Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Nazim Hikmet

 

← Illustration : d’après François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Nazim Hikmet (1901 Salonique — 1963 Moscou )… TURQUIE

Hier, mardi 30 juillet : Marceline Desbordes-Valmore… FRANCE
Demain, jeudi 1er août : Roberto Juarroz… ARGENTINE

Bugün Pazar

Bugün pazar.
Bugün beni ilk defa güneşe çıkardılar.
Ve ben ömrümde ilk defa
_____gökyüzünün bu kadar benden uzak
_____Bu kadar mavi
_____Bu kadar geniş olduğuna şaşarak
_____Kımıldamadan durdum.
Sonra saygıyla toprağa oturdum.
Dayadım sırtımı duvara.
Bu anda ne düşmek dalgalara,
Bu anda, ne hürriyet, ne karım.
Toprak, güneş ve ben…
Bahtiyarım.

                      

Aujourd’hui c’est dimanche

Aujourd’hui c’est dimanche
Aujourd’hui c’est la première fois qu’ils m’emmènent au soleil.
Et moi pour la première fois de ma vie
           stupéfait de voir le ciel si loin de moi
           si bleu
           si vaste
           je suis resté sans bouger.
Ensuite je me suis assis par terre avec respect.
J’ai appuyé mon dos contre le mur blanc
En cet instant pas de jeux dans les vagues
En cet instant, pas de liberté, pas d’épouse.
Juste la terre, le soleil et moi…
Je suis heureux.

Nazim Hikmet
in Jean Pinquié, Levent Yilmaz, Anthologie de la poésie turque contemporaine,
Préface de Nedim Gürsel, Publisud, Paris 1991, pages 34-35.

Pour écouter ce poème lu en turc, cliquez ici.

Illustration : Nazim Hikmet/Edvard Munch « Mélancolie » (Photomontage, © Bruno Rigolt, juillet 2013)

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Marceline Desbordes-Valmore

 

← Illustration : d’après François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Marceline Desbordes-Valmore
(1786, Douai — 1859, Paris)… FRANCE

Hier, lundi 29 juillet : William Carlos Williams ÉTATS-UNIS
Demain, mercredi 31 juillet : Nazim Hikmet… TURQUIE

Les roses de Saadi

J’ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore
Poésies inédites, dernier recueil (1860)
Pour voir le texte dans l’édition originale, cliquez ici.

Illustration : Henri Matisse, « Roses devant une fenêtre » (coll. privée), 1925

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : William Carlos Williams

 

← Illustration : d’après François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… William Carlos Williams
(1883 — 1963, Rutherford)… ÉTATS-UNIS

Hier, dimanche 28 juillet : Adélia Prado… BRÉSIL
Demain, mardi 30 juillet : Marceline Desbordes-Valmore… FRANCE

 The Existentialist’s Wife L’Épouse de l’Existentialiste

I used to follow je suivais
the seasons les saisons
in this semi-northern sous ce climat

climate presque du nord
and the Warblers et les Fauvettes
that come qui viennent

in May knew en Mai savaient reconnaître
the Parula from la Parula
the myrtle et le myrte

when I found it depuis que je l’ai trouvée
dead on morte sur
the lawn there is la pelouse il n’y a

no season but de saison
the one plus qu’une seule
for me now pour moi maintenant

William Carlos Williams
Pictures from Brueghel and Other Poems (1962)
Traduction : Bruno Rigolt

Pour lire ce poème dans l’édition originale, cliquez ici.

Illustration : © Bruno Rigolt, « L’oiseau mort » (peinture numérique, 2013)

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Adélia Prado

 

← Illustration : François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Adélia Prado (1935, Divinópolis —      )… BRÉSIL

Hier, samedi 27 juillet : Mohammed Dib… ALGÉRIE
Demain, lundi 29 juillet : William Carlos Williams… ÉTATS-UNIS

 Antes do nome

Não me importa a palavra, esta corriqueira.
Quero é o esplêndido caos de onde emerge a sintaxe,
os sítios escuros onde nasce o « do », o « aliás »,
o « o », o « porém » e o « que », esta incompreensível
muleta que me apoia. 
Quem entender a linguagem entende Deus
cujo filho é o Verbo. Morre quem entender.
A palavra é disfarce de uma coisa mais grave, surda-muda,
foi inventada para ser calada.
Em momentos de graça, infrequentíssimos,
se poderá apanhá-la : um peixe vivo com a mão.
Puro susto e terror.

