BTS 2017-2018 L’Extraordinaire. Présentation du thème-Programme de cours-TD

Ce support ainsi que le programme de cours s’adressent prioritairement aux sections dont j’ai la charge, mais ils intéresseront bien évidemment les étudiant/es préparant l’épreuve de culture générale et expression en deuxième année de BTS.


L’extraordinaire
nouveau thème BTS 2017-2018

Présentation du thème et du programme de cours

Bruno Rigolt


Bruegel_Tour de Babel - Museum Boijmans Van Beuningen_3Pieter Brueghel l’Ancien, « Tour de Babel », c. 1563
Rotterdam, Museum Boijmans Van Beuningen

Thème 2 « L’extraordinaire » Bulletin Officiel n°9 du 3 mars 2016

Les Instructions officielles

Problématique

La vie quotidienne se caractérise par son rythme régulier et rassurant, parfois monotone. L’habitude émousse la vue, l’ouïe, l’odorat et le goût. Tout semble s’affadir et ne plus mériter l’intérêt. A l’inverse, l’extraordinaire a un véritable pouvoir de révélation. Il fait surgir des réalités hors du commun aussi bien que des sensations nouvelles.

L’événement rompt le fil continu du temps et donne à l’instant une intensité qui suscite des émotions fortes : joie, surprise, émerveillement… Il donne le sentiment d’une plénitude qui justifie tous les superlatifs. Parfois, l’événement surgit spontanément – à l’occasion d’une découverte inattendue, d’une initiative improbable, d’un trait de génie. Mais ne faut-il pas aussi susciter l’extraordinaire, le chercher puisqu’il est difficile de se satisfaire de la plate répétition du quotidien ? Faut-il alors créer le moment inédit qui fait date ?

Notre société se plaît dans la production de l’événement, en fait même une pratique si courante qu’elle frise la banalité. La recherche permanente de l’inédit, de la sensation, la surenchère organisée dans l’extraordinaire ne nous assujettissent-elles pas à une autre forme de monotonie ?

L’extraordinaire se manifeste aussi dans son extrême violence. Loin d’exciter, il anéantit. Loin de favoriser le verbe et l’hyperbole, il coupe le souffle et la parole. C’est alors le traumatisme qui prévaut et l’habitude retrouvée peut apparaître nécessaire et apaisante.

Il est difficile de juger d’un quotidien auquel on s’est accoutumé, mais il s’avère tout aussi difficile de penser l’extraordinaire, car les émotions jouent contre la prise de distance que demande l’exercice de la raison.

Comment rendre compte du banal ? Comment construire un jugement sur ce dont on finit par oublier le sens et la saveur ? Comment rendre justice à ce que l’usage et l’usure ont voué à la discrétion ?

Inversement, comment penser l’exceptionnel tout en gardant de la mesure ? Comment préserver sa lucidité sans pour autant faire preuve de détachement insensible, de sécheresse de cœur ? Comment trouver les mots qui sonnent juste, restaurer le pouvoir de la parole et éviter les excès d’un verbe affolé face à l’événement qui sidère ?

Mots clés

Acte d’héroïsme, aventure, catastrophe, événement, exceptionnel, extraordinaire, fulgurant, hasard, imprévisible, imprévu, ineffable, inouï, insolite, merveilleux, miracle, original, paroxysme, prodige, séisme, spectaculaire, surprise…

Carnaval, chef-d’œuvre, coup de théâtre, drame, édition spéciale (breaking news), événementiel, fantastique, fête, morceau de bravoure, péripéties, rebondissement, rencontre, rite de passage, romanesque, scoop…

Anéantissement, choc, déconcertant, effroi, étonnement, extase, horreur, intensité, ivresse, ravissement, sensationnel, sidération, sublime, surprise, terreur, traumatisme…

Anodin, banal, classique, coutume, ennui, familier, habitude, insignifiant, insipide, monotone, normal, ordinaire, platitude, quelconque, quotidien, rebattu, régulier, répétition, tradition, usage…

Accoutumance, apaisement, calme, confort, dégoût, ennui, indifférence, lassitude, sérénité…

Indications bibliographiques

Ces indications ne sont en aucun cas un programme de lectures. Elles constituent des pistes et des suggestions pour permettre à chaque enseignant de s’orienter dans la réflexion sur le thème et d’élaborer son projet pédagogique.

