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    • Les personnages d’Andromaque (dans : Anne Cassou-Noguès, Marie-Aude de Langenhagen, Racine, Studyrama, page 90 et s.
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Même si quelques passages limités sont accessibles en libre accès, ils peuvent vous fournir de précieuses indications et vous aider à voir si l’ouvrage répond à vos attentes…

Ouvrage à consulter utilement dans votre CDI : 

  • Dictionnaire culturel en langue française sous la direction d’Alain Rey, Le Robert, tome 3, article « Passion » p. 1418-1421. Cote : 030REY
    Des citations exploitables (accroches, élargissements) et des analyses de grande qualité, que vous pouvez réinvestir dans vos démonstrations.

Planning des devoirs


 

  • mardi 22 octobre
    Introduction à la Dissertation sur les passions (Hume)
Hume, un philosophe empiriste

  • Hume dans la Dissertation sur les passions s’oppose à la toute tentative métaphysique (cf. la métaphysique rationaliste de Descartes) d’expliquer les passions. L’enjeu philosophique du texte est donc empiriste.
  • Hume veut nous prévenir contre un usage déraisonnable de la raison et contre un rationalisme abstrait qui conduirait à raisonner a priori. La conclusion de la Dissertation résume ce postulat : « Je ne prétends pas avoir épuisé le sujet […]. II me suffit d’avoir fait apparaître que, dans leur production comme dans leur transmission, les passions suivent une sorte de mécanisme régulier susceptible d’une investigation aussi précise que celle des lois du mouvement, de l’optique, de l’hydrostatique ou de toute autre division de la philosophie naturelle » (VI, 9, 93).

La dynamique des passions

  • Hume distingue les passions directes (I), celles qui naissent immédiatement des sens et qui prennent la forme du bien et du mal, de la douleur et du plaisir » (la joie et  le chagrin, l’espoir et la crainte, le désir et l’aversion) des passions indirectes (II, 1), principalement, l’orgueil et l’humilité, l’amour et la haine), « situées entre deux idées : l’une qui la produit [la cause], l’autre qu’elle produit [l’objet]» (TNH), (D : II, 2, 64). Les passions indirectes produisent des séries de modifications dans les affects (joie ou tristesse, espoir ou appréhension) qu’il convient d’étudier dans leur enchaînement et leur dynamique.
  • Les passions en effet sont mouvantes et ne restent jamais stables ni identiques à elles-mêmes : elles sont tout d’abord les produits d’interactions et d’associations d’idées (II, 2, 65). De même, il se produit une association comparable d’impressions : toute passion ressentie pouvant devenir à nouveau la cause d’une autre passion suivant des voies dont il importe de prendre la mesure de la complexité (II, 2, 65).

Citations commentées en cours

I, 3, 59

[…] l’esprit humain […] pour ce qui est des passions, […] ne ressemble pas à un instrument à vent, qui, tandis qu’on en parcourt les touches, laisse retomber le son dès que l’on cesse de souffler ; il ressemble plutôt à un instrument à cordes qui, à chaque attaque, en conserve les vibrations encore quelque temps, pendant que le son décline par degrés insensibles.

Malherbe_HumeMichel Malherbe |lire la suite|
Extrait de : David Hume, Essais et traités sur plusieurs sujets : Tome 3, Enquête sur l’entendement humain, Dissertation sur les passions. Textes présentés par Michel Malherbe. Librairie philosophique J. Vrin. Paris 2004
Pour accéder à l’ouvrage, cliquez ici.

II, 1,  63

Outre les passions qui résultent d’une poursuite directe du bien ou d’une aversion pour le mal […], il en est d’autres, d’une nature plus compliquée, qui impliquent le concours de plusieurs perspectives ou de plusieurs considérations.

II, 2, 64

[…] la distinction est évidente entre l’objet de la passion et sa cause. L’objet de l’orgueil (la fierté) et de l’humilité est soi-même ; la cause de la passion est quelque excellence dans le premier cas et quelque défaut, dans le second. L’objet de l’amour et de la haine est une autre personne ; leurs causes sont, de façon comparable, soit des excellences, soit des défauts.

