Classe de Première STMG1
année scolaire 2019-2020

Espace étudiants
Bienvenue à toutes et à tous dans cet Espace pédagogique offrant un support d’accès libre pour assimiler et enrichir l’enseignement du Français et de la littérature en classe de Première. Vous y trouverez de nombreuses ressources consultables en ligne qui compléteront le cours, ainsi qu’un descriptif des activités menées pendant l’année scolaire. Ce descriptif des activités est semblable à votre liste d’oral.

Descriptif des activités et ressources…

Méthodologie


L’épreuve anticipée de français au Baccalauréat :

L’épreuve écrite
    • 4 heures
    • Notée sur 20 points
    • Coefficient 5
    • Commentaire ou Contraction de texte suivie d’un essai
      Commentaire : il porte sur un texte littéraire, en lien avec un des objets d’étude du programme de la classe de première,
      à l’exclusion de l’objet d’étude « littérature d’idées du XVIème au XVIIIème siècle ». Le candidat compose un devoir qui présente de manière organisée ce qu’il a retenu de sa lecture et justifie par des analyses précises son interprétation et ses jugements personnels. Le sujet est formulé de manière à guider le candidat dans son travail. Le texte proposé pour le commentaire n’est pas extrait d’une des œuvres au programmes.
      Contraction de texte + essai (10 points + 10 points)
      – La contraction de texte
       permet d’apprécier l’aptitude à reformuler une argumentation de manière précise, en en respectant l’énonciation, la thèse, la composition et le mouvement. Elle prend appui sur un texte relevant d’une forme moderne et contemporaine de la littérature d’idées. D’une longueur de mille mots environs, ce texte fait l’objet d’un exercice de contraction au quart, avec une marge autorisée de plus ou moins 10%. Le candidat indique à la fin de l’exercice le nombre de mots utilisés.
      – Le sujet de l’essai porte sur le thème ou la question que le texte partage avec l’oeuvre et le parcours étudiés durant l’année dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Pour développer son argumentation, le candidat s’appuie sur sa connaissance de l’oeuvre et des textes étudiés pendant l’année, il peut en outre faire appel à ses lectures et à sa culture personnelles. 
L’épreuve ORALE
    • 20 minutes : 12 minutes + 8 minutes (temps de préparation : 30 minutes)
    • Notée sur 20 points
    • Coefficient 5

Accueil du candidat :

Après avoir accueilli le candidat, l’examinateur lui indique :
le texte et le passage du texte retenu, avec une éventuelle sélection du passage à expliquer si le texte excède le format d’une vingtaine de lignes de prose continue;
la question de grammaire posée, qui ne peut concerner qu’un passage de l’extrait faisant l’objet de l’explication de texte.

Première partie : exposé sur un texte du descriptif : 12 minutes ; 12 points

Lecture de l’extrait à voix haute : 2 points
Explication linéaire : 8 points
– Réponse à une question de grammaire relative au texte : 2 points

Ces éléments sont indiqués par écrit au candidat, au moyen d’une fiche qui lui est remise et qu’il signe avant de commencer sa préparation.

Deuxième partie : présentation de l’oeuvre choisie en lecture cursive et entretien : 8 minutes ; 8 points

– Le candidat commence d’abord par justifier ses choix de lecture
– Il répond aux questions de l’examinateur portant sur l’œuvre. 


Les quatre objets d’étude pour la classe de Première et les parcours associés :
  1. La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle
    – Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal / parcours : Alchimie poétique : la boue et l’or.
  2. La littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle
    – Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31 ; [translation en français moderne autorisée] / parcours : Notre monde vient d’en trouver un autre.
  3. Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
    – Jules Verne, Voyage au centre de la Terre / parcours : Science et fiction.
  4. Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle
    – Samuel Beckett, Oh ! Les Beaux jours / parcours : Un théâtre de la condition humaine.

Chacun des objets d’étude associe une œuvre (ou une section substantielle et cohérente d’une œuvre) et un parcours permettant de la situer dans son contexte historique et générique. Le programme national de douze œuvres, renouvelé par moitié tous les ans, définit trois œuvres par objet d’étude, parmi lesquelles le professeur en choisit une et son parcours associé. Ce programme est paru au Bulletin Officiel du 4 avril 2019

PROGRESSION

Objet d’étude : La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle

Œuvre intégrale : Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal *
Section « Spleen et idéal »

* Les références de page renvoient à l’édition Hachette « Bibliolycée », 2019.

