Aujourd’hui, mardi 20 juin, la contribution de Léna (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire.

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution de Léna D. (Première S-2)

-)

« Louv’Art »

par Léna D.
Classe de Première S-2

L’art fait parler les souvenirs,
raconte une histoire.
Mais sans souvenirs, sans rien à raconter,
qu’est-ce que l’art ?
Léna D.

_

L’horloge tourne, le futur aussi.
Le temps a passé, mais je n’ai plus de souvenirs.
Je ne peux plus bouger, j’arrive à peine à respirer.
Je ne sais pas où je suis, je ne vois qu’une forêt sombre,
Je ne sais pas qui je suis, je ne me reconnais pas

Je sens néanmoins un animal à mes côtés ;
C’est le loup.
J’ai l’impression de le connaître.
Je me sens en sécurité.

Je n’ai plus la notion du temps :
Depuis quand suis-je là, assise par terre ? Je ne sais pas.
Le loup vient, lentement, me frôler la joue,
Une tornade de souvenirs me submerge alors.
Je le sais, je le sens. Il va m’aider,
Je le laisse alors tourner autour de moi.

Tout à coup, le loup hurle.
Je respire alors le parfum de la mélancolie.
Puis une passion ardente me submerge :
Mon esprit est embrumé. J’ai peur
Mais je me sens néanmoins en sécurité,
Je sais que le loup est à mes côtés
Pour me protéger des vagues de la vie.

Soudain, des courbes apparaissent dans ma tête.
Une ligne se dessine enfin sur la feuille
Désespérément blanche depuis longtemps.
Je prends alors un feutre, un feu d’artifice éclate,
Ma main me brûle, mais qu’importe,
Je peux de nouveau penser.

Le loup est toujours à mes côtés.
Je dessine ce que je j’entrevois,
Mes souvenirs reviennent à petits pas.
Sur ma feuille, une forêt se dessine,
Un abri en pierre, une meute de loups :
Je me sens renaître des abîmes du néant.

« Sur ma feuille, une forêt se dessine,
Un abri en pierre, une meute de loups :
Je me sens renaître des abîmes du néant...
 »

Illustration : © Bruno Rigolt, juin 2017
Peinture numérique

_

Le point de vue de l’auteure…

Le poème que j’ai écrit s’intitule « Louv’Art ». Il raconte l’histoire d’un personnage féminin, totalement perdu dans un endroit qu’elle ne connait pas. Privilégiant l’onirique, le texte invite le lecteur à pénétrer l’imaginaire et le fantastique.

De fait, cette poésie se présente tout d’abord comme le récit d’un rêve. Je n’ai pas voulu raconter un de mes rêves (Je pense d’ailleurs que les rêves sont trop personnels pour pouvoir être racontés), j’en ai créé un nouveau, mais il est certain que ce poème exprime beaucoup de moi-même : ainsi le loup est-il un animal que j’affectionne particulièrement.

Au début, j’ai commencé à rédiger quelques lignes, et puis l’histoire s’est construite progressivement. Je n’avais pas vraiment pensé à la narration avant d’entreprendre l’écriture. Ce qui fait que mon texte suit en quelque sorte les vagabondages de ma pensée. Ainsi, il n’y a pas de rimes, ni de métrique particulière, car j’ai voulu transcrire ce qui surgissait de mon esprit, et coucher sur le papier ce que je visualisais dans mes pensées, sans m’imposer de barrières.

Sans doute le lecteur se demandera-t-il si ce poème est le récit d’un rêve ou d’un cauchemar. Moi-même je n’ai pas la réponse, et je crois qu’elle ne m’intéresserait guère tant nos rêves sont proches parfois du cauchemar. Le début semble être un cauchemar : le personnage est totalement perdu, il n’a plus de mémoire, ne sait même plus qui il est :

Je ne peux plus bouger, j’arrive à peine à respirer.
Je ne sais pas où je suis, je ne vois qu’une forêt sombre,
Je ne sais pas qui je suis, je ne me reconnais pas

La fin du texte fait en revanche penser à une renaissance, au recommencement de la vie :

Sur ma feuille, une forêt se dessine
Un abri en pierre, une meute de loups

Je laisse donc le lecteur penser ce qu’il veut, et puis après tout, qu’importe ? Ce qui compte est que chacun s’approprie le texte.