Cf. ces propos de Hume dans le Traité de la nature humaine :  » il apparaît nécessaire que nous fassions une nouvelle distinction, dans les causes de la passion, entre la qualité qui agit et le sujet où elle est placée. Un homme, par exemple, est fier d’avoir une belle maison qui lui appartient ou qu’il a lui-même bâtie ou conçue. Ici, l’objet de la passion, c’est lui-même, et la cause, c’est la belle maison, laquelle cause, à son tour, se subdivise en deux parties, à savoir la qualité qui agit sur la passion et le sujet auquel la qualité est inhérente. La qualité est la beauté et le sujet est la maison considérée comme sa propriété ou son œuvre. Ces deux parties sont essentielles et la distinction n’est ni vaine ni chimérique. La beauté, considérée simplement comme telle, si elle ne réside pas en quelque chose qui nous est lié, ne produit jamais aucun orgueil, aucune vanité, et la plus forte relation, seule, sans beauté ou sans quelque chose d’autre à sa place, sera de faible influence sur cette passion. » |Source : David Hume, TNH, Livre II : Des passions ; Partie I : De l’orgueil et de l’humilité ; Section 2 : De l’orgueil et de l’humilité, leurs objets et leurs causes|

II, 2, 65

De la considération de toutes ces passions, il ressort que les causes sont ce qui suscite l’émotion, tandis que l’objet est ce vers quoi l’esprit dirige sa vue quand l’émotion est suscitée. Notre mérite, par exemple, déclenche l’orgueil ; alors qu’il est essentiel à l’orgueil de tourner notre vue sur nous-mêmes avec complaisance et satisfaction.

II, 2, 65

Afin de déterminer les causes de ces passions, nous devons réfléchir sur des principes qui, pour avoir une influence puissante sur toutes les opérations de l’entendement comme sur celles des passions, n’en sont pas moins ordinairement négligés par les philosophes. Le premier d’entre eux est celui de l’association des idées, c’est-à-dire ce principe par lequel nous passons par une transition facile d’une idée à une autre.

II, 2, 65

La seconde propriété que j’observerai dans l’esprit humain est une association comparable des impressions ou émotions. Toutes les impressions qui se ressemblent sont reliées entre elles : l’une n’a pas plus tôt surgi que les autres suivent naturellement. Le chagrin et la déception suscitent la colère ; la colère, l’envie ; l’envie, la malveillance ; et la malveillance ressuscite le chagrin. D’une façon comparable, une humeur joyeuse nous porte naturellement à l’amour, à la générosité, au courage, à l’orgueil et autres affections semblables.

II, 2, 65

En troisième lieu, on peut observer que l’une de ces associations corrobore l’autre et que la transition s’effectue plus facilement lorsque toutes deux concourent au même objet. (Ces deux sortes d’associations s’entraident et se prêtent mutuellement des forces)

II, 8, 70

Les hommes sont fiers de la beauté de leur pays, de leur comté, voire de leur paroisse. Dans ce cas, l’idée de beauté produit évidemment un plaisir. Ce plaisir est relié à l’orgueil. L’objet ou la cause de ce plaisir est, par hypothèse, relié au moi, objet de l’orgueil. Par cette double relation de sentiments et d’idées, une transition s’effectue de la première (soit l’idée de beauté) au dernier (c’est-à-dire le moi, objet de l’orgueil).

II, 8, 71

Puisqu’il est possible de nous enorgueillir d’un pays, d’un climat ou de tout autre objet inanimé avec lequel nous sommes en relation, il n’est pas étonnant que nous puissions nous enorgueillir des qualités de ceux qui nous sont liés par le sang ou par l’amitié. Ainsi constatons-nous que les mêmes qualités qui produisent l’orgueil, quand elles nous appartiennent, produisent aussi, à un moindre degré, la même affection lorsque nous les découvrons chez des personnes qui nous sont reliées. Par orgueil, les hommes  font méticuleusement étalage de la beauté, du mérite, du crédit et des honneurs de leur parenté et ils en tirent une vanité considérable.

II, 9, 74

La richesse implique le pouvoir de se procurer tout ce qui est agréable ; le grand nombre des objets de vanité qu’elle englobe la destine nécessairement à être l’une des principales causes de cette passion.

