comme une institution oppressive pour les femmes ainsi que sa défense de l’union libre. Par exemple, sa proposition d’un « contrat social » dans le mariage repose sur son rejet du modèle patriarcal, fondé sur la soumission des femmes, qu’elle a elle-même subie très jeune. Par ailleurs, dans la vie d’Olympe de Gouges, l’affirmation d’une indépendance financière et intellectuelle sont fondamentales : ainsi, après avoir quitté Montauban, Olympe de Gouges s’installe à Paris, où elle s’engage dans la littérature et la politique. Elle devient une femme de lettres indépendante, vivant de ses écrits, ce qui était très rare à son époque. Cette indépendance se reflète dans son appel à une égalité économique et juridique dans le couple. Elle défend la capacité des femmes à être autonomes et à participer pleinement à la vie publique. Olympe de Gouges a également milité pour les opprimés : elle s’est toujours battue pour les droits des minorités et des exclus. Elle a même milité contre l’esclavage dans sa pièce Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage et s’est battue pour l’égalité des droits, qu’il s’agisse des femmes ou des enfants illégitimes. Tous ces combats se retrouvent dans la Déclaration : elle insiste en particulier sur la reconnaissance des enfants nés hors mariage. Enfin, Olympe de Gouges a osé tenir tête aux autorités de son temps : elle s’est notamment opposée frontalement à Robespierre, ce qui a conduit à son arrestation et à son exécution en 1793. Dans le texte, son ton provocateur et direct, notamment envers les hommes et les autorités, reflète son caractère intrépide. Elle interpelle directement ses contemporains, les poussant à repenser la place des femmes dans la société. 

Examinateur : Connaissez-vous un autre livre d’Olympe de Gouges que vous pourriez recommander ?
Candidat : Deux textes m’ont personnellement intéressé : tout d’abord Zamore et Mirza ou l’Heureux Naufrage (1784) : l’action de cette pièce de théâtre se déroule dans une colonie et met en scène Zamore et Mirza, deux esclaves amoureux qui tentent d’échapper à leur condition. Par le biais de cette intrigue, Olympe de Gouges plaide pour l’abolition de l’esclavage : elle aborde par exemple une question morale audacieuse et profondément polémique pour son époque : celle du pardon accordé à un esclave vertueux pour avoir commis un crime, en réaction à l’injustice d’un maître corrompu. Au XVIIIème siècle, c’était un véritable affront : la société coloniale de l’époque reposait en effet sur une hiérarchie stricte où les esclaves étaient considérés comme des biens, dépourvus de toute moralité ou légitimité juridique face à leurs maîtres. En pardonnant le crime d’un esclave, Olympe de Gouges renverse cette hiérarchie : elle humanise l’esclave en lui attribuant des vertus comme la justice et la dignité morale, tout en dénonçant la corruption et la cruauté des esclavagistes. J’ai eu l’occasion de regarder l’exposition « Notre matrimoine »  réalisée par Clara magazine en partenariat avec l’association « Femmes Solidaires » au CDI de mon lycée : une femme m’a beaucoup touché et m’a permis de réfléchir différemment à la pièce Zamore et Mirza : il s’agit de « Solitude », née Rosalie en Guadeloupe vers 1772 et morte le 29 novembre 1802 : Solitude était une femme noire, née esclave en Guadeloupe, à une époque où l’esclavage était légalement pratiqué dans les colonies françaises. Elle a vécu sous l’oppression de l’esclavage, mais son nom reste gravé dans l’histoire pour sa résistance et son courage. Solitude a participé à la révolte de 1802, menée contre les troupes françaises de Napoléon, qui cherchaient à rétablir l’esclavage en Guadeloupe après son abolition par la Première République. Après la défaite de l’armée insurgée et la répression violente de la révolte, Solitude a été capturée et condamnée à la peine de mort. 

Examinateur : Vous me parliez d’une autre oeuvre d’Olympe de Gouges que vous connaissez…
Candidat : Oui, il s’agit de l’affiche intitulée « Les Trois Urnes, ou le Salut de la Patrie ». Olympe de Gouges fait imprimer cette affiche le 20 juillet 1793 : elle propose en particulier un référendum national permettant aux citoyens français de choisir le régime politique qui guidera la nation : monarchie, fédéralisme ou République. Ce texte, très novateur pour son époque, est une démonstration de son engagement pour la souveraineté populaire et la démocratie directe. À une époque où les luttes de pouvoir entre factions révolutionnaires dominent la scène politique, Olympe de Gouges place sa confiance dans le peuple. Elle estime que les citoyens eux-mêmes doivent décider du régime qui les gouvernera, plutôt que de laisser cette décision entre les mains des élites ou des factions politiques. En prônant un choix pacifique par voie de référendum, Olympe de Gouges s’oppose aux violences révolutionnaires et aux luttes fratricides qui divisent la France. Son affiche m’a beaucoup marqué car elle reflète une volonté de réconciliation entre les différentes visions politiques. Mais En pleine Terreur, alors que les Jacobins dominent la Convention nationale, toute critique de la République ou des révolutionnaires était perçue comme une trahison. En proposant la monarchie comme l’une des options des urnes, Olympe a donc pris un risque considérable : Cette affiche, perçue comme un acte contre-révolutionnaire par les Jacobins, a contribué à son arrestation et à sa condamnation à mort.