Le loup est très présent dans ce récit, il est la clé du dénouement. Je l’ai choisi car c’est un animal fascinant, étrange et sombre, mais en même temps sa force paraît rassurante et douce. Ce n’est pas un hasard si cet animal hante littéralement l’imaginaire des contes. Que dire par exemple du loup-garou se métamorphosant les nuits de pleine lune avant de reprendre forme humaine aux premières heures du jour ?

Sur un plan symbolique, j’ajouterai que mon poème aborde quelques peurs que beaucoup d’adolescents éprouvent : ainsi, la peur du futur. On ne sait pas ce qui nous attend dans l’avenir, ce qui arrivera, et ça ne rassure guère. Ensuite, la peur de perdre ses souvenirs, de ne plus savoir qui on est, qui sont nos amis, nos proches : tout cela compte beaucoup pour moi, et je ne pourrai pas avancer sans leur soutien. Et pour finir nous avons parfois peur de ne plus avoir de jugement critique, de ne plus pouvoir penser par nous-même : ce qui me paraît important ici, c’est la manière dont le loup amène à questionner notre réalité, dont ils est en fait la transcription.

Si mon poème semble donc abolir le réel en perturbant l’espace et le temps, il transpose des sentiments et des désirs bien humains : la peur du loup s’est métamorphosée dans le monde moderne en peur du système : le loup, c’est l’homme lui-même et sa puissance dévastatrice. Dans mon texte au contraire, le loup incarne une puissance rassurante, apte à faire surgir la pensée, la parole, l’esprit critique, la quête identitaire. Comme en témoigne  le champ lexical de la protection, de l’aide, qui intervient dès la deuxième strophe : le loup est synonyme de « sécurité » ; il est là pour « aider », « protéger ».

Dans un monde qui tend parfois à être de plus en plus déshumanisé, le loup symbolise au contraire l’imagination créatrice, autrement dit l’art, dont le champ lexical est particulièrement présent dans l’avant dernière strophe : « courbes », « ligne », « feutre », « dessine ». J’ai voulu privilégier ce réseau lexical car l’art fait entièrement partie de ma vie, que ce soit la musique ou le dessin, c’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. Ainsi la poésie me paraît essentielle dans le pouvoir qu’elle a de transfigurer le réel et d’inventer d’autres réalités capables à leur tour de réimaginer le monde.

© Léna D.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution de Selen et Perrine (Première STMG2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire.

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution de Selen F. et Perrine B
(Première STMG-2)

Mardi 20 juin : Léna D. (Première S-2) ; 

-)

« À Çınarcık¹
contemplant la côte d’en face
 »

par Selen F. et Perrine B.
Classe de Première STMG-2

Marchant au bord de la mer à Çınarcık¹
Contemplant la côte d’en face
Pleine de lumières, je cherchais celles qui allaient s’éteindre :
La vue n’a pas changé en dix ans d’absence
Je marchais là, sans trop savoir où aller… le regard vide
L’odeur des  simits² et du çay³ m’enivrait de plaisir
La rue était pleine de monde qui déambulait sans admirer le Bosphore Illuminé tel un spectacle de lumière :
Istanbul partagée en deux continents…

Marchant au bord de la mer à Çınarcık¹
Contemplant la côte d’en face
Alors j’aperçus un escalier menant à la plage
Un groupe de jeunes jouait de la guitare et chantait près d’un feu de camp
Je me suis installée à quelques mètres d’eux
Le sable me rafraîchissait,
Au-dessus de moi un océan d’étoiles baignait la nuit endormie
Je restais pensive, allongée là pendant des heures
Le bruit des vagues qui finissaient leur course sur les rochers me berçait

Rêvant au bord de la mer à Çınarcık¹
Contemplant la côte d’en face…

1. Çınarcık (Cinarcik) : située à 30 minutes d’Istanbul en ferry, Cinarcik est une ville de la province de Yalova, dans la région de Marmara en Turquie. Jouissant de nombreuses plages, comme celle d’Esenkoye, c’est une station balnéaire réputée, qui attire de plus en plus le tourisme de masse.
2. simit : pain de forme circulaire, aux graines de sésame, très répandu en Turquie, en Arménie, en Grèce, et dans les Balkans. Les simits sont souvent proposés dans la rue par des vendeurs qui les transportent sur un chariot ou sur leur tête. Source : Wikipedia.
3. çay : thé préparé en Turquie à partir des feuilles de l’arbuste du même nom.

« Rêvant au bord de la mer à Çınarcık
Contemplant la côte d’en face...
 »

Illustration : © Bruno Rigolt, 2012, juin 2017
Selen et Perrine avaient choisi une photographie dont la qualité insuffisante n’a pas permis sa mise en ligne.
Elle a été remplacée par ce cliché personnel. 

_

Le point de vue des auteures…

Si vous allez à Istanbul, n’hésitez pas à prendre le ferry sur la mer de Marmara. D’Istanbul à Çınarcık, situé à l’ouest de Yalova, le trajet est un enchantement. Istanbul est en effet la seule mégapole mondiale située à cheval sur deux continents : le détroit du Bosphore qui relie la mer de Marmara et la mer Noire, donc l’Europe orientale et l’Asie mineure, plonge le visiteur dans un dépaysement inimaginable.

L’idée de ce poème nous est venue lors d’une discussion alors que nous cherchions un sujet d’écriture. D’anecdotes en souvenirs de voyage, il nous a paru intéressant d’évoquer ces lieux magiques, marqués par l’histoire mais aussi la rêverie, le voyage et l’esprit d’aventure…  Le texte privilégie la narration et le point de vue d’une jeune fille ayant quitté ce lieu depuis plusieurs années. De retour, elle contemple le spectacle qui s’offre à ses yeux et s’interroge sur sa vie :

La vue n’a pas changé en dix ans d’absence
Je marchais là, sans trop savoir où aller…

C’est sur le mode de l’anecdote intimiste que se déroule le récit : nous suivons la voyageuse dans son périple nocturne qui la conduit au bord de la mer : nous imaginons sa rêverie en « contemplant la côte d’en face/Pleine de lumières »… Mêlant les effets de réel (« l’odeur des simits et du çay ») au songe éveillé (« Je restais pensive, allongée là pendant des heures »), le texte invite le lecteur, l’espace d’une lecture, à s’aventurer sur « la côte d’en face »…

© Selen F. et Perrine B.
Classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Illustration : © Bruno Rigolt, 2012, juin 2017

Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution d'Amina et Farah (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire.

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution d’Amina H. et Farah M.
(Première S-2)

Selen F. et Perrine B. (Première STMG-2)

-)

« Cet amour envolé »

par Amina H. et Farah M.
Classe de Première S-2

Sur les flots de mes yeux reposent en douceur
Les doux souvenirs d’une histoire d’autrefois :
Des océans et des cieux j’entends le murmure
D’un jour de pluie caressant mon visage

Et racontant doucement cette histoire d’autrefois.
Mais la Mort emporte l’Amour sous les yeux
Des plus fidèles et nous ne pouvons rien car
Face au destin, nul ne peut fuir, et nul ne peut survivre.

Cette brise pure et printanière caresse
Ma chevelure et atteint mon esprit.
M’indiquerait-elle une présence ?
Celle d’un être disparu, baigné de solitude…

À présent je lève les yeux, et j’admire dans le ciel
La nuit lointaine et les étoiles parmi lesquelles
Je distingue une lueur scintillante telle un sourire :
Je sais qu’il repose en paix, cet amour envolé.