Adélia Prado
Bagagem, Imago Editora, Rio de Janeiro 1976

Avant le nom

Peu m’importe le mot, ce lieu commun.
Ce que je veux, c’est le chaos splendide d’où émerge la syntaxe,
les zones d’ombre où naît le « de », le « d’ailleurs »
le « ou », le « cependant » et le « que », cette incompréhensible
béquille qui me soutient.
Qui comprend le langage comprend Dieu
dont le fils est le Verbe. Qui comprend meurt.
Le mot est déguisement d’une chose plus grave, sourde-muette,
il a été inventé pour être tu.
En des moments de grâce, si rares,
on pourra le saisir tel un poisson vivant avec la main.
Épouvante pure et terreur.

Adélia Prado
Bagagem (Bagages), Imago Editora, Rio de Janeiro 1976
(Traduction : Bruno Rigolt)

Illustration : Hans Hartung (sans titre, circa 1956), encre de chine sur papier 

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Mohammed Dib

 

← Illustration : d’après François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Mohammed Dib (Tlemcen, Algérie 1920 – La Celle Saint-Cloud, France 2003)… ALGÉRIE
(M. Dib est un écrivain algérien de langue française)

Hier, vendredi 26 juillet : Renée Vivien… FRANCE
Demain, dimanche 28 juillet : Adélia Prado… BRÉSIL

 

épeler l’envers

 

crois mémoire d’arrière-saison
sur l’argile déflorée des glaisières
et fais les jours passer
comme à travers une absence

peut-être prendre la route de désir
que le cœur ne sait plus prolonger
peut-être l’heure de canicule noire
d’un autre désir couché sous les eaux

ou le sable léger confident de l’oubli
et la profondeur solaire que prodigue
une urne de connaissance invisible

souhait inventé par les lois anonymes
saison secondaire qui vends tes secrets
tes morts et les innocences de l’été

Mohammed Dib
Formulaires, éd. du Seuil, Paris 1970
Reproduit dans Œ
uvres complètes de Mohammed Dib, I Poésies. Édition établie et présentée par Habib Tengour,
Éditions de la Différence Paris 2007, page 65.


Illustration : René Magritte, « La Mémoire » (1948). Musée d’Ixelles, Bruxelles

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Renée Vivien

 

← Illustration : d’après François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Renée Vivien
(Pauline Mary Tarn, 1877, Londres — Paris, 1909)… FRANCE

Hier, jeudi 25 juillet : Anne-Marie Alonzo… QUÉBEC
Demain, samedi 27 juillet : Mohammed Dib… ALGÉRIE

 

La Conque

Passants, je me souviens du crépuscule vert
Où glissent lentement les ombres sous-marines,
Où les algues de jade au calice entr’ouvert
Étreignent de leurs bras fluides les ruines
Des vaisseaux autrefois pesants d’ivoire et d’or.
Je me souviens du soir où la nacre s’irise,
Où dorment les anneaux, étincelants encor,
Que donnaient à la mer ses époux de Venise.
Passants, je me souviens du mystique travail
Des vivants jardins qui recèlent, virginales,
L’anémone et la mousse et la fleur du corail
Dont l’effort des remous avive les pétales,
Rose animale et rouge éclose dans la nuit.
Je me souviens d’avoir bu l’odeur de la brume
Et d’avoir contemplé le sillage qui fuit
En laissant sur les flots une neige d’écume.
Je me souviens d’avoir vu, sur l’azur changeant
Des vagues, refleurir les astres du phosphore.
Mon lit d’amour était le doux sable d’argent.
Je me souviens d’avoir frôlé le madrépore
En ses palais, d’avoir vu les lambeaux empreints
De sel, qui furent des bannières déployées,
D’avoir pleuré les yeux et les cheveux éteints
Et les membres meurtris des Amantes noyées…
J’ai connu les frissons de leur baiser amer.
Dans mon cœur chante encor la musique illusoire
De l’Océan. — Je garde en ma frêle mémoire
Le murmure et l’haleine et l’âme de la mer.

Renée Vivien
 
Évocations, 1903
Le texte ainsi que le recueil sont consultables sur BnF-Gallica.

Illustration : Odilon Redon (1840-1916), « La Coquille », 1912 (pastel)
Paris, Musée d’Orsay

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Anne-Marie Alonzo

 

← Illustration : François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie » : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Anne-Marie Alonzo (Alexandrie, 1951 — Montréal 2005)… QUÉBEC

Hier, mercredi 24 juillet : Robert Vivier… BELGIQUE
Demain, vendredi 26 juillet : Renée Vivien… FRANCE

 

Je dis parle-moi du Nil émeraude et saphir
de longues eaux mêlées en mémoire imaginée.

