Aujourd’hui, jeudi 15 juin, la contribution de Sidonie (Première STMG2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, jeudi 15 juin, la contribution de Sidonie (Première STMG-2)

 Vendredi 16 juin :

  • Jeanaïs B.. (Première S-2) ;
  • Rim et Sarah Z. (Première STMG-2) ; 
  • Guy S. (Première S-2)

-)

« Horizon »

par Sidonie M.
Classe de Première STMG-2

Regardant depuis les nuages, le spleen dans sa splendeur
Oubliant tout mon âge (cet art n’est pas vendeur)
Comme la quête de la vérité, lui n’est pas illusion
Je ne suis lunaire
Je suis voulue depuis la mer
Il faut que je reparte.

Ne prodiguant de soins, la civilisation
N’est pas comme un pays, je n’ai aucune patrie,
Aucune géographie, je ne fais pas partie du tri.
Je ne suis lunaire
Je suis voulue depuis la mer
Il faut que je reparte.

Me disent-ils certains, sous le feu de leurs néons :
« Tu es un vrai clandestin, passe ton chemin »,
Ici, pas de rêve : tout est certain.
Soif de m’appeler « Horizon »
Car je suis voulue depuis la mer
Il faut que je reparte !

Cliché pris par Sidonie (Plage des Dames, Île de Noirmoutier)

 

Le point de vue de l’auteure…

J’ai rédigé ce poème à l’occasion du travail que j’ai mené sur l’objet d’étude « Poésie et quête du sens ». Pour expliquer mes choix, j’aborderai pour commencer la thématique du texte, puis j’essaierai de justifier mes choix d’écriture. Enfin j’aborderai plus fondamentalement la question du sens du texte, notamment le questionnement existentiel que j’ai voulu aborder.

En premier lieu, ce poème porte sur l’adolescence ainsi que l’enfance. L’importance au niveau de l’énonciation du « je » accentue la dimension autobiographique du texte. Mais en même temps, le poème peut se lire comme une autofiction : ainsi, nous ne connaissons pas le prénom de la personne  (elle est qualifiée « Horizon », ce qui n’est pas un prénom), ni même son sexe, afin de ne pas viser un seul type d’individu (homme ou femme). Certes, le verbe « vouloir » est conjugué comme si c’était une fille (« voulue »), cependant le terme « clandestin » est au masculin, ce qui permet au lecteur ou à la lectrice de mieux s’approprier le texte.

La personne nommée « Horizon » se recherche dans ce poème, elle est en quête d’une identification de son être profond. D’où le choix du terme horizon : l’horizon est à la fois ce qui est proche et lointain, il est le paysage de notre être reconstruit par la mémoire et par les rêves, il est la pulsation même de notre existence. Quand on est adolescent la ligne d’horizon est souvent mal définie, ainsi le prénom de la narratrice dans le texte n’est pas sans évoquer un discours sur l’adolescence fluctuant sans cesse entre le connu et l’inconnu, le proche et le lointain, le certain et l’incertain.

En outre, comme on peut le voir à travers les propos très durs que semble tenir la société (« ici, pas de rêve : tout est certain »), l’horizon est le contraire du « spleen dans sa splendeur » (v. 1), antiphrase pour évoquer la banalité et l’ennui du monde adulte. Le lecteur l’aura compris, l’horizon dont il s’agit ici ne s’inscrit dans « aucune géographie » (v. 9) ; car il est surtout synonyme de quête existentielle et d’idéal. Ceux-ci sont présentés dans le texte sous forme de refrain dont le caractère à la fois énigmatique et certain suggère l’idée de voyage, mais aussi de « quête de la vérité » (v. 3) :

Je ne suis lunaire
Je suis voulue depuis la mer
Il faut que je reparte.

Ces trois vers constituent en quelque sorte le « refrain » du texte. Par leur caractère répétitif, ils confèrent au poème son rythme essentiel et, comme nous allons le voir, ils amènent à un profond déchiffrement.

D’un point de vue symbolique, nous pouvons remarquer que ce « refrain » peut se lire comme un refus du monde stérile, caractérisé dans le texte comme « lunaire ». Au contraire, l’expression « je suis voulue depuis la mer » suggère davantage une légitimité à exister qui s’enracine profondément dans le mystère des origines : l’eau est source de vie et se confond avec les origines du monde… Mais cet ancrage dans le passé et aussitôt dépassé par le vers suivant : « Il faut que je reparte », sorte de choix assumé à s’engager dans le chemin de la vie. Les tournures anaphoriques, les rimes et plus généralement les parallélismes sonores ou les rimes internes contribuent à accentuer l’aspect à la fois traditionnel et dynamique du texte.