Littérature

  • Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes
  • Louis Aragon, Le Paysan de Paris
  • J.G. Ballard, Crash ; I.G.H….
  • Honoré de Balzac, Eugénie Grandet
  • André Breton, Nadja
  • Russel Banks, De beaux lendemains
  • Dino Buzzati, Le Désert des Tartares
  • Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne
  • Cicéron, De la divination, I, 97-98
  • Italo Calvino, Palomar
  • Raymond Carver, Les Vitamines du bonheur
  • Nicolas de Chamfort, Tableaux historiques de la Révolution française
  • François-René de Chateaubriand, Mémoire d’Outre-tombe, I, Année 1789, « Effet de la prise de la Bastille sur la cour – Têtes de Foulon et de Berthier »
  • Marie Darrieussecq, Truismes
  • Philippe Delerm, Enregistrements pirates
  • Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires
  • Marguerite Duras, La Pluie d’été
  • Annie Ernaux, Regarde les lumières, mon amour
  • Francis Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique
  • Gustave Flaubert, Madame Bovary
  • Jonathan Safran Foer, Extrêmement fort et incroyablement près
  • Jean Follain, Exister
  • Nicolas Gogol, Nouvelles
  • Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes
  • Françoise Héritier, Le Sel de la vie
  • Serge Joncour, L’Idole
  • Franz Kafka, La Métamorphose
  • Ahmadou Kourouma, Allah n’est pas obligé
  • D. H. Lawrence, L’Amant de Lady Chatterley
  • Guy de Maupassant, Une vie ; Nouvelles
  • François Mauriac, Thérèse Desqueyroux
  • Pierre Michon, Vies minuscules
  • Philippe Minyana, Inventaires
  • Wajdi Mouawad, Incendies
  • Georges Perec, L’Infra-ordinaire ; Les Choses
  • Edgar Allan Poe, Nouvelles histoires extraordinaires
  • Francis Ponge, Le Parti pris des choses
  • Marcel Proust, Du côté de chez Swann (« Combray »)
  • Romain Puértolas, L’Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea
  • Pascal Quignard, Villa Amalia
  • Philip Roth, Némésis
  • Madame de Sévigné, lettre à Monsieur de Coulanges, 15 décembre 1670
  • Stendhal, La Chartreuse de Parme, I.3
  • Tite-Live, Histoire romaine, 35, 21 ;  41.9
  • Jules Verne, Voyages extraordinaires
  • Michel Vinaver, 11 septembre 2001
  • Virginia Woolf, Mrs Dalloway


Essais

  • Hannah Arendt, Penser l’événement
  • Bruce Bégout, La Découverte du quotidien
  • Walter Benjamin, « Sur quelques thèmes baudelairiens » III, IV ; « Le Narrateur »
  • André Breton, Le Surréalisme et la Peinture,
  • Michel de Certeau, L’Invention du quotidien
  • Régis Debray, Du bon usage des catastrophes
  • Sigmund Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne
  • Erving Goffman, La Mise en scène de la vie quotidienne
  • Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie
  • Pierre Zaoui, La Traversée des catastrophes
  • Revue Sociétés n°126, Re-penser l’ordinaire


Films, arts plastiques, bandes dessinées, blogs

  • Pénélope Bagieu, Ma vie est tout à fait fascinante
  • Thomas Cailley, Les Combattants
  • Eric Chevillard, L’Autofictif
  • Guy Delisle, Le Guide du mauvais père
  • Clint Eastwood, Sur la route de Madison
  • Atom Egoyan, De beaux lendemains
  • Sergueï Eisenstein, Le Cuirassé « Potemkine »
  • Roland Emmerich, Independence day
  • Emmanuel Guibert, La Guerre d’Alan
  • John Guillermin et Irwing Allen, La Tour infernale
  • Alfred Hitchcock, L’Auberge de la Jamaïque
  • Alejandro Inarritu, Birdman
  • Akira Kurosawa, Vivre,
  • Emmanuel Lepage, Un printemps à Tchernobyl
  • Adam McKay, The Big Short (Le Casse du siècle)
  • Yasujirō Ozu, Dernier Caprice
  • Brad Peyton, San Andreas
  • Alain Resnais, Hiroshima mon amour
  • Riad Sattouf, L’Arabe du futur
  • Ridley Scott, Seul sur Mars
  • Joann Sfar, Carnets                                                         
  • Paolo Sorrentino, La Grande Belleza
  • Steven Spielberg, Les Aventuriers de l’Arche perdue
  • Lewis Trondheim, Les Petits Riens
  • Peinture hollandaise, peinture d’histoire, photo reportage, pop art, performances, comics, art brut, « folies »…

