Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Jessica


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, lundi 27 juin, la contribution de Jessica
Précédentes publications : dimanche 26 juin : Marine et Jeanne ; dimanche 26 juin : Julie ; samedi 25 juin : Kassandra ; vendredi 24 juin : Lucie ; vendredi 24 juin : Mélinda ; jeudi 23 juin : Lou ; jeudi 23 juin : Noémie et Emma ; vendredi 3 juin : Pauline ; vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaine publication : Mattis

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« Papa »

par Jessica D.
Classe de Première ES2

Toi qui étais là, quand tout n’allait pas
Toi qui n’as jamais cessé de croire en moi
Oh ! mon petit papa !
Digne d’être ta fille je me dois

Toi qui as tout fait pour moi
Toi qui es toujours sorti vainqueur
Quel que soit le combat
De toi je tiens ma vigueur

Dans tes bras tu me rassures
Quand s’écroule tel un château de sable
Mon monde alentour
Emporté par la mer, emporté par le vent

L’amour que je te porte est semblable
À l’éternelle et élégante lancée
De la moto noire au gré du vent
Elle ne s’arrête jamais


moto_rigolt_2016_2Illustration : Bruno Rigolt, juin 2016 (photomontage et digital painting d’après motocycle Lauge Jensen, modèle « Viking »)

Le point de vue de l’auteure…

Combien d’enfants n’ont pas eu la chance de grandir près de leur père ? Quel est le nombre d’enfants qui ne l’ont pas entendu rentrer le soir et crier « Je suis rentré ! » ? Ne sont ils pas nombreux à vouloir, ne serait-ce qu’un instant entendre la voix de leur père, même pour les disputer ? Combien voudraient qu’il soit là pour leur dire ce qu’il faut et ce qu’il ne faut pas faire ? Dans notre vie , un père est un repère, il est difficile de vivre sans.

Voici pourquoi j’ai décidé d’écrire ce poème : pour toucher le lecteur, pour qu’il partage mon émotion, qu’il ressente ce que je ressens : nos parents, notre mère, notre père, les êtres qui nous ont élevés, éduqués, aimés, ces personnes chères à nos yeux qui nous bercent jusqu’à ce que l’on prenne notre envol quand il en est temps, je pense que l’on ne leur donne pas toujours l’importance qu’elles méritent. Pourtant, ce sont elles qui nous apprennent les valeurs de la vie, le bien, le mal. Ce sont elles qui créent les souvenirs de notre enfance, nous donnent l’exemple à suivre, et qui font qu’hier deviendra demain…

Oui : nous devons nous l’avouer à nous-mêmes : nos parents sont le moteur de notre vie. Oh ! Je sais bien que tout le monde n’a pas eu la même chance que moi d’avoir des parents exceptionnels, une mère qui sacrifie tout pour donner à ses enfants les clefs d’une bonne réussite , et un père dévoué pour le bonheur des siens. Certes, tous les enfants n’ont pas eu droit à cette chance, pour certains, elle leur a été enlevée, ou bien la vie ne leur a pas donné ces moments heureux : ils ont dû s’élever seuls.

Je pense que l’on ne dit pas assez à nos parents et même à ceux qui nous sont chers ce que l’on ressent pour eux : à quel point on les admire, à quel point ils sont importants pour nous, à quel point aussi nous leur sommes reconnaissants. Lorsque le temps est passé ou compté, que reste t-il quand vous n’avez pas dit à la personne qui vous aime tant, que vous l’aimez aussi ? S’il ne reste rien que des regrets, que reste-t-il de la vie ?  Le temps passe si vite… Et les instants de bonheur sont si fugaces qu’il faut les saisir quand il est encore temps… Alors, dites aux personnes importantes de notre vie, vos frères et sœurs, vos ami/es, un mari, une femme, un enfant, un grand parent… Dites-lui les mots qui veulent tout dire : « Je t’aime ».

Oh ! Je sais bien, c’est difficile parfois de dire ainsi les choses… Et c’est bien la raison pour laquelle j’ai décidé d’écrire ce poème dédié à mon père, pour mettre des mots sur les sentiments que j’éprouve à son égard, n’étant pas de nature à exprimer mes sentiments : écrire était pour moi le moyen le plus sûr et le plus exact pour exprimer ce que je garde pour moi. Ce poème était l’occasion de mettre en parole mes émotions : n’est-ce pas tout le sens de la poésie ? De mettre des mots sur nos sentiments ? Ne perdons pas de temps par vaine fierté, ou sotte pudeur, à garder ces choses-là pour nous : un sentiment non dit est comme un oiseau en cage, il doit prendre son envol… « semblable/À l’éternelle et élégante lancée/De la moto noire au gré du vent »…

© Jessica D., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Marine et Jeanne


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, dimanche 26 juin, la contribution de Marine et Jeanne
Précédentes publications : dimanche 26 juin : Julie ; samedi 25 juin : Kassandra ; vendredi 24 juin : Lucie ; vendredi 24 juin : Mélinda ; jeudi 23 juin : Lou ; jeudi 23 juin : Noémie et Emma ; vendredi 3 juin : Pauline ; vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications :  Jessica, Mattis

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« Pourquoi es-tu partie, nuit ? »

par Marine P. et Jeanne J.
Classe de Première ES2

Pourquoi es-tu partie, nuit ?
Pourquoi m’as-tu abandonnée ?
Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ?
Pourquoi l’as-tu laissée prendre ta place ?