À retenir…

  • Pour Hume, en transformant les passions primaires par la conscience, les passions indirectes font intervenir des mécanismes d’associations mentales beaucoup plus complexes : les passions suscitées par un objet en visent en réalité un autre, le premier objet renvoyant vers le second.
  • Ainsi, la cause de la passion est liée par une association d’idées à une personne, qui est l’objet de cette passion. De même, une chose n’est motif d’orgueil que parce qu’elle est objet d’envie ou d’admiration de la part d’autrui. Il faut donc distinguer la cause de la passion et son véritable objet.
  • Étudier les passions pour Hume, c’est étudier leurs causes et leurs effets de façon dynamique : les passions sont ainsi liées entre elles dans un système complexe de transformations réciproques, que Hume appelle aussi la « transfusion des passions » (Enquête sur l’entendement humain, 1748).
  • Ainsi, ce n’est pas la raison, en tant que conduite morale, qui est le facteur décisoire de l’action, mais l’expérience que l’on a par exemple du plaisir et de la douleur. La référence à la raison comme facteur déterminant dans la prise de décision n’est donc pas fondée en ce sens que les passions n’ont rien à voir avec la raison. Ce sont des émotions qui forment les actions, tant il est vrai que « la raison est et ne doit qu’être l’esclave des passions ; elle ne peut jamais prétendre remplir un autre office que celui de les servir et de leur obéir » (TNH, II, III, 3).

À lire utilement…

III, 1, 78

[Si l’on considère] les causes qui produisent la passion d’orgueil et celle d’humilité, […] la même circonstance, transférée de nous-mêmes à une autre personne, transformerait cette dernière en objet d’amour ou de haine, d’estime ou de mépris.
Une passion peut se retourner en son contraire (cf. la réversibilité de l’amour en haine dans Andromaque)
cf. ces propos de Hume dans le TNH : « S’il avait plu à la nature, l’amour pourrait avoir le même effet que la haine et la haine le même effet que l’amour. Je ne vois aucune contradiction à supposer un désir de produire le malheur annexé à l’amour et celui de produire le bonheur annexé à la haine ».

III, 3, 80

l’orgueil et l’humilité sont de pures émotions de l’âme qui ne s’accompagnent d’aucune sorte de désir et ne nous incitent pas immédiatement à l’action. En revanche, l’amour et la haine ne se suffisent pas à eux-mêmes, ils ne s’en tiennent pas à l’émotion qu’ils produisent et portent l’esprit au-delà de lui-même.

IV, 2, 82

Nous sommes portés à aimer autrui et à l’estimer pour ses vertus, ses talents, ses perfections et ses possessions ; parce que ces objets suscitent une sensation de plaisir  qui est reliée à l’amour. Comme ils ont une relation ou une connexion avec la personne, cette union des idées facilite l’union des sentiments.

V, 1-3, 86-87

1. Passion et raison ne peuvent s’opposer
« Il paraît évident que la raison, prise dans un sens exact, c’est-à-dire comme jugement du vrai et du faux, ne peut jamais être, par elle-même, un motif de la volonté et qu’elle ne peut exercer son influence sans toucher quelque passion ou affection. Les relations abstraites entre les idées sont objets de curiosité ; pas de volition. Quant aux questions de fait, dès lors qu’elles ne sont ni bonnes ni mauvaises, qu’elles ne suscitent ni désir ni aversion, elles sont entièrement indifférentes ; qu’on en ait conscience ou non, qu’on les appréhende correctement ou faussement, on ne peut les traiter comme des motifs pour agir. »

2. La raison n’est qu’une passion calme
Ce qu’on appelle communément raison- dans un sens populaire, cette fois-, et que les discours moraux nous recommandent si fort, n’est rien d’autre qu’une passion générale et calme qui embrasse son objet d’un point de vue éloigné et qui met en œuvre la volonté, sans susciter pour autant une émotion sensible. Dire que c’est par raison qu’un homme s’acquitte scrupuleusement de ses fonctions signifie qu’il agit avec le désir tranquille de s’enrichir et de faire fortune. Se conforme-t-il à la justice par raison ? C’est dire qu’il s’y tient par une considération calme du bien public ou par souci de sa respectabilité aux yeux d’autrui comme aux siens propres. »

3. La volonté est influencée par les passions
« Les objets qui prétendent relever de la raison −prise dans le sens précédent sont exactement les mêmes que les objets de ce qu’on appelle passion, dès lors qu’ils se rapprochent de nous, qu’ils tirent d’autres attraits de leur situation extérieure ou de leur conformité à notre disposition interne, et qu’ils trouvent le moyen d’exciter une émotion sensible et tumultueuse. Quand on évite un mal que l’on voit venir de loin, on dit que c’est par raison ; quand il est à proximité, le mal produit l’aversion, l’horreur et la crainte et il est objet de passion. »

 Cf. ces propos de Hume dans le TNH : « Il est impossible que la raison et la passion puissent jamais s’opposer l’une à l’autre et se disputer le commandement de la volonté et des actes ».