Consulter le Bulletin Officiel

frise_1

L’EXTRAORDINAIRE : UNE NOTION COMPLEXE ET PROTÉIFORME


« É

chappez à l’ordinaire. Soyez particulier ». Ces propos, extraits de la bande-annonce canadienne du film de Tim Burton, Miss Peregrine et les Enfants Particuliers, valent presque définition : par rapport au quotidien, l’irruption de l’extraordinaire crée en effet des conditions d’exception qui relèvent du surgissement événementiel, de l’inattendu, de l’imagination, de la fantaisie, de l’étrangeté voire du surnaturel. Ainsi que le rappellent les IO, « la vie quotidienne se caractérise par son rythme régulier et rassurant, parfois monotone. […] Tout semble s’affadir et ne plus mériter l’intérêt. A l’inverse, l’extraordinaire a un véritable pouvoir de révélation. Il fait surgir des réalités hors du commun aussi bien que des sensations nouvelles ». 

Ce « pouvoir de révélation » qui est comme un renversement de l’épistémologie cartésienne, postule un profond renouvellement des savoirs qui questionne le désir et se rapporte à l’étonnement, à l’émerveillement. En tant que manque, fascination pour l’inconnu, l’extraordinaire apparaît comme une quête de sens permettant de mieux comprendre le monde dans sa complexité.

Jean-Bruno Renard, professeur à l’université Paul-Valéry de Montpellier et sociologue de l’imaginaire, notait ainsi très justement : « L’extraordinaire est de tous les temps et de toutes les cultures. Dans les encyclopédies qui résument le savoir d’une époque, la rubrique « prodiges », « énigmes » ou « mystères » est une constante culturelle, même si son contenu est variable. Au VIème siècle après J.-C., Isidore de Séville consacrait aux prodiges et aux merveilles le livre XI de ses Étymologies, sommes du savoir profane et religieux de son temps. De nos jours, l’encyclopédie Quid réserve plusieurs colonnes aux « énigmes » (archéologiques, historiques, zoologiques, OVNI, etc.) et aux « miracles » religieux (apparitions, stigmates, etc.). Le merveilleux apparaît donc comme secteur particulier de la connaissance »¹ : en suscitant la curiosité, le savoir et l’admiration, il est une source d’émulation dont a besoin le corps social.

Face au « désenchantement du monde » pour reprendre une expression célèbre de Max Weber, l’extraordinaire fait écho à la quête de rationalisation de toutes les sphères sociales, particulièrement dans les sociétés occidentales. En ce sens, du fait qu’il agrandit et amplifie les événements, l’extraordinaire bouleverse les repères habituels du temps et forge un imaginaire original et puissant qui est comme un réenchantement, une idéalisation du réel : il est ce qui se passe, lorsque rien ne se passe.

Le dictionnaire Larousse précise que c’est « ce qui sort de l’usage ordinaire », « qui étonne par sa bizarrerie : singulier, insolite » ; qui est « hors du commun, remarquable, exceptionnel », « très grand, intense, immense ». Quant à Jean-Bruno Renard, il propose la définition suivante : « Au travers d’études nombreuses et variées, on peut relever cette même idée de l’extraordinaire comme écart à la nature des choses, que ces choses soient naturelles, sociales, etc. […]. Quels que soient les mots utilisés —merveilleux, fantastique, insolite, incongru, étrange, monstrueux, incroyable, inexplicable, prodigieux, invraisemblable, etc.— le concept d’extraordinaire est mobilisé lorsque le réel ne « colle » plus à la réalité, c’est-à-dire lorsque des événements ou des phénomènes s’écartent de notre perception ordinaire du monde »².