J’en arrive enfin à l’aspect le plus essentiel du poème : pourquoi l’avoir écrit ? Pourquoi écrire ? Certes écrire permet de créer, de donner son opinion grâce à des idées, d’exprimer ses propres sentiments à travers le lyrisme par exemple… mais ce serait se méprendre que de limiter la poésie à ces objectifs : il existe en poésie un enjeu majeur, qui est la relation directe de l’écriture avec la vie : même si l’auteur imagine un monde utopique, qui semble dénué de réalité, même s’il se laisse emporter par « les merveilleux nuages » (Baudelaire), sa poésie est d’abord un chemin de vie, une « solitude lumineuse », pour reprendre le titre célèbre d’un ouvrage de Pablo Neruda.

Cette solitude lumineuse, toute personne qui écrit un poème l’a ressentie. Écrire, a fortiori un texte poétique, permet à l’auteur de créer, de réinventer la vie. Et même si mon texte s’inscrit plutôt dans un cadre autobiographique –celui d’une rêveuse en quête d’idéal et qui se cherche beaucoup quand elle décrit son poème– il reste avant toute chose un regard objectif et lucide porté sur la vie…

J’ai longuement hésité pour illustrer mon poème et j’ai fini par choisir cette photographie d’une fillette ou d’un garçonnet, on ne peut distinguer, comme la personne décrite dans le texte, qui a l’air très mystérieux et qui semble plongée dans ses pensées, dans une attitude recroquevillée où peut se lire une certaine solitude… J’ai toujours été touchée par ce cliché pris ce jour-là à la plage des Dames dans l’île de Noirmoutier…

Cet instant de vie m’a fortement marquée et c’est pourquoi j’ai voulu illustrer mon poème avec cette silhouette photographiée un certain jour en un certain lieu… Donner à voir, en donnant à lire… donner à rêver en donnant à réfléchir, n’est-ce pas là que réside le sens profond de la démarche poétique ?

© Sidonie M.
Classe de Première STMG-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

« Mer-Horizon » (© Bruno Rigolt, 2014)

Aujourd’hui, mercredi 14 juin, la contribution de Merveille (Première S2)

Pour la troisième année consécutive, l’exposition « Dis-moi un Po-aime » est de retour ! Les classes de Première S2 et Première STMG2 du Lycée en Forêt sont fières de vous présenter cette édition 2017 qui a tout d’un grand millésime : l’exposition a été l’occasion d’un travail soutenu mêlant inspiration, invention et revendications intellectuelles ou esthétiques.

Chaque poème est accompagné d’une note d’intention dans laquelle les auteur-e-s expliquent leurs choix esthétiques, précisent le fil conducteur méthodologique, éclairent certains aspects autobiographiques… Le travail ainsi entrepris permet de pousser la lecture de la poésie au-delà des lieux communs pour en faire une authentique quête de vérité. Loin de la lire de l’extérieur, le lecteur curieux pourra au contraire chercher le sens profond que les jeunes auteur-e-s ont voulu conférer à cette expérience esthétique et littéraire. 

Plusieurs fois par semaine jusqu’au début du mois de juillet, les élèves vous inviteront à partager une de leurs créations poétiques…

Bonne lecture !

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Aujourd’hui, jeudi 15 juin, la contribution de Merveille (Première S2)
 Jeudi 15
 juin : Sidonie M. (Première STMG-2)

-)

« La Décision »

par Merveille M.
Classe de Première S-2

Au commencement, nous agissons dans le doute

Voici la décision se jouant à l’instant
L’éternelle raison nous dictant ses choix contraires
L’éternelle folie clamant rêve et destin
Voici la décision se jouant dans la vie

Après l’écoute des mouvements espérés
Après la vision de l’Art auditif du vide
Il y avait la liberté des sentiments

Prophétie annonçant le saut vers l’inconnu
Généalogie des racines du cœur
Paul, et Silvain, feu et paix élèvent le Soi