L’Amour a vécu, l’Amour a vaincu
La fatalité, et l’univers entier et son malheur le dernier
Je ne t’oublierai jamais, pas tant que je respire
Car tu existes à jamais au plus profond de mes soupirs.

L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges :
Il laisse s’échouer des histoires à jamais
Gravées dans les cœurs de ceux qui sont restés.

« L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges…
 »

Illustration : © Bruno Rigolt, juillet 2016
(photomontage et peinture numérique)

_
Le point de vue des auteures…

Devant rédiger un poème, nous nous demandions quelle thématique privilégier. Fortement marquées par les Romantisme, nous avons eu l’idée de nous inspirer de la merveilleuse aventure de Rose et Jack sur le « Paquebot de rêve » dans le film Titanic. Cette source d’inspiration cinématographique nous a permis d’évoquer certains thèmes qui nous tiennent à cœur.

L’histoire du Titanic nous fait voyager dans un univers merveilleux, en relation parfaite avec celui de la poésie. Le personnage de Rose incarne la poésie en elle-même et semble cristalliser les thèmes principaux abordés dans ce poème :  elle aime l’ailleurs, l’aventure, le voyage… Lassée de cette vie monotone dans laquelle son futur lui est imposé, elle veut vivre au jour le jour et profiter de chaque moment sans l’avoir anticipé pour autant.

De même, la narratrice de notre poème s’identifie parfaitement à ce personnage et décrit une journée de sa vie pendant laquelle elle ressent « la pluie caressant [s]on visage » (v. 1). Au fur et à mesure que se construisait notre poème, se précisait l’image d’une femme ayant perdu un être cher : assise au bord de sa fenêtre, pendant une nuit pleine d’étoiles, elle contemple le ciel. C’est un moment de plénitude, un lieu enchanteur où le vent frais et léger semble faire revivre les souvenirs. Ainsi, la femme laisse ses paupières se baisser puis elle songe… Elle repense au jour où elle était montée à bord ce cet énorme paquebot récemment construit et rempli de passagers qui partaient comme elle de l’autre côté de la terre… Puis elle se rappelle de la pluie qui se déposait sur son visage. C’est à ce moment que son mari se noie et disparaît au fond de l’Océan.

Le titre (« Cet amour envolé »), très métaphorique fait songer à un oiseau qui s’envolerait loin et ne reviendrait jamais : « l’Amour a vécu, l’Amour a vaincu » écrivons-nous au vers 17 afin de montrer combien les peines d’amour sont de ces histoires qui errent à jamais dans nos cœurs. Et cette femme seule, face à sa fenêtre aime aujourd’hui son mari autant qu’autrefois car la mort n’est pas assez puissante pour briser une telle union. La mort peut faire disparaître les corps, sans doute, mais les âmes resteront unies à jamais.

Comme le dit en effet le personnage de Rose en parlant de Jack dans Titanic : « il n’existe désormais que dans ma mémoire » : ce devoir de mémoire est comme un appel du cœur, un appel à se souvenir : le temps passe mais l’amour reste car on n’oublie jamais un être qui est parti : son souvenir alimente notre mémoire et donne sens à la vie. Voici pourquoi la narratrice s’exclame :

Je ne t’oublierai jamais, pas tant que je respire
Car tu existes à jamais au plus profond de mon cœur.

Fût-il mort, son mari est là, près d’elle. Ce poème se veut donc un hommage à l’amour dans toute sa force et sa plénitude. De fait, la femme se rappelle de chaque moment passé avec son mari et c’est ce qui fait la beauté de leur union. Elle ne peut, certes, pas vivre mieux sans lui, mais elle ne pleure pas, ni ne regrette le temps qui passe. Elle vit cette réalité avec sérénité, et elle l’accepte. Elle fait preuve d’un immense courage. 