De fil d’argent et fil de soie j’écoute d’ancienne
histoire tous les présages.
Qu’après moi partie grandie qu’avant moi vécue
tu sais de couleur la terre animer.
C’est là qu’inspire le fait.
De sœur et peu connue de cœur tu me ressembles
m’apprends de vent et d’air de souffle tenu.

Je dis           tu le sais           parole d’amie attendue
du fond des âges           en sourde Alexandrie naissait
le monde           enfin naissait et ronde toute baignée
d’histoire et bien avant de voir
savait le tout.

Anne-Marie Alonzo
Bleus de mine, Éditions du Noroît, St-Lambert (Québec) 1985
In Anthologie de la poésie des femmes au Québec, les éditions du remue-ménage, Montréal Québec 1991, page 270.

Illustration : Marc Chagall (1887-1985), « Le Cantique des Cantiques, I », 1960 (huile sur papier entoilé, détail)
Nice, Musée Marc Chagall

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Robert Vivier

 

← Illustration : François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie » : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

                    

Aujourd’hui… Robert Vivier
(Chênée/Liège, Belgique, 1894 — La Celle Saint-Cloud, France, 1989)… BELGIQUE

Hier, mardi 23 juillet : Giuseppe Ungaretti… ITALIE
Demain, jeudi 25 juillet : Anne-Marie Alonzo… QUÉBEC

                        

Chronos rêve

Dans la pénombre sans mémoire où les genoux
Éternisent leurs noirs basaltes de silence
Il advient qu’un ennui vaporeux se condense
En figures de vie. Une fois, ce fut nous

Ces jouets qu’intrigué le dieu flaire et, très doux,
Sur ses paumes longtemps éprouve puis balance,
Tant qu’à force d’y soupeser sa nonchalance
Il les serre d’un point morose et les dissout…

Plus rien, que deux genoux nettoyés par l’espace,
Falaises de l’oubli, cirque d’absence où passent
Immobiles, les bleus chevaux de l’infini.

Chronos rêve. Quelle ombre a frôlé sa paupière ?
Les hauts genoux vacants, tel un avare nid,
Attendent de bercer la nouvelle poussière.

Robert Vivier
Chronos rêve, la Renaissance du livre, Bruxelles 1959

Illustration : Salvator Dali (1904-1989), « La Désintégration de la persistance de la mémoire », 1952-1954 (huile sur toile, détail)
St. Petersburg (États-Unis, Floride), Salvator Dali Museum

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd'hui : Giuseppe Ungaretti

 

← Illustration : François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie » : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

                       

Aujourd’hui… Giuseppe Ungaretti (1888, Alexandrie — 1970, Milan)… ITALIE
                 
Hier, lundi 22 juillet : Anna de Noailles… FRANCE
Demain, mercredi 24 juillet : Robert Vivier… BELGIQUE

Dove la luce Où la lumière

Come allodola ondosa Comme alouette ondoyante
Nel vento lieto sui giovani prati, Au vent joyeux sur les jeunes prés,
Le braccia ti sanno leggera, vieni. Viens légère dans mes bras.

Ci scorderemo di quaggiù, Nous oublierons ce bas-monde
E del male e del cielo, Et le mal et le ciel,
E del mio sangue rapido alla guerra, Et mon sang trop ardent à la guerre,
Di passi d’ombre memori Les pas d’ombres qui se souviennent
Entro rossori di mattine nuove. En des rougeurs d’aubes nouvelles.

Dove non muove foglia più la luce, Là où pas une feuille ne bouge, plus de lumière,
Sogni e crucci passati ad altre rive, Chagrins et rêves partis vers d’autres terres,
Dov’è posata sera, Là où s’est posé le soir,
Vieni ti porterò Viens, je te porterai
Alle colline d’oro. Aux collines dorées.

L’ora costante, liberi d’età,  Libérés du temps, l’heure immobile
Nel suo perduto nimbo Dans son halo perdu
Sarà nostro lenzuolo. Sera notre linceul.