En tant que « surgissement de l’inhabituel dans le champ social et culturel d’un groupe ou d’un individu »³, l’extraordinaire dénote ainsi une prise de conscience des pouvoirs de l’imaginaire : si notre modernité tend à évoluer vers un espace technicien assez contraignant pour les populations dans la mesure où le cadre institutionnel que nous connaissions tend de plus en plus à disparaître au profit d’un cadre économico-sécuritaire : fusion entre technique et domination, entre rationalité et oppression, l’extraordinaire s’impose donc comme nécessité. Sur le plan épistémologique, il oblige ainsi à une mise en question de notre modernité et de nos modèles civilisationnels.

Face à la vision instrumentale d’un monde où tout tendrait à être évalué en termes de « fonctionnement » et de « rationalité », comme contestation de la rationalité, l’extraordinaire relève du discontinu, de l’accidentel, du démesuré, de l’exceptionnel, du merveilleux, de l’incroyable. Autant de qualificatifs qui lui confèrent une dimension symbolique héritée du mythe, du conte et plus généralement de l’univers sacré.

Bruno Rigolt
© août 2016, Bruno Rigolt/Espace Pédagogique Contributif

frise_1 –

PROGRAMME DES COURS 2016-2017 © Bruno Rigolt
Programme de cours semestriels. Premier cours en ligne : 11 septembre 2016


1. De l’ordinaire à l’extraordinaire
_A/ Sociologie de l’extraordinaire
_B/ Le banal, l’ordinaire, l’ennui
_C/ Le « parti pris des choses » ou la métamorphose mythique du quotidien
_D/ L’extraordinaire, l’invraisemblable et l’incongru

2. L’extraordinaire et le merveilleux
_
A/ L’extraordinaire dans les contes : transgression, quête initiatique et révélation
_B/ Extraordinaire, monstruosité et métamorphose
_C/ Voyages dans le quotidien : le « merveilleux d’altérité »
_D/ Le vertige de la fête ou l’abolition du temps ordinaire
3. L’extraordinaire à l’épreuve du réel
_A/ La perception de l’extraordinaire, entre regard objectif et construction mentale
_B/ Les villes imaginaires. De l’utopie à la cité infernale : EldoradoMetropolis…
_C/ Guerre et Extraordinaire : la guerre entre déshumanisation et sublimation de l’humanisme
_D/ Futur post-apocalyptique et guerres interstellaires : le cinéma de science-fiction
4. Les événements médiatiques et la quête de l’extraordinaire
_A/ Affabulations, rumeurs, faits divers : rendre vraisemblable l’invraisemblable
_B/ Faire voir l’extraordinaire : l’espace médiatique et la fabrique de l’événement
_C/ Mythes et images de l’héroïsme : les destins extraordinaires
_D/ En attendant demain : le marketing de l’extraordinaire comme vecteur de réenchantement

Conclusion : Où va le monde ? L’extraordinaire n’a de sens que s’il est en quête de sa propre rationalité…


Hokusai_Le spectre aux assiettesL’extraordinaire dans l’imaginaire japonais :
Katsushika Hokusai (1760-1849), « Le spectre aux assiettes » (estampe, 1831)

frise_1

Licence Creative Commons

Netiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, cet article est protégé par copyright. Ils est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur ainsi que la référence complète de l’article cité (URL de la page).

NOTES

1. Jean-Bruno Renard, Le Merveilleux, Sociologie de l’extraordinaire, Paris, CNRS Éditions 2011, page 42.
2. ibid. pp. 22-23.
3. Jean-Marie Seca, « Compte rendu du livre de Jean-Bruno Renard, 2011, Le Merveilleux. Sociologie de l’extraordinaire, Paris, CNRS éditions », Les Cahiers de psychologie politique, n°20, Janvier 2012.

_

TRAVAUX DIRIGÉS


 
  • Autoexercice 1 : réalisez une fiche de synthèse regroupant les principales définitions proposées par le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL).
  • Autoexercice 2 : en vous aidant du support de cours et en exploitant vos réponses à l’autoexercice 1,  analysez les documents ci-dessous : quels aspects de l’extraordinaire véhiculent-ils ?


Fernand Khnopff_Une ville abandonnée_1904-2Fernand Khnopff, « Une-ville-abandonnée », 1904
Pastel et crayon sur papier. Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

_

Voyage extraordinaire tomr2_aDétail de la couverture de l’album Le Voyage extraordinaire, tome 2
Denis-Pierre Filippi (scénariste), Silvio Camboni (illustrateur), éd. Vents d’Ouest, 2013

_

Perrier_drink_extraordinaire_drink_perrierPublicité Perrier, « Drink Extraordinaire, Drink Perrier »
Campagne publicitaire France et International,  2016

_

Ogni pensiero vola_Bomarzo-Viterbo_Sacro Bosco_Parco dei Mostri_a« Ogni pensiero vola » (« Toutes les pensées volent »)
Parco dei Mostri (Parc des monstres), Bomarzo, province de Viterbe (Latium, Italie)
_
_

« Tout à coup, un inconnu vous offre des fleurs. Ça, c’est l’effet magique d’Impulse. »
Publicité pour le déodorant Impulse, 1981

_

« Préparez-vous à l’extraordinaire. Soyez particulier. »
Bande annonce France du film Miss Peregrine et les enfants particuliers, 2016
Réalisateur : Tim Burton (20th Century Fox. Distrib. Gaumont-Pathé)
_
frise_1

 

Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Bruno Rigolt (fin de l’exposition 2016)

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Bruno Rigolt 
(1960, Paris — ) FRANCE
Avec ce poème s’achève l’édition 2016 d’Un été en poésie

Mardi 9 août : Ada Negri… Italie

 

« Les pierres et le vent »

Mais déjà le vent a revêtu son pardessus d’orage
et la mer lourde de pluie marche sur les pierres,
creuse le sable, parle une langue inconnue.

C’est une parole blanche qui regarde vers le ciel
et prête voix à ce qui demeure silencieux.

Des femmes drapées du haïk s’en vont
vers le soir qui descend des collines,
sur des routes de lin vert et de rêves dénudés.

Le jour se laisse tomber dans la mer
et se plonge dans un livre aux pages ébréchées.
On y parle de forêts de thuyas, de Mogador
et plus loin des Phéniciens, et du sillage des caravanes
où buvaient des bouts de ciel bleu dans les champs d’arganiers.

J’ai posé le livre dont les pages s’étirent en baillant.
Elles attendent sans fin que naisse ce qui meurt.
Les vagues vieilliront une à une
avant d’être emportées au ciel. L’océan dans mes mains
s’en va très loin vers le jour qui se cherche

et du bateau aux lèvres hésitantes
je compte le long silence du sable.

J’imagine les îles purpuraires, et la clarté du monde,
les fabriques de pourpre au bout d’une rue sombre…

Et là-bas devant moi, qui bouge et chante
sous le ciel aux chemins effacés :

Essaouira

comme des fleurs d’été

Le temps est leurs pétales.

Bruno Rigolt (1960- )
Inédit, 2 août 2016
© Bruno Riigolt

Bruno Rigolt_Essaouira après la pluie-2016« Essaouira comme des fleurs d’été
Le temps est leurs pétales… »

Bruno Rigolt, « Essaouira après la pluie » photographie modifiée numériquement, 2016
© copyright 2012, août 2016, Bruno Rigolt

frise_1

Bruno Rigolt_Essaouira après la pluie et roses_web_3Bruno Rigolt, « Vase de roses à Essaouira », 2016
photomontage, photographie modifiée, peinture numérique

Licence Creative CommonsNétiquette : Ce poème, tout comme le contenu de ce site est protégé par copyright. Il est mis à disposition des internautes selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France. La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le nom de l’auteur, ainsi que la référence complète du texte cité (titre et URL de la page).

Bruno Rigolt_Essaouira après la pluie-2016_détail_web

– 
 

Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Ada Negri

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Ada Negri 
(1870, Lodi — 1945, Milan) ITALIE

Lundi 8 août : Antonella Anedda… Italie
Mercredi 10 août (fin de l’exposition) : Bruno Rigolt… France

 

« La luna scende in giardino »

La luna scende in giardino per le scale della pallida sera :
è tutta bella, le nubi la velano, la brezza la scopre.
S’attarda dietro il cipresso, s’aggrappa all’àgavi e ai fichi d’India,
stende trine leggere sui viali, lega le fronde con fili d’argento,
nell’ombra screziata di raggi crea e dissolve danze di gnomi,
con le perle della rugiada sfila e infila collane di sogni.