Réponds moi je t’en prie,
Nous avons passé tant d’années-lumière
À rêver au milieu des étoiles
Et des chemins du soir…

Tu étais pour moi le songe
Du soleil. Tu étais le Temps,
Entends mes appels. De là où tu es,
Rappelle-toi. Rappelle-toi de moi,

Rappelle-toi de l’enfant que tu étais,
Celui qui rêvait de voyager,
Qui pensait pouvoir se camoufler
Derrière la voie lactée…

Tu es partie, ô nuit, comme un voleur,
Me laissant quelques vagues souvenirs
Qui voguent à présent tels un bateau frêle
Sur l’océan de mon esprit…


nuit_électrique_Bruno Rigolt_2016_1 Crédit iconographique : © juin 2016, Bruno Rigolt

Le point de vue des auteures…

Le poème que nous avons écrit est adressé à un seul et même destinataire, évoqué au premier vers : la nuit. Cette personnification de la nature se prolonge tout au long du texte avec l’analogie au vers 10 de la nuit et du temps. En personnifiant ainsi la nature, nous avons voulu lui accorder des propriétés qui régissent généralement les êtres humains.

La nuit semble ainsi douée de sentiments : elle exprime des émotions. Le narrateur du texte lui pose toute une série de questions formulées dans la première strophe et qui semblent sans réponse :

Pourquoi es-tu partie, nuit ?
Pourquoi m’as-tu abandonnée ?

Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ?
Pourquoi l’as-tu laissée prendre ta place ?

Comme nous le verrons, tous ces « pourquoi » prennent la forme d’une interrogation fondamentale sur le sens de l’existence, comme si le narrateur attendait désespérément une réponse à ses propres questionnements. La supplique du vers 5 (« Réponds moi je t’en prie ») se métamorphose progressivement en une longue plainte nostalgique qui introduit dans le texte une méditation sur la fuite du temps :

Tu étais le Temps,
Entends mes appels. De là où tu es
Rappelle-toi. Rappelle-toi de moi,

Rappelle-toi de l’enfant que tu étais

En outre, nous avons dans notre poème utilisé de nombreux mots et expressions appartenant au champ lexical de l’univers (« nuit », « années-lumière », « étoiles », « Soleil », « Lune », « voie lactée ») afin de mettre en évidence l’immensité des sentiments, élargis aux dimensions du cosmos. Le caractère hyperbolique des vers 6 et 7 par exemple le montre très bien.

De même, la tonalité élégiaque renforce l’intimité du narrateur avec la nuit :  la deuxième et la troisième strophe montrent combien la relation entre le poète et la nuit dure depuis de nombreuses années : il la connaît depuis qu’elle est « enfant ». Le temps qu’ils ont passé ensemble suggère même des images sentimentales et nostalgiques, révélatrices d’un bonheur qui semblait pourtant éternel : « Nous avons passé tant d’années-lumière/À rêver au milieu des étoiles ».

Le poème est ainsi placé sous le signe de la perte, de la disparition. Le temps passe, et le destinataire du poème semble avoir oublié le poète, seul avec ses souvenirs, « qui voguent […] sur l’océan de [son ] esprit ». À ce titre, l’anaphore « Rappelle-toi » aux vers 12 et 13 montre combien le narrateur souhaite que la nuit fasse appel à sa mémoire pour se replonger à son tour dans l’innocence de l’enfance. Voilà pourquoi il souhaite qu’elle soit franche comme avant, qu’elle redevienne « l’enfant » d’avant, et lui dise tout sans « se camoufler », ainsi que le suggèrent ces propos du vers 13 : « Rappelle-toi de l’enfant que tu étais » (v. 13). On peut noter ici un aspect particulièrement cher aux Romantiques : face au monde adulte, monde du spleen plein de désenchantements (« Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ? », v. 2), le souvenir du passé est comme une quête de l’innocence, de l’idéal, ou plutôt comme un impossible retour en enfance.

D’un point de vue symbolique, le texte peut en effet se lire métaphoriquement comme un adieu à l’enfance. De nombreuses expressions du texte traduisent ce passage de l’adolescence à l’âge adulte : « Tu es partie comme un voleur,/Tu ne m’as laissé que quelques vagues souvenirs ». Comme si le narrateur cherchait à se remémorer douloureusement le paradis perdu de l’enfance : tous ces moments fugaces disparus « au milieu des étoiles » (v. 7)… La nuit figure ainsi les ombres rassurantes du passé, où l’on ne se préoccupe que de « rêver au milieu des étoiles », où l’on cherche à « se camoufler/Derrière la voie lactée » (v. 15-16) sans se poser de questions, par opposition au jour qui est une confrontation avec le monde réel :

Pourquoi m’as-tu laissée seule avec la réalité ?
Pourquoi l’as-tu laissée prendre ta place ?

Cette prière à la nuit est donc un poème à la fois empreint de lyrisme, sorte de dialogue presque intimiste avec la nature, et une méditation sur la fuite du temps qui débouche plus fondamentalement sur une réflexion d’ordre existentiel et mémoriel : les « quelques vagues souvenirs/Qui voguent à présent tels un bateau frêle/Sur l’océan de mon esprit » (v. 18-20) posent en fait une vaste question qu’on pourrait résumer ainsi : « Qui suis-je ? » 

Comme nous avons essayé de le montrer, cette dimension introspective de la mémoire est essentielle : si nous avons personnifié la nuit, c’est que la nature parle à notre âme, objectivité et subjectivité sont ici inséparables. Mais la nuit est également un double du narrateur : les questions qu’il lui pose ne sont-elles pas les questions qu’il se pose ? Les nombreux enjambements présents dans le texte, outre qu’ils lui donnent un rythme ample, traduisent cette dynamique si complexe du temps et du souvenir, qui fait de l’adolescence une période charnière entre l’adieu à l’enfance et l’apprentissage d’une nouvelle vie en devenir…

© Marine P. et Jeanne J., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Julie


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, dimanche 26 juin, la contribution de Julie
Précédentes publications : samedi 25 juin : Kassandra ; vendredi 24 juin : Lucie ; vendredi 24 juin : Mélinda ; jeudi 23 juin : Lou ; jeudi 23 juin : Noémie et Emma ; vendredi 3 juin : Pauline ; vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications : Marine et Jeanne, Jessica…

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« Rêves d’ailleurs »

par Julie D.
Classe de Première ES2

J’ai rêvé tant de fois de vivre
L’innocente vertu du vent,
D’entendre le léger murmure de la liberté
J’ai tant de fois soupiré : « partir loin d’ici » !

