Activités et ressources…

          

Méthode

          

Séquence 1 Objet d’étude : la  poésie

La poésie du Romantisme à l’esthétique symboliste

Problématique : l’inspiration poétique entre désillusion et tâche spirituelle

Groupement de textes (présentés en lecture analytique) :

1) Lamartine « L’isolement » : le lyrisme poétique, souffrance et aspiration à l’au-delà

Questions possibles pour l’oral de l’EAF :

– À partir de ce poème, expliquez l’importance du “moi” dans la poésie romantique.
– On a parlé à propos de ce poème d’une dimension “mystique” du paysage. Expliquez.
– Dans quelle mesure peut-on dire que ce poème constitue une “élégie“?
– Vous étudierez le rapport de l’homme à la nature.

             

2) Hugo « Fonction du poète » : condition et mission du poète (le « Romantisme social »)

Questions possibles pour l’oral de l’EAF :

– Comment comprenez-vous l’expression de “Romantisme social” qui s’applique bien à ce poème de Hugo ?
– Qu’est-ce que “l’art pour l’art” ? Pourquoi est-il critiqué ici (première strophe) ?
– Comment définiriez-vous la notion de “poète engagé” d’après ce texte ?

              

3) Baudelaire « L’Albatros » : l’albatros comme allégorie du poète maudit

Questions possibles pour l’oral de l’EAF :

– Comment comprenez-vous l’expression de “poète maudit” appliquée à Baudelaire ?
– En quoi ce texte constitue-t-il un apologue ?
– Montrez que les périphrases qui désignent l’oiseau dans ce texte sont à mettre en relation avec le thème de l’ailleurs cher à Baudelaire.
       
info.1244395034.jpgPour aller plus loin…

               

4) Rimbaud « Le bateau ivre » : le rejet de la civilisation et l’exaltation de la nature sauvage

info.1244395034.jpg Une lecture analytique de grande qualité est disponible sur Internet en cliquant ici. La lecture du « Bateau ivre » est difficile (attention pour l’oral !). Je vous recommande d’écouter très attentivement la lecture magistrale qu’a effectuée Gérard Philippe de ce poème :

Arthur Rimbaud, « Le bateau ivre » (lu par Gérard Philippe)
 

Questions possibles pour l’oral de l’EAF :

En quoi « le Bateau ivre » vous paraît-il illustrer cette affirmation de Rimbaud dans la « Lettre du Voyant » : « Je est un autre » ?
– Quelle mission Rimbaud assigne-t-il à la poésie dans ce poème ?
– Dans quelle mesure peut-on dire que « le Bateau ivre » est une allégorie de la révolte adolescente ?

Intertextualité : « Lettre du Voyant » (à Paul Demeny, 15 mai 1871)

5) Mallarmé « Brise marine » : le conflit entre la vie et l’art

info.1244395034.jpg Oral du Bac : écoutez cette très belle lecture de “Brise marine” par le comédien Paul-Emile Deiber :

Mallarmé « Brise marine »

Pour enrichir votre culture, je vous suggère de comparer les différentes versions de “Brise marine”. Exercice possible : montrez que les révisions successives du manuscrit sont une bonne illustration de la définition que Mallarmé a donnée de la poésie : “La Poésie est l’expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence”.

Lectures complémentaires :

  • Rousseau « Cinquième promenade» (Les Rêveries du promeneur solitaire)
  • Rimbaud : Lettre à Paul Demeny (15 mai 1871) « le poète voyant ». Problématique : la réflexion sur l’esthétique poétique. Cliquez ici pour une proposition d’analyse très accessible. Les citations suivantes sont à apprendre :
    • “Car Je est un autre »
    • “La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend.”
    • “Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens.
    • Le poète est ”le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, — et le suprême Savant — Car il arrive à l’inconnu !”

Lectures de l’image :

  • Caspar David Friedrich « Le voyageur contemplant une mer de nuages » : cliquez ici ou sur la vignette pour accéder à l’analyse que j’ai proposée.

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  • Alexandre Séon, « Le Récit » : cliquez ici ou sur la vignette pour accéder à l’analyse d’image que j’ai proposée.

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Travaux menés en classe et ressources 

          

  • Découvrez cette vidéo très bien faite (montage à partir de plusieurs tableaux de Friedrich).
  • Vous lirez également avec profit la fiche consacrée au Romantisme et vous complèterez éventuellement vos connaissances.
  • Enfin, écoutez grâce au lecteur intégré quelques passages célèbres de musique romantique pour vous familiariser davantage avec ce mouvement. Ne manquez surtout la célébrissime Sonate pour piano n° 14 en do dièse mineur, opus 27 n° 2 dite « Sonate au clair de lune », de Beethoven. Composée en 1801, elle très représentative de la sensibilité romantique (notez la tonalité lyrique et pathétique).

Découvrez les tableaux les plus célèbres de Friedrich…

Vous pouvez lire avec profit cette fiche (utilisez les flêches pour centrer et faire défiler le texte). Si les pages du livre ne se chargent pas, réactualisez la page.