La mort est montrée comme un chemin que tout le monde est contraint d’emprunter ; il n’y a pas d’autre issue possible. Cette idée est soulignée par l’euphémisme du vers 17 : « Son malheur le dernier » qui évoque la mort. Mais nous avons voulu suggérer l’idée de transfiguration et de dépassement de la fatalité de la mort : si personne ne peut échapper à la dernière page de son destin, la mort n’est pas montrée comme triomphante pour autant. Elle ne peut égaler la force de l’amour car elle est superficielle ; elle ne détruit qu’une partie de l’histoire ; l’autre reste vivante, essentielle et vivra éternellement :

« L’amour a vécu, l’Amour a vaincu
La fatalité, et l’univers entier et son malheur le dernier »

L’enjambement, c’est-à-dire le rejet au vers suivant d’un ou plusieurs mots nécessaires au sens du premier vers, de même que la répétition à valeur emphatique de « et » permet d’exprimer cette idée de dépassement de la fatalité et confère à l’amour une dimension que les grands poètes romantiques comme Alphonse de Lamartine dans les Méditations poétiques ont su très bien mettre en évidence.

La fin du texte exploite ainsi la technique de la métaphore filée afin de suggérer l’idée de voyage : comme le navire vogue sur les flots, nos sentiments voyagent de rivages en rivages jusqu’à atteindre la rive où nous attend l’être cher :

L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges :
Il laisse s’échouer des histoires à jamais
Gravées dans les cœurs de ceux qui sont restés.

De plus, l’utilisation de majuscules pour les termes « Amour » et « Mort » vise à donner de manière symbolique une apparence presque « humaine » à ces mots pour affirmer leur existence et montrer qu’il ne faut pas les sous-estimer. Voici pourquoi d’ailleurs, ces deux thèmes sont les plus importants dans le texte. Mais nous avons voulu également faire comprendre combien le rôle de la poésie est de faire rêver et de donner l’espoir.

Nous pensons que si le poète ne parvient pas à emporter le lecteur, alors son poème est un échec, tant il est vrai que la poésie est d’abord une communion. Il est certes important pour un poète d’exprimer ses sentiments à travers son poème. Mais quelle serait la valeur d’un poème bien écrit qui n’apporterait rien au lecteur, et dont le sens lui échapperait ? Ainsi, selon nous, la poésie doit non seulement être un moyen de s’exprimer esthétiquement et artistiquement, mais surtout être accessible et compréhensible pour le lecteur, afin de lui permettre de ressentir profondément les émotions exprimées.

À ce titre, nous trouvons que si notre histoire est simple à comprendre, l’enjeu qui s’en dégage doit amener le lecteur à méditer sur le sens même de la vie : évoquer la mort mais sans le tragique : tel est sans doute le sens de cette comparaison au vers 15 : « une lueur scintillante telle un sourire ». Nous voudrions conclure en proposant ainsi cette définition de la poésie. Pour nous, la poésie est « une lueur scintillante telle un sourire ». Les mots vacillent sous la plume, nous les effaçons, nous les remplaçons par d’autres… Comme les humains, les mots vivent et meurent mais le message reste tel un sourire qui doit illuminer le lecteur…

Voici le rôle de la poésie : humaniser le monde et témoigner de la Vérité de la Vie.

© Amina H. et Farah M.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Illustration : © Bruno Rigolt, juillet 2016, juin 2017

Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution d’Amina et Farah (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire.

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, lundi 19 juin, la contribution d’Amina H. et Farah M.
(Première S-2)

Selen F. et Perrine B. (Première STMG-2)

-)

« Cet amour envolé »

par Amina H. et Farah M.
Classe de Première S-2

Sur les flots de mes yeux reposent en douceur
Les doux souvenirs d’une histoire d’autrefois :
Des océans et des cieux j’entends le murmure
D’un jour de pluie caressant mon visage

Et racontant doucement cette histoire d’autrefois.
Mais la Mort emporte l’Amour sous les yeux
Des plus fidèles et nous ne pouvons rien car
Face au destin, nul ne peut fuir, et nul ne peut survivre.