Baudelaire photographié par Nadar. Crédits : Wikimedia Commons - Getty. Source

 

Citations utiles :

  • Victor HugoLes Misérables,t. 2, 1862

« Tout l’engrais humain et animal que le monde perd, rendu à la terre au lieu d’être jeté à l’eau, suffirait à nourrir le monde. Ces tas d’ordures du coin des bornes, ces tombereaux de boue cahotés la nuit dans les rues, ces affreux tonneaux de la voirie, ces fétides écoulements de fange souterraine que le pavé vous cache, savez-vous ce que c’est ? C’est de la prairie en fleur, c’est de l’herbe verte, … […] »

  • Baudelaire, « Alchimie de la douleur » (FM, 234)

Alchimie de la douleur
L’un t’éclaire avec son ardeur,
L’autre en toi met son deuil, Nature !
Ce qui dit à l’un : Sépulture !
Dit à l’autre : Vie et splendeur !

Hermès* inconnu qui m’assistes
Et qui toujours m’intimidas,
Tu me rends l’égal de Midas**,
Le plus triste des alchimistes ;

Par toi je change l’or en fer
Et le paradis en enfer ;
Dans le suaire des nuages

Je découvre un cadavre cher,
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.

* Hermès : dieu grec, patron de la magie, de l’occultisme et des alchimistes.
** Midas : roi de Phrygie. Dans la mythologie grecque, Midas, passionné par l’argent et les plaisirs, avait reçu du dieu Dionysos (Bacchus chez les Romains), l’apparent privilège de changer en or tout ce qu’il touchait :
« Midas souhaitait que tout ce qu’il touche se transforme en or. Et le dieu lui accorda cet étrange privilège.
Dès lors, Midas fut entouré d’or : les vases, les tables et les chaises, mais aussi les arbres et les fruits Tout se transformait, tout avait la même couleur, le même toucher. Midas ne pouvait plus goûter aux aliments, il ne pouvait plus étancher sa soif. Désespéré, Midas supplia Dionysos de lui retirer ce don. Alors le dieu ordonna au roi de plonger dans le fleuve appelé Pactole, et l’étrange pouvoir de Midas disparut. Mais, depuis, l’eau du Pactole est chargée d’une multitude de paillettes d’or».(Légende du roi Midas,
adaptée des Métamorphoses d’Ovide).

Jean Veber, Préface des Fleurs du mal de Baudelaire (1896) →
Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, FOL-EF-490 (1)

Commentaire

Alors que dans le projet d’épilogue (voir ci-dessous), la poésie présente cette vertu alchimique de transfigurer la « boue » en « or », c’est-à-dire le spleen en idéal, dans « Alchimie de la douleur », la douleur se change, non en or, mais en images funèbres :

« Par toi je change l’or en fer
Et le paradis en enfer ».

Sorte d’anti-Midas, le poète transforme l’or en mort. Comme l’a très bien dit Max Milner * :

« Cet Hermès inconnu, qui, à la différence de l’Hermès Trismégiste sur lequel s’appuyaient les alchimiste, ne favorise les transmutations que dans le mauvais sens, est évidemment le même que le Satan trismégiste du Prologue Au lecteur… Baudelaire a donc l’impression d’être lui-même l’objet, ou la matière première, d’une alchimie maléfique qui opère à contre-courant de l’art, puisque non seulement elle transforme tout ce qu’il touche ou contemple en matière vile, mais encore elle le prive de cette volonté qui lui est si nécessaire pour créer ».

* Baudelaire, Les Fleurs du mal, texte présenté et commenté par Max Milner, illustrations de Paul Kallos, Les Lettres françaises, 1978.

  • « Ébauche d’un épilogue pour la deuxième édition des Fleurs du Mal » (1861).

Tranquille comme un sage et doux comme un maudit,
…j’ai dit : Je t’aime, ô ma très belle, ô ma charmante…
Que de fois…
Tes débauches sans soif et tes amours sans âme,
Ton goût de l’infini
Qui partout, dans le mal lui-même, se proclame, Tes bombes, tes poignards, tes victoires, tes fêtes,
Tes faubourgs mélancoliques,
Tes hôtels garnis,
Tes jardins pleins de soupirs et d’intrigues,
Tes temples vomissant la prière en musique,
Tes désespoirs d’enfant, tes jeux de vieille folle,
Tes découragements; Et tes jeux d’artifice, éruptions de joie,
Qui font rire le Ciel, muet et ténébreux. Ton vice vénérable étalé dans la soie,
Et ta vertu risible, au regard malheureux,
Douce, s’extasiant au luxe qu’il déploie… Tes principes sauvés et tes lois conspuées,
Tes monuments hautains où s’accrochent les brumes.
Tes dômes de métal qu’enflamme le soleil,
Tes reines de théâtre aux voix enchanteresses,
Tes tocsins, tes canons, orchestre assourdissant,
Tes magiques pavés dressés en forteresses, Tes petits orateurs, aux enflures baroques,
Prêchant l’amour, et puis tes égouts pleins de sang,
S’engouffrant dans l’Enfer comme des Orénoques,
Tes anges, tes bouffons neufs aux vieilles défroques
Anges revêtus d’or, de pourpre et d’hyacinthe,
Ô vous, soyez témoins que j’ai fait mon devoir
Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte.
Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence,
Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or.