Examinateur : Y a-t-il un passage que vous avez particulièrement apprécié dans la Déclaration?
Candidat : il s’agit de l’article 10 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune […] ». Ce que j’ai partoiculièrement apprécié dans cet article, c’est le fait qu’Olympe de Gouges affirme que chaque individu, homme ou femme, a le droit d’exprimer ses idées sans crainte de persécution, même lorsque ces idées remettent en question des principes établis. Personnellement, le passage de cette citation qui m’a le plus interpellé est celui-ci : « La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune » : Olympe de Gouges pointe une contradiction flagrante : si les femmes sont jugées égales aux hommes lorsqu’il s’agit de subir des punitions (comme la peine de mort), elles doivent l’être aussi pour exercer des droits politiques et accéder aux responsabilités publiques. Cette phrase souligne l’hypocrisie d’une société qui reconnaît l’égalité dans la condamnation, mais pas dans les droits. La mort tragique d’Olympe de Gouges donne à cette citation une résonance particulièrement forte. Monter à la tribune symbolise donc l’accès à la parole publique et au pouvoir politique. Cette citation est donc selon moi emblématique de la pensée d’Olympe de Gouges : elle revendique non seulement l’égalité entre les sexes, mais aussi une société plus juste, où chacun peut s’exprimer et participer librement.

Examinateur : Par quels aspects cette phrase que vous venez de commener peut-elle être mise en relation avec l’article 9 de la Déclaration qui stipule : « Toute femme étant déclarée coupable, toute rigueur est exercée par la loi » ? Comment comprenez-vous cette phrase ?
Candidat : Je pense que cette phrase dénonce une application plus sévère de la justice à l’égard des femmes, souvent sans égard pour les circonstances ou les causes profondes des actes. Olympe de Gouges a d’ailleurs souvent déploré les discriminations auxquelles les femmes étaient confrontées dans tous les aspects de la société, y compris dans la justice. Cette phrase est donc un appel à l’égalité devant la loi. En insistant sur l’idée que la loi doit être appliquée de manière équitable, sans tenir compte du sexe, Olympe de Gouges appelle à une réforme du système juridique, dans lequel les femmes, tout comme les hommes, devraient être jugées en fonction de leurs acre.

Examinateur : Vous avez situé Olympe de Gouges par rapport au contexte culturel des Lumières… Pouvez-vous étayer cet aspect ?
Candidat : La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges s’inscrit pleinement dans l’héritage des Lumières à travers la défense des droits humains, la critique des inégalités et l’engagement en faveur de la raison et du progrès social. Ce texte réinterprète et étend les principes des Lumières, souvent pensés exclusivement pour les hommes, afin d’y inclure les femmes. Par exemple, dans le Postambule de la Déclaration, Olympe de Gouges n’hésite pas à faire de la lutte pour l’émancipation des femmes un élément essentiel de la raison et du progrès : « Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation ». Olympe de Gouges s’appuie ainsi sur la raison pour remettre en question l’obscurantisme. Elle montre que les inégalités entre hommes et femmes ne sont pas naturelles, mais le produit de préjugés, et qu’elles peuvent donc être déconstruites par la connaissance et l’accès au savoir. Elle demande que les femmes aient accès à l’éducation, condition nécessaire pour leur pleine participation à la vie publique, ce qui rejoint les idées de Condorcet sur l’éducation des femmes. Enfin, j’ai particulièrement apprécié l’appel fait aux femmes de sortir de leur pssivité pour revendiquer leur place dans la société, en particulier dans ces propos célèbres du Postambule : « Femme, réveille-toi ». Cette phrase m’a rappelé qu’Olympe de Gouges partage avec Emmanuel Kant une vision commune sur l’importance de penser par soi-même. En associant les idées d’Olympe de Gouges à la célèbre notion de « minorité » et de « majorité » développée par Kant dans son texte Qu’est-ce que les Lumières ? (1784), on peut comprendre comment leurs pensées se rejoignent et se complètent dans une quête commune pour la liberté et l’autonomie intellectuelle. Pour Kant, l’état de minorité désigne une condition dans laquelle l’individu ne pense pas par lui-même et dépend d’autrui pour guider sa conduite. Pareillement, Olympe de Gouges a bien montré qu’une femme qui ne pense pas par elle-même ne peut pas accéder à sa « majorité », ni se libèrer de la tutelle des hommes pour exercer son propre jugement.

