Thèmes concernant l’enseignement de « culture générale et expression »
en deuxième année

Session 2013

Source : education.gouv.fr

Thème n° 1 – Le sport, miroir de notre société ?

Problématique
Le sport dans les sociétés contemporaines structure une part importante de la vie publique. Créateur d’événements, il occasionne des rassemblements de masse et des manifestations qui rythment le temps collectif. Depuis le début du XXème siècle, le sport est passé d’une pratique personnelle relevant du domaine des loisirs à un phénomène social d’une ampleur considérable en raison de l’engouement collectif (avec ou sans pratique sportive) qu’il suscite.
Le sport permet la manifestation de passions individuelles et collectives ; il provoque chez les spectateurs des réactions de ferveur qui ne sont pas sans rappeler la fonction dionysiaque des festivités rituelles dans l’Antiquité. Le besoin de se réjouir ensemble, d’éprouver ensemble espoir et déception, de se sentir associé à une aventure collective, fédère un très large public au-delà même des supporters, compensant ainsi peut-être le recul des grandes fêtes religieuses du passé qui réunissaient périodiquement les communautés.
Le sport est révélateur des règles et des modèles qu’une société essaie de se donner. Il propose des activités pratiquées dans le monde entier selon des règles identiques pour tous : il apparaît comme un vecteur d’intégration sociale en permettant à chacun de réussir selon ses talents personnels et  crée des liens pacifiques entre les pays lors de compétitions qui suscitent un intérêt planétaire. Lieu d’apprentissage de la vie en société, mais aussi échappatoire possible aux pesanteurs sociales, lieu de réintégration, le sport offre des modèles physiques, façonne des modes vestimentaires, et influence fortement notre rapport à l’apparence et au corps. Il fait émerger des figures de héros, d’idoles ou d’aventuriers qui modèlent également notre représentation d’un certain idéal : goût de l’effort, maîtrise de soi, engagement, esprit d’équipe, valeurs traditionnelles de l’Olympisme.
Néanmoins, le sport nous renvoie l’image de certaines dérives. Enjeu d’intérêts économiques majeurs, le sport peut faire prévaloir le goût du spectacle sur toute autre finalité, au point d’ouvrir la porte à des tricheries diverses. Lieu de rassemblement, il peut aussi devenir lieu de débordements identitaires dégénérant en violence ouverte. Lieu de manifestation d’un enjeu national, le sport peut devenir nationaliste, et être instrumentalisé par les pouvoirs politiques et économiques de tous bords. Domaine de recherche et d’innovation, il peut conduire vers la manipulation des corps pour améliorer artificiellement les performances. Enfin, l’engagement physique lui-même est peut-être remis en cause par la multiplication des sports virtuels.
Les débats actuels sur le sport offrent un reflet de nos espoirs et de nos peurs quant à l’avenir de notre société. Doit-on craindre que les problèmes rencontrés (relation à l’argent, dopage, violence, vedettariat douteux, etc.) révèlent la perte des valeurs sociales ou peut-on continuer de voir dans le sport l’une des formes positives que peuvent prendre les rapports humains ?

Indications bibliographiques
Ces indications ne constituent en aucun cas un programme de lectures. Elles constituent des pistes et des suggestions pour permettre à chaque enseignant de s’orienter dans la réflexion sur le thème et d’élaborer son projet pédagogique.

Littérature

R. Boudjedra, Le Vainqueur de coupe, 1989
F. Begaudeau, Jouer juste, 2008
A. Blondin, Le Tour de France en 80 jours, 1984
P. Delerm, La Tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives, 2006
F. Diome, Le Ventre de l’Atlantique, 2003
J. Echenoz, Courir, 2008
J. Giono, Les Terrasses de l’île d’Elbe, 1976
N. Hornby, Carton jaune, 2000
J. Irving, La Petite Amie imaginaire,1997
J. King, Football Factory, 2004
M. Lindon, Champion du monde, 1996
L. Mauvignier, Dans la foule, 2006
H. Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, 2009
G. Perec, W ou le souvenir d’enfance, 1975
D. Picouly, Fort de l’eau, 1997
A. Sillitoe, La Solitude du coureur de fond, 1959
S. Valletti, Monsieur Armand dit Garincha, 2001
J. Winterbert, Les Olympiades truquées, 2001

Essais

R. Barthes, Mythologies : « Le monde où l’on catche » ; « Le Tour de France comme épopée », 1957
F. Begaudeau (dir.), La Politique par le sport, 2009
M. Caillat, Sport et civilisation : histoire et critique d’un phénomène social, 1996
R. Caillois, Les jeux et les hommes, 1958
J. Defrance, Sociologie du sport, 2006
J. Ph. Domecq, Ce que nous dit la vitesse, 2000
R. Elias et E. Dunning, Sport et civilisation, la violence maîtrisée, 1994
A. Londres, Les Forçats de la route, 1924, réédition 1996
M. Perelman, Le Stade barbare : la fureur du spectacle sportif, 1998
I. Queval, S’accomplir ou se dépasser. Essai sur le sport contemporain, 2004
G. Vigarello, L’Esprit sportif aujourd’hui. Des valeurs en conflit, 2004
P. Yonnet, Huit leçons sur le sport, 2004
P. Arnaud (dir.), Le Sport en France. Une approche politique, économique et sociale, La Documentation française, 2000
Europe, « Sport et littérature », n° 806-807, juin-juillet 1996.
Le Nouvel Observateur, « La Ferveur du sport », hors-série n° 60, oct.-nov. 2005
NRP, n° 9, « Sport et littérature », mai-juin 1998
Sciences et Vie, « L’épopée des J.O. », juillet 2004
TDC, « Sport et société, vertus et dérives », n° 818, 15-30 juin 2001

Films, documents iconographiques, bandes dessinées

Coup de tête, Jean-Jacques Annaud, 1979
Rocky, John Avildsen, 1976
Million Dollar Baby, Clint Eastwood, 2005
Invictus, Clint Eastwood, 2009
Le Vélo de Ghislain Lambert, Philippe Harel, 2001
Les Chariots de feu, Hugh Hudson, 1981
Rollerball, Norman Jewison, 1975
Looking for Eric, Ken Loach, 2008
Les Yeux dans les bleus, Stéphane Meunier, 1998
À mort l’arbitre, Jean-Pierre Mocky, 1984
Raging Bull, Martin Scorsese, 1980
J.M. Basquiat, Cassius Clay et série sur les boxeurs, 1988
U. Boccioni, Dynamisme d’un footballeur, 1912
Bouzard, Football, football, 2007
N. de Staël, série sur les footballeurs
Douanier Rousseau, Les Joueurs de football, 1908
J.M. Huittorel, La Beauté du geste : l’art contemporain et le sport, 2005
F. et S. Laget, Sportissimo ou le sport raconté par les affiches, 1996
E. Leve, série de photographies « Rugby », 1996
C. Serre, Le Sport, 1982

Sites internet

Site du Comité consultatif national d’éthique, avis n° 81 « Sport et santé », http://www.ccne-ethique.fr/
Dossier de la BNF : Héros, d’Achille à Zidane, http://classes.bnf.fr/heros/index.htm
Sur le site du secrétariat aux sports, rapport dit « livre vert du supporterisme » : http://www.sports.gouv.fr/francais/accueil-844/a-la-une/francais/communication/a-la-une-846/remise-du-livre-vert-du
Sur le site de l’Insep, Regards sur le sport : http://www.boutique.insep.fr/ShowProduct.aspx?ID=187

Mots clés

Culture physique, hygiène, santé, plein air
Mode, canons, normes, règle, arbitrage, sanctions, victoire, élimination
Équipe, intégration, club, fédération, supporters, coach, transfert, professionnel/amateur
Fair-play, olympisme, esprit d’équipe
Entraînement, effort, performance, dépassement, émulation, recherche, innovation
Politique sportive, économie du sport, infrastructures sportives, idéologie
Événement collectif, foule, masses, liesse populaire, spectacle, rituels, supporters, héros, idoles, vedettariat
Truquage, dopage, discrimination, exclusion, violence
Console de jeux, jeux vidéos, sports virtuels

Thème n° 2 – Paroles, échanges, conversations, et révolution numérique

Problématique

Les échanges de paroles tissent les liens dont tout individu a besoin pour trouver sa place dans le groupe, la communauté, la société. Comment les nouvelles modalités de ces échanges prolongent-elles ou, au contraire, bouleversent-elles notre façon de penser la construction de soi, les relations humaines, les interactions avec les autres et avec le monde ?