V, 4, 87-88
La volonté n’a pas pour origine la raison mais les passions calmes ou les passions violentes

C’est l’erreur commune des métaphysiciens d’avoir attribué la direction de la volonté à l’un de ces principes exclusivement, en supposant l’inefficience de l’autre. Or, les hommes agissent souvent sciemment contre leur intérêt ; ils ne se laissent donc pas influencer dans tous les cas par la vue du plus grand bien possible. Souvent, ils répriment une passion violente dans la poursuite de leurs intérêts et de leurs objectifs lointains ; le malaise présent ne saurait donc seul les déterminer. On peut remarquer de façon générale que ces deux principes agissent de concert sur la volonté ; lorsqu’ils se contrarient, l’un des deux prévaut selon le caractère général de la personne ou selon sa disposition présente. Ce que nous appelons force d’âme implique la prévalence des passions calmes sur les passions violentes ; on nous concédera toutefois qu’il n’est guère de personne assez constamment vertueuse pour ne jamais, à l’occasion, succomber à la sollicitation d’une affection ou d’un désir violents. C’est à cause de ces variations de tempérament qu’il est si difficile de conjecturer ce que feront les hommes et ce qu’ils se résoudront à faire, en cas de contrariété de motifs et de passions.

Lecture complémentaire

Hume, Traité de la nature humaine, Livre II, section III
« Sur les motifs qui influencent la volonté »
Pages 260-265. Depuis : « Rien n’est plus ordinaire en philosophie » (p. 260) jusqu’à : « Il est impossible que la raison et la passion puissent jamais s’opposer l’une à l’autre ou se disputer le gouvernement de la volonté et des actes » (haut de la page 265).


Section VI, page 88 et s.

→ Pour vous aider dans vos analyses, voyez ces pages.

VI, 1, 88

Il est caractéristique de la nature humaine qu’une émotion qui accompagne une passion se convertit aisément en elle, quoique l’une ou l’autre soient, à l’origine, de natures différentes, voire de natures contraires. […] Mais lorsque deux passions sont déjà là, produites par des causes séparées et simultanément présentes dans l’esprit, elles ne tardent pas à se mêler et à s’unir, quand bien même elles n’auraient entre elles qu’une relation, voire parfois aucune. La passion prédominante absorbe la mineure et la convertit en elle-même.

 

VI, 2, 90

Puisque deux passions, si indépendantes soient-elles, se transfusent naturellement l’une dans l’autre, pourvu qu’elles se présentent ensemble au même moment, il s’ensuit que, lorsque le bien ou le mal est placé dans une situation telle qu’il cause une émotion particulière, outre la passion de désir ou d’aversion qu’il suscite directement, cette dernière passion acquiert nécessairement une force et une violence nouvelles.

 

VI, 3, 90

Le cas est fréquent lorsqu’un objet suscite des passions contraires. On peut observer alors qu’une opposition de passions cause ordinairement un surcroît de mouvement dans les esprits animaux et produit plus de perturbation que le concours de deux affections quelconques de force égale. La nouvelle émotion se convertit aisément dans la passion prédominante et on trouve fréquemment qu’elle atteint un degré de violence supérieur à celui où elle serait parvenue si elle n’avait pas rencontré d’opposition. De là vient que nous désirons naturellement ce qui est interdit et prenons  souvent plaisir à effectuer des actions pour la simple raison qu’elles sont illégales. La notion de devoir, quand elle s’oppose aux passions, ne permet pas toujours de les surmonter ; et quand elle échoue dans cette entreprise, elle parvient plutôt à les renforcer et à les irriter davantage, en produisant une opposition entre nos motifs et principes.