 

Découvrez la musique romantique grâce au lecteur intégré…

http://www.deezer.com/embed/player?pid=49847284&ap=0&ln=fr&sl=1

info.1244395034.jpgPour aller plus loin…

  • Jeu test « Découvrez votre profil romantique » : amusez-vous en apprenant ! Pour faire le test, cliquez ici.
  • Conférence d’Yves Bonnefoy, « La parole poétique » : une réflexion sur la poésie, ce quelle est, ce qu’elle devrait être…

http://www.canal-u.tv/extension/canalu_player/design/standard/flash/flvPlayer.swf

Yves Bonnefoy, « La parole poétique » : une réflexion sur la poésie, ce quelle est, ce qu’elle devrait être…   
  • Sur Google-livres : Couverturedécouvrez cette Anthologie de la poésie française du Moyen Âge à nos jours (Philippe Sabourdy, Studyrama, 2005). L’avantage de cette anthologie est qu’elle présente un panorama très large : depuis les ballades populaires jusqu’aux vers libres, des poésies les plus classiques aux poèmes contemporains. Vous y découvrirez aussi de nombreux textes expliqués et commentés. 

              

Séquence 2 Objets d’étude :

  • Convaincre, persuader, délibérer ;
  • Etude d’un mouvement culturel : les Lumières

Etude d’une œuvre intégrale : Candide ou l’optimisme

(Voltaire, 1759, Toutes éditions du commerce)
       
Problématique : le conte philosophique, de la fiction au débat d’idées
           
  • Perspective d’étude dominante : étude de l’argumentation et des effets sur le destinataire
  • Perspectives d’étude secondaires : étude de l’histoire littéraire et culturelle ; étude des registres

Textes présentés en lecture analytique :

1) Extrait du chapitre 1 « Thunder-ten-tronckh » : l’ouverture d’un conte… philosophique (Depuis « Il y avait en Westphalie » jusqu’à « la meilleure des baronnes possibles »).

Vous pouvez consulter utilement une autre lecture analytique de ce passage en cliquant ici.

TEXTE :

Il y avait en Westphalie, dans le château de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les moeurs les plus douces. Sa physionomie annonçait son âme. Il avait le jugement assez droit, avec l’esprit le plus simple ; c’est, je crois, pour cette raison qu’on le nommait Candide. Les anciens domestiques de la maison soupçonnaient qu’il était fils de la soeur de monsieur le baron et d’un bon et honnête gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais épouser parce qu’il n’avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l’injure du temps.Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres. Sa grande salle même était ornée d’une tapisserie. Tous les chiens de ses basses-cours composaient une meute dans le besoin ; ses palefreniers étaient ses piqueurs ; le vicaire du village était son grand aumônier. Ils l’appelaient tous monseigneur, et ils riaient quand il faisait des contes.Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s’attirait par là une très grande considération, et faisait les honneurs de la maison avec une dignité qui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en couleur, fraîche, grasse, appétissante. Le fils du baron paraissait en tout digne de son père. Le précepteur Pangloss était l’oracle de la maison, et le petit Candide écoutait ses leçons avec toute la bonne foi de son âge et de son caractère.Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles.« Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour être taillées, et pour en faire des châteaux, aussi monseigneur a un très beau château ; le plus grand baron de la province doit être le mieux logé ; et, les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l’année : par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise ; il fallait dire que tout est au mieux. »Candide écoutait attentivement, et croyait innocemment ; car il trouvait Mlle Cunégonde extrêmement belle, quoiqu’il ne prît jamais la hardiesse de le lui dire. Il concluait qu’après le bonheur d’être né baron de Thunder-ten-tronckh, le second degré de bonheur était d’être Mlle Cunégonde ; le troisième, de la voir tous les jours ; et le quatrième, d’entendre maître Pangloss, le plus grand philosophe de la province, et par conséquent de toute la terre.

2) Extrait du chapitre 3 « La guerre » : de l’harmonie au chaos (Depuis « Rien n’était si beau » jusqu’à « et les héros abares l’avaient traité de même »).

Commentaire en ligne : vous trouverez sur le site etudes-litteraires.com quelques pistes de commentaire sur ce passage, qui se révèleront très utiles pour vos révisions.

TEXTE :

Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroïque.
Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village voisin il était en cendres : c’était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d’autres, à demi brûlées, criaient qu’on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés. Candide s’enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares, et des héros abares l’avaient traité de même.

Culture générale : Je vous conseille vivement de réfléchir à l’analogie (la comparaison) proposée ironiquement par Voltaire entre la guerre et le spectacle (”Rien n’était si beau…”). Cette problématique des rapports entre la guerre et la fête a souvent été reprise lors des concours ou des examens post-bac. Par exemple, vous lirez avec un très grand profit pour améliorer vos performance à l’oral (exposé et entretien) et pour approfondir votre culture générale cette page destinée à des BTS.

3) Extrait du chapitre 6 « l’auto-da-fé » : le réquisitoire contre l’Inquisition (Depuis « Après le tremblement de terre qui avait détruit » jusqu’à « la terre trembla de nouveau avec un fracas épouvantable »).