Écrit/oral
Les échanges de paroles font intervenir une langue particulière, écrite ou orale. Les codes langagiers sont à prendre en compte dans leur diversité : codes spécifiques de l’échange épistolaire, codes de la conversation courante, codes des échanges numériques. Ces derniers brouillent les catégories de l’écrit et de l’oral : les échanges numériques, qui semblent instantanés et éphémères, laissent pourtant des traces tant il est encore vrai que « les paroles s’envolent et (que) les écrits restent ».
Dans ces conditions, quels codes apprendre, à quelles normes se référer pour communiquer ?

Privé/public
Par ailleurs, la communication est régie a priori par des critères différents selon le caractère privé ou public de l’échange. Cette distinction semble cependant remise en cause par les  réseaux sociaux qui rendent la vie privée accessible à des publics apparemment choisis. Construit-on son identité de la même façon dans un espace protégé – celui de la famille ou  d’un cercle d’amis proches – et dans un réseau social ouvert ? Peut-il y avoir encore de la spontanéité dans les échanges ?

Professionnel/amateur
Qui détient une parole légitime ? Les frontières se brouillent entre la parole des experts, la parole reconnue, et la parole de tous et de chacun. Les blogs contribuent à forger les opinions. Ne risque-t-on pas de perdre la qualité professionnelle de l’appréciation portée sur une information ?

Lieu de pouvoirs/espace démocratique
Du fait du brouillage des codes, la conversation sur internet nivelle les relations hiérarchiques en rendant tout un chacun apparemment accessible. Chacun peut entrer dans une discussion, connaître la pensée de l’autre ou progresser dans la sienne grâce aux interactions entre plusieurs interlocuteurs.
Les nouveaux moyens de communication permettent aussi de se constituer en lobbys pour influencer une décision, contourner les médias officiels, pour faire entendre une autre voix, résister à des pouvoirs autoritaires. Mais ces mêmes moyens peuvent être le lieu où se renforce l’expression d’un groupe de pression, qui diffuse des affirmations sans citer ses sources, fausse les informations, avec une efficacité redoutable. Les nouveaux  moyens de communication aident-ils à mieux exercer la citoyenneté ?

Proximité/distance
Les lieux de communication traditionnels (la salle de banquet, le café, les salons, etc.) influent sur l’échange. La relation entre interlocuteurs est réinterrogée par les nouvelles technologies. En présence ou à distance (par la lettre, le téléphone, le mél, les messageries et le contact vidéo), qu’est-ce qui se joue dans ces formes de dialogue ? Quels changements, quels gains, apportent les relations virtuelles par rapport aux relations directes en face à face ?

Continuité/discontinuité
La facilité des échanges, qui reposent sur des moyens techniques en permanence disponibles, permet une relation ininterrompue. Or se donner le temps de la réflexion, prendre de la distance avant de poursuivre et de revenir à une situation et, dans cette interruption, avoir mûri, progressé, organisé sa pensée, permet de mieux fonder son jugement. Cette manière de former ses idées a-t-elle encore un sens à l’heure des échanges spontanés, permanents, continus ? Le temps de la réflexion est-il le garant indispensable de la qualité de l’échange ?

Indications bibliographiques
Ces indications ne constituent en aucun cas un programme de lectures. Elles constituent des pistes et des suggestions pour permettre à chaque enseignant de s’orienter dans la réflexion sur le thème et d’élaborer son projet pédagogique.

Littérature

I. Asimov, Face aux feux du soleil, 1957
D. Daeninckx, Camarades de classe, 2008
Ph. Delerm, Quelque chose en lui de Bartleby, 2009
W. Gibson, Neuromancien, 1985
J. Franzen, Freedom, 2011
G. Feydeau, La Puce à l’oreille, 1907
E. Ionesco, La Cantatrice chauve, 1950
La Bruyère, Les Caractères, « De la société et de la conversation », 1688
D. Glattauer, Quand souffle le vent du nord, 2011
S. Larsson, Millenium, 2005-2007
Molière, Les Précieuses ridicules, 1659 ; Le Misanthrope, 1665 ; Les Femmes savantes, 1672
M. Proust, Du côté de chez Swann, « Un amour de Swann », 1913
Y. Réza, Conversations après un enterrement, édition 2004 – Le Dieu du carnage, 2008, repris au cinéma par Roman Polanski (Carnage, 2011)
N. Sarraute, Les Fruits d’or, 1963 ; Pour un oui ou pour un non, 1982
W. Shakespeare, Beaucoup de bruit pour rien, 1600

Essais

Books, dossier « Cinq cent millions d’amis », octobre 2010
La Conversation, collection Mutations, Autrement, 1999
Internet et les réseaux sociaux, La Documentation française, 2011
Nos vies numériques, Sciences humaines n° 229, août-septembre 2011
D. Cardon, La Démocratie internet : promesses et limites, Le Seuil, 2010
A. Casilli, Les Liaisons numériques : vers une nouvelle sociabilité ? 2010
Y. Citton, L’Avenir des humanités, économie de la connaissance ou cultures de l’interprétation, 2010
M. Doueihi, La Grande Conversion numérique, 2008
P. Flichy, Le Sacre de l’amateur : sociologie des passions ordinaires à l’ère du numérique, 2010
M. Fumaroli, Trois institutions littéraires, 1994 ; Quand l’Europe parlait français, 2001 
E. Godo, Une histoire de la conversation, 2003
E. Lazega, Réseaux sociaux et structures relationnelles, Que sais-je ? 2007
P. Mercklé, Sociologie des réseaux sociaux, 2004 – 3ème éd. 2011
Films, séries télévisées
Mary and Max, Adam Elliot, 2009

Vous avez un message, Nora Ephron, 1998
The Social Network, David Fincher, 2010
L’Esquive, Abdellatif Kechiche, 2004
Ridicule, Patrice Leconte, 1996
Carnage, Roman Polanski, 2011 (repris de la pièce de Yasmina Réza, Le Dieu du carnage)
Le scaphandre et le papillon, Julian Schnabel, 2007
Denise au téléphone, Hal Salwen, 1995
Catfish, Henry Joost, Ariel Schulman, 2010
Contagion, Steven Soderbergh, 2011
Bref (Canal +)
Les Deschiens (« Le Bavard »)
Friends

Sites internet

Blogs des quotidiens de la presse écrite
http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=SOCIO_001_0025 :
 « Exposition de soi et reconnaissance de singularités subjectives sur les sites de réseaux sociaux » (Fabien Granjon, Julie Denouël)
http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=SOC&ID_NUMPUBLIE=SOC_079&ID_ARTICLE=SOC_079_0075&FRM=N&REDIR=1 : « Smart mobs, Les communautés intelligentes mobiles, comment reconnaître le futur quand il vous tombe dessus ? » (Howard Rheingold)
prospective-numerique.gouv.fr/place.publique
http://www.eduscol.education.fr/pid25134/seminaire-metamorphoses-livre-lecture.html : « La rémanence du livre dans les nouveaux dispositifs de communication » (Valérie Jeanne-Perrier)  ; « Un nouvel imaginaire de lecture à travers ses représentations visuelles » (Julia Bonaccorsi)

Mots clés

Correspondance, billet, lettre, carte postale, télégramme, message, texto, SMS, internet, réseaux sociaux, blog, twitter, facebook, skype
Conversation, dialogue, échange, communication, fonction phatique, fonction expressive, fonction impressive
Manuel de conversation, code, civilité, politesse, transgression, abréviation, phonétique, smiley, orthographe, norme
Parler, discuter, argumenter, affirmer, écouter, réfléchir, réagir, contredire, admettre, nuancer
Se dévoiler, se confier, s’épancher, être sincère, mentir, s’exposer, se vanter, page personnelle, profil, narcissisme, altérité, identité
Colporter, diffuser, divulguer, propager, créer le buzz, rumeur, information, qu’en-dira-t-on, réputation, cancans, ragots, marketing viral
Intimité, anonymat, silence, protection de la vie privée, confidentialité, discrétion, secret, meuble secrétaire, pudeur
Vitesse, immédiateté, temps réel, spontanéité, retenue, réserve, atermoiement, procrastination
Ami, association, coterie, cercle, club, communauté, forum de discussion, réseaux sociaux
Élégance, préciosité, affectation, naturel, franchise, ostentation
Expressions : tourner sa langue sept fois dans sa bouche, avoir l’esprit d’escalier, saisir la balle au bond, parler pour ne rien dire, répondre du tac au tac, tourner autour du pot, mdr, lol.