Examinateur : Comment comprenez-vous l’aticle 15 de la Déclaration : « La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son administration » ?
Candidat : Je pense que cet article met l’accent sur le droit des femmes à participer à la vie politique et à exiger des comptes de ceux qui détiennent le pouvoir public. En disant que la « masse des femmes est coalisée pour la contribution », Olympe de Gouges reconnaît et revendique la contribution économique, sociale et politique des femmes à la société, qui est souvent ignorée ou minimisée. De même, L’expression « droit de demander compte » fait référence à la responsabilité des représentants publics envers les citoyens. Olympe de Gouges revendique ainsi le droit pour les femmes de contrôler les actions de l’État. Elle soutient que les autorités publiques doivent rendre des comptes de leurs actions et décisions, notamment en ce qui concerne la gestion des affaires publiques, la distribution des ressources, et l’organisation sociale. L’article 15 n’est pas seulement un appel à la transparence gouvernementale, mais aussi une revendication pour l’égalité politique. Olympe de Gouges affirme que les femmes, en tant que citoyennes, doivent avoir le même droit que les hommes de participer au contrôle des affaires publiques.

Examinateur : Si vous deviez inventer la couverture du livre, que feriez-vous ?
Candidat : Je pense que je choisirais une mise en page qui reflète à la fois l’audace intellectuelle d’Olympe de Gouges, son engagement pour l’égalité, et le contexte historique de l’œuvre. Concernant le fond et les couleurs, je privilégierais une palette de rouge, blanc et noir : le rouge car c’est une couleur emblématique de la Révolution : elle évoque l’engagement, le courage, et la justice. Le blanc, pour représenter la pureté de ses idéaux et la quête d’une société plus juste. Enfin, le noir, en écho à la tragédie de son exécution. Pour l’image centrale, je m’inspirerais d’un Portrait d’Olympe de Gouges : peut-être le Portrait d’Olympe réalisé par Alexandre Kucharski (voir ci-contre) qui est reproduit dans mon livre, mais j’aimerais le moderniser : par exemple en faisant un portrait numérique afin d’insister sur la modernité de son œuvre. En arrière-plan, je représenterais une image de la tribune et de l’échafaud, deux éléments symboliques rappelant l’article 10 que j’évoquais précédemment. La tribune pourrait être représentée par une silhouette féminine, debout, prête à s’exprimer. L’échafaud, en arrière-plan, serait plus abstrait : forme sombre, presque floue, pour évoquer l’idée du sacrifice et de la répression.

Examinateur : Est-ce que ce livre a influencé certains jugements que vous portez sur le monde ?
Candidat : Ce qui m’a le plus marqué dans la Déclaration des droits de la femme d’Olympe de Gouges concerne les questions d’égalité, de justice sociale, et de droits humains. Bien que le texte ait été écrit en 1791, ses principes sont encore actuels et résonnent dans de nombreux aspects des sociétés contemporaines. Cette oeuvre m’a poussé à adopter un regard critique sur les systèmes en place et à défendre des principes d’égalité et de liberté qui sont plus que jamais nécessaires dans le monde actuel. Olympe de Gouges a été une des premières femmes à défendre l’égalité des droits entre les femmes et les hommes dans un contexte où la soumission des femmes était profondément enracinée dans les sociétés européennes.  Cette influence se retrouve dans les débats modernes sur la parité, la lutte contre les violences faites aux femmes. Cet ouvrage m’a donc aidé à comprendre que l’égalité n’est pas simplement un principe abstrait, mais un droit fondamental à garantir dans chaque sphère de la société. Cette idée d’une justice égalitaire et universelle trouve également un écho dans les luttes pour les droits humains dans le monde, qu’il s’agisse des droits des réfugiés, des populations précaires, ou des droits à l’éducation et à la santé.

© Bruno Rigolt, janvier 2025.

Vous pourriez également être intéressé·e par les articles suivants : 

Publié par

brunorigolt

- Agrégé de Lettres modernes - Docteur ès Lettres et Sciences Humaines (Prix de Thèse de la Chancellerie des Universités de Paris) - Diplômé d’Etudes approfondies en Littérature française - Diplômé d’Etudes approfondies en Sociologie - Maître de Sciences Politiques

Une réflexion au sujet de « Présenter la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne à l’oral de l’EAF : comment préparer et réussir l’entretien ? »

Les commentaires sont fermés.