Le rêve n’est qu’un voyage incertain,
Le voyage n’est que songe
Dont le souvenir est inoubliable :
Mon esprit s’évade dans le désert étoilé de la nuit

Tel les plumes d’une colombe qui virevolte dans les airs :
Ces plumes atterrissent plus loin sur la terre
Ô triste réalité ! Pensées nourries de rêves éphémères
Et de voyages inachevés !


Sur_les_bords_du_Nil_Copyright_Bruno_Rigolt_2016Illustration : © 2016, Bruno Rigolt, « Sur les bords du Nil »  (dessin, photographie retouchée et pastel numérique)

Le point de vue de l’auteure…

Intitulé « Rêves d’ailleurs », ce poème est l’expression d’une profonde envie de voyage. Comme l’a si bien exprimé Baudelaire, le départ de l’homme pour un voyage allégorique est la seule façon d’échapper à l’insuffisance du réel :

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir […]
Et qui rêvent […]
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,

Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom ! »

Au sentiment de la réalité comme spleen, le désir de voyage est une manière de donner un sens à la vie : telle Anna de Noailles, dans « Le Port de Palerme », j’aurais pu évoquer « cet éternel souhait du cœur humain : partir ! » ou m’exclamer avec Mallarmé dans « Brise marine » : « fuir ! Là-bas fuir… »

Loin d’être un désir superficiel ou passager, le voyage apparaît comme une quête profondément existentielle. Et si dans ce poème, je me suis laissée guider par mes sentiments et mes émotions, c’est pour conférer au voyage la mission d’atteindre un idéal « pur ». Le but n’est pas d’aller vers un lieu précis, mais de s’évader en rêve à travers une succession de non-lieux : le vent, ou « le désert étoilé de la nuit » (v. 8).

Insatisfait de ce monde, l’esprit voyage à la recherche d’un lieu idéal, d’un paradis rempli de symboles : l’hypallage double des vers 2 et 3 fait que le vent devient une « vertu », et la liberté, un « léger murmure ». De fait, dans le monde de la poésie, tout est possible : elle nous permet, comme Alice, d’entreprendre un voyage « au pays des merveilles ». « Voyage incertain » (v. 5), tel un mirage d’Orient qui entraîne l’esprit à l’autre bout de la terre vers des lieux lointains, bercé par les parfums capiteux des fleurs exotiques, de la myrrhe, de l’encens ou des roses.

La dernière strophe est comme un retour douloureux à la « triste réalité » (v. 11) : pourtant, à la manière des symbolistes, la fin du texte qui évoque les « rêves éphémères » et les « voyages inachevés » met en évidence le pouvoir évocateur de la poésie : n’est-ce pas elle qui permet de faire un voyage métaphorique ? Comme l’affirmait Baudelaire, « ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière ».

C’est bien l’art poétique en effet, par sa puissance transfiguratrice, qui permet cette alchimie, capable de rendre plus réelle la signification transcendante des mots que la réalité immanente qu’ils désignent. La poésie apparaît dès lors plus profonde, plus sensée, voire plus vraisemblable que la vie elle-même.

Porteuse d’imaginaire, toute chargée de plénitude et d’allégorie, elle prend ainsi son sens : fuite vers un ailleurs primitiviste, goût pour la liberté, quête de l’ineffable : le voyage apparaît comme un déchiffrement des mystères du monde…

© Julie D., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Kassandra


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
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Aujourd’hui, samedi 25 juin, la contribution de Kassandra
Précédentes publications : vendredi 24 juin : Lucie ; vendredi 24 juin : Mélinda ; jeudi 23 juin : Lou ; jeudi 23 juin : Noémie et Emma ; vendredi 3 juin : Pauline ; vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
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« Souvenir d’un ange »

par Kassandra G.
Classe de Première ES2

Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ?
Je me souviens de tous ces moments
Heureux, malheureux,
Où nous avons tant partagé ensemble…

Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ?
Chaque jour je te sens près de moi,
Chaque heure qui frissonne je pense à toi,
Je pense à ce que l’on était.

Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ?
Sais-tu où je suis, ce que je vis, ce que je ressens ?
Me souviendrai-je de toi dans quelques années ?
Je ne sais pas où tu es, ce que tu vis, ce que tu ressens.

Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ?
Je me souviens du jour où tu nous as quittés.
Je suis dans un endroit sombre depuis que tu es parti.
Je ne sais plus quoi ressentir : que le vide, que le vide…


Janmot le vol de l'âmeLouis Janmot (1814–1892), Le Poème de l’âme, « Le Vol de l’âme » (détail)
Lyon, Musée des Beaux-Arts

Le point de vue de l’auteure…

« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! »… Ce vers célèbre de Lamartine extrait du poème « L’Isolement » résume à lui seul ces heures de souffrance et de deuil que l’on peut éprouver après la perte d’un être cher. À ce titre, ma poésie s’intitule « Souvenir d’un ange » en hommage à ces personnes qui nous ont quittés et que nous ne reverrons plus. Avec le temps tout disparaît, tout s’efface sauf le souvenir, qui lui demeure intact : la personne n’est plus là, mais quelque chose d’elle survit dans l’existence et dans la mémoire de ceux qui sont en vie.