VI, 4, 90-91

Que l’opposition provienne de motifs internes ou d’obstacles extérieurs ne change rien à l’effet. La passion acquiert ordinairement une nouvelle force dans un cas comme dans l’autre. Les efforts que l’esprit entreprend pour surmonter l’obstacle agitent les esprits et vivifient la passion.

VI, 5, 91

[…] la sécurité affaiblit les passions : l’esprit, livré à lui-même, s’alanguit aussitôt ; et, pour préserver son ardeur, il doit constamment être soutenu par un nouveau flux passionnel. Pour la même raison, le désespoir, quoiqu’il soit contraire à la sécurité, a le même effet.

VI, 6, 91

Il n’est pas de moyen plus puissant pour susciter une affection que de dissimuler une partie de son objet, en le plongeant dans une espèce de pénombre qui en découvre assez pour nous prévenir en faveur de cet objet tandis qu’elle nous laisse le soin d’imaginer le reste. Outre que l’obscurité s’accompagne toujours d’une espèce d’incertitude, l’effort que fait la fantaisie pour compléter l’idée accélère le mouvement des esprits et apporte un degré supplémentaire de force à la passion.

→ Sur la dynamique des passions, voyez les pages 211-212 de cet ouvrage :

VI, 7, 91

[…] l’absence détruit les passions faibles alors qu’elle accroît les fortes ; tout comme le vent mouche une chandelle et attise un incendie. Une longue absence affaiblit naturellement notre idée et diminue la passion ; mais lorsque l’affection est assez forte et assez vive pour s’entretenir elle-même, le malaise qui provient de l’absence accroît la passion et lui apporte, avec la force, un impact nouveau.

VI, 8, 92

Quand l’âme s’emploie à effectuer une action ou à concevoir une chose à laquelle elle n’est pas habituée, elle éprouve une espèce de rigidité, de difficulté, sources d’étonnement, de surprise et de toutes les émotions liées à cette nouveauté ; elle est, par elle-même, agréable, comme tout ce qui anime l’esprit à un degré modéré. Mais la surprise a beau être agréable en elle-même, dès lors qu’elle met les esprits en effervescence, elle n’augmente pas nos affections agréables sans augmenter aussi nos affections pénibles, conformément au principe précédent. De là vient que tout ce qui est nouveau nous affecte davantage et nous donne soit plus de plaisir, soit plus de douleur que ce qui, à proprement parler, devrait naturellement en résulter. Au fur et à mesure qu’elle revient, la nouveauté s’use, les passions déclinent […] et nous regardons l’objet d’un œil plus tranquille.

VI, 9, 93

Rien n’est plus capable d’infuser une passion dans l’esprit que l’éloquence qui représente les objets sous les couleurs les plus violentes et les plus vives. Une idée, que nous aurions pu tenir pour entièrement négligeable, exercera son influence sur nous du simple fait qu’elle est l’opinion d’un autre, surtout s’il la soutient avec passion.

Voyez cette page, notamment le paragraphe qui commence ainsi : « Le choléra se transmet par l’eau, les passions se transmettent par la parole… »

VI, 9, 93

Je ne prétends pas avoir épuisé le sujet dans ce texte. Il me suffit d’avoir fait apparaître que, dans leur production comme dans leur transmission, les passions suivent une sorte de mécanisme régulier susceptible d’une investigation aussi précise que celle des lois du mouvement, de l’optique, de l’hydrostatique ou de toute autre division de la philosophie naturelle.

→ cf. ces propos éclairants : « Hume, dans le Traité de la nature humaine comme dans sa Dissertation sur les passions, prend comme modèle d’intelligibilité la mécanique newtonienne et considère le champ affectif du psychisme humain comme un lieu gravitationnel propre au sein duquel des forces contraires entrent en composition pour engendrer les phénomènes passionnels. La dualité originaire de l’agréable et du désagréable, qui structure toute sensibilité, est ainsi impliquée dans la genèse des passions et est présentée par analogie avec le jeu des forces d’attraction et de répulsion, caractéristique de la physique newtonienne. Le projet d’une physique des passions, qui se substitue, au 18è siècle, à la détermination spinoziste d’une géométrie des passions (Ethique III, préface) s’énonce donc chez Hume » |Source : Michèle Cohen-Halimi, L’idée d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique de Kant|