Liens utiles :


  • Vendredi 7 septembre.
    Rappel du thème : « Le sport, miroir de notre société ? » Commentaire des principales problématiques.
  • Lundi 10 septembre.
    Présentation du premier travail à rendre complet le lundi 8 octobre. Rappel : ce travail comporte deux exercices d’écriture (la synthèse et l’écriture personnelle).

Travail à faire (pour le lundi 8 octobre)  :
Sport et accomplissement

De la poétique du geste à la quête de soi

Corpus :
– Document 1 : Discobole par Lancellotti, copie romaine, vers 120 ap. J.-C.
– Document 2 : Henry de Montherlant, « Vesper », Les Olympiques, 1924
– Document 3 : Patrick Bollon, Manuel du contemporain, 2007
– Document 4 : Gilbert Andrieu, Sport et spiritualité, 2009
– Document 5 : Pierre Charreton, Le Sport, l’ascèse, le plaisir : éthique et poétique du sport dans la littérature française moderne, 1990

Sujet : Vous ferez des documents suivants, une synthèse concise, objective et ordonnée.

Écriture personnelle :
Dans quelle mesure la pratique d’un sport permet-elle de « faire l’expérience d’un autre moi », comme l’affirme Gilbert Andrieu ?

  • Document 1 : Discobole par Lancellotti, copie romaine, vers 120 ap. J.-C.

L’un des plus célèbres Discoboles est le « Discobole Lancellotti ». Cette statue qui représente un athlète en train de lancer un disque est la copie d’une non moins illustre statue de l’Antiquité, attribuée à Myron, sculpteur athénien du Ve siècle av. J.C.

  • Document 2 : Henry de Montherlant, « Vesper », 1924

Le stade n’est que silence et solitude. Les réflecteurs s’éteignent un à un.
Les vitres des vestiaires s’éteignent, toutes ensemble. Quelque chose s’éteint.
Il n’y a plus qu’un garçon, là-bas, qui lance le disque dans la nuit descendue.
La lune monte. Il est seul. Il est la seule chose claire sur le terrain.
Il est seul. Il fait pour lui seul sa musique pure et perdue,
son effort qui ne sert à rien, sa beauté qui mourra demain.
Il lance le disque vers le disque lunaire, comme pour un rite très ancien,
Officiant de la Déesse Mère, enfant de chœur de l’étendue.
Seul, – tellement seul, – là-bas. Il fait sa prière pure et perdue.

Henry de Montherlant, « Vesper », Les Olympiques, éd. Gallimard, Paris 1924

  • Document 3 : Patrick Bollon, Manuel du contemporain, 2007

Car la course de fond résume toutes les interrogations de l’existence et délivre bien des recommandations dont nous pourrions tirer profit : ne pas débuter trop vite ; ne pas nous fourvoyer en tentant de faire jeu égal avec ceux qui ne font pas la même course que nous ou n’ont pas l’intention de la terminer ; accepter la souffrance inéluctable ; aller toujours dans le même sens et prévoir, enfin, de perdre par instants du temps, car c’est là le seul vrai moyen d’en gagner [..] Si la vie ressemble à une compétition, cette compétition s’exerce donc d’abord et avant tout, quasi-exclusivement même, par rapport à soi. Quant à son secret ultime, il tient en une seule phrase : il faut avoir la conscience, l’intelligence de ce que l’on est, et faire en sorte, par tous les moyens dont nous disposons, y compris les plus détournés, de n’en jamais dévier.

Patrick Bollon, Manuel du contemporain, éd. Du Seuil, Paris 2007.

  • Document 4, Gilbert Andrieu, Sport et spiritualité, 2009.

[…] le sportif qui découvre le silence que lui impose la performance, découvre ce qu’il contient et qu’aucun partenaire ou instructeur ne peut prévoir. Dans le silence de son corps et sa richesse, le sportif retrouve la solitude qui fait de lui un homme total. La concentration pourrait nous laisser croire qu’il s’agit de la même chose, il n’en est rien. La concentration est due à un effort volontaire qui force l’esprit à observer un seul point, un seul détail, un seul moment de la vie. Le silence du corps est libéré quant à lui du temps et de l’espace. Il n’a pas d’endroit où se loger, il est partout à la fois, il remplit tout l’espace, il est instantané dans son apparition, n’a pas de durée propre, supprime le temps des horloges et semble transformer la plus infime durée en éternité. Cette découverte du silence n’est pas due à une recherche méthodique de notre cerveau gauche, de notre cerveau rationnel, elle n’est pas le fruit d’un effort, bien au contraire, car tout effort volontaire la rend impossible, elle survient, s’impose d’elle-même, envahit l’individu surpris d’être aussi cela.

Cette petite escapade, loin des traditions, pourrait paraître irréelle, si d’autres que moi n’en parlaient pas, faisant état de leurs expériences, à l’aide d’images plus symboliques qu’objectives.

Pour revenir à la discipline, je dirai que l’homme, ayant accepté de faire des efforts toujours plus intenses afin de se perfectionner en vue d’une performance ou d’une victoire, est amené à faire l’expérience d’un autre moi, c’est-à-dire d’un soi qui semble vouloir se libérer des règles techniques et de toutes les sanctions qui les accompagnent. En dépassant la gestuelle la plus savante, le sportif découvre celui qui s’en sert, et cet autre n’est pas le produit de son intelligence, n’est pas l’objet qu’il a appris à maîtriser.

Je crois que l’on peut retenir cette réalité simple, mais oh combien significative, de notre monde : ce silence que l’homme vrai perçoit ne saurait être maîtrisé. C’est lorsque le sportif n’est plus nécessairement maître de lui-même qu’il rencontre sa véritable nature d’homme, d’homme-dieu avons-nous déjà dit, qu’il retrouve, non sans une certaine émotion, le chemin du ciel.

Gilbert Andrieu, Sport et spiritualité, L’Harmattan, Paris 2009, pages 193194.

  • Document 5 : Pierre Charreton, Le Sport, l’ascèse, le plaisir : éthique et poétique du sport dans la littérature française moderne, 1990

[…] la conscience qu’on a de son propre corps intervient évidemment dans la connaissance de soi. L’athlète entretient avec son propre corps des relations privilégiées, raffinées, dont le profane peut difficilement avoir idée. Dans le sport, le corps est à nous plus que dans les actes courants de la vie, il nous appartient davantage […]. Le sport nous enseigne que nous sommes aussi notre corps, et qu’il est mauvais qu’il nous soit mal connu ou qu’il se dérobe à nous, car c’est une partie de nous-mêmes que nous perdons ainsi, et avec elle tout un univers de sensations […].

Les théories du sport et de l’éducation physique oscillent entre la considération du corps comme support ou simple instrument qu’il faut domestiquer et apprendre, si l’on ose dire, à manier le mieux possible, et la conception du corps comme valeur, ayant sa part et faisant son jeu dans la culture générale. […].