TEXTE :

Après le tremblement de terre qui avait détruit les trois quarts de Lisbonne, les sages du pays n’avaient pas trouvé un moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel auto-da-fé ; il était décidé par l’université de Coïmbre que le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu, en grande cérémonie, est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler. On avait en conséquence saisi un Biscayen convaincu d’avoir épousé sa commère, et deux Portugais qui en mangeant un poulet en avaient arraché le lard : on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son disciple Candide, l’un pour avoir parlé, et l’autre pour avoir écouté avec un air d’approbation : tous deux furent menés séparément dans des appartements d’une extrême fraîcheur, dans lesquels on n’était jamais incommodé du soleil ; huit jours après ils furent tous deux revêtus d’un san-benito, et on orna leurs têtes de mitres de papier : la mitre et le san-benito de Candide étaient peints de flammes renversées et de diables qui n’avaient ni queues ni griffes ; mais les diables de Pangloss portaient griffes et queues, et les flammes étaient droites. Ils marchèrent en procession ainsi vêtus, et entendirent un sermon très pathétique, suivi d’une belle musique en faux-bourdon. Candide fut fessé en cadence, pendant qu’on chantait ; le Biscayen et les deux hommes qui n’avaient point voulu manger de lard furent brûlés, et Pangloss fut pendu, quoique ce ne soit pas la coutume. Le même jour la terre trembla de nouveau avec un fracas épouvantable.

4) Extrait du chapitre 8 « Histoire de Cunégonde : la parodie de l’amour romanesque et la critique de l’optimisme (Depuis « Un capitaine bulgare entra » jusqu’à « l’inquisiteur aurait les autres jours de la semaine »).

TEXTE :

« Un capitaine bulgare entra, il me vit toute sanglante, et le soldat ne se dérangeait pas. Le capitaine se mit en colère du peu de respect que lui témoignait ce brutal, et le tua sur mon corps. Ensuite il me fit panser, et m’emmena prisonnière de guerre dans son quartier. Je blanchissais le peu de chemises qu’il avait, je faisais sa cuisine ; il me trouvait fort jolie, il faut l’avouer ; et je ne nierai pas qu’il ne fût très bien fait, et qu’il n’eût la peau blanche et douce ; d’ailleurs peu d’esprit, peu de philosophie : on voyait bien qu’il n’avait pas été élevé par le docteur Pangloss. Au bout de trois mois, ayant perdu tout son argent et s’étant dégoûté de moi, il me vendit à un Juif nommé don Issacar, qui trafiquait en Hollande et en Portugal, et qui aimait passionnément les femmes. Ce Juif s’attacha beaucoup à ma personne, mais il ne pouvait en triompher ; je lui ai mieux résisté qu’au soldat bulgare. Une personne d’honneur peut être violée une fois, mais sa vertu s’en affermit. Le Juif, pour m’apprivoiser, me mena dans cette maison de campagne que vous voyez. J’avais cru jusque-là qu’il n’y avait rien sur la terre de si beau que le château de Thunder-ten-tronckh ; j’ai été détrompée.
« Le grand inquisiteur m’aperçut un jour à la messe, il me lorgna beaucoup, et me fit dire qu’il avait à me parler pour des affaires secrètes. Je fus conduite à son palais ; je lui appris ma naissance ; il me représenta combien il était au-dessous de mon rang d’appartenir à un Israélite. On proposa de sa part à don Issacar de me céder à monseigneur. Don Issacar, qui est le banquier de la cour et homme de crédit, n’en voulut rien faire. L’inquisiteur le menaça d’un auto-da-fé. Enfin mon Juif, intimidé, conclut un marché, par lequel la maison et moi leur appartiendraient à tous deux en commun : que le Juif aurait pour lui les lundis, mercredis et le jour du sabbat, et que l’inquisiteur aurait les autres jours de la semaine ».

5) Extrait du chapitre 18 « L’utopie d’Eldorado » : idéaux et valeurs des Lumières (Depuis « Vingt belles filles de la garde » jusqu’à « ce qui n’était pas ce qui l’étonna le moins »).

TEXTE :

Vingt belles filles de la garde reçurent Candide et Cacambo à la descente du carrosse, les conduisirent aux bains, les vêtirent de robes d’un tissu de duvet de colibri ; après quoi les grands officiers et les grandes officières de la couronne les menèrent à l’appartement de Sa Majesté, au milieu de deux files chacune de mille musiciens, selon l’usage ordinaire. Quand ils approchèrent de la salle du trône, Cacambo demanda à un grand officier comment il fallait s’y prendre pour saluer Sa Majesté ; si on se jetait à genoux ou ventre à terre ; si on mettait les mains sur la tête ou sur le derrière ; si on léchait la poussière de la salle ; en un mot, quelle était la cérémonie. « L’usage, dit le grand officier, est d’embrasser le roi et de le baiser des deux côtés. » Candide et Cacambo sautèrent au cou de Sa Majesté, qui les reçut avec toute la grâce imaginable et qui les pria poliment à souper.
En attendant, on leur fit voir la ville, les édifices publics élevés jusqu’aux nues, les marchés ornés de mille colonnes, les fontaines d’eau pure, les fontaines d’eau rose, celles de liqueurs de canne de sucre, qui coulaient continuellement dans de grandes places, pavées d’une espèce de pierreries qui répandaient une odeur semblable à celle du gérofle et de la cannelle. Candide demanda à voir la cour de justice, le parlement ; on lui dit qu’il n’y en avait point, et qu’on ne plaidait jamais. Il s’informa s’il y avait des prisons, et on lui dit que non. Ce qui le surprit davantage, et qui lui fit le plus de plaisir, ce fut le palais des sciences, dans lequel il vit une galerie de deux mille pas, toute pleine d’instruments de mathématique et de physique.
Après avoir parcouru, toute l’après-dînée, à peu près la millième partie de la ville, on les ramena chez le roi. Candide se mit à table entre Sa Majesté, son valet Cacambo et plusieurs dames. Jamais on ne fit meilleure chère, et jamais on n’eut plus d’esprit à souper qu’en eut Sa Majesté. Cacambo expliquait les bons mots du roi à Candide, et quoique traduits, ils paraissaient toujours des bons mots. De tout ce qui étonnait Candide, ce n’était pas ce qui l’étonna le moins.