Voici pourquoi mon poème répond d’abord à une exigence fondamentale : la nécessité de se souvenir. Mais si le texte cherche à nous plonger dans le passé, il nous pousse également au questionnement : quand on est seul, fatigué, que l’on se sent abandonné, on ne pense qu’à une chose : retrouver ces êtres qui nous étaient si chers, les voir et les avoir près de nous, entendre leur voix, sentir leur présence et leur souffle… Tant de questions restent sans réponse :

Sais-tu où je suis, ce que je vis, ce que je ressens ?
Me souviendrai-je de toi dans quelques années ?
Je ne sais pas où tu es, ce que tu vis, ce que tu ressens.

Ces questionnements submergent l’existence quotidienne : ils amènent à une profonde mélancolie qui se répète inlassablement, à l’image du premier vers de chaque strophe, dont le rythme anaphorique scande le poème : « Te souviens-tu de moi qui me souviens de toi ? ».  Comme il a été très bien dit : « Nos morts bien-aimés se souviennent-ils de nous ? Nous-mêmes, quand nous aurons franchi le redoutable passage, conserverons-nous le souvenir de ce que nous aurons fait, éprouvé, souffert ici-bas ? » |source| Autant de questions dont chacun selon sa conscience garde secrètement la réponse…

Mais sans doute il est vrai que se questionner sur la vie après la mort pose des questions fondamentales d’ordre spirituel. Certaines personnes pensent qu’il existe un « au-delà », d’autre non. Se questionner, c’est déjà croire : parler à l’autre, parti de l’autre côté de la vie, l’interpeller en lui posant directement tant de questions qui nous submergent, n’est-ce pas d’une certaine façon donner du sens ? Cette quête d’obtenir des réponses à nos questions, de savoir si l’autre pense à nous et s’il nous voit malgré le fait qu’il ne soit plus là… Tant de manières d’espérer en la vie.

L’écriture prend ainsi toute sa signification, et notamment l’écriture poétique dans ce qui la rattache à la quête du sens : ce pouvoir évocateur de la poésie, qu’ont si bien chanté les Romantiques et les poètes symbolistes est apte à nous faire traverser le fleuve de l’oubli : sur l’autre rive se trouve l’autre qui nous regarde et nous sourit. L’écriture, même si elle est empreinte de nostalgie et de tristesse profonde, n’est-elle pas là comme une « Parole », dans le sens que lui donnait l’auteur de « Barbara » ?

Se souvenir, grâce à l’écriture poétique, c’est une façon de combler le manque, l’oubli, le vide : écrire pour se souvenir, pour ne jamais oublier « tous ces moments/Heureux, malheureux,/Où nous avons tant partagé ensemble »… Et même si le poème semble profondément nostalgique, il amène par l’écriture même à une profonde espérance : se souvenir, n’est-ce pas renaître quelque part ? Et se rappeler de l’autre, n’est-ce pas en un sens le faire renaître ?

© Kassandra G., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Lucie


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, vendredi 24  juin, la contribution de Lucie
Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications : Kassandra, Julie, Marine et Jeanne, Jessica…

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« Sans titre »

par Lucie B.
Classe de Première ES2

Pour lui, écrire n’est que douleur,
Pensées blanchissant l’infinie page sans couleur
Ni joie, ni peine ne rythme les jours
Dépourvus de toute musicalité.

Aujourd’hui, perdu dans l’immensité du vide,
Le poète s’abîme à penser,
Sans trouver l’arrivée, sans trouver le quai
Se perdant dans des idées prises d’inutilité.

Mais il insiste, brouillant les pistes
Qu’il crut apercevoir.
Et tombant dans le désespoir,
Copie blanche, où furent écrites les plus belles phrases

Il part… Laissant sa plume,
Encre séchant au bout de la hampe, au bout de la brume
Comme le poète désespéré,
Je laisse ce poème entrepris mais gâché, inachevé, inachevé…


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« Sans titre », © juin 2016, Bruno Rigolt

Le point de vue de l’auteure…

Qui n’a pas connu l’angoisse de la page blanche ? Que l’on soit un écrivain reconnu ou comme moi une lycéenne, c’est une sensation douloureuse, presque angoissante que s’interroger sur les mécanismes de la création : c’est ainsi que Mallarmé, dont j’ai étudié cette année « Brise marine », parle du « vide papier que la blancheur défend ». Mon poème est précisément intitulé « Sans titre » pour évoquer cette mélancolie de l’encre noire sur « l’infinie page sans couleur ». De même, la répétition du terme « inachevé » à la fin du texte met en scène la difficulté que l’on éprouve à se dire : « J’ai achevé mon texte ». Le poème ne figure-t-il pas un aboutissement toujours inachevé ?

Que de moments de doute, d’inspiration confuse, d’exaltation et bien souvent de solitude ! Éric Bordas, dans l’Analyse littéraire, livre une intéressante remarque à ce sujet : Edgar Poe, dans un essai intitulé La Genèse d’un poème, regrettait que peu d’écrivains racontent « pas à pas, la marche progressive qu’a suivie une de [leurs] compositions pour arriver au terme définitif de son accomplissement » |source|. Écrire, c’est en effet se confronter à l’évidence d’une poème toujours inachevé, toujours à recommencer. Tel Sisyphe, il faut remonter le rocher et donner du sens à ce qui pourrait paraître quelque peu absurde : certes, il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir. Pour autant, ce moment de doute nous apprend à profiter pleinement de la vie.