Ainsi, réduire le corps à une fonction instrumentale, ce serait régresser vers le dualisme que l’on voulait précisément combattre. En fait, le corps est objet de connaissance, mais, dans cet acte même de connaissance, il est en même temps sujet. Comme l’écrit avec raison Michel Bouet, « le sport implique que le corps ne soit pas le simple support de l’action, mais qu’il soit au cœur même de l’action, sa substance et non seulement son soutien ». « En sport, ce qui fonde l’existence corporelle comme subjectivité, c’est que notre personnalité est plus immédiatement présente à elle-même en lui et que notre corps se fond dans la lumière de cette présence à soi ». Le corps est l’occasion de ce qu’on pourrait appeler, en hasardant la formule, un cogito personnel.

Pierre Charreton, Le Sport, l’ascèse, le plaisir : éthique et poétique du sport dans la littérature française moderne, Saint-Etienne : C.I.E.R.E.C, 1990. Pages 42 et 43.

  • Vendredi 14 septembre.

« Le sport, définitions et composantes » : chapitre 1 (in H. Sabbah, Anthologie, op. cit.)

Quelques exemples de sujets possibles à partir des mots clés :

  1. « En quoi le sport partcipe-t-il d’une hygiène de vie ?
  2. Le sport doit-il être normalisé?
  3. Que penser des doctrines qui prônent l’élimination des plus faibles dans le sport ?
  4. Dans quelle mesure le sport est-il un vecteur d’intégration ?
  5. Quelles valeurs du sport l’Olympisme véhicule-t-il ?
  6. Le sport est-il conditionné à l’esprit d’équipe ?
  7. Dans quelle mesure le sport constitue-t-il un facteur de cohésion nationale et identitaire ?
  8. Le sport crée-t-il des héros ?
  9. Dans quelle mesure le sport peut-il être instrumentalisé à des fins politiques ?
  10. La performance sportive déshumanise-t-elle les individus ?
  11. Le sport est-il dépassement des autres ou dépassement de soi ?
  12. Les sports virtuels relèvent-ils encore du domaine sportif ?

Sujets d’exposés
– Lundi 24 septembre : Sport et Société : vertus et dérives
– Lundi 1er octobre : Sport et violence : l’exemple du Hooliganisme
– Lundi 8 octobre : Les Jeux olympiques dans l’Antiquité : éducation du citoyen et enjeux religieux
– Lundi 15 octobre : Les sports virtuels… est-ce encore du sport ?
– Lundi 22 octobre :
« Le sport au servide de l’idéologie »
– Lundi 12 novembre : Sport et spectacle, le stade comme lieu d’exploits et de drames

Ouvrage à consulter utilement : Actes du colloque « Sport et Société », Université de Saint-Étienne, © CIEREC, juin 1981

Entraînement BTS à partir du sujet suivant :

Les valeurs du sport : Excellence ou sacralisation ?

Le sujet porte sur les valeurs du sport : valeurs contradictoires partagées entre l’idéal humaniste et fédérateur, le courage, l’éthique, mais aussi les pulsions guerrières, les dérives de l’image et du spectacle, à tel point qu’on a parlé de « religion profane » pour qualifier cette sacralisation du sport. Comme le faisait remarquer avec une grande justesse Pascal Taranto, « le sport fascine, suscite l’admiration, excite des sentiments de sublime, de dépassement de la condition humaine ordinaire. Il est même porteur d’une certaine démesure. […] Le spectacle sportif est celui d’une excellence humaine, qui attire spontanément l’admiration à la mesure de la difficulté qu’elle surmonte, de la perfection qu’elle accomplit, du récit mythique qu’elle ne cesse de rejouer ». Je vous renvoie enfin à ce passage très explicite des Instructions Officielles :

« Le sport permet la manifestation de passions individuelles et collectives ; il provoque chez les spectateurs des réactions de ferveur qui ne sont pas sans rappeler la fonction dionysiaque des festivités rituelles dans l’Antiquité. Le besoin de se réjouir ensemble, d’éprouver ensemble espoir et déception, de se sentir associé à une aventure collective, fédère un très large public au-delà même des supporters, compensant ainsi peut-être le recul des grandes fêtes religieuses du passé qui réunissaient périodiquement les communautés. Le sport est révélateur des règles et des modèles qu’une société essaie de se donner. Il propose des activités pratiquées dans le monde entier selon des règles identiques pour tous : il apparaît comme un vecteur d’intégration sociale en permettant à chacun de réussir selon ses talents personnels et crée des liens pacifiques entre les pays lors de compétitions qui suscitent un intérêt planétaire. Lieu d’apprentissage de la vie en société, mais aussi échappatoire possible aux pesanteurs sociales, lieu de réintégration, le sport offre des modèles physiques, façonne des modes vestimentaires, et influence fortement notre rapport à l’apparence et au corps. Il fait émerger des figures de héros, d’idoles ou d’aventuriers qui modèlent également notre représentation d’un certain idéal : goût de l’effort, maîtrise de soi, engagement, esprit d’équipe, valeurs traditionnelles de l’olympisme.

Néanmoins, le sport nous renvoie l’image de certaines dérives. Enjeu d’intérêts économiques majeurs, le sport peut faire prévaloir le goût du spectacle sur toute autre finalité, au point d’ouvrir la porte à des tricheries diverses. Lieu de rassemblement, il peut aussi devenir lieu de débordements identitaires dégénérant en violence ouverte. Lieu de manifestation d’un enjeu national, le sport peut devenir nationaliste, et être instrumentalisé par les pouvoirs politiques et économiques de tous bords. Domaine de recherche et d’innovation, il peut conduire vers la manipulation des corps pour améliorer artificiellement les performances […] ».

Corpus :

  1. Michel Caillat, Sport et civilisation : histoire et critique d’un phénomène social de masse, 1996
  2. Jean-Marie Brohm, La Tyrannie sportive : théorie critique d’un opium du peuple, 2006
  3. Pierre de Coubertin, « Les assises philosophiques de l’olympisme moderne », 1935
  4. Vidéo INA « Nuit de fête sur les Champs-Élysées », 1998

Document complémentaire :

Sujet : Vous ferez des documents suivants, une synthèse concise, objective et ordonnée. La synthèse a fait l’objet d’un corrigé mis en ligne.

Travail à faire. Écriture personnelle : Pierre de Coubertin voit dans l’olympisme « une aristocratie, une élite« . Partagez-vous cette opinion ?
Travail à rendre le lundi 29 octobre 2012

Pour accéder au corrigé de la synthèse, cliquez ici.

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CORPUS

  • Document 1. Michel Caillat, Sport et civilisation : histoire et critique d’un phénomène social de masse, L’Harmattan, coll. « Espaces et temps du sport », Paris 1996, pages 65 et 66.

À tous les niveaux, le sportif est condamné à épouser le conformisme performatif, à se surpasser et les entraîneurs, ces idéologues qui ne portent pas leur nom, appellent sans cesse leurs protégés à « se donner à fond, à se faire mal, à marcher sur leurs adversaires, à les empêcher de jouer » autant de formules rituelles entendues sur tous les terrains du monde.

Substitut libidinal, apologie du sacrifice, de la douleur, de la répétition infinie du trauma et sacralisation mortifère du dépassement et du risque, le sport est à la fois un ascétisme dans la joie et une hygiène physique et spirituelle. Infantilisé, le sportif introjette ses maîtres et leurs ordres dans son appareil mental, contrôle sa servitude au lieu de l’abolir. L’exercice de la coercition n’est pas direct mais insidieux ; le sport consacre le règne de l’autonomie totalement encadrée.

Le fétichisme de la progression chiffrée et mesurée, l’élitisme, la méritocratie, la morale des forts, la soumission, la discipline, la privation, l’idéologie du don font du sport l’activité de loisir spécifiquement adaptée à notre civilisation technicienne et industrielle. Un singulier terrorisme moral souffle pour l’imposer aux indolents, jeunes et moins jeunes, aux exclus des banlieues et d’ailleurs, aux travailleurs opprimés et à tous les sédentaires.

Source d’épanouissement et de réconciliation avec son corps (retour du je et du jeu), le sport, objet de tant de sollicitude et de tant de consommations, serait le symbole d’une terre libre et démocratique (…). Ce royaume enchanté, quelques analystes sceptiques l’ont « désenchanté » en montrant que le sport n’a jamais tenu ses promesses ; son développement est avant tout celui des mauvais côtés : mercantilisation, politisation, chauvinisme, nationalisme, violence, dopage, tricheries.