6) Extrait du chapitre 19 « Le nègre de Surinam » : la dénonciation de l’esclavage et la révolte de Candide (Depuis « En approchant de la ville » jusqu’à « et en pleurant, il entra dans Surinam »).

TEXTE :

En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n’ayant plus que la moitié de son habit, c’est-à-dire d’un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. « Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais- tu là, mon ami, dans l’état horrible où je te vois ? — J’attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. — Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t’a traité ainsi ? — Oui, monsieur, dit le nègre, c’est l’usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l’année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait :  » Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l’honneur d’être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère.  » Hélas ! je ne sais pas si j’ai fait leur fortune, mais ils n’ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m’avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible.
— Ô Pangloss ! s’écria Candide, tu n’avais pas deviné cette abomination ; c’en est fait, il faudra qu’à la fin je renonce à ton optimisme. — Qu’est-ce qu’optimisme ? disait Cacambo. — Hélas ! dit Candide, c’est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal. » Et il versait des larmes en regardant son nègre, et en pleurant il entra dans Surinam.

7) Extrait du chapitre 30 « Le Jardin » : la parabole du jardin comme nouvel ordre de vie et de valeurs face aux absolus spéculatifs et aux dogmatismes. (Depuis « Candide, en retournant dans sa métairie »jusqu’à la fin).

TEXTE

Candide, en retournant dans sa métairie, fit de profondes réflexions sur le discours du Turc. Il dit à Pangloss et à Martin : « Ce bon vieillard me paraît s’être fait un sort bien préférable à celui des six rois avec qui nous avons eu l’honneur de souper. — Les grandeurs, dit Pangloss, sont fort dangereuses, selon le rapport de tous les philosophes : car enfin Églon, roi des Moabites, fut assassiné par Aod ; Absalon fut pendu par les cheveux et percé de trois dards ; le roi Nadab, fils de Jéroboam, fut tué par Baaza ; le roi Éla, par Zambri ; Ochosias, par Jéhu ; Athalia, par Joïada ; les rois Joachim, Jéchonias, Sédécias, furent esclaves. Vous savez comment périrent Crésus, Astyage, Darius, Denys de Syracuse, Pyrrhus, Persée, Annibal, Jugurtha, Arioviste, César, Pompée, Néron, Othon, Vitellius, Domitien, Richard II d’Angleterre, Édouard II, Henri VI, Richard III, Marie Stuart, Charles Ier, les trois Henri de France, l’empereur Henri IV ? Vous savez… — Je sais aussi, dit Candide, qu’il faut cultiver notre jardin. — Vous avez raison, dit Pangloss : car, quand l’homme fut mis dans le jardin d’Éden, il y fut mis ut operaretur eum, pour qu’il travaillât, ce qui prouve que l’homme n’est pas né pour le repos. — Travaillons sans raisonner, dit Martin ; c’est le seul moyen de rendre la vie supportable. »
Toute la petite société entra dans ce louable dessein ; chacun se mit à exercer ses talents. La petite terre rapporta beaucoup. Cunégonde était à la vérité bien laide ; mais elle devint une excellente pâtissière ; Paquette broda ; la vieille eut soin du linge. Il n’y eut pas jusqu’à frère Giroflée qui ne rendît service ; il fut un très bon menuisier, et même devint honnête homme ; et Pangloss disait quelquefois à Candide : « Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin, si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de Mlle Cunégonde, si vous n’aviez pas été mis à l’Inquisition, si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches. — Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. »

Ressources :

Candide appartenant au domaine public, vous pouvez le télécharger sans problème (par exemple sur le site de l’ABU en cliquant ici). Je vous recommande dans la mesure du possible de bien conserver cette version téléchargée. Elle vous servira au moment de vos préparations à l’oral à sélectionner tel ou tel texte pris au hasard dans l’œuvre : n’oubliez pas en effet que, pour une œuvre intégrale, VOUS POUVEZ ÊTRE INTERROGÉ SUR N’IMPORTE QUEL PASSAGE (et pas seulement les passages étudiés) : il s’agit d’une éventualité bien sûr, mais une éventualité à ne pas négliger.

Sachez aussi qu’il existe une version audio de Candide téléchargeable gratuitement en cliquant ici.

