Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Marine et Jeanne


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, dimanche 26 juin, la contribution de Marine et Jeanne
Précédentes publications : dimanche 26 juin : Julie ; samedi 25 juin : Kassandra ; vendredi 24 juin : Lucie ; vendredi 24 juin : Mélinda ; jeudi 23 juin : Lou ; jeudi 23 juin : Noémie et Emma ; vendredi 3 juin : Pauline ; vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications :  Jessica, Mattis

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« Pourquoi es-tu partie, nuit ? »

par Marine P. et Jeanne J.
Classe de Première ES2

Pourquoi es-tu partie, nuit ?
Pourquoi m’as-tu abandonnée ?
Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ?
Pourquoi l’as-tu laissée prendre ta place ?

Réponds moi je t’en prie,
Nous avons passé tant d’années-lumière
À rêver au milieu des étoiles
Et des chemins du soir…

Tu étais pour moi le songe
Du soleil. Tu étais le Temps,
Entends mes appels. De là où tu es,
Rappelle-toi. Rappelle-toi de moi,

Rappelle-toi de l’enfant que tu étais,
Celui qui rêvait de voyager,
Qui pensait pouvoir se camoufler
Derrière la voie lactée…

Tu es partie, ô nuit, comme un voleur,
Me laissant quelques vagues souvenirs
Qui voguent à présent tels un bateau frêle
Sur l’océan de mon esprit…


nuit_électrique_Bruno Rigolt_2016_1 Crédit iconographique : © juin 2016, Bruno Rigolt

Le point de vue des auteures…

Le poème que nous avons écrit est adressé à un seul et même destinataire, évoqué au premier vers : la nuit. Cette personnification de la nature se prolonge tout au long du texte avec l’analogie au vers 10 de la nuit et du temps. En personnifiant ainsi la nature, nous avons voulu lui accorder des propriétés qui régissent généralement les êtres humains.

La nuit semble ainsi douée de sentiments : elle exprime des émotions. Le narrateur du texte lui pose toute une série de questions formulées dans la première strophe et qui semblent sans réponse :

Pourquoi es-tu partie, nuit ?
Pourquoi m’as-tu abandonnée ?

Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ?
Pourquoi l’as-tu laissée prendre ta place ?

Comme nous le verrons, tous ces « pourquoi » prennent la forme d’une interrogation fondamentale sur le sens de l’existence, comme si le narrateur attendait désespérément une réponse à ses propres questionnements. La supplique du vers 5 (« Réponds moi je t’en prie ») se métamorphose progressivement en une longue plainte nostalgique qui introduit dans le texte une méditation sur la fuite du temps :

Tu étais le Temps,
Entends mes appels. De là où tu es
Rappelle-toi. Rappelle-toi de moi,

Rappelle-toi de l’enfant que tu étais

En outre, nous avons dans notre poème utilisé de nombreux mots et expressions appartenant au champ lexical de l’univers (« nuit », « années-lumière », « étoiles », « Soleil », « Lune », « voie lactée ») afin de mettre en évidence l’immensité des sentiments, élargis aux dimensions du cosmos. Le caractère hyperbolique des vers 6 et 7 par exemple le montre très bien.

De même, la tonalité élégiaque renforce l’intimité du narrateur avec la nuit :  la deuxième et la troisième strophe montrent combien la relation entre le poète et la nuit dure depuis de nombreuses années : il la connaît depuis qu’elle est « enfant ». Le temps qu’ils ont passé ensemble suggère même des images sentimentales et nostalgiques, révélatrices d’un bonheur qui semblait pourtant éternel : « Nous avons passé tant d’années-lumière/À rêver au milieu des étoiles ».

Le poème est ainsi placé sous le signe de la perte, de la disparition. Le temps passe, et le destinataire du poème semble avoir oublié le poète, seul avec ses souvenirs, « qui voguent […] sur l’océan de [son ] esprit ». À ce titre, l’anaphore « Rappelle-toi » aux vers 12 et 13 montre combien le narrateur souhaite que la nuit fasse appel à sa mémoire pour se replonger à son tour dans l’innocence de l’enfance. Voilà pourquoi il souhaite qu’elle soit franche comme avant, qu’elle redevienne « l’enfant » d’avant, et lui dise tout sans « se camoufler », ainsi que le suggèrent ces propos du vers 13 : « Rappelle-toi de l’enfant que tu étais » (v. 13). On peut noter ici un aspect particulièrement cher aux Romantiques : face au monde adulte, monde du spleen plein de désenchantements (« Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ? », v. 2), le souvenir du passé est comme une quête de l’innocence, de l’idéal, ou plutôt comme un impossible retour en enfance.

D’un point de vue symbolique, le texte peut en effet se lire métaphoriquement comme un adieu à l’enfance. De nombreuses expressions du texte traduisent ce passage de l’adolescence à l’âge adulte : « Tu es partie comme un voleur,/Tu ne m’as laissé que quelques vagues souvenirs ». Comme si le narrateur cherchait à se remémorer douloureusement le paradis perdu de l’enfance : tous ces moments fugaces disparus « au milieu des étoiles » (v. 7)… La nuit figure ainsi les ombres rassurantes du passé, où l’on ne se préoccupe que de « rêver au milieu des étoiles », où l’on cherche à « se camoufler/Derrière la voie lactée » (v. 15-16) sans se poser de questions, par opposition au jour qui est une confrontation avec le monde réel :

Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ?
Pourquoi l’as-tu laissée prendre ta place ?