So che sul mare è nata una strada, una bianca strada
per chi vuole arrivare la notte alle reggie di Dio.
Vada chi vuole sulla bianca strada, vada chi vuole con barca e con vela :
a me piace restare in giardino a giocar con i raggi e con l’ombre.
Due stelle – sole – accanto alla luna: due larghe pupille serene.
Dove sei tu, che mi amavi, e mi dicevi : ”Dinin, mio bene” ?

Ada Negri (1870-1945)

Bruno Rigolt_Le jardin lunaire_web« La luna scende in giardino per le scale della pallida sera :
è tutta bella, le nubi la velano, la brezza la scopre…
 »

Bruno Rigolt, « Le jardin lunaire » (peinture numérique), 2016
© Copyright août 2016, Bruno Rigolt

_frise_1

« La lune descend au jardin »

La lune descend au jardin par l’escalier pâle du soir :
toute belle, les nuages la voilent, la brise la découvre.
Elle s’attarde derrière le cyprès, s’accroche aux agaves et aux figuiers d’Inde,
étale des dentelles légères le long des allées, attache les branches par des fils d’argent,
dans l’ombre marbrée de rayons elle noue et dénoue des danses de gnomes,
avec des perles de rosée elle enfile et défait des colliers de rêves.

Je sais qu’il est né sur la mer un chemin, un blanc chemin
pour qui, la nuit, veut rejoindre le palais de Dieu.
Emprunte qui veut la blanche route dans sa barque à voile,
moi j’aime rester au jardin, jouer avec les ombres et les rayons.
Deux étoiles – seules – près de la lune : deux larges pupilles sereines.
Où es-tu, toi qui m’aimais, toi qui me disais : « Dinin, chérie* » ?

Ada Negri (1870-1945)

Traduction : Giovanna Bellati
Université de Modena et Reggio Emilia
source : pandesmuses.fr

* C’est sans doute le souvenir de la mère qui est évoqué ici ; Dinin est le diminutif dialectal du prénom d’Ada, et le petit nom par lequel elle était appelée en famille (Giovanna Bellati).

Bruno Rigolt_Le jardin lunaire_web_détail« moi j’aime rester au jardin, jouer avec les ombres et les rayons »

– 
 

Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Antonella Anedda

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Antonella Anedda 
(1958, Rome— ) ITALIE

Dimanche 7 août : Katerina Anghelaki-Rooke… Grèce
Mardi 9 août : Ada Negri… Italie

 

« C’è una finestra nella notte »

C’è una finestra nella notte
con due sagome scure addormentate
brune come gli uccelli
il cui corpo indietreggia contro il cielo.

Scrivo con pazienza
all’eternità non credo
la lentezza mi viene dal silenzio
e da una libertà —invisibile—
che il Continente non conosce
l’isola di un pensiero che mi spinge
a restringere il tempo
a dargli spazio
inventando per quella lingua il suo deserto.

La parola si spacca come legno
come un legno crepita di lato
per metà fuoco
per metà abbandono.

Antonella Anedda (1958- )
Notti di Pace occidentale, Roma Donzelli Editore, 2001, pp. 14-15

Bruno Rigolt Soir et la mer_2« C’è una finestra nella notte
con due sagome scure addormentate…
 »

Bruno Rigolt, « Soir et la mer VI », 2013
Peinture numérique © copyright 2013, 2016, Bruno Rigolt

frise_1

« Il y a une fenêtre dans la nuit »

Il y a une fenêtre dans la nuit
avec deux silhouettes sombres endormies
brunes comme les oiseaux
dont le corps recule contre le ciel.

J’écris avec patience
à l’éternité je ne crois pas
la lenteur me vient du silence
et d’une liberté —invisible—
que le Continent ne connaît pas
l’île d’une pensée qui me pousse
à resserrer le temps
à lui donner de l’espace
en inventant pour cette langue son désert.

La parole se fend comme bois
comme bois elle crépite de côté
à moitié feu
à moitié abandon.