Par ailleurs, le texte étant archi connu, vous trouverez sans difficulté sur la toile de nombreuses ressources.

              

  • Questions possibles à l’oral du Bac (répondez-y sur une fiche de synthèse que vous apprendrez pour le Bac) :
    • Qu’est-ce que la philosophie des Lumières?
    • Qu’appelle-t-on “conte philosophique”?
    • Qu’est-ce qui permet d’affirmer que Candide peut se lire comme un roman d’apprentissage?
    • En quoi la critique sociale des Lumières est-elle différente de celle entreprise par les Romantiques?
    • Qu’est-ce que « l’harmonie préétablie » dans la philosophie de Leibniz? Comment est-elle détournée par Voltaire ? Citez quelques exemples (pour vous aider, lisez le support de cours « Candide, ou le combat des Lumières« ).
    • En quoi Candide peut-il s’apparenter à un apologue ?

            

  • Ressources audionumériques :
    • Cours de Marc Régaldo, “Le comique et son expression dans le Candide de Voltaire” (Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3). Pour écouter le cours, cliquez ici. Exercice conseillé : réaliser une fiche de synthèse sur ce cours.
    • Sur Canal-U, deux cours à écouter avec profit (dans la mesure du possible, réalisez une fiche de synthèse à partir de ces cours) :

http://www.canal-u.tv/extension/canalu_player/design/standard/flash/flvPlayer.swf

Yves Michaud, « La philosophie des Lumières »

http://www.canal-u.tv/extension/canalu_player/design/standard/flash/flvPlayer.swf

Roger Chartier, « L’homme de Lettres au 18ème siècle »

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Séquence 3 Objet d’étude : le théâtre, texte et représentation.

Les Théâtres de l’absurde dans la France de l’après-guerre

Problématique : le questionnement existentiel de l’homme

         

  • Perspective d’étude dominante : étude de l’intertextualité et de la singularité des textes
  • Perspective d’étude secondaires : étude de l’histoire littéraire et culturelle
        
Support en ligne : Lire impérativement le cours « Antithéâtre et absurde« 

Groupement de textes :

1) Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve, scène d’exposition (Acte I, scène 1, depuis : “M. Smith, toujours dans son journal. -Tiens, c’est écrit que Bobby Watson est mort.” jusqu’à “Mr Smith -De quel Bobby Watson parles-tu ?”).

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M. Smith, toujours dans son journal. Tiens, c’est écrit que Bobby Watson est mort.
Mme Smith Mon Dieu, le pauvre, quand est ce qu’il est mort ?
M. Smith Pourquoi prends-tu cet air étonné ? Tu le savais bien. Il est mort il y a deux ans. Tu te rappelles, on a été à son enterrement, il y a un an et demi.
Mme Smith Bien sûr que je me rappelle. Je me suis rappelé tout de suite, mais je ne comprends pas pourquoi toi-même tu as été si étonné de voir ça sur le journal.
M. Smith Ça n’y était pas sur le journal. Il y a déjà trois ans qu’on a parlé de son décès. Je m’en suis souvenu par association d’idées !
Mme Smith Dommage ! Il était si bien conservé.
M. Smith C’était le plus joli cadavre de Grande Bretagne ! Il ne paraissait pas son âge. Pauvre Bobby, il y avait quatre ans qu’il était mort et il était encore chaud. Un véritable cadavre vivant. Et comme il était gai !
Mme Smith La pauvre Bobby
M. Smith Tu veux dire « le » pauvre Bobby.
Mme Smith Non, c’est à sa femme que je pense. Elle s’appelle Bobby Watson comme lui, Bobby, Bobby Watson. Comme ils avaient le même nom, on ne pouvait pas les distinguer l’un de l’autre quand on les voyait ensemble. Ce n’est qu’après sa mort à lui, qu’on a pu vraiment savoir qui était l’un et qui était l’autre. Pourtant, aujourd’hui encore, il y a des gens qui la confondent avec le mort et lui présentent des condoléances. Tu la connais ?
M. Smith Je ne l’ai vue qu’une fois, par hasard, à l’enterrement de Bobby.
Mme Smith Je ne l’ai jamais vue. Est-ce qu’elle est belle ?
M. Smith Elle a des traits réguliers et pourtant on ne peut pas dire qu’elle est belle. Elle est trop grande et trop forte. Ses traits ne sont pas réguliers et pourtant on peut dire qu’elle est très belle. Elle est un peu trop petite et trop maigre. Elle est professeur de chant.
La pendule sonne cinq fois. Un long temps.
Mme Smith
Et quand pensent-ils se marier, tous les deux ?
M. Smith Le printemps prochain, au plus tard.
Mme Smith Il faudra sans doute aller à leur mariage.
M. Smith Il faudra leur faire un cadeau de noces. Je me demande lequel ?
Mme Smith Pourquoi ne leur offririons-nous pas un des sept plateaux d’argent dont on nous a fait don à notre mariage à nous et qui ne nous ont jamais servi à rien ?
Court Silence. La pendule sonne deux fois.
Mme Smith
C’est triste pour elle d’être demeurée veuve si jeune.
M. Smith Heureusement qu’ils n’ont pas eu d’enfants.
Mme Smith Il ne leur manquait plus que cela ! Des enfants ! Pauvre femme, qu’est ce qu’elle en aurait fait !
M. Smith Elle est encore jeune. Elle peut très bien se remarier. Le deuil lui va si bien.
Mme Smith Mais qui prendra soin des enfants ? Tu sais bien qu’ils ont un garçon et une fille. Comment s’appellent-ils ?
M. Smith Bobby et Bobby comme leurs parents. L’oncle de Bobby Watson, le vieux Bobby Watson, est riche et il aime le garçon. Il pourrait très bien se charger de l’éducation de Bobby.
Mme Smith Ce serait naturel. Et la tante de Bobby Watson, la vieille Bobby Watson, pourrait très bien, à son tour, se charger de l’éducation de Bobby Watson, la fille de Bobby Watson. Comme ça, la maman de Bobby Watson, Bobby, pourrait se remarier. Elle a quelqu’un en vue ?
M. Smith Oui, un cousin de Bobby Watson.
Mme Smith Qui ? Bobby Watson ?
M. Smith De quel Bobby Watson parles-tu ?