Cette brise pure et printanière caresse
Ma chevelure et atteint mon esprit.
M’indiquerait-elle une présence ?
Celle d’un être disparu, baigné de solitude…

À présent je lève les yeux, et j’admire dans le ciel
La nuit lointaine et les étoiles parmi lesquelles
Je distingue une lueur scintillante telle un sourire :
Je sais qu’il repose en paix, cet amour envolé.

L’Amour a vécu, l’Amour a vaincu
La fatalité, et l’univers entier et son malheur le dernier
Je ne t’oublierai jamais, pas tant que je respire
Car tu existes à jamais au plus profond de mes soupirs.

L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges :
Il laisse s’échouer des histoires à jamais
Gravées dans les cœurs de ceux qui sont restés.

« L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges…
 »

Illustration : © Bruno Rigolt, juillet 2016
(photomontage et peinture numérique)

_

Le point de vue des auteures…

Devant rédiger un poème, nous nous demandions quelle thématique privilégier. Fortement marquées par les Romantisme, nous avons eu l’idée de nous inspirer de la merveilleuse aventure de Rose et Jack sur le « Paquebot de rêve » dans le film Titanic. Cette source d’inspiration cinématographique nous a permis d’évoquer certains thèmes qui nous tiennent à cœur.

L’histoire du Titanic nous fait voyager dans un univers merveilleux, en relation parfaite avec celui de la poésie. Le personnage de Rose incarne la poésie en elle-même et semble cristalliser les thèmes principaux abordés dans ce poème :  elle aime l’ailleurs, l’aventure, le voyage… Lassée de cette vie monotone dans laquelle son futur lui est imposé, elle veut vivre au jour le jour et profiter de chaque moment sans l’avoir anticipé pour autant.

De même, la narratrice de notre poème s’identifie parfaitement à ce personnage et décrit une journée de sa vie pendant laquelle elle ressent « la pluie caressant [s]on visage » (v. 1). Au fur et à mesure que se construisait notre poème, se précisait l’image d’une femme ayant perdu un être cher : assise au bord de sa fenêtre, pendant une nuit pleine d’étoiles, elle contemple le ciel. C’est un moment de plénitude, un lieu enchanteur où le vent frais et léger semble faire revivre les souvenirs. Ainsi, la femme laisse ses paupières se baisser puis elle songe… Elle repense au jour où elle était montée à bord ce cet énorme paquebot récemment construit et rempli de passagers qui partaient comme elle de l’autre côté de la terre… Puis elle se rappelle de la pluie qui se déposait sur son visage. C’est à ce moment que son mari se noie et disparaît au fond de l’Océan.

Le titre (« Cet amour envolé »), très métaphorique fait songer à un oiseau qui s’envolerait loin et ne reviendrait jamais : « l’Amour a vécu, l’Amour a vaincu » écrivons-nous au vers 17 afin de montrer combien les peines d’amour sont de ces histoires qui errent à jamais dans nos cœurs. Et cette femme seule, face à sa fenêtre aime aujourd’hui son mari autant qu’autrefois car la mort n’est pas assez puissante pour briser une telle union. La mort peut faire disparaître les corps, sans doute, mais les âmes resteront unies à jamais.

Comme le dit en effet le personnage de Rose en parlant de Jack dans Titanic : « il n’existe désormais que dans ma mémoire » : ce devoir de mémoire est comme un appel du cœur, un appel à se souvenir : le temps passe mais l’amour reste car on n’oublie jamais un être qui est parti : son souvenir alimente notre mémoire et donne sens à la vie. Voici pourquoi la narratrice s’exclame :

Je ne t’oublierai jamais, pas tant que je respire
Car tu existes à jamais au plus profond de mon cœur.