Entre « Alchimie de la douleur » publié en 1857 et « Ébauche d’un épilogue pour la deuxième édition des Fleurs du Mal » (1861), on note une très nette évolution : manière de rendre à la poésie son pouvoir transfigurateur, inspiré par la nostalgie d’un paradis à jamais perdu : faire de l’or avec de la boue. Le rôle du poète est alors de métamorphoser le monde vil et médiocre en le libérant de la corruption.

  • Baudelaire, première version de « La mort des artistes »

« Il faut user son corps en d’étranges travaux,
Pétrir entre ses mains plus d’une fange impure,
Avant de rencontrer l’idéale figure
Dont le sombre désir nous remplit de sanglots »


Source : Baudelaire journaliste, Articles et chroniques choisis et présentés par A. Vaillant, GF Flammarion 2011.


« Au lecteur »

Troisième strophe :

Sur l’oreiller du mal c’est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

Explications de textes pour l’oral du Bac :

  1. « L’albatros » (p. 209)

  2. « À une passante » (p. 251)

Parcours de lecture : Alchimie poétique : la boue et l’or
Explications de textes pour l’oral du Bac :

  1. Stéphane Mallarmé, « Brise marine », 1865
  2. Anna de Noailles, « Le port de Palerme », 1913

 

Stéphane Mallarmé, « Brise marine », 1865 (poème expliqué)

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux,
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe,
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend,
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !

Anna de Noailles, « Le port de Palerme », 1913 (poème expliqué)

Je regardais souvent, de ma chambre si chaude,
Le vieux port goudronné de Palerme, le bruit
Que faisaient les marchands, divisés par la fraude,
Autour des sacs de grains, de farine et de fruits,
Sous un beau ciel, teinté de splendeur et d’ennui…

J’aimais la rade noire et sa pauvre marine,
Les vaisseaux délabrés d’où j’entendais jaillir
Cet éternel souhait du cœur humain : partir !
— Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d’usine
Dans ces cieux où le soir est si lent à venir…

C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève
Sur la ville et le port que son aile assainit.
Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève.
J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni,
Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis,
Dans le désert d’azur les citernes du rêve.

Anna de Noailles, Les Vivants et les morts, 1913

Documents complémentaires

  • Arthur Rimbaud, « Lettre du voyant », 1871
  • Renée Vivien, « Sonnet », 1903

J’aime la boue humide et triste où se reflète
Le merveilleux frisson des astres, où le soir
Revient se contempler ainsi qu’en un miroir
Qui découvre à demi son image incomplète.

J’aime la boue humide où la Ville inquiète
Détache ses lueurs, blondes sur un fond noir,
La Ville qui gémit sous un masque d’espoir
Parmi le vin, les chants et les cris de la fête.

Elle endure la foule aux pieds traînants et las.
Elle subit l’empreinte anonyme des pas :
Stagnante, elle croupit sur la route inféconde.

Mais elle est l’Avenir des moissons, et les pleurs
Du printemps en feraient une terre profonde,
D’où jaillirait la grâce irréelle des fleurs.

Renée Vivien, Évocations, Alphonse Lemerre, éditeur, 1903

  • Paul Valéry, « Le cimetière marin », 1920
    (extrait : strophes 1-3)

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !
Ô récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir !
Quand sur l’abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d’une éternelle cause,
Le Temps scintille et le Songe est savoir.

Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Œil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous un voile de flamme,
Ô mon silence !… Édifice dans l’âme,
Mais comble d’or aux mille tuiles, Toit !