Antonella Anedda (1958- )
Notti di Pace occidentale, Roma Donzelli Editore, 2001, pp. 14-15

Traduction : Bruno Rigolt

Soir-et-la-Mer-V.jpg« la lenteur me vient du silence
et d’une liberté —invisible—
que le Continent ne connaît pas…
 »

Bruno Rigolt, « Soir et la mer  V », 2013
Peinture numérique © copyright 2013, 2016, Bruno Rigolt

– 
 

Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Katerina Anghelaki-Rooke

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Katerina Anghelaki-Rooke 
(1939, Athènes, Grèce— ) GRÈCE

Jeudi 4 août : Gülten Akin… Turquie
Lundi 8 août : Antonella Anedda… Italie

 

« J’ai une pierre »
ΈΧΩ ΜΙΑ ΠΈΤΡΑ

__Je lèche une pierre. Les pores de ma langue s’imbriquent avec les pores de la pierre. Ma langue se dessèche et traîne jusqu’à la face de la pierre touchant la terre, une moisissure collée sur elle comme du sang. Soudain je retrouve de la salive, elle mouille la pierre et la pierre glisse dans ma bouche.

__Cette pierre je la nomme Œdipe. Car comme Œdipe elle est irrégulière avec deux profondes entailles où seraient les yeux. Elle aussi dégringole sur ses pieds enflés. Une fois immobile, elle cache sous elle une destinée, un reptile, mon moi oublié.

__Cette pierre je la nomme Œdipe.

__Car si par elle-même elle n’est rien, elle a la forme et le poids du choix. Je la nomme et la lèche.

__Jusqu’à la fin de mon histoire.

__Jusqu’à comprendre le mot choix.
__Jusqu’à comprendre le mot fin.

Katerina Anghelaki-Rooke (1939- )
© Kastaniotis ;
Traduction : Michel Volkovitch, © Desmos

Poème cité dans l’anthologie Les Poètes de la Méditerranée, Paris Gallimard 2013, page 51
© Éditions Gallimard, Culturesfrance

Bruno Rigolt_lips and stone_web« Je lèche une pierre.
Les pores de ma langue s’imbriquent avec les pores de la pierre…
 »

Bruno Rigolt, « Lips and stone », 2016
Peinture numérique © copyright août 2016, Bruno Rigolt


frise_1

– 
 

Un été en Poésie (saison 3) 10 juillet-10 août 2016… Aujourd’hui Gülten Akin

Pour la troisième année, du dimanche 10 juillet 2016 au mercredi 10 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie »…
Affiche Un été en Poésie_Copyright Bruno Rigolt_2016-07_a
Thématique de l’édition 2016 : 
« D’Europe et de Méditerranées… Poésies de tous les rivages ». 

Chaque jour, du dimanche au jeudi, un poème sera publié. Cette année, de très nombreux pays seront représentés dans ce voyage en Europe et autour de la Méditerranée, mêlant écriture et arts visuels. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.


Pays représentés :
France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Turquie,
Grèce, Italie.

Aujourd’hui… Gülten Akin
(1933, Yozgat, Turquie — 2015, Ankara, Turquie) TURQUIE

Mercredi 3 août : Adonis… Syrie
Dimanche 7 août : Katerina Anghelaki-Rooke… Grèce

 

« Cantique du fer à la rouille »
Demirle Pas Arasinda Ilahi

Du narcisse à la rose d’automne
Depuis cinq ans cinq longues années
De la neige à la pluie
Depuis cinq longues années
Du froid à l’humidité
Du fer à la rouille
De Seyran à Mamak
Depuis cinq ans cinq longues années

Je connais le bruit du fer
Le bruit du verrou que l’on tire,
De la porte qu’on pousse
Le bruit cruel de ce qui entrave mains et épaules
Depuis cinq ans cinq longues années

Si l’on avait planté un saule
Son ombre emplirait l’intérieur des maisons
Le chagrin est ce saule pleureur
Que j’ai surveillé et laissé croître sur le sol de mon cœur

Depuis cinq ans cinq longues années
Ta voix s’est affaiblie, tu es resté sur le qui-vive
Nous parlons par bribes de mots sélectionnés
Essorés sur un fil
Et seulement comme ça
Nous parlons, si c’est cela parler

[…]

Gülten Akin (1933-2015)
Traduction : Jean Pinquié, Levent Yilmaz

Anthologie de la poésie turque contemporaine (édition bilingue), Paris Publisud 1991

Bruno Rigolt_Liberté_2016« Je connais le bruit du fer
le bruit du verrou que l’on tire, de la porte qu’on pousse…
 »

Bruno Rigolt, « Liberté », 2016
Peinture numérique spécialement créée pour le poème de Gülten Akin
© copyright août 2016 Bruno Rigolt

frise_1

–