  • Pistes d’étude : les élèves écouteront avec profit cette lecture faite par Ionesco lui-même de la Cantatrice chauve (sons au format MP3 ; ressources trouvées sur http://www.ubu.com/) : Première partie de la pièce ; Deuxième partie de la pièce.

                 

info.1244395034.jpg Pour aller plus loin… 

  • Je vous conseille d’écouter aussi cet enregistrement de La Leçon, un “drame comique” d’Eugène Ionesco qu’il est intéressant de comparer avec la Cantatrice chauve, dans une perpective intertextuelle
  • Vous pourrez également écouter avec profit ce cours de l’Université de Bordeaux 3 sur Ionesco (utile pour resituer l’œuvre dans le contexte social et littéraire de l’époque).
  • Le théâtre Denise Pelletier (Québec, Canada) a consacré un dossier très exhaustif à la Cantatrice chauve que je vous recommande fortement de lire.

Questions possibles pour l’EAF :

– Dans quelle mesure peut-on affirmer que la scène étudiée est caractéristique d’une “anti-pièce” ?
– La notion de schéma actantiel vous paraît-elle s’appliquer à une pièce comme La cantatrice chauve ?
– En quoi cette scène est-elle une caricature de la petite bourgeoisie ?
– Selon vous, M. et Mme. Smith auraient-ils aimé la téléréalité ? Pour vous aider, lisez cet article sur le site : “Téléréalité, mise en scène et simulacre

2) Samuel Beckett, En attendant Godot, scène d’exposition (depuis le début : “Route à la campagne, avec arbre. Soir” jusqu’à “Estragon. -Il n’y a rien à voir”).

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Route à la campagne, avec arbre. Soir.
Estragon, assis sur une pierre, essaie d’enlever sa chaussure. Il s’y acharne des deux mains, en ahanant. Il s’arrête, à bout de forces, se repose en haletant, recommence. Même jeu. Entre Vladimir.

ESTRAGON (renonçant à nouveau) – Rien à faire.
VLADIMIR (s’approchant à petits pas raides, les jambes écartées) – Je commence à le croire. (il s’immobilise.) J’ai longtemps résisté à cette pensée, en me disant. Vladimir, sois raisonnable, tu n’as pas encore tout essayé. Et je reprenais le combat. (il se recueille, songeant au combat. A Estragon.) – Alors, te revoilà, toi.
ESTRAGON – Tu crois ?
VLADIMIR – Je suis content de te revoir. Je te croyais parti pour toujours.
ESTRAGON – Moi aussi.
VLADIMIR – Que faire pour fêter cette réunion ? (Il réfléchit.) Lève-toi que je t’embrasse. (il tend la main à Estragon.)
ESTRAGON (avec irritation) – Tout à l’heure, tout à l’heure.
Silence.
VLADIMIR (froissé, froidement) – Peut-on savoir où Monsieur a passé la nuit ?
ESTRAGON – Dans un fossé.
VLADIMIR (épaté) – Un fossé Où ça ?
ESTRAGON (sans geste) – Par là.
VLADIMIR – Et on ne t’a pas battu ?
ESTRAGON – Si… Pas trop.
VLADIMIR – Toujours les mêmes.
ESTRAGON – Les mêmes ? Je ne sais pas.
Silence
VLADIMIR – Quand j’y pense… depuis le temps… je me demande ce que tu serais devenu… sans moi… (Avec décision.) Tu ne serais plus qu’un petit tas d’ossements à l’heure qu’il est, pas d’erreur.
ESTRAGON (piqué au vif) – Et après ?
VLADIMIR (accablé) – C’est trop pour un seul homme. (Un temps. Avec vivacité.) D’un autre côté, à quoi bon se décourager à présent, voilà ce que je me dis. Il fallait y penser il y a une éternité, vers 1900.
ESTRAGON. – Assez. Aide-moi à enlever cette saloperie.
VLADIMIR. – La main dans la main on se serait jeté en bas de la tour Eiffel, parmi les premiers. On portait beau alors. Maintenant Il est trop tard. On ne nous laisserait même pas monter. (Estragon s’acharne sur sa chaussure.) Qu‘est-ce que tu fais ?
ESTRAGON. – Je me déchausse. Ça ne t’est jamais arrivé, à toi ?
VLADIMIR. – Depuis le temps que je te dis qu’il faut les enlever tous les jours. Tu ferais mieux de m’écouter.
ESTRAGON (faiblement) – Aide-moi !
VLADIMIR. – Tu as mal ?
ESTRAGON. – Mal ! Il me demande si j’ai mal !
VLADIMIR (avec emportement) – Il n’y a jamais que toi qui souffres ! Moi, je ne compte pas. Je voudrais pourtant te voir à ma place. Tu m’en dirais des nouvelles.
ESTRAGON. – Tu as eu mal ?
VLADIMIR. – Mal ! Il me demande si j’ai eu mal !
ESTRAGON (pointant l’index) – Ce n’est pas une raison pour ne pas te boutonner.
VLADIMIR (se penchant) – C’est vrai. (il se boutonne.) Pas de laisser-aller dans les petites choses.
ESTRAGON. – Qu’est-ce que tu veux que je te dise, tu attends toujours le dernier moment.
VLADIMIR (rêveusement) – Le dernier moment.. (il médite.) C’est long, mais ce sera bon. Qui disait ça ?
ESTRAGON. – Tu ne veux pas m’aider ?
VLADIMIR. – Des fois je me dis que ça vient quand même. Alors je me sens tout drôle. (Il ôte son chapeau, regarde dedans, y promène sa main, le secoue, le remet.) Comment dire ? Soulagé et en même temps… (Il cherche) épouvanté. (Avec emphase) É-POU-VAN-TÉ. (Il ôte à nouveau son chapeau, regarde dedans.) Ça alors ! (Il tape dessus comme pour en faire tomber quelque chose, regarde à nouveau dedans, le remet.) Enfin… (Estragon, au prix d’un suprême effort, parvient à enlever sa chaussure. Il regarde dedans, y promène sa main, la retourne, la secoue, cherche par terre s’il n’en est pas tombé quelque chose, ne trouve rien, passe sa main à nouveau dans sa chaussure, les yeux vagues.). Alors ?
ESTRAGON – Rien.
VLADIMIR – Fais voir.
ESTRAGON – Il n’y a rien à voir.

info.1244395034.jpg Pour en savoir un peu plus sur Beckett :

Questions possibles pour l’EAF :

– Quels sont les indices fournis par cette scène d’exposition pour comprendre l’ensemble de l’œuvre ?
– Ionesco parlait d' »anti-pièce » à propos de la Cantatrice chauve et Beckett d' »anti-théâtre ». Comment comprenez-vous ces expressions ?
– Quels éléments de la mise en scène (décors, costumes, mouvements des personnages) vous paraissent illustrer la notion d' »anti-théâtre » ?
– En quoi cette scène est-elle une représentation de l’absurdité de la condition humaine ?

3) Jean-Paul Sartre, Huis Clos, acte I, scène 1 (depuis “Garcin, redevenant sérieux tout à coup. -Où sont les pals ?” jusqu’à “Pas de lit non plus. Car on ne dort jamais, bien entendu ? Le garçon -Dame !”).

GARCIN, redevenant sérieux tout à coup.
Où sont les pals ?

LE GARÇON
Quoi ?

GARCIN
Les pals, les grils, les entonnoirs de cuir.

LE GARÇON
Vous voulez rire ?

GARCIN, le regardant.
Ah ? Ah bon. Non, je ne voulais pas rire. (Un silence. Il se promène.) Pas de glaces, pas de fenêtres, naturellement. Rien de fragile. (Avec une violence subite) Et pourquoi m’a-t-on ôté ma brosse à dents ?

LE GARÇON
Et voilà. Voilà la dignité humaine qui vous revient. C’est formidable.

GARCIN, frappant sur le bras du fauteuil avec colère.
Je vous prie de m’épargner vos familiarités. Je n’ignore rien de ma position, mais je ne supporterai pas que vous…

LE GARÇON
Là ! là ! Excusez-moi. Qu’est-ce que vous voulez, tous les clients posent la même question. Ils s’amènent : – « Où sont les pals ? » A ce moment-là, je vous jure qu’ils ne songent pas à faire leur toilette. Et puis, dès qu’on les a rassurés, voilà la brosse à dents. Mais, pour l’amour de Dieu, est-ce que vous ne pouvez pas réfléchir ? Car enfin, je vous le demande, pourquoi vous brosseriez-vous les dents ?

GARCIN, calmé.
Oui, en effet, pourquoi ? (Il regarde autour de lui.) Et pourquoi se regarderait-on dans les glaces ? Tandis que le bronze, à la bonne heure… J’imagine qu’il y a de certains moments où je regarderai de tous mes yeux. De tous mes yeux, hein ? Allons, allons, il n’y a rien à cacher; je vous dis que je n’ignore rien de ma position. Voulez-vous que je vous raconte comment cela se passe ? Le type suffoque, il s’enfonce, il se noie, seul son regard est hors de l’eau et qu’est-ce qu’il voit ? Un bronze de Barbédienne. Quel cauchemar ! Allons, on vous a sans doute défendu de me répondre, je n’insiste pas. Mais rappelez-vous qu’on ne me prend pas au dépourvu, ne venez pas vous vanter de m’avoir surpris ; je regarde la situation en face. (Il reprend sa marche.) Donc, pas de brosse à dents. Pas de lit non plus. Car on ne dort jamais, bien entendu ?