Paul Valéry, Charmes, 1922

  • André Kertézs, « La fourchette », 1928

D’origine hongroise puis naturalisé américain, André Kertész (1894 Budapest — 1985 New York) est un représentant majeur de l’avant-garde photographique à Paris durant l’entre-deux guerres. Considéré par Henri Cartier-Bresson comme l’un de ses maîtres, il a magistralement montré dans son œuvre combien le choix des sujets les plus banals ou les plus banalisés correspond à une nouvelle approche du réel qui, si elle confère à l’ordinaire la prééminence sur l’extraordinaire, oblige à redécouvrir les choses et à réévaluer le banal.

Kertesz_la_fourchette
André Kertész, « La fourchette » (épreuve gélatino-argentique), 1928 Paris, Musée national d’Art Moderne
  • Rembrandt, Soutine, « Le bœuf écorché »
  • Francis Bacon, « Autoportraits »

Lecture cursive obligatoire : Francis Ponge, Le Parti-pris des choses, 1942. Edition conseillée : Belin – Gallimard (2011) Collection ClassicoLycée

Francis Ponge et l’éloge de l’ordinaire

L’ordinaire et l’extraordinaire ne s’opposent pas forcément : bien au contraire ! Comme l’a montré le poète Francis Ponge (1899-1988), les choses renferment « un million de qualités inédites » [source], une profusion de richesses insoupçonnées qu’il s’agit de mettre en lumière. Dans Le Parti-pris des choses publié en 1941, il s’est employé à restituer la présence du réel ; un peu comme si la « grande » poésie s’effaçait pour s’inscrire dans le quotidien et l’éloge de l’ordinaire.

« Le Cageot »

À mi-chemin de la cage au cachot, la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.

Agencé de façon qu’au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu’il enferme.

À tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit encore de l’éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d’être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques, – sur le sort duquel il convient toutefois de ne s’appesantir longuement.

La poésie selon francis ponge

La poésie telle que l’envisage Ponge refuse donc toute spéculation intellectuelle. Elle suppose au contraire une opération de transfiguration et de transgression des valeurs, des codes artistiques et des habitudes, afin d’atteindre le factuel, le banal, l’ordinaire. Comme l’auteur l’affirme dans Le Carnet du bois de pins, « mon dessein n’est pas de faire un poème, mais d’avancer dans la connaissance et l’expression du bois de pins, d’y gagner moi-même quelque chose ».

Annick Fritz-Smead * remarquait justement : « il y chez Ponge une grande méfiance de ce qui sort de l’ordinaire. Le ravissement que l’extraordinaire impose à notre esprit est une distraction pour une vision objective et une compréhension claire des choses. La banalité est reposante ; elle ne donne aucunement lieu à une explosion de sensations envahissantes qui nous feraient perdre le contrôle de nos sens […] ».

* Annick Fritz-Smead, Francis Ponge : De l’écriture à l’œuvre, Peter Lang, 1997, p. 63

Rendre extraordinaire l’ordinaire

Si traditionnellement, le sublime est élévation d’esprit, le « parti-pris des choses » est de tendre vers une compréhension métaphorique de l’ordinaire et du banal. Dès lors, l’extraordinaire n’est plus ce qui est hors de l’ordinaire, de l’ordre commun ou de la mesure commune : il est dans l’ordinaire même, dans ce qu’on ne remarque plus, tant on y est habitué, c’est-à-dire l’infra-ordinaire, pour reprendre le néologisme de Georges Pérec |Georges Pérec, l’Infra-ordinaire, Paris Seuil 1989|.

Rendre extraordinaire l’ordinaire afin d’en exprimer le sens symbolique : tel est le but de la poésie selon Francis Ponge. La poésie devient ainsi une des sources possibles d’une nouvelle forme d’art, qui réhabilite une écriture de la quotidienneté et de l’immédiateté, apte à exprimer l’extraordinaire en des termes ordinaires. Mais cette transgression, par laquelle le non-artistique pénètre le domaine de l’art, ce retour aux choses, se révèle sensible à la dimension métaphysique de l’ordinaire : poésie du banal et de l’habituel consistant à renouveler le regard porté sur l’environnement le plus prosaïque afin d’éclairer sa beauté propre, son identité.

Le poète doit ainsi chercher à extraire l’extraordinaire de l’ordinaire, tant il est vrai que l’extraordinaire fait partie de l’ordinaire. Cette alchimie du Verbe amène à une réflexion sur le statut de l’Art : « Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence, Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or »… déclare ainsi Baudelaire dans Les Fleurs du mal : l’artiste est celui qui procède à une transmutation du langage, qui vivifie les lieux communs : c’est une sorte de voyage extraordinaire, enivrant et fantastique dans « l’épaisseur des choses ».