Giuseppe Ungaretti
Il Porto sepolto, Le Port enseveli (1930)

Traduction : Bruno Rigolt

Illustration : Auguste Pégurier (1856-1936), « Vue s’un cimetière » (Saint-Tropez), 1890 (huile sur toile, détail)
Nice, Musée des Beaux-arts

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Giuseppe Ungaretti

 

← Illustration : François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie » : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

                       

Aujourd’hui… Giuseppe Ungaretti (1888, Alexandrie — 1970, Milan)… ITALIE

                 

Hier, lundi 22 juillet : Anna de Noailles… FRANCE
Demain, mercredi 24 juillet : Robert Vivier… BELGIQUE

Dove la luce Où la lumière

Come allodola ondosa Comme alouette ondoyante
Nel vento lieto sui giovani prati, Au vent joyeux sur les jeunes prés,
Le braccia ti sanno leggera, vieni. Viens légère dans mes bras.

Ci scorderemo di quaggiù, Nous oublierons ce bas-monde
E del male e del cielo, Et le mal et le ciel,
E del mio sangue rapido alla guerra, Et mon sang trop ardent à la guerre,
Di passi d’ombre memori Les pas d’ombres qui se souviennent
Entro rossori di mattine nuove. En des rougeurs d’aubes nouvelles.

Dove non muove foglia più la luce, Là où pas une feuille ne bouge, plus de lumière,
Sogni e crucci passati ad altre rive, Chagrins et rêves partis vers d’autres terres,
Dov’è posata sera, Là où s’est posé le soir,
Vieni ti porterò Viens, je te porterai
Alle colline d’oro. Aux collines dorées.

L’ora costante, liberi d’età,  Libérés du temps, l’heure immobile
Nel suo perduto nimbo Dans son halo perdu
Sarà nostro lenzuolo. Sera notre linceul.

Giuseppe Ungaretti
Il Porto sepolto, Le Port enseveli (1930)

Traduction : Bruno Rigolt

Illustration : Auguste Pégurier (1856-1936), « Vue s’un cimetière » (Saint-Tropez), 1890 (huile sur toile, détail)
Nice, Musée des Beaux-arts

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd'hui : Anna de Noailles

 

← Illustration : d’après François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 
Aujourd’hui… Anna de Noailles (1876 — 1933, Paris) FRANCE
Demain, mardi 23 juillet : Giuseppe Ungaretti ITALIE

L’offrande à la Nature

Nature au cœur profond sur qui les cieux reposent,
Nul n’aura comme moi si chaudement aimé
La lumière des jours et la douceur des choses,
L’eau luisante et la terre où la vie a germé.

La forêt, les étangs et les plaines fécondes
Ont plus touché mes yeux que les regards humains,
Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j’ai tenu l’odeur des saisons dans mes mains.

J’ai porté vos soleils ainsi qu’une couronne
Sur mon front plein d’orgueil et de simplicité,
Mes jeux ont égalé les travaux de l’automne
Et j’ai pleuré d’amour aux bras de vos étés.

Je suis venue à vous sans peur et sans prudence
Vous donnant ma raison pour le bien et le mal,
Ayant pour toute joie et toute connaissance
Votre âme impétueuse aux ruses d’animal.

Comme une fleur ouverte où logent des abeilles
Ma vie a répandu des parfums et des chants,
Et mon cœur matineux est comme une corbeille
Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.

Soumise ainsi que l’onde où l’arbre se reflète,
J’ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs
Et qui font naître au cœur des hommes et des bêtes
La belle impatience et le divin vouloir.

Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature.
Ah ! faut-il que mes yeux s’emplissent d’ombre un jour,
Et que j’aille au pays sans vent et sans verdure
Que ne visitent pas la lumière et l’amour…

Anna de Noailles (1876-1933)
Le Cœur innombrable, 1901

Anna de Noailles, autoportrait
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Extrait de : Album de photographies d’Anna de Noailles

Un été en Poésie… 22 juillet-22 août 2013… Aujourd’hui : Anna de Noailles

 

← Illustration : d’après François Bensa (Nice 1811-1895), « Le quartier du Lazaret avec la Réserve » (détail). Nice, Villa Masséna.

En été, hydratez votre cerveau au maximum !

Du lundi 22 juillet au jeudi 22 août inclus, découvrez une exposition inédite : « Un été en poésie«  : chaque jour, un poème sera publié. En tout, plus de vingt pays seront représentés dans ce tour du monde poétique. Conformément au cahier des charges éditorial de ce blog de Lettres, le principe de la parité sera strictement respecté.

 

Aujourd’hui… Anna de Noailles (1876 — 1933, Paris) FRANCE

Demain, mardi 23 juillet : Giuseppe Ungaretti ITALIE

L’offrande à la Nature

Nature au cœur profond sur qui les cieux reposent,
Nul n’aura comme moi si chaudement aimé
La lumière des jours et la douceur des choