Une Vie de Maupassant, Thérèse Desqueyroux de Mauriac : deux destins de femmes (© Bruno Rigolt, juin 1985 pour la première version (Université de Paris IV-Sorbonne, mars 2010, EPC pour la version mise à jour)
arrow.1242450507.jpgSommaire (table des matières)
arrow.1242450507.jpgIntroduction
arrow.1242450507.jpgPremière partie : Destin et Comédie 
arrow.1242450507.jpgDeuxième partie : Destin et Drame 
arrow.1242450507.jpgTroisième partie : Destin et Tragédie

CONCLUSION

Les plaisirs et la douleur les plus intimes dont se diaprait leur cœur depuis l’enfance, leur amour du pays natal, leur hantise de la mort, leur pessimisme, Maupassant et Mauriac les ont inscrits dans deux romans couleur de femmes, Une vie et Thérèse Desqueyroux. Dans cette ample méditation où s’ébauche progressivement le motif de la fatalité, Jeanne et Thérèse, échouées dans l’estuaire des souvenirs, à la dérive de la société et du temps, donnent à l’œuvre son frémissement émouvant.

Ainsi que nous l’avons vu (première partie), tout a commencé comme dans une comédie : un peu de rêve, un peu d’espoir, et soudain cette impossibilité de vivre dans les limites du quotidien ; l’illusion allait opérer la transmutation nécessaire au roman pour qu’il témoigne de l’âpre réalité des hommes et l’oppose à la légende des femmes.

Alors tout s’est métamorphosé dans le drame (deuxième partie) : un mariage triste comme un rendez-vous d’amour manqué, des désillusions peuplées de solitude, une déchéance longue comme un chemin de finitude.

Et tout s’est exténué dans la tragédie (troisième partie): celle de l’impossibilité pour deux femmes de faire coïncider ce qu’elles veulent avec ce qu’elles sont. Ballottée de défaites en défaites et décomposée par le temps qui s’en va, envahie par le dehors, fragmentée à l’infini en projections contradictoires, leur identité devient à jamais provisoire.

C’est au-delà d’elles-mêmes que vont se réaliser Jeanne et Thérèse : tant que le personnage romanesque n’arrive pas à se réaliser, il ne peut être lui-même, et ne pas être soi, c’est se soumettre à la disparition, à la mort. C’est en elles que s’éveille le roman, c’est par le roman que deux femmes meurent à la vie. Telle est la signification de deux œuvres anti­psychologiques qui résulte d’une fatalité dialectique. Une Vie, Thérèse Desqueyroux, ne sont pas autre chose qu’un roman dédié à lui-même et confronté à la vie des personnages, maniés et remaniés, construits et déconstruits au gré de quel tragique jeu des rôles ! À la libre disposition de l’auteur qui se cherche à travers eux et fait vibrer leur cœur au dia­pason de son âme.

La disparition de Jeanne et de Thérèse transforme leur vie en destin, le sens de la vie est peut-être de nous conduire ailleurs, tel est le message qu’elles portent en elles, comme les personnages de Huysmans, de Camus, de Malraux, auxquels seul l’art, ne fût-ce qu’au moyen d’un simu­lacre, peut apporter une signification. Pour qu’elle ait une valeur d’art, la vie des personnages doit alors avoir un reflet dialectique de son contraire symbolisé par l’étymologie du mot personnage, masque et non personne. De là naît l’impossibilité d’être qui est à la base du romanesque maupassantien et mauriacien, celle où la disparition des personnages se fait l’incarnation vivante des vérités éternelles…

Une Vie et  Thérèse Desqueyroux, création et destruction d’une femme, ne sont-ils pas la revanche par l’acte d’écriture sur le couple énigmatique Ève et Marie, destruction et création de l’homme ?

Bruno Rigolt

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© Bruno Rigolt (Université de Paris IV-Sorbonne ; EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), 1985-2010