Fût-il mort, son mari est là, près d’elle. Ce poème se veut donc un hommage à l’amour dans toute sa force et sa plénitude. De fait, la femme se rappelle de chaque moment passé avec son mari et c’est ce qui fait la beauté de leur union. Elle ne peut, certes, pas vivre mieux sans lui, mais elle ne pleure pas, ni ne regrette le temps qui passe. Elle vit cette réalité avec sérénité, et elle l’accepte. Elle fait preuve d’un immense courage. 

La mort est montrée comme un chemin que tout le monde est contraint d’emprunter ; il n’y a pas d’autre issue possible. Cette idée est soulignée par l’euphémisme du vers 17 : « Son malheur le dernier » qui évoque la mort. Mais nous avons voulu suggérer l’idée de transfiguration et de dépassement de la fatalité de la mort : si personne ne peut échapper à la dernière page de son destin, la mort n’est pas montrée comme triomphante pour autant. Elle ne peut égaler la force de l’amour car elle est superficielle ; elle ne détruit qu’une partie de l’histoire ; l’autre reste vivante, essentielle et vivra éternellement :

« L’amour a vécu, l’Amour a vaincu
La fatalité, et l’univers entier et son malheur le dernier »

L’enjambement, c’est-à-dire le rejet au vers suivant d’un ou plusieurs mots nécessaires au sens du premier vers, de même que la répétition à valeur emphatique de « et » permet d’exprimer cette idée de dépassement de la fatalité et confère à l’amour une dimension que les grands poètes romantiques comme Alphonse de Lamartine dans les Méditations poétiques ont su très bien mettre en évidence.

La fin du texte exploite ainsi la technique de la métaphore filée afin de suggérer l’idée de voyage : comme le navire vogue sur les flots, nos sentiments voyagent de rivages en rivages jusqu’à atteindre la rive où nous attend l’être cher :

L’Amour est comme ce vaste paquebot
Qui mêle des destins et vogue au fond des âges :
Il laisse s’échouer des histoires à jamais
Gravées dans les cœurs de ceux qui sont restés.

De plus, l’utilisation de majuscules pour les termes « Amour » et « Mort » vise à donner de manière symbolique une apparence presque « humaine » à ces mots pour affirmer leur existence et montrer qu’il ne faut pas les sous-estimer. Voici pourquoi d’ailleurs, ces deux thèmes sont les plus importants dans le texte. Mais nous avons voulu également faire comprendre combien le rôle de la poésie est de faire rêver et de donner l’espoir.

Nous pensons que si le poète ne parvient pas à emporter le lecteur, alors son poème est un échec, tant il est vrai que la poésie est d’abord une communion. Il est certes important pour un poète d’exprimer ses sentiments à travers son poème. Mais quelle serait la valeur d’un poème bien écrit qui n’apporterait rien au lecteur, et dont le sens lui échapperait ? Ainsi, selon nous, la poésie doit non seulement être un moyen de s’exprimer esthétiquement et artistiquement, mais surtout être accessible et compréhensible pour le lecteur, afin de lui permettre de ressentir profondément les émotions exprimées.

À ce titre, nous trouvons que si notre histoire est simple à comprendre, l’enjeu qui s’en dégage doit amener le lecteur à méditer sur le sens même de la vie : évoquer la mort mais sans le tragique : tel est sans doute le sens de cette comparaison au vers 15 : « une lueur scintillante telle un sourire ». Nous voudrions conclure en proposant ainsi cette définition de la poésie. Pour nous, la poésie est « une lueur scintillante telle un sourire ». Les mots vacillent sous la plume, nous les effaçons, nous les remplaçons par d’autres… Comme les humains, les mots vivent et meurent mais le message reste tel un sourire qui doit illuminer le lecteur…

Voici le rôle de la poésie : humaniser le monde et témoigner de la Vérité de la Vie.

© Amina H. et Farah M.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Illustration : © Bruno Rigolt, juillet 2016, juin 2017