Cette prière à la nuit est donc un poème à la fois empreint de lyrisme, sorte de dialogue presque intimiste avec la nature, et une méditation sur la fuite du temps qui débouche plus fondamentalement sur une réflexion d’ordre existentiel et mémoriel : les « quelques vagues souvenirs/Qui voguent à présent tels un bateau frêle/Sur l’océan de mon esprit » (v. 18-20) posent en fait une vaste question qu’on pourrait résumer ainsi : « Qui suis-je ? » 

Comme nous avons essayé de le montrer, cette dimension introspective de la mémoire est essentielle : si nous avons personnifié la nuit, c’est que la nature parle à notre âme, objectivité et subjectivité sont ici inséparables. Mais la nuit est également un double du narrateur : les questions qu’il lui pose ne sont-elles pas les questions qu’il se pose ? Les nombreux enjambements présents dans le texte, outre qu’ils lui donnent un rythme ample, traduisent cette dynamique si complexe du temps et du souvenir, qui fait de l’adolescence une période charnière entre l’adieu à l’enfance et l’apprentissage d’une nouvelle vie en devenir…

© Marine P. et Jeanne J., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Julie


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, dimanche 26 juin, la contribution de Julie
Précédentes publications : samedi 25 juin : Kassandra ; vendredi 24 juin : Lucie ; vendredi 24 juin : Mélinda ; jeudi 23 juin : Lou ; jeudi 23 juin : Noémie et Emma ; vendredi 3 juin : Pauline ; vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications : Marine et Jeanne, Jessica…

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« Rêves d’ailleurs »

par Julie D.
Classe de Première ES2

J’ai rêvé tant de fois de vivre
L’innocente vertu du vent,
D’entendre le léger murmure de la liberté
J’ai tant de fois soupiré : « partir loin d’ici » !

Le rêve n’est qu’un voyage incertain,
Le voyage n’est que songe
Dont le souvenir est inoubliable :
Mon esprit s’évade dans le désert étoilé de la nuit

Tel les plumes d’une colombe qui virevolte dans les airs :
Ces plumes atterrissent plus loin sur la terre
Ô triste réalité ! Pensées nourries de rêves éphémères
Et de voyages inachevés !


Sur_les_bords_du_Nil_Copyright_Bruno_Rigolt_2016Illustration : © 2016, Bruno Rigolt, « Sur les bords du Nil »  (dessin, photographie retouchée et pastel numérique)

Le point de vue de l’auteure…

Intitulé « Rêves d’ailleurs », ce poème est l’expression d’une profonde envie de voyage. Comme l’a si bien exprimé Baudelaire, le départ de l’homme pour un voyage allégorique est la seule façon d’échapper à l’insuffisance du réel :

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir […]
Et qui rêvent […]
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,

Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom ! »

Au sentiment de la réalité comme spleen, le désir de voyage est une manière de donner un sens à la vie : telle Anna de Noailles, dans « Le Port de Palerme », j’aurais pu évoquer « cet éternel souhait du cœur humain : partir ! » ou m’exclamer avec Mallarmé dans « Brise marine » : « fuir ! Là-bas fuir… »

Loin d’être un désir superficiel ou passager, le voyage apparaît comme une quête profondément existentielle. Et si dans ce poème, je me suis laissée guider par mes sentiments et mes émotions, c’est pour conférer au voyage la mission d’atteindre un idéal « pur ». Le but n’est pas d’aller vers un lieu précis, mais de s’évader en rêve à travers une succession de non-lieux : le vent, ou « le désert étoilé de la nuit » (v. 8).

Insatisfait de ce monde, l’esprit voyage à la recherche d’un lieu idéal, d’un paradis rempli de symboles : l’hypallage double des vers 2 et 3 fait que le vent devient une « vertu », et la liberté, un « léger murmure ». De fait, dans le monde de la poésie, tout est possible : elle nous permet, comme Alice, d’entreprendre un voyage « au pays des merveilles ». « Voyage incertain » (v. 5), tel un mirage d’Orient qui entraîne l’esprit à l’autre bout de la terre vers des lieux lointains, bercé par les parfums capiteux des fleurs exotiques, de la myrrhe, de l’encens ou des roses.

La dernière strophe est comme un retour douloureux à la « triste réalité » (v. 11) : pourtant, à la manière des symbolistes, la fin du texte qui évoque les « rêves éphémères » et les « voyages inachevés » met en évidence le pouvoir évocateur de la poésie : n’est-ce pas elle qui permet de faire un voyage métaphorique ? Comme l’affirmait Baudelaire, « ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière ».

C’est bien l’art poétique en effet, par sa puissance transfiguratrice, qui permet cette alchimie, capable de rendre plus réelle la signification transcendante des mots que la réalité immanente qu’ils désignent. La poésie apparaît dès lors plus profonde, plus sensée, voire plus vraisemblable que la vie elle-même.

Porteuse d’imaginaire, toute chargée de plénitude et d’allégorie, elle prend ainsi son sens : fuite vers un ailleurs primitiviste, goût pour la liberté, quête de l’ineffable : le voyage apparaît comme un déchiffrement des mystères du monde…

© Julie D., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif