Programme de Français en classe de Seconde GT

Le programme de Français a pour objectif de constituer une culture personnelle et de consolider les compétences d’expression écrite et orale, de lecture et d’interprétation de l’élève de seconde. Le français représente quatre heures sur l’ensemble des matières enseignées en classe de seconde.

En dehors de l’étude de la langue, le programme du lycée se compose de quatre objets d’étude : la poésie, la littérature d’idées, le roman et le récit, et le théâtre.

  1. La poésie du Moyen Âge au XVIIIe siècle
  2. La littérature d’idées et la presse du XIXe au XXIe siècle
  3. Le roman et le récit du XVIIIe au XXIe siècle
  4. Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle

La poésie du Moyen Âge au XVIIIe siècle

I) La poésie lyrique au Moyen Âge
 L’amour courtois ou la fin’amor

Définition de l’amour courtois à partir de la présentation de Claude Lachet. Lire en particulier les pages 9 à 14 : http://excerpts.numilog.com/books/9782081377448.pdf

Thibaut de Champagne, « Ausi conme unicorne sui »
« Je suis comme la licorne » (XIIIe siècle)

Dans ce célèbre poème de 5 neuvains d’octosyllabes suivis d’un envoi (tercet), l’auteur se compare à une licorne pour évoquer sa passion fatale pour sa dame.

Ausi conme unicorne sui 
Qui s’esbahist en regardant, 
Quant la pucelle va mirant. 
Tant est liee de son ennui, 
Pasmee chiet en son giron ; 
Lors l’ocit on en traïson. 
Et moi ont mort d’autel senblant 
Amors et ma dame, por voir : 
Mon cuer ont, n’en puis point ravoir.
A
B
B
A
C
C
B
D
D
Je suis comme la licorne
En extase devant la jeune fille 
Dont elle ne détache pas ses regards. 
Elle éprouve un si doux malaise 
Qu’elle tombe sans connaissance en son giron ; 
Alors on la met à mort par traîtrise. 
De même Amour et ma dame 
M’ont blessé à mort, en vérité : 
Ils ont mon coeur et je ne puis le reprendre. 
Dame, quant je devant vous fui 
Et je vous vi premierement, 
Mes cuers aloit si tressaillant 
Qu’il vous remest, quant je m’en mui. 
Lors fu menez sans raençon 
En la douce chartre en prison 
Dont li piler sont de talent 
Et li huis sont de biau veior 
Et li anel de bon espoir.
A
B
B
A
C
C
B
D
D
Dame, quand je fus devant vous 
Et que je vous vis pour la première fois, 
Mon cœur tressaillit tant 
Qu’il vous resta à mon départ. 
Je fus alors emmené sans demande de rançon,
Captif dans la douce prison 
Dont les piliers sont faits de désir, 
Les portes de beaux regards 
Et les anneaux de bon espoir. 
De la chartre a la clef Amors
Et si i a mis trois portiers :
Biau Senblant a non li premiers,
Et Biautez cele en fet seignors;
Dangier a mis en l’uis devant,
Un ort, felon, vilain, puant,
Qui mult est maus et pautoniers.
Ciol troi sont et viste et hardi:
Mult ont tost un honme saisi.
A
B
B
A
C
C
B
D
D
Amour a la clé de la prison 
Et il y a placé trois portiers. 
Le premier s’appelle Beau Semblant,
Et Amour a fait de Beauté leur maîtresse. 
Il a mis Danger devant la porte, 
Un vilain, affreux, traître, dégoûtant, 
Un gueux, un scélérat. 
Ces trois-là sont rusés et hardis, 
Ils se saisissent vite d’un homme. 
Qui porroit sousfrir les tristors 
Et les assauz de ces huissiers ? 
Onques Rollanz ne Oliviers 
Ne vainquirent si granz estors; 
Il vainquirent en combatant, 
Més ceus vaint on humiliant. 
Sousfrirs en est gonfanoniers; 
En cest estor dont je vous di 
N’a nul secors fors de merci.
A
B
B
A
C
C
B
D
D
Qui pourrait supporter les mauvais traitements 
Et les assauts de ces portiers ? 
Jamais Roland ni Olivier

Ne soutinrent si grandes batailles ; 
Ils vainquirent en combattant, 
Mais c’est en s’humiliant qu’on triomphe de ceux-là. 
Patience est le porte-bannière ; 
En ce combat dont je vous parle, 
Il n’y a d’autre salut qu’en la pitié. 

Dame, je ne dout més rien plus 
Que tant que faille a vous amer. 
Tant ai apris a endurer 
Que je suis vostres tout par us ; 
Et se il vous en pesoit bien, 
Ne m’en puis je partir pour rien 
Que je n’aie le remenbrer 
Et que mes cuers ne soit adés 
En la prison et de moi prés.
A
B
B
A
C
C
B
D
D
Dame, je ne redoute rien de plus 
Que d’être privé de votre amour. 
J’ai tant appris à supporter.
Que je suis à vous par habitude ;
Et dussiez-vous en être fâchée,
Je ne pourrais y renoncer en rien,
Sans en garder le souvenir,
Sans que mon coeur soit toujours
En prison, auprès de moi.
Dame, quant je ne sai guiler,
Merciz seroit de seson més
De soustenir si greveus fés.
B
D
D
Dame, puisque je ne sais pas tromper,
Il serait temps d’avoir pitié de moi,
Accablé sous un si pesant fardeau.

Thibaut de Champagne, « Je suis comme la licorne », Recueil de chansons, XIIIe siècle, traduction de l’ancien français d’Alexandre Micha, 1991 © Éditions Klincksieck.



« À Mon seul désir »
Tapisserie faisant partie des six tapisseries composant « La Dame à la licorne » (anonyme. Tapisseries réalisées entre 1484 et 1538). Paris, Musée national du Moyen Âge

 Figures de style :

  • Oxymore

« Douce prison » (« douce chartre », v. 15)

  • Métaphore filée

La métaphore filée est une métaphore développée à travers une succession de termes appartenant au même champ lexical. Comme l’explique très bien Michel Riffaterre, il s’agit d’une « série de métaphores reliées entre elles par la syntaxe —elles font partie de la même phrase ou d’une même structure narrative ou descriptive— et par le sens : chacune exprime un aspect particulier d’un tout, chose ou concept, que représente la première métaphore de la série » (Michel Riffaterre, « La métaphore filée dans la poésie surréaliste », Langue française, n° 3, 1969, pp. 46-60).

  • Allégorie

La « prison d’amour » est développée en allégorie (« Beau semblant », « beauté », danger »)

Codex Manesse (vers 1320-1340)
manuscrit sur parchemin. – Langue d’écriture: moyen haut allemand
Heidelberg, Bibliothèque universitaire

Le Codex Manesse est un vaste recueil de chansons et de poèmes d’amour courtois rédigés en allemand médiéval. Il met en scène le poète Kristan von Hamle cherchant à rejoindre sa dame.