LE GARÇON
Dame !

info.1244395034.jpg Pour aller plus loin…

Questions possibles pour l’EAF :

– Qu’est-ce qui fait l’originalité de cette première scène ?
– Expliquez le sens du titre de la pièce.
– Quelle image du héros apparaît dans cette scène ?
– En quoi cette scène d’exposition est-elle originale sur le plan de l’écriture ?

4) Albert Camus, Caligula, acte I, scène 8 (depuis “Caligula s’assied près de Caesonia. CALIGULA -Ecoute bien. Premier temps” jusqu’à “J’exterminerai les contradicteurs et les contradictions. S’il le faut, je commencerai par toi”).

Caligula s’assied près de Caesonia.

CALIGULA
Écoute bien. Premier temps : tous les patriciens, toutes les personnes de l’Empire qui disposent de quelque fortune —petite ou grande, c’est exactement la même chose—doivent obligatoirement déshériter leurs enfants et tester sur l’heure en faveur de l’État.

L’INTENDANT
Mais, César…

CALIGULA
Je ne t’ai pas encore donné la parole. À raison de nos besoins, nous ferons mourir ces personnages dans l’ordre d’une liste établie arbitrairement. À l’occasion, nous pourrons modifier cet ordre, toujours arbitrairement. Et nous hériterons.

CÆSONIA, se dégageant.
Qu’est-ce qui te prend?

CALIGULA, imperturbable.
L’ordre des exécutions n’a, en effet, aucune importance. Ou plutôt ces exécutions ont une importance égale, ce qui entraîne qu’elles n’en ont point. D’ailleurs, ils sont aussi coupables les uns que les autres. Notez d’ailleurs qu’il n’est pas plus immoral de voler directement les citoyens que de glisser des taxes indirectes dans le prix de denrées dont ils ne peuvent se passer. Gouverner, c’est voler, tout le monde sait ça. Mais il y a la manière. Pour moi, je volerai franchement. Ça vous changera des gagne-petit. (Rudement, à l’intendant.) Tu exécuteras ces ordres sans délai. Les testaments seront signés dans la soirée par tous les habitants de Rome, dans un mois au plus tard par tous les provinciaux. Envoie des courriers.

L’INTENDANT
César, tu ne te rends pas compte…

CALIGULA
Ecoute-moi bien, imbécile. Si le Trésor a de l’importance, alors la vie humaine n’en a pas. Cela est clair. Tous ceux qui pensent comme toi doivent admettre ce raisonnement et compter leur vie pour rien puisqu’ils tiennent l’argent pour tout. Au demeurant, moi, j’ai décidé d’être logique et puisque j’ai le pouvoir, vous allez voir ce que la logique va vous coûter. J’exterminerai les contradicteurs et les contradictions. S’il le faut, je commencerai par toi.

              

Séquence 4 Objet d’étude : le roman

vision de l’homme et du monde

        

L’Étranger (Albert Camus, 1942), œuvre intégrale : toutes éditions du commerce


        

Cours en ligne : Introduction à L’Étranger d’Albert Camus

Lectures analytiques :

  1. Extrait du chapitre 1 (1ère partie) “Incipit” : une nouvelle approche du récit et de ses codes (depuis “Aujourd’hui, maman est morte” (début du roman) jusqu’à “J’ai dit ‘oui’ pour n’avoir plus à parler”. Cliquez ici pour accéder au texte.
  2. Extrait du chapitre 5 (1ère partie) “La demande en mariage” : le “degré zéro” de l’écriture et de la conscience (depuis “Le soir, Marie est venue me chercher” jusqu’à “un mouvement de tout le corps pour me tendre sa bouche”. Cliquez ici pour accéder au texte.
  3. Extrait du chapitre 6 (fin de la 1ère partie) “Le meurtre de l’Arabe” : le soleil comme destin tragique (depuis “Au bout d’un moment, je suis retourné vers la plage” jusqu’à “quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur”. Cliquez ici pour accéder au texte.
  4. Extrait du chapitre 4 (2ème partie) “La plaidoirie de l’avocat” : une caricature de la justice (depuis “L’après-midi, les grands ventilateurs” jusqu’à “parce que j’étais trop fatigué”. Cliquez ici pour accéder au texte.
  5. Extrait du chapitre 5 (2ème partie) “Excipit” : la mort comme révélation de l’homme à lui-même (depuis “Alors, je ne sais pas pourquoi” jusqu’à “qu’ils m’accueillent avec des cris de haine” (fin du roman). Cliquez ici pour accéder au texte.
Problématique : l’itinéraire de Meursault, de l’absurde à la conquête de la liberté

   

• Perspective d’étude dominante : étude des genres et des registres
• Perspective d’étude secondaire : un mouvement d’idée du 20ème siècle : “l’absurde”