  • Document 2. Jean-Marie Brohm, La Tyrannie sportive : théorie critique d’un opium du peuple, Beauchesne, Paris 2006, depuis la page 219 (« Le sport suscite en effet l’unanimisme, l’adhésion enthousiaste, la mobilisation de masse, l’excès émotionnel, les débordements violents ») jusqu’en haut de la page 221 (« pourvu qu soient préservés le chavirement des sens, l’ivresse, l’extase, la ferveur et l’obnubilation des « on a gagné » ».

Le sport suscite en effet l’unanimisme, l’adhésion enthousiaste, la mobilisation de masse, l’excès émotionnel, les débordements violents, toutes choses incompatibles avec la démocratie qui n’est pas le despotisme des opinions et des passions, mais le règne de la raison et des raisons. La tyrannie sportive avec son culte de la performance, son apologie de la force, sa passion pour les « suprématies physiques », son goût de l’ordre et de la hiérarchie est la tyrannie du fait accompli, la tyrannie de la foule belliqueuse, la tyrannie des circenses. Or, ces circenses, loin d’être d’inoffensives distractions populaires, sont en tous temps et en tous lieux des instruments de manipulation politique des masses, de puissants vecteurs de contrôle social. « Le sport devient alors instrumentum regni, ce que d’ailleurs il n’a pas cessé d’être au cours des siècles. C’est évident : les circenses canalisent les énergies incontrôlables de la foule » (*). Le sport est non seulement une politique de diversion sociale, de canalisation émotionnelle des masses, mais plus fondamentalement encore une coercition anthropologique majeure qui renforce et légitime l’idéologie productiviste et le principe de rendement de la société capitaliste. Le sport est ainsi une injonction autoritaire au dépassement de soi et des autres, la mise en œuvre institutionnelle de cette contrainte au surpassement. « Si l’on devait qualifier d’un trait l’essence de notre société, on ne pourrait trouver que ceci : la contrainte de surpasser […]. Tout se mesure, et se mesure dans le combat ; et celui qui surpasse est un continuel vainqueur […]. Le plus fort est le meilleur, le plus fort mérite de vaincre » (**). Cette anthropologie « héroïque », tellement prisée par les fascismes, produit dans les sociétés libérales avancées, mais aussi dans les sociétés despotiques un type social particulier devenu la figure emblématique du surhomme sachant se surpasser — le sportif de compétition voué à produire en série des performances d’exception. Mieux même, les sportifs sont élevés en batterie comme les chevaux de course et d’ailleurs dopés comme eux […]. Le résultat : des humanoïdes déshumanisés, appareillés par différentes prothèses technologiques, chimiques, biologiques, psychologiques […]. « L’athlète est déjà en lui-même un être qui possède un organe hypertrophié qui transforme son corps en siège et source exclusifs d’un jeu continuel : l’athlète est un monstre, il est L’Homme qui Rit, la geisha au pied comprimé et atrophié, vouée à devenir l’instrument d’autrui » (***).

L’enjeu de la lutte concerne ensuite la nature même de la socio-anthropologie du sport. La quasi totalité des auteurs qui se sont penchés avec délectation sur les spectacles sportifs se sont en effet englués dans une sorte de sacralisation du sport, de ses rites et exploits. Qu’importent les violences, le dopage, la corruption, la mercantilisation généralisée, pourvu que soient préservés le chavirement des sens, l’ivresse, l’extase, la ferveur et l’obnubilation des « on a gagné ».

(*) Umberto Eco, la Guerre du faux, Paris Le Livre de Poche, « Biblio Essais », 1987, p. 242
(**) Elias Canetti, la Conscience des mots, le Livre de Poche, « Biblio Essais », 1989, p. 214-215
(***) Umberto Eco, la Guerre du faux, op. cit. p. 241.

 

  • Document 3. Baron Pierre de Coubertin, « Les assises philosophiques de l’olympisme moderne ». Message radiodiffusé de Berlin le 4 août 1935 (extraits).

La première caractéristique essentielle de l’olympisme ancien aussi bien que de l’olympisme moderne, c’est d’être une religion. En ciselant son corps par l’exercice comme le fait un sculpteur d’une statue, l’athlète antique « honorait les dieux ». En faisant de même, l’athlète moderne exalte sa patrie, sa race, son drapeau. J’estime donc avoir eu raison de restaurer dès le principe, autour de l’olympisme rénové, un sentiment religieux transforme et agrandi par l’internationalisme et la démocratie qui distinguent les temps actuels, mais le même pourtant qui conduisait les jeunes Hellènes ambitieux du triomphe de leurs muscles au pied des autels de Zeus.

De là découlent toutes les formes culturelles composant le cérémonial des Jeux modernes. Il m’a fallu les imposer les unes après les autres à une opinion publique longtemps réfractaire et qui ne voyait là que des manifestations théâtrales, des spectacles inutiles, incompatibles avec le sérieux et la dignité de concours musculaires internationaux. L’idée religieuse sportive, la religio athletae a pénétré très lentement l’esprit des concurrents et beaucoup parmi eux ne la pratiquent encore que de façon inconsciente. Mais ils s’y rallieront peu à peu.

Ce ne sont pas seulement l’internationalisme et la démocratie, assises de la nouvelle société humaine en voie d’édification chez les nations civilisées, c’est aussi la science qui est intéressée en cela. Par ses progrès continus, elle a fourni à l’homme de nouveaux moyens de cultiver son corps, de guider, de redresser la nature, et d’arracher ce corps à l’étreinte de passions déréglées auxquelles, sous prétexte de liberté individuelle, on le laissait s’abandonner.

La seconde caractéristique de l’olympisme, c’est le fait d’être une aristocratie, une élite ; mais, bien entendu, une aristocratie d’origine totalement égalitaire puisqu’elle n’est déterminée que par la supériorité corporelle de l’individu et par ses possibilités musculaires multipliées jusqu’à un certain degré par sa volonté d’entraînement. Tous les jeunes hommes ne sont pas désignés pour devenir des athlètes. Plus tard on pourra sans doute arriver par une meilleure hygiène privée et publique et par des mesures intelligentes visant au perfectionnement de la race, à accroître grandement le nombre de ceux qui sont susceptibles de recevoir une forte éducation sportive : il est improbable qu’on puisse jamais atteindre beaucoup au delà de la moitié ou tout au plus des deux tiers pour chaque génération. Actuellement, nous sommes, en tous pays, encore loin de là ; mais si même un tel résultat se trouvait obtenu, il n’en découlerait pas que tous ces jeunes athlètes fussent des « olympiques », c’est-à-dire des hommes capables de disputer les records mondiaux. C’est ce que j’ai exprimé par ce texte (traduit déjà en diverses langues) d’une loi acceptée inconsciemment dans presque tout l’univers : « Pour que cent se livrent à la culture physique, il faut que cinquante fassent du sport ; pour que cinquante fassent du sport, il faut que vingt se spécialisent ; pour que vingt se spécialisent, il faut que cinq soient capables de prouesses étonnantes. »

Chercher à plier l’athlétisme à un regime de modération obligatoire, c’est poursuivre une utopie. Ses adeptes ont besoin de la « liberté d’excès ». C’est pourquoi on leur a donne cette devise : Citius, altius, fortius, toujours plus vite, plus haut, plus fort, la devise de ceux qui osent prétendre à abattre les records ! Mais être une élite ne suffit pas ; il faut encore que cette élite soit une chevalerie. Les chevaliers sont avant tout des « frères d’armes », des hommes courageux, énergiques, unis par un lien plus fort que celui de la simple camaraderie déjà si puissant par lui-même ; à l’idée d’entraide, base de la camaraderie, se superpose chez le chevalier l’idée de concurrence, d’effort opposé à l’effort pour l’amour de l’effort, de lutte courtoise et pourtant violente.