Révélation de la Décision intuitive

Illustration choisie par Merveille : Paul Blanchard, « Deep Blue II », 2016
|Gesso, acrylique, feuille d’or sur toile|Source|

 

Le point de vue de l’auteure…

« La Décision » est un poème philosophique visant à traiter d’un sujet qui a un impact sur la vie de chacun d’entre nous. Une décision est une « action de décider quelque chose ou de se décider, après délibération individuelle ou collective » (CNRTL). Si elle a pour origine différentes motivations, elle entraîne un choix, qui lui-même débouchera sur plusieurs conséquences. J’ai donc voulu, avec mon poème, amener les personnes le lisant à une profonde réflexion existentielle et métaphysique privilégiant l’aspect religieux, l’aspect philosophique et moral ainsi que l’action humaine.

En premier lieu, mon poème revêt une signification profondément originale et significative. C’est tout d’abord la dimension religieuse qui frappera le lecteur puisque le début de chaque vers évoque la Bible, par exemple les Proverbes ou  certaines lettres pastorales (comme la première épître aux Thessaloniciens). La forme du poème, très solennelle de par les tournures anaphoriques et les alexandrins, renforce le côté recherché du texte organisé en cinq strophes, la première et la dernière étant des monostiches encadrant le quatrain et les deux tercets.

Au niveau des sonorités, les nombreux parallélismes sonores créent une esthétique de la répétition que viennent renforcer les parallélismes d’éléments rythmiques. Ainsi, trois anaphores sont remarquables : il faut ici rappeler l’étymologie du terme. L’anaphore est en effet l’acte de présenter vers le haut une offrande à Dieu : « Voici la décision se jouant »…  Cette longue phrase se retrouve aux deuxième et cinquième vers comme pour rappeler la prière eucharistique au cours de laquelle s’accomplit le mystère sacré.

De même, la répétition de « L’éternel » aux troisième et quatrième vers, puis « Après » qui se trouve aux sixième et septième vers soulignent l’importance des choix, et plus fondamentalement des choix éthiques, qui nous confrontent toujours à nos propres responsabilités, en nous invitant à prendre les bonnes décisions. Le fait qu’une décision pose un acte sur un moment donné, fait que cet acte aura des répercutions définitives dans « l’après » de notre existence. Il s’agit d’un des moments de la vie où la victoire et la défaite sont ses deux issues possibles.

L’absence presque totale de ponctuation − à part trois virgules − a moins pour volonté, comme chez Apollinaire par exemple d’ouvrir à la lecture les champs du possible, que de retrouver une rythmique qui est celle des versets bibliques : rythmique ample et profonde, suggérant la prise de décision lucide et assumée, évoquant aussi le mouvement de la Parole dans le langage. Les allégories du feu et de la paix par les personnages de Paul et Silvain viennent ajouter à cette succession de significations la quête introspective et mystique : écouter « l’Art auditif » et voir avec notre vision « des mouvements » de notre corps.

Si chaque vers a son importance intrinsèque, ils sont tous liés entre eux. Le début du poème par exemple est fortement marqué par le questionnement : « Au commencement, nous agissons dans le doute ». L’action d’agir nous a été attribuée depuis le commencement de notre capacité de décider, et ces actions nous mènent vers des conséquences inconnues. Agir dans le doute est donc une très bonne définition du mot décider : décider c’est agir dans le doute, et c’est conséquemment s’affirmer en osant douter. Le présent de vérité générale montre combien cette philosophie de pensée relève de la véridicité, c’est-à-dire de ce que l’on admet pour vrai.

La deuxième strophe vient renforcer ces présupposés : de fait, une décision n’est pas synonyme de choix : un choix est produit par notre « raison » (v.3) : en ce sens il semble relever de l’explicable et du rationnel. La décision au contraire se joue toujours dans un rapport plus subjectif à nous-même : elle est faite par notre « folie » (v.4) et se trouve quelque part dans l’au-delà de notre raison. Et cet au-delà s’appelle la foi : ses répercussions ont pour durée notre « vie » (v.5), c’est-à-dire que la décision nous engage moralement, elle nous détermine à être.