D’où un sentiment très paradoxal. D’un côté, mon poème se fait l’écho d’un certain vide existentiel qu’ont si bien mis en avant des auteurs comme Baudelaire ou Mallarmé : « Ni joie, ni peine ne rythme les jours/Dépourvus de toute musicalité » : ces vers témoignent ainsi d’un profond sentiment de spleen : l’art poétique lui-même ne semble plus inspirer le poète. Mais d’autre part, cette hantise de la page blanche est constitutive de la création car elle débouche sur la vérité énigmatique du poème : même une élève comme moi connais par cœur cette « copie blanche, où furent écrites les plus belles phrases » : c’est la copie simple du classeur, la page fiévreusement arrachée du cahier… J’en connais les sortilèges, les secrets qui bruissent sous la plume : «Encre séchant au bout de la hampe, au bout de la brume »…

Écrire est donc le contraire de l’absurde : « Il faut imaginer Sisyphe heureux » disait Camus à la fin de son essai. Et au fond, rien n’est plus beau que la création. Tel est le paradoxe : écrire, c’est forcément contredire le blanc de la page : on rature, on ajoute, on raye, on crée ! C’est cette page blanche qui suscite la création, la curiosité intellectuelle, la liberté : même le manque d’inspiration devient à lui seul motif de création : à la « page sans couleurs », à « l’immensité du vide » se substitue le sens profond de l’écriture. Car même pour parler du manque de création, il faut encore créer : ce paradoxe est constitutif de l’œuvre d’art : le manque de création devient la matière même du poème, c’est-à-dire motif de création. Fût-il « gâché, inachevé, inachevé », le poème débouche sur un autre poème à naître…

© Lucie B., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Mélinda


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, vendredi 24  juin, la contribution de Mélinda
Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications : Lucie, Kassandra, Julie, Marine et Jeanne, Jessica, Mattis…

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« Envolée du vent »

par Mélinda B.
Classe de Première ES2

Le voyage mélodieux de la nostalgie semble
M’emporter dans une réalité de miel et d’ambre :

Inébranlable souvenir rougeâtre
Gémissant dans le soir ; lointaine ballade
Sauvagement dérobée de mon esprit.

C’est une plume fraîche comme la brise
D’hiver frôlant mon âme scintillante,
Envolée comme la rosée du matin

Qui voguait entre joie et mélancolie
Parmi les chemins du vent…


Turner_Light_and_colour_1843 William Turner, « Light and Colour (Goethe’s Theory) – the Morning after the Deluge – Moses Writing the Book of Genesis
« Lumière et couleur (la théorie de Goethe) – le lendemain du déluge, Moïse écrivant le livre de la genèse »
1843, Londres, Tate Gallery

Le point de vue de l’auteure…

Mon poème s’inscrit en premier lieu dans la tradition du romantisme qui prône la subjectivité et l’exaltation des sentiments. En proie à la mélancolie, le poète s’évade « dans une réalité de miel et d’ambre » : de par ses connotations orientalistes, cette image évoque l’ailleurs et les pays lointains. Entre fiction et réalité, la poésie est donc fortement associée à la représentation du paysage et à l’exaltation de la nature. Mais le paysage dont il est ici question est également un paysage d’âme, un voyage « parmi les chemins du vent »…

On retrouve à cet égard dans le texte la place centrale que le Romantique donne à la vie spirituelle par opposition au monde matériel, forcément illusoire : dès lors, le voyage s’apparente à une quête du moi intérieur et idéaliste, à une « lointaine ballade/Sauvagement dérobée de mon esprit ». Comme on le voit, la sensibilité l’emporte sur la raison. L’exaltation de la passion permet d’accéder à la pureté : « C’est une plume fraîche comme la brise/D’hiver frôlant mon âme scintillante ».

De fait, point de désespoir dans ce texte, ni de méditation pathétique stérile. Ce qui domine au contraire est le dépassement du moi par le spirituel, comme le suggère l’image lumineuse de cette « âme scintillante/Envolée comme la rosée du matin ». « Intimité, spiritualité », dira Baudelaire en 1846 à propos du phénomène romantique. De tels propos me semblent parfaitement s’appliquer à mon poème : le paysage a en effet une portée allégorique puisqu’il reflète parfaitement l’âme du romantique, colorée par les passions qui agitent le cœur.

Paysage onirique d’une part, comme le suggère le réseau lexical du voyage et de l’ailleurs. Paysage métaphysique d’autre part, qui élève la pensée jusqu’à la méditation sur le temps qui passe : la métaphore du premier vers associe ainsi la nostalgie à un « voyage mélodieux » dont la musique, tantôt joyeuse, tantôt mélancolique (v.9) semble se prolonger jusqu’à l’inaccessible, jusqu’à l’ineffable : « Parmi les chemins du vent ».

Cette dernière image sur laquelle se clôt le texte exprime ainsi la relation spirituelle de l’auteure avec la nature afin de donner vie aux visions les plus intérieures : pour moi, quand je regarde un paysage, ce n’est pas la réalité qui m’intéresse mais plutôt l’allégorie, le symbole, et pourquoi pas son aspect mystique : le monde visible apparaît dès lors comme l’image d’une réalité spirituelle et « métaphysique » que j’ai voulu exprimer en donnant pour titre à mon poème : « Envolée du vent ».

© Mélinda B., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Lou


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, jeudi 23 juin, la contribution de Lou
Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications de la semaine : Lou, Lucie, Melinda.

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« Dans le voyage heureux de l’horizon »

par Lou C.
Classe de Première ES2

Ô lumière australienne douce comme un sourire d’enfant :
Les baisers argentés de l’humanité sont la beauté nue
De la main du soleil de Perth

Ô montagnes mielleuses d’un voyage douloureux :
C’est l’océan Indien rubis qui submerge ma tête
Remplie de souvenirs

Dans le tombeau de la mer, mes yeux fragiles plongent
Dans le voyage heureux de l’horizon
J’ai perdu dans ses flux majestueux

L’éternel pouvoir inconnu  de l’amour,
Et à la tombée de l’envie,
J’apprend la douceur splendide de la nuit !


coucher-de-soleil-Broome-Australie_2
Illustration choisie par Lou : Broome (région de Kimberley, en Australie occidentale).
Source : Lara Dunston |wanderlust.co.uk|

Le point de vue de l’auteure…

Depuis toute petite, ces immenses contrées de la Westralie m’ont toujours fait rêver : l’Australie occidentale évoque en effet à mes yeux, bien plus qu’un immense territoire, une histoire où tout semble possible… Avant d’être un poème, mon texte est donc d’abord un voyage au cœur du Kimberley  : les mots semblent avoir traversé un océan de poussière rouge, comme en témoigne l’allusion à « l’océan Indien rubis ». Tout le texte invite dès lors à une plongée « dans le voyage heureux de l’horizon », au milieu de plages à perte de vue et de reliefs spectaculaires.

On voit en outre dans ce poème une nette inspiration romantique, empreinte de lyrisme. Cet aspect est largement développé dans le texte par tout un imaginaire du voyage, qui peut faire penser à la fois à l’orientalisme, avec tout ce qui relève du primitivisme et la quête d’une nature vierge (notamment les vastes étendues de sable blanc de la région de Kimberley en Australie Occidentale, avec leurs eaux turquoise, et leur nature éblouissante), mais aussi l’exaltation de la passion comme en témoigne l’allusion à Perth, capitale de l’État d’Australie Occidentale.

Terre d’explorateurs, de voyageurs, pays presque mythique, sorte d’Eldorado… Voilà pour moi ce qu’est l’Australie. J’ai voulu rendre compte de cette attirance par le travail stylistique que j’ai opéré, notamment les métaphores, et les jeux sur les connotations ; l’hypallage du dernier vers (envie à la place de nuit) résume à lui seul mon attirance pour la terre australe : attirance qui invite presque au déchiffrement. En ce sens, le poème est initiatique : il amène, comme l’aurait dit Rimbaud, à se faire « voyant » : la poésie apparaît ainsi comme un art du déchiffrement, du voyage métaphysique.

Ce rêve australien n’est donc pas qu’un voyage vers un ailleurs infini et rêvé, c’est aussi une quête poétique : quête fiévreuse d’un au-delà du langage, voyage métaphorique qui plonge le lecteur dans la connaissance presque mystérieuse, riche en connotations multiples, d’un pays enchanteur et fascinant. Porteuse d’imaginaire et de symboles qui embrassent un passé immémorial, l’Australie suscite ainsi des sensations multiples, et à la façon d’un rêve, elle m’invite l’espace d’un instant, à voyager vers un univers inconnu, qui est autant un questionnement qu’une réponse…

© Lou C., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Noémie et d'Emma


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

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Aujourd’hui, jeudi 23 juin, la contribution de Noémie et d’Emma
Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications de la semaine : Lou, Lucie, Melinda.

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« Là-bas, où commence la mer »

par Noémie H. et Emma M.
Classe de Première ES2

Voici
L’enfant jadis perdu
Dans l’exquis parfum de l’Occident
Voici
l’enfant qui marche
Dans un désert inconnu
Parmi les déséquilibres de l’Orient.

Aujourd’hui ses aventures ne sont que vagues nuances
Lire, écrire… Tenter de vivre
Quotidiennes souffrances

Monde de présence
Billets bleus d’absence

Alors l’enfant prit sa barque

Pour aller haut là-bas

Où commence la mer…
enfant noémie_emma_7 © juin 2016, Noémie, Emma. Retouches numériques : Bruno Rigolt

Le point de vue des auteures…

Dans ce poème, nous avons voulu exploiter le thème du handicap en évoquant un enfant analphabète. La problématique du handicap nous semble en effet un sujet grave et il nous a paru à ce titre important de parler des enfants qui ont peu ou n’ont pas de langage, et dont l’accès au savoir est rendu difficile. L’enfant en situation de handicap qui vient à l’école bouscule à ce point le milieu dans lequel il arrive qu’il se sent parfois rejeté. Une telle situation est suggérée dans le texte par la métaphore de « l’enfant qui marche dans un désert inconnu ».

Ce « désert inconnu » est en réalité le système social et ses multiples obstacles : La peur et l’indifférence qui surgissent fréquemment, lorsqu’il s’agit d’approcher des personnes handicapées, sont évoquées à travers une série de termes s’inscrivant dans le champ lexical de l’isolement : « désert inconnu », « déséquilibres », « vagues nuances », « quotidiennes souffrances »…

D’une manière générale, le devenir scolaire d’un enfant handicapé demeure très incertain, ce qui explique les connotations que nous avons choisies : la traversée du désert suggère bien l’idée qu’il est très difficile pour les enfants de faire des projets à long terme. Pour l’enfant, l’école est une souffrance, une angoisse : il a vraiment peur d’y aller, à cause de ce handicap qui le enfant noémie_emma_5traumatise, malgré le « monde de présence » des adultes prêts à l’aider. Un peu comme si l’enfant ne voyait plus le système éducatif qu’à travers les « billets bleus d’absences », référence directe aux retards possibles, mais allusion plus implicite au thème de la fugue.

La fin du texte résonne en effet comme un élément de résolution : face à ces « quotidiennes souffrances » que constitue l’acte de « lire, écrire », l »enfant ne pense qu’à s’évader : l’image de la barque, qui fait penser aux fugues de Rimbaud décrites dans « Le bateau ivre », est comme un voyage métaphorique « pour aller haut là-bas, où commence la mer… ». Nous comprenons qu’entre désir suicidaire et envie de partir, le voyage est associé à une quête identitaire : c’est « haut là-bas » que l’enfant cherche à donner du sens à sa vie, d’où les points de suspension qui suggèrent un espace métaphorique, fait de non-dits, espace infiniment plus vaste que le « dit ».

Les derniers mots du texte sont un hommage aux grands poètes comme Baudelaire ou Mallarmé. Cet enfant, c’est presque « l’étranger » de Baudelaire, dans sa contemplation des « merveilleux nuages ». Prisonnier d’un système spleenétique révélant la discrimination et face à toutes les restrictions auxquelles il doit se plier, l’enfant est en quête d’un idéal qu’il ne peut trouver qu’en prenant sa barque frêle pour aller « haut là-bas où commence la mer ». Nous avons aussi songé à Mallarmé quand il s’exclame : « fuir ! Là-bas fuir ! » dans « Brise marine ». La barque suggère ainsi un voyage vers un ailleurs indéfini, envisagé dans la perspective d’une douloureuse quête de soi…

© Noémie H., Emma M., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Noémie et d’Emma


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, jeudi 23 juin, la contribution de Noémie et d’Emma
Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaines publications de la semaine : Lou, Lucie, Melinda.

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« Là-bas, où commence la mer »

par Noémie H. et Emma M.
Classe de Première ES2

Voici
L’enfant jadis perdu
Dans l’exquis parfum de l’Occident
Voici
l’enfant qui marche
Dans un désert inconnu
Parmi les déséquilibres de l’Orient.

Aujourd’hui ses aventures ne sont que vagues nuances
Lire, écrire… Tenter de vivre
Quotidiennes souffrances

Monde de présence
Billets bleus d’absence

Alors l’enfant prit sa barque

Pour aller haut là-bas

Où commence la mer…
enfant noémie_emma_7 © juin 2016, Noémie, Emma. Retouches numériques : Bruno Rigolt

Le point de vue des auteures…

Dans ce poème, nous avons voulu exploiter le thème du handicap en évoquant un enfant analphabète. La problématique du handicap nous semble en effet un sujet grave et il nous a paru à ce titre important de parler des enfants qui ont peu ou n’ont pas de langage, et dont l’accès au savoir est rendu difficile. L’enfant en situation de handicap qui vient à l’école bouscule à ce point le milieu dans lequel il arrive qu’il se sent parfois rejeté. Une telle situation est suggérée dans le texte par la métaphore de « l’enfant qui marche dans un désert inconnu ».

Ce « désert inconnu » est en réalité le système social et ses multiples obstacles : La peur et l’indifférence qui surgissent fréquemment, lorsqu’il s’agit d’approcher des personnes handicapées, sont évoquées à travers une série de termes s’inscrivant dans le champ lexical de l’isolement : « désert inconnu », « déséquilibres », « vagues nuances », « quotidiennes souffrances »…

D’une manière générale, le devenir scolaire d’un enfant handicapé demeure très incertain, ce qui explique les connotations que nous avons choisies : la traversée du désert suggère bien l’idée qu’il est très difficile pour les enfants de faire des projets à long terme. Pour l’enfant, l’école est une souffrance, une angoisse : il a vraiment peur d’y aller, à cause de ce handicap qui le enfant noémie_emma_5traumatise, malgré le « monde de présence » des adultes prêts à l’aider. Un peu comme si l’enfant ne voyait plus le système éducatif qu’à travers les « billets bleus d’absences », référence directe aux retards possibles, mais allusion plus implicite au thème de la fugue.

La fin du texte résonne en effet comme un élément de résolution : face à ces « quotidiennes souffrances » que constitue l’acte de « lire, écrire », l »enfant ne pense qu’à s’évader : l’image de la barque, qui fait penser aux fugues de Rimbaud décrites dans « Le bateau ivre », est comme un voyage métaphorique « pour aller haut là-bas, où commence la mer… ». Nous comprenons qu’entre désir suicidaire et envie de partir, le voyage est associé à une quête identitaire : c’est « haut là-bas » que l’enfant cherche à donner du sens à sa vie, d’où les points de suspension qui suggèrent un espace métaphorique, fait de non-dits, espace infiniment plus vaste que le « dit ».

Les derniers mots du texte sont un hommage aux grands poètes comme Baudelaire ou Mallarmé. Cet enfant, c’est presque « l’étranger » de Baudelaire, dans sa contemplation des « merveilleux nuages ». Prisonnier d’un système spleenétique révélant la discrimination et face à toutes les restrictions auxquelles il doit se plier, l’enfant est en quête d’un idéal qu’il ne peut trouver qu’en prenant sa barque frêle pour aller « haut là-bas où commence la mer ». Nous avons aussi songé à Mallarmé quand il s’exclame : « fuir ! Là-bas fuir ! » dans « Brise marine ». La barque suggère ainsi un voyage vers un ailleurs indéfini, envisagé dans la perspective d’une douloureuse quête de soi…

© Noémie H., Emma M., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), juin 2016.
Espace Pédagogique Contributif

Exposition de poésies… 1ère ES2 : Dis-moi un « poaime ». Aujourd’hui, la contribution de Pauline


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La classe de Première ES2 du Lycée en Forêt est fière de vous présenter une exposition exceptionnelle : « Dis-moi un Po-aime »… Plusieurs fois par semaine, les élèves vous inviteront à partager l’une de leurs créations poétiques…
Bonne lecture !

frise_1

Aujourd’hui, mercredi 1er juin, la contribution de Pauline
Précédentes publications : vendredi 20 mai, Agatha et Léa ; dimanche 15 mai : Furkan ; samedi 14 mai : Céline ; mardi 10 mai : Alyssa et Ninon ; dimanche 8 mai, Aymmy ; vendredi 6 mai, Aymeric ;
Prochaine publication de la semaine : dimanche 5 juin : Emma et Noémie ; mardi 7 juin : Lou ;
dimanche 12 juin : Lucie

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« Une histoire d’amour et d’eau fraîche »

par Pauline L.
Classe de Première ES2

Les flots ont emporté l’écho du silence.

Le soleil se lève sur les rivages de mon cœur

Vide ! Tels sont les rives sans amour.

Sans amour, mon âme lève l’ancre

Vers un voyage mystique

À la rencontre de ton cœur solitaire

Perdu dans une mélancolie sombre.

frise_1


En été, sur la Méditerranée_Copyright_Bruno Rigolt_2015_2016« En été, sur la Méditerranée , un soir » : © août 2015-juin 2016, Bruno Rigolt
Photographie retouchée numériquement

Le point de vue de l’auteure…

André Breton (1896-1966) et Philippe Soupault (1897-1990), deux auteurs majeurs du Surréalisme, écrivaient dans Les Champs magnétiques qu’il fallait « soustraire les mots à leur usage purement utilitaire », « les émanciper et […] leur rendre leur pouvoir »… Ces expressions que j’ai découvertes au hasard d’une lecture¹ m’ont interpellée : de même qu’André Breton suggérait que pour composer un poème, il fallait tirer des mots jetés au hasard dans un chapeau, je me suis moi-même amusée à composer mon texte au hasard des mots : les choisissant au gré de mon imagination, ou en tournant arbitrairement les pages d’un livre…

Or, quelle n’a pas été ma surprise de constater que ce que je croyais entièrement dépendant du hasard était bien guidé en réalité par mon inconscient : quand j’ai commencé à associer les mots entre eux, je me suis rendu compte qu’ils étaient presque toujours centrés sur les thèmes de l’amour et du voyage. Sans doute les avais-je choisis moins arbitrairement que je le croyais de prime abord ! De fait, surtout quand on est adolescent, ne rêve-t-on pas de partir vers d’autres rivages ? Cette envie d’ailleurs est je crois à la base de tout poème : avant de nous rapprocher du réel, la poésie au contraire nous en éloigne.

Même si le Surréalisme m’a influencée au niveau des procédés d’écriture, c’est plus fondamentalement le mouvement romantique qui m’a profondément marquée au niveau de la thématique du texte : comme le chantait la poétesse Anna de Noailles dans « Le port de Palerme », « […] j’entendais jaillir/Cet éternel souhait du cœur humain : partir ! ». La poésie est en effet un voyage immobile, un voyage métaphorique. En écrivant par exemple « Les flots ont emporté l’écho du silence », ou « mon âme lève l’ancre », j’ai voulu suggérer cet embarquement, ce voyage au pas des mots, qui est aussi un voyage au pays du rêve.

Le registre lyrique, qui privilégie l’expression des sentiments, met évidemment en valeur le thème de l’amour que j’évoquais précédemment et dont le champ lexical parcourt le texte. Mais en réalité, c’est plutôt l’absence d’amour qui domine : tout se résume donc à la confrontation de deux concepts : amour et absence comme en témoigne l’enjambement des vers 2 et 3 renforcé par la tonalité exclamative : « Le soleil se lève sur les rivages de mon cœur/Vide ! ». Par définition, l’amour romantique est une telle quête d’absolu qu’il ne trouve malheureusement dans la réalité qu’un écho vide à cette quête ardente et quasi mystique. Tel est le sens qu’il convient d’accorder par exemple à ces vers :

mon âme lève l’ancre
Vers un voyage mystique
À la rencontre de ton cœur solitaire

Cette vision mélancolique qui se dessine peu à peu de l’amour, associée à la tonalité élégiaque du texte est intensifiée par la répétition de l’expression « sans amour » qui accentue ce sentiment de vide et d’absence. Le personnage de ce poème semble ainsi en quête d’un amour d’autant plus beau qu’il est impossible : au désespoir du poète, seul répond « l’écho du silence », dont l’expression est presque un oxymore : on peut se demander en effet comment le silence peut avoir un écho. J’ai voulu ici mettre en évidence l’idée selon laquelle le silence est presque une musique dont il faut écouter les paroles : car c’est bien d’une quête qu’il s’agit, d’un déchiffrement.

J’en viens justement à la dimension symbolique du poème. Qu’il me soit tout d’abord permis de revenir sur le mot « vide » que j’ai employé au vers 3. Le fait qu’il soit placé en rejet montre bien cette solitude : un peu comme si le mot lui-même était marginalisé, à la dérive de la phrase… Parce qu’il est écrit en vers libres, mon poème évoque selon moi cette quête d’infini et d’idéal que j’ai souhaité mettre en valeur.  Enfin, le dernier élément qui marque bien le symbolisme est la métaphore de « l’âme [qui] lève l’ancre », référence à l’appareillage d’un navire quittant le port pour un voyage infini, très loin, à l’autre bout du monde : « voyage mystique » qui trouve des échos dans la poésie de Baudelaire ou de Mallarmé : seule l’exaltation du Grand Amour permet d’accéder à l’essentiel.

Voici pourquoi, pour moi, quand je regarde un paysage, ce n’est pas la réalité qui m’intéresse mais plutôt l’allégorie, le symbole, et pourquoi pas son aspect mystique et métaphysique : l’au-delà. Cette « histoire d’amour et d’eau fraîche » dont il est question ici, et que connaissent tous les adolescents est bien plutôt une histoire triste comme un rendez-vous d’amour manqué : histoire de larmes, histoire d’un non-amour. Ainsi le personnage du texte semble parti à la recherche de l’impossible lieu de l’impossible rêve de l’impossible amour… Comme en témoignent les derniers mots du texte :  « À la rencontre de ton cœur solitaire /Perdu dans une mélancolie sombre »…

© Pauline L., classe de Première ES2 (promotion 2015-2016), mai 2016.
Espace Pédagogique Contributif

  1. Marc Saporta, Henri Béhar, André Breton ou le surréalisme, même. Textes réunis par Marc Saporta avec le concours d’Henri Béhar, éd. L’Âge d’homme, Lausanne 1998,  page 19.