  • Document 4. « Nuit de fête sur les Champs-Élysées » (vidéo INA)
    L’équipe de France de football vient de remporter la coupe du monde de football face au Brésil. L’avenue des Champs-Élysées a connu durant la nuit une véritable liesse collective.

  • Lundi 8 octobre.
    – Réinvestissement de l’exposé précédent sur le hooliganisme. Je vous conseille de regarder cet ouvrage de Serge Govaert et Manuel Comeron (*) : Foot & violence. Politique, stades et hooligans : Heysel 85 paru en 1995 aux éditions De Boeck Université. Comme il est rappelé dans les instructions officielles, « Le sport dans les sociétés contemporaines structure une part importante de la vie publique. Créateur d’événements, il occasionne des rassemblements de masse et des manifestations qui rythment le temps collectif. […] Néanmoins, le sport nous renvoie l’image de certaines dérives. […] Lieu de rassemblement, il peut aussi devenir lieu de débordements identitaires dégénérant en violence ouverte ». C’est précisément cet aspect qui a retenu l’attention des auteurs : ainsi qu’ils le précisent en introduction,

« Le contexte footballistique «privilégie» des comportements de violence individuelle ou de masse et, surtout, de groupes inscrits dans des problématiques de société.
Au centre : le supporter. Celui-ci s’identifie fortement au spectacle compétitif («on a gagné !») et est plongé dans un contexte de virilité («c’est le plus fort qui gagne»). Contexte particulier, par ailleurs, où, les médias pointent cette compétition comme un enjeu crucial et où l’aspect festif est profondément ancré — avec la consommation d’alcool qui va de pair.
A l’épicentre : les hooligans. L’environnement social (médias, clubs, forces de l’ordre, pouvoir politique, etc.) leur accorde une reconnaissance formelle, une identité qu’ils accepteront avec avidité malgré sa connotation négative. Les plus imposants de ces noyaux durs se verront assimilés à des «associations de malfaiteurs», statut juridique qui parachève l’édification de ces «gangs» en groupes sociaux formels. Ces groupes aux comportements radicaux font partie intégrante d’un phénomène collectif qui les dépasse […].
Ces comportements de masse incontrôlables, autrefois ponctuels, que les noyaux durs ont modélisés et extrémisés pour en faire un mode de fonctionnement permanent (un way of life pour certains), apparaissent comme la facette la plus visible du phénomène. Cette visibilité détonante deviendra le moteur de ces jeunes en quête de valorisations symboliques : en raison d’un contexte sociétal qui les favorise peu (cumul de critères sociaux défavorables, absence de perspectives futures, etc.), mais aussi par le fossé déresponsabilisant qui les sépare inexorablement des structures du football — spo,t sur lequel ils sont venus se greffer, moins par hasard que par nécessité » (page 6 et s.).

En analysant ce phénomène de société qu’est le hooliganisme à travers la finale de la Coupe d’Europe opposant la Juventus de Turin à Liverpool au stade du Heysel en 1985, Serge Govaert et Manuel Comeron rendent très bien compte des rapports qui s’établissent entre sport, violence et société. Lisez tout d’abord l’introduction (page 5 et s.) : elle vous sera très utile pour comprendre cet aspect essentiel mentionné dans les instructions officielles :  » Lieu de rassemblement, [le sport] peut aussi devenir lieu de débordements identitaires dégénérant en violence ouverte ». Comme il a été justement rappelé dans le Rapport au Parlement et au Gouvernement portant sur la violence et le sport, (**), « les grandes manifestations de football deviennent des lieux spécifiques de débordements identitaires et de transgression qui, pour certains groupes, sont d’autant plus recherchés qu’ils apparaissent à l’écran ».

(*) Serge Govaert, Manuel Comeron, Foot & violence. Politique, stades et hooligans : Heysel 85, De Boeck Université (Bruxelles, 1995).

(**) Rapport au Parlement et au Gouvernement portant sur : la violence et le sport ; le sport contre la violence » , décembre 2007, page 9. Rapport librement consultable (et téléchargeable) en cliquant sur le lien hypertexte.

– Exposé sur le sport dans l’antiquité grecque

– Pierre de Coubertin et l’idéal olympique.

Rappel. Date-limite pour rendre les travaux de BTS (« Sport et Accomplissement ») : vendredi 12 octobre.
DS sur le sport (tout ce qui aura été vu jusqu’au lundi 8 octobre inclus) : vendredi 19 octobre. 1 heure. Coeff. 2
Travail à faire. Écriture personnelle : Pierre de Coubertin voit dans l’olympisme « une aristocratie, une élite ». Partagez-vous cette opinion ? Travail à rendre le vendredi 26 octobre 2012.

  • Lundi 22 octobre.
    – Exposé : les sports virtuels
    – Accompagnement personnalisé : aide à l’élaboration du plan (travaux à rendre le 26 novembre. Voir ci-dessus).
  • Vendredi 26 octobre.
    – Réflexions autour du thème : « Sport et Valeurs d’entreprise »
    Présentation

Le sport peut-il être, comme il a été suggéré, un microcosme, un « concentré du monde réel« ? C’est en effet très justement que les Instructions officielles l’apparentent à un « miroir de notre société ».

À cet égard, il est intéressant de se pencher sur le rapport entre le sport et l’évolution des normes comportementales et des pratiques sociales dans le monde du travail. De fait, particulièrement depuis une quinzaine d’années, l’analogie entre le sport et les valeurs de l’entreprise s’est particulièrement renforcée au point que le management sportif est devenu l’un des piliers du libéralisme économique : esprit d’équipe, dépassement de soi, culte de la performance, culture du résultat…

Cet enjeu managérial est particulièrement mis en lumière par le corpus que nous avons constitué : si l’interview de l’ancien athlète Stéphane Diagana (Document 3) permet de nous faire comprendre à travers la reconversion professionnelle de ce sportif de haut niveau combien le sport peut aider à une nouvvelle perception des compétences managériales, de nombreux documents en revanche invitent à s’interroger sur les valeurs mais aussi les limites du sport au sein de l’entreprise : véritable enjeu épistémologique qui appelle à une réflexion critique comme le suggère les propos de Jean-Pierre Escriva (Document complémentaire).

Depuis l’olympisme coubertinien qui entraînait à l’effort et à la sagesse, à l’actuelle mondialisation, le sport est ainsi au cœur des grands thèmes de la sociologie, et plus largement des questionnements anthropologiques, idéologiques et symboliques autour desquels s’articule le libéralisme.

Corpus

Documents complémentaires

  • G. Dominique Baillet, Les Grands thèmes de la sociologie du sport, « Sport et économie capitaliste« , éd. L’Harmattan, Paris 2001, page 99 et s.
  • Jean-Pierre Escriva, Henri Vaugrand, L’Opium sportif. La critique radicale du sport… éd. L’Harmattan, Paris 1996, « Sport et capitalisme », pages 146-147.

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Entraînement BTS

Sports et discriminations
de genre

Les étudiant(e)s les plus courageux de PME2 ont tout à gagner en préparant cet entraînement :

  1. si votre devoir est effectué sérieusement,
  2. s’il est complet (synthèse + écriture personnelle),
  3. et s’il répond au référentiel de notation

vous obtiendrez 20/20, quelle que soit la qualité de votre travail, qui devra impérativement me parvenir entre le vendredi 7 décembre et le lundi 17 décembre (date limite à ne pas dépasser !)

Présentation du corpus et aide méthodologique

Dans ce nouvel entraînement sur le thème du « Sport, miroir de notre société ?« , je propose à mes étudiant(e)s de Seconde année de BTS un exercice relativement ardu… mais bénéficiant d’un bonus exceptionnel pour la moyenne (voir plus haut). Tout d’abord, le dossier de documents est plus complexe que les corpus habituellement présentés à l’examen : il comporte en effet cinq textes, ce qui obligera l’étudiant(e) à savoir manipuler un certain nombre de documents dans un temps limité : la culture générale s’avère ici essentielle afin de traiter plus efficacement les questions abordées, et consacrer davantage de temps à l’organisation de la synthèse en confontant plusieurs textes : c’est la raison pour laquelle les candidat(e)s les plus motivé(e)s gagneront à mieux cerner le sujet par une lecture préalable des documents complémentaires, particulièrement pour préparer l’écriture personnelle.

Mais la difficulté de cet entraînement tient à la composition du dossier elle-même : le document 1 est une pétition, et nécessitera donc une interprétation particulière, prenant en compte l’origine des points de vue exprimés. Le document 2 extrait d’un rapport sur l’homophobie met l’accent sur l’image des femmes dans le sport. Le document 3 émanant du Conseil de l’Europe, comporte un assez grand nombre d’informations à visée sociologique, posant à la fois le problème de la représentation des femmes dans les sports et suggérant des solutions. Le document 4, issu de la presse spécialisée, est un article de recherche, avec son « jargon » et ses outils méthodologiques particuliers. Quant au dernier document, rédigé en Anglais, il apportera une difficulté, mais aussi un intérêt supplémentaires. Enfin, il conviendra de prêter attention à la nature des documents (on ne traite pas de la même façon par exemple une pétition et un rapport du Parlement européen).

La période de publication des documents (de 2004 à 2011) est également essentielle puisqu’elle enracine le thème du sport dans la problématique, malheureusement toujours d’actualité, de la discrimination sexuelle et des grands débats de notre temps sur la hiérarchie des genres. Comme le remarquait avec pertinence en 2010 Catherine Louveau, « contrairement à ce qu’énoncent nombre de discours sur ses «vertus» (un «pouvoir rassembleur», «socialisant», «intégrateur») ou encore son «universalité», le sport est une pratique sociale et culturelle, et, à ce titre, porteur de différences, de distinction et d’inégalités » (*). Mais au-delà des inégalités de genre, le corpus soulève aussi l’image et le statut de la femme, le sexisme, le problème de l’intégrité corporelle et de l’homophobie dans le sport, et de façon plus générale, la question des valeurs et des représentations collectives dont il est porteur (voyez à ce sujet l’entraînement que j’ai proposé sur les valeurs du sport, ainsi que le corrigé).

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(*) Catherine Louveau (Université Paris-Sud 11), « Introduction », Sport et discrimination en Europe (sous la direction de William Gasparini et Clotilde Talleu), Conseil de l’Europe, septembre 2010, page 39.

Corpus

  • Document 1 : « À la télé, pas de filles hors-jeu », 2011
  • Document 2 : SOS Homophobie, Rapport sur l’homophobie (collectif), 2006
  • Document 3 : Dominique Bodin, Luc Robène, Stéphane Héas, Sports et violences en Europe, 2004.
  • Document 4 : Christine Mennesson, « Être une femme dans un sport « masculin », Modes de Socialisation et construction des dispositions sexuées », 2004.
  • Document 5 : Tess Kay, Ruth Jeanes, « Women, Sport and Gender Inequity », in Sport and Society : A Student Introduction (sous la direction de Barrie Houlihan), 2008.

Sujet : Vous ferez des documents suivants, une synthèse concise, objective et ordonnée.

Écriture personnelle :

  • Sujet A : Selon vous, le sport devrait-il, au nom de l’égalité, effacer les différences de genre ?
  • Sujet B : À moins qu’il existe une raison légitime de l’interdire, les femmes peuvent-elles, selon vous, jouer au sein d’équipes masculines ?

Documents complémentaires

  1. Rosarita Cuccoli, « Sport, racisme et discriminations« , LeMonde.fr « Sport », 14 décembre 2009
  2. Ministère de la Santé et des Sports, Secrétariat d’État aux Sports, « Charte contre l’homophobie dans le sport« 
  3. Laboratoire d’Anthropologie et de Sociologie Université de Rennes 2 (Département STAPS), « Discriminations dans les sports contemporains : entre inégalités, médisances et exclusions« . Journal International De Victimologie, 2008.
  4. LA DÉCLARATION DE BRIGHTON SUR LES FEMMES ET LE SPORT, « Les femmes, le sport et le défi du changement » (1994).
  5. Christine Mennesson, ÊTRE UNE FEMME DANS UN SPORT « MASCULIN », Modes de Socialisation et construction des dispositions sexuées, Sociétés Contemporaines n° 55, pages 69-90, 2004.

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Dossier de documents

[…] Une ancienne joueuse de rugby féminin tient les propos suivants dans une interview dans un journal régional (Var Matin – 8 mars 2005) : « il existe un vrai problème d’homosexualité qui colle aux sports collectifs féminins et plus sensiblement encore au rugby. Il y a aussi le manque de féminité de certaines. C’est pourquoi j’insiste auprès des filles pour qu’elles soignent leur image et leur tenue en dehors du terrain ». On imagine sans peine les conséquences de tels propos sur des lesbiennes pratiquant ou désirant pratiquer du rugby ou tout autre sport collectif…

De plus, le climat homophobe peut être entretenu par les supporters. Ainsi, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a dénoncé dans une enquête en juin 2005 le racisme et l’homophobie dans les stades. Le football est le sport le plus concerné : près de 70 actes racistes, antisémites ou homophobes ont été observés durant douze mois dans le football professionnel. Les incidents peuvent prendre des formes très variées : insultes, banderoles, ratonnades…

Cette situation encore majoritairement hostile aux homosexuel(le)s peut expliquer notamment pourquoi, hormis Amélie Mauresmo, aucun sportif français de haut niveau n’est ouvertement homosexuel, et en particulier dans les sports collectifs (football, rugby). De même, on peut parfaitement comprendre les raisons qui poussent de nombreux sportifs homosexuels ayant vécu des discriminations et des rejets dans les clubs sportifs traditionnels à quitter ces structures pour se réunir dans des clubs gays et lesbiens (et leur nombre est important), afin de pouvoir pratiquer le sport qu’ils aiment en toute liberté sans avoir à cacher leur identité ou à se justifier.

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  • Document 3 : Dominique Bodin, Luc Robène, Stéphane Héas, Sports et violences en Europe, Editions du Conseil de l’Europe, © Conseil de l’Europe, août 2004 (page 213 et suivantes).

Les statistiques sont éloquentes : les femmes sont très largement sous-représentées dans les sports. Elles le sont directement parce qu’elles sont, le plus souvent, moins nombreuses dans les clubs, les fédérations dominantes, les listes de sportifs/sportives de haut niveau, et dans les participants à ce qui est considéré comme les grands événements sportifs. Elles le sont, ainsi, en ce qui concerne la médiatisation. En dehors des jeux Olympiques où certaines rencontres ou manifestations sportives féminines apparaissent plus souvent qu’à l’accoutumée, les femmes sont, le plus souvent, absentes, hormis des exceptions notoires comme le patinage artistique ou la gymnastique, par exemple. Cette invisibilité constitue à proprement parler une violence symbolique essentielle et supplémentaire. Les sportives et leurs exploits, plus simplement leurs actions, ne sont pas connues. Dans ce cadre masculin dominant des sports et des médias sportifs, il est difficile alors pour elles d’être reconnues comme athlètes ou joueuses (Bodin, Héas, 2002 ; Brocard, 2000). Certains pays ont adopté des mesures compensatoires et légales visant à augmenter la place octroyée aux femmes dans le monde général du sport au niveau de la pratique, de l’encadrement ou de la formation. Ce processus, qui peut être appréhendé comme relevant du phénomène plus général dénommé «discrimination positive» en France, et ailleurs plutôt «action/mobilisation positive» (affirmative action), englobe nombre d’initiatives locales ou nationales. Outre-Atlantique, les résultats semblent mitigés pour le moins, alors qu’un tel processus a été mis en place dès les années 1970 (Leonard II, 1998, 263). Aujourd’hui, pour l’homme comme pour la femme, un facteur de pratique sportive (ou culturelle en général d’ailleurs) clivant est le temps que l’on peut (ou non) organiser à sa guise. Or, il existe toujours une charge quasi exclusive du travail domestique et familial pour les femmes. Les données sont implacables : le noyau dur des tâches domestiques repose toujours à 80 % sur la gent féminine en France (CNRS, 1991). En outre, «sachant que la charge parentale représente à peu près 39 heures par semaine, la femme prend en charge les deux tiers et l’homme un tiers» (Méda, 2001). Le phénomène des «nouveaux pères», des «nouveaux hommes», est souvent annoncé. Pourtant, les différences sont toujours présentes, avec quelques différences significatives entre certains pays du nord de l’Europe (hors Irlande) où les échanges entre conjoints et/ou parents semblent moins cristallisés que dans d’autres pays comme la France, l’Espagne ou l’Italie.

Une parité en marche

En Europe, la parité en général et la parité dans les domaines des APS (¹) devient un engagement des différents acteurs en présence. Dès le milieu des années 1970, les institutions européennes ont mis en place des directives ou des comités chargés de promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes. Respectivement, la Directive 76/207 CEE de 1976 et le Comité directeur pour l’égalité entre les femmes et les hommes (CDEG) pour le Conseil de l’Europe, en 1979, renforcé en 1992. L’égalité est l’objectif ultime, la parité étant un moyen d’y parvenir dans des domaines clefs comme la politique, les administrations, les lieux de formations, mais aussi les APS. […]

Dans les fédérations non féminines, à «tradition masculine forte», comme la lutte, le football, la boxe, et le cyclisme dans une moindre mesure, le sport féminin, dans sa phase initiale qui a duré plusieurs dizaines d’années, ressemblait souvent à une parodie folklorique. A la fin des années 1970, il était possible d’entendre des propos du genre : «L’an dernier, on avait organisé un concours de vaches landaises, mais c’était beaucoup moins réussi !» (Héas, Bodin, 2001). Aujourd’hui encore, les femmes pratiquant un sport sont parfois utilisées comme «petit truc publicitaire pour attirer la foule» lors de matches d’ouverture, en «amuse-gueule» pour la compétition réelle, celle des hommes. À un degré de machisme supérieur, le divertissement, déjà douteux, devient «une pratique corporelle rose» : lutte de femmes, dans la boue, plus ou moins dénudées, boxe en monokini, etc. Cette déviation sexuelle concerne plus souvent encore les APS connotées socialement comme féminines : danse érotisée, gymnastique tonique «rafraîchissante pour l’oeil», «relaxation avec massage et plus si affinités», etc. (Héas, 2004).

(1) APS : Activités physiques et sportives.

Les travaux traitant de la construction historique de la virilité moderne insistent sur le rôle central du sport dans ce processus dès le XIXe siècle (Elias et Dunning, 1991 ; Mosse, 1997). Les apprentissages sportifs, organisés autour de la gestion de la puissance physique, de l’agressivité et de la violence, participent largement à la construction d’une masculinité « virile » hégémonique (Messner et Sabo, 1994). Ce modèle de socialisation et les valeurs qui le fondent, particulièrement exacerbés dans les sports collectifs et les sports de combat, ne facilitent pas l’engagement des femmes dans ces disciplines. La définition sexuée du sport implique en effet une certaine « conformité sexuée » pour les femmes en général et les sportives en particulier (Louveau et Davisse, 1991). Les sportives de haut-niveau sont ainsi d’autant plus médiatisées qu’elles correspondent aux canons de la définition dominante de la « féminité » et de la conformité sexuelle, et qu’elles s’investissent dans des pratiques qualifiées de « féminines » (Wright et Clarke, 1999). En ce sens, l’intérêt du football et des boxes poings-pieds pratiqués par les femmes réside essentiellement dans le fait que les pratiquantes transgressent les représentations dominantes de la femme sportive en s’engageant dans l’apprentissage de techniques corporelles historiquement et symboliquement « masculines » (Theberge, 1995). De ce fait, ces sportives sont confrontées à une « double contrainte » : maîtriser une gestualité sportive « masculine », tout en démontrant leur appartenance à la catégorie « femme », pour échapper aux processus de stigmatisation (Laberge, 1994). […]

Le cas du football […]

Au moment où les filles atteignent l’âge limite autorisé pour le jeu en mixité (13 ans à leur époque, 14 ans aujourd’hui), elles doivent rejoindre une équipe féminine pour poursuivre leur carrière. Persuadées que les filles ne savent pas jouer au football, elles s’estiment dévalorisées par ce changement. Pour ces joueuses, intégrer une équipe féminine revient à rétrograder dans la hiérarchie des sexes et si la possibilité d’intégrer une équipe féminine de bon, voire de haut niveau, ne se présente pas, elles abandonnent le football. Quand elles parviennent à s’intégrer dans une équipe féminine, elles sont confrontées au mépris des hommes, qui critiquent vertement le caractère « masculin » de leur hexis (¹) corporelle :

«Le gros problème que l’on a avec les filles, c’est leur dégaine, elles se trimbalent comme des garçons. Regardez-les marcher ! De dos, on dirait des mecs, quand ce n’est pas de face pour certaines… » (Roger, responsable d’une équipe féminine de la région parisienne).

Ces propos mettent en évidence la force du processus de stigmatisation dans l’expérience des footballeuses. Les filles évoluent alors dans un monde à part, entre femmes, coupées du milieu du football masculin largement hostile à leur pratique. Cette socialisation homosexuée dans un monde « diminué » (au sens de Goffman) facilite la définition de normes inversées en matière d’identité sexuée, renforçant ainsi les dispositions sexuées «masculines» constituées pendant l’enfance. Les joueuses s’investissent en effet fortement dans un mode de sociabilité communautaire qui tend à devenir un lieu de socialisation relativement exclusif. Dans ce contexte, le refus de se soumettre au travail de l’apparence corporelle ou encore les pratiques homosexuelles peuvent apparaître comme des moyens de signifier son appartenance à l’équipe (Mennesson et Clément, 2003). Bien sûr, toutes les footballeuses ne se construisent pas sur le même modèle. Si les trajectoires scolaires et sociales des joueuses ne permettent pas de distinguer les footballeuses les plus critiques à l’égard des normes sexuées dominantes des autres, l’âge d’entrée dans l’activité influence leur positionnement. Ainsi, les footballeuses entrées plus tardivement dans la pratique du football adoptent souvent des positions moins tranchées et acceptent plus facilement d’adopter des pratiques destinées à donner plus de visibilité à leur genre. Les tentatives de nombreux dirigeants pour « féminiser » les joueuses trouvent ainsi quelques ambassadrices du côté des sportives. Cependant, si ces événements, journées « filles » avec tenue « féminine » obligatoire, ne sont pas rejetés par toutes, la majorité des joueuses éprouvent beaucoup de difficultés, et de souffrance parfois, à se conformer. La « politique du tailleur », qui impose comme son nom l’indique le port du tailleur aux joueuses de l’équipe de France pendant leurs déplacements, suscite ainsi des réactions révélant un manque d’incorporation des manières d’être féminines et des pratiques corporelles qu’elles impliquent (marcher avec des talons, monter un escalier avec des jupes serrées…). De nombreuses joueuses déclarent être « mal à l’aise », certaines se sentant « travesties » ou « déguisées », sans compter leur peur de tomber ou de paraître ridicule du fait de leur incapacité à ajuster leur motricité (« masculine ») au costume (« féminin »). Leur manque d’aisance et leur gêne dans ces situations traduisent l’inadaptation de leurs dispositions sexuées au rôle qu’on leur demande d’assurer.

Pour résumer, la plupart des joueuses sont en difficulté face à des situations exigeant une présentation de soi conforme aux normes sexuées dominantes. De ce fait, elles peinent aussi à faire reconnaître leur pratique au sein d’une institution très attachée à une représentation stéréotypée du « féminin ».

(1) hexis : ensemble de dispositions corporelles, manière d’être, de se tenir, etc.

Document 5 : Tess Kay, Ruth Jeanes, « Women, Sport and Gender Inequity« , in Sport and Society : A Student Introduction 2008 (sous la direction de Barrie Houlihan), SAGE Publications Ltd ; 2nd edition, 2008.

Depuis la page 131 (« The female experience of sport : a history of exclusion » jusqu’à la page 133 (fin de la section « the female in sport is still considered a woman in man’s territory« ).

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