La troisième strophe présente l’une des issues de la décision : décision positive, car constitutive de tout l’être. Mais pour arriver à cette issue, encore faut-il pouvoir écouter les « mouvements » (v.6) de la vie en soi et lui donner son assentiment sans ressentir de restriction et en agissant dans le doute. Agir dans le doute relève de « l’art auditif du vide » (v.7), périphrase désignant l’art du silence : douter, c’est faire silence en soi, c’est écouter la parole du silence pour trouver paix et apaisement. L’hypallage présent aux vers six et sept exprime l’individu perdu car il n’agit plus avec sa raison mais avec sa folie.

La brusque irruption de l’imparfait avec l’auxiliaire avoir au vers 8 (« Il y avait la liberté des sentiments ») montre que l’obtention de cette « liberté des sentiments » était obtenue dans le passé, et qu’elle continue d’être obtenue. D’où le sens de la quatrième strophe qui semble prolonger cette lancée des sentiments, des sensations et du Soi. L’expression  de « saut vers l’inconnu » au vers 9, est tout sauf un saut dans le vide : elle montre au contraire que la décision est la prise de commande des sentiments de notre Soi pour aller vers l’ailleurs, une destination inconnue, faite de quête et de mystère.

La « Prophétie » au vers 9 est ainsi comme le pressentiment d’un événement futur majeur : dans ma poésie, elle annonce ce « saut vers l’inconnu » (v.9), cette volonté de vivre et de croire, cette confiance de décision qui justifie de s’ouvrir à l’inconnu. L’évocation de la « Généalogie » au vers 10 suggérant tout à coup les ancêtres établit un lien de parenté familiale et spirituelle, elle permet de connaître ses origines, les « racines du cœur », c’est-à-dire tout ce qui précède pour mieux s’ouvrir aux visions de l’inconnu : elle représente un devoir de se souvenir autant qu’un appel à décider du futur.

Puis vient le dernier vers de cette quatrième strophe qui enracine plus fortement encore le texte dans la spiritualité. Paul et Silvain sont en effet des personnages bibliques : le premier est connu pour sa passion envers la parole de Dieu, passion synonyme de feu, Paul est l’allégorie du « feu » (v.11). Le deuxième, Silvain est connu pour sa fidélité envers son Dieu : honnête et en paix avec lui-même, il est l’allégorie de la « paix » (v.11). Avec la passion qui est le ressenti des émotions et des sensations et la paix qui est apportée par la confiance en Soi, cette dernière est élevée spirituellement lors d’une décision.

Pour finir, le dernier vers de mon poème « Révélation de la décision intuitive » résonne comme une épiphanie de la vie, c’est-à-dire une prise de conscience qui se donne pour objet d’interroger le réel et le vécu, afin d’y trouver un sens caché et symbolique : la décision se révèle être une connaissance directe et immédiate qui ne nécessite pas le recours au raisonnement mais appelle à l’instinct, au pressentiment, et à l’émotion du croire. Comme le lecteur l’aura compris, ce poème relève d’un sujet philosophique où religion et réflexion cognitive se mêlent.

L’être humain pense et agit. Lorsque ses pensées et ses actions sont faites dans un raisonnement réfléchi, les choix se trouvant entre ces deux phases agissent dans une courte durée, ils ont un début attendu et une fin. Lorsque les pensées et les actions de l’être humain sont menées par la folie de l’instant parfois au détriment de la raison, les décisions qui en ressortent ont une durée équivalente à l’existence de l’individu. Ce qui nous mène au paradoxe selon lequel l’irrationnel et les sentiments sont plus fiables que le rationnel et le raisonnement : toute vérité est forcément subjective, et la foi ne peut être qu’une conscience de décision.

Nous décidons d’un métier, nous décidons d’un avenir, nous décidons d’une vie. Les sentiments, les émotions, les sensations, les ressentis et l’Être sont maîtres de cette vie et nous poussent à une décision à leur tour. J’ai décidé d’avoir une religion, cette décision durera toute ma vie. J’ai décidé de faire des études scientifiques, cette décision aura un impact sur toute la durée de mon existence, touchant le métier que j’aurai, l’avenir que j’aurai et la vie que j’aurai. La capacité de décider est détenue par chacun d’entre nous, il ne reste plus qu’à pressentir ce souffle visionnaire pour notre vie que j’ai appelé « La Décision »…

© Merveille M.
Classe de Première S-2 (promotion 2016-2017), juin 2017.

Espace Pédagogique Contributif

Vincent Van Gogh, « La Nuit étoilée », 1889. New York, Museum of Modern Art.