Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Nazim Hikmet

 

← Illustration : d’après François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Nazim Hikmet (1901 Salonique — 1963 Moscou )… TURQUIE

Hier, mardi 30 juillet : Marceline Desbordes-Valmore… FRANCE
Demain, jeudi 1er août : Roberto Juarroz… ARGENTINE

Bugün Pazar

Bugün pazar.
Bugün beni ilk defa güneşe çıkardılar.
Ve ben ömrümde ilk defa
_____gökyüzünün bu kadar benden uzak
_____Bu kadar mavi
_____Bu kadar geniş olduğuna şaşarak
_____Kımıldamadan durdum.
Sonra saygıyla toprağa oturdum.
Dayadım sırtımı duvara.
Bu anda ne düşmek dalgalara,
Bu anda, ne hürriyet, ne karım.
Toprak, güneş ve ben…
Bahtiyarım.

                      

Aujourd’hui c’est dimanche

Aujourd’hui c’est dimanche
Aujourd’hui c’est la première fois qu’ils m’emmènent au soleil.
Et moi pour la première fois de ma vie
           stupéfait de voir le ciel si loin de moi
           si bleu
           si vaste
           je suis resté sans bouger.
Ensuite je me suis assis par terre avec respect.
J’ai appuyé mon dos contre le mur blanc
En cet instant pas de jeux dans les vagues
En cet instant, pas de liberté, pas d’épouse.
Juste la terre, le soleil et moi…
Je suis heureux.

Nazim Hikmet
in Jean Pinquié, Levent Yilmaz, Anthologie de la poésie turque contemporaine,
Préface de Nedim Gürsel, Publisud, Paris 1991, pages 34-35.

Pour écouter ce poème lu en turc, cliquez ici.

Illustration : Nazim Hikmet/Edvard Munch « Mélancolie » (Photomontage, © Bruno Rigolt, juillet 2013)

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Marceline Desbordes-Valmore

 

← Illustration : d’après François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Marceline Desbordes-Valmore
(1786, Douai — 1859, Paris)… FRANCE

Hier, lundi 29 juillet : William Carlos Williams ÉTATS-UNIS
Demain, mercredi 31 juillet : Nazim Hikmet… TURQUIE

Les roses de Saadi

J’ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore
Poésies inédites, dernier recueil (1860)
Pour voir le texte dans l’édition originale, cliquez ici.

Illustration : Henri Matisse, « Roses devant une fenêtre » (coll. privée), 1925

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : William Carlos Williams

 

← Illustration : d’après François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… William Carlos Williams
(1883 — 1963, Rutherford)… ÉTATS-UNIS

Hier, dimanche 28 juillet : Adélia Prado… BRÉSIL
Demain, mardi 30 juillet : Marceline Desbordes-Valmore… FRANCE

 The Existentialist’s Wife L’Épouse de l’Existentialiste

I used to follow je suivais
the seasons les saisons
in this semi-northern sous ce climat

climate presque du nord
and the Warblers et les Fauvettes
that come qui viennent

in May knew en Mai savaient reconnaître
the Parula from la Parula
the myrtle et le myrte

when I found it depuis que je l’ai trouvée
dead on morte sur
the lawn there is la pelouse il n’y a

no season but de saison
the one plus qu’une seule
for me now pour moi maintenant

William Carlos Williams
Pictures from Brueghel and Other Poems (1962)
Traduction : Bruno Rigolt

Pour lire ce poème dans l’édition originale, cliquez ici.

Illustration : © Bruno Rigolt, « L’oiseau mort » (peinture numérique, 2013)

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Adélia Prado

 

← Illustration : François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Adélia Prado (1935, Divinópolis —      )… BRÉSIL

Hier, samedi 27 juillet : Mohammed Dib… ALGÉRIE
Demain, lundi 29 juillet : William Carlos Williams… ÉTATS-UNIS

 Antes do nome

Não me importa a palavra, esta corriqueira.
Quero é o esplêndido caos de onde emerge a sintaxe,
os sítios escuros onde nasce o « do », o « aliás »,
o « o », o « porém » e o « que », esta incompreensível
muleta que me apoia. 
Quem entender a linguagem entende Deus
cujo filho é o Verbo. Morre quem entender.
A palavra é disfarce de uma coisa mais grave, surda-muda,
foi inventada para ser calada.
Em momentos de graça, infrequentíssimos,
se poderá apanhá-la : um peixe vivo com a mão.
Puro susto e terror.

Adélia Prado
Bagagem, Imago Editora, Rio de Janeiro 1976

Avant le nom

Peu m’importe le mot, ce lieu commun.
Ce que je veux, c’est le chaos splendide d’où émerge la syntaxe,
les zones d’ombre où naît le « de », le « d’ailleurs »
le « ou », le « cependant » et le « que », cette incompréhensible
béquille qui me soutient.
Qui comprend le langage comprend Dieu
dont le fils est le Verbe. Qui comprend meurt.
Le mot est déguisement d’une chose plus grave, sourde-muette,
il a été inventé pour être tu.
En des moments de grâce, si rares,
on pourra le saisir tel un poisson vivant avec la main.
Épouvante pure et terreur.

Adélia Prado
Bagagem (Bagages), Imago Editora, Rio de Janeiro 1976
(Traduction : Bruno Rigolt)

Illustration : Hans Hartung (sans titre, circa 1956), encre de chine sur papier 

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Mohammed Dib

 

← Illustration : d’après François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Mohammed Dib (Tlemcen, Algérie 1920 – La Celle Saint-Cloud, France 2003)… ALGÉRIE
(M. Dib est un écrivain algérien de langue française)

Hier, vendredi 26 juillet : Renée Vivien… FRANCE
Demain, dimanche 28 juillet : Adélia Prado… BRÉSIL

 

épeler l’envers

 

crois mémoire d’arrière-saison
sur l’argile déflorée des glaisières
et fais les jours passer
comme à travers une absence

peut-être prendre la route de désir
que le cœur ne sait plus prolonger
peut-être l’heure de canicule noire
d’un autre désir couché sous les eaux

ou le sable léger confident de l’oubli
et la profondeur solaire que prodigue
une urne de connaissance invisible

souhait inventé par les lois anonymes
saison secondaire qui vends tes secrets
tes morts et les innocences de l’été

Mohammed Dib
Formulaires, éd. du Seuil, Paris 1970
Reproduit dans Œ
uvres complètes de Mohammed Dib, I Poésies. Édition établie et présentée par Habib Tengour,
Éditions de la Différence Paris 2007, page 65.


Illustration : René Magritte, « La Mémoire » (1948). Musée d’Ixelles, Bruxelles

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Renée Vivien

 

← Illustration : d’après François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Renée Vivien
(Pauline Mary Tarn, 1877, Londres — Paris, 1909)… FRANCE

Hier, jeudi 25 juillet : Anne-Marie Alonzo… QUÉBEC
Demain, samedi 27 juillet : Mohammed Dib… ALGÉRIE

 

La Conque

Passants, je me souviens du crépuscule vert
Où glissent lentement les ombres sous-marines,
Où les algues de jade au calice entr’ouvert
Étreignent de leurs bras fluides les ruines
Des vaisseaux autrefois pesants d’ivoire et d’or.
Je me souviens du soir où la nacre s’irise,
Où dorment les anneaux, étincelants encor,
Que donnaient à la mer ses époux de Venise.
Passants, je me souviens du mystique travail
Des vivants jardins qui recèlent, virginales,
L’anémone et la mousse et la fleur du corail
Dont l’effort des remous avive les pétales,
Rose animale et rouge éclose dans la nuit.
Je me souviens d’avoir bu l’odeur de la brume
Et d’avoir contemplé le sillage qui fuit
En laissant sur les flots une neige d’écume.
Je me souviens d’avoir vu, sur l’azur changeant
Des vagues, refleurir les astres du phosphore.
Mon lit d’amour était le doux sable d’argent.
Je me souviens d’avoir frôlé le madrépore
En ses palais, d’avoir vu les lambeaux empreints
De sel, qui furent des bannières déployées,
D’avoir pleuré les yeux et les cheveux éteints
Et les membres meurtris des Amantes noyées…
J’ai connu les frissons de leur baiser amer.
Dans mon cœur chante encor la musique illusoire
De l’Océan. — Je garde en ma frêle mémoire
Le murmure et l’haleine et l’âme de la mer.

Renée Vivien
 
Évocations, 1903
Le texte ainsi que le recueil sont consultables sur BnF-Gallica.

Illustration : Odilon Redon (1840-1916), « La Coquille », 1912 (pastel)
Paris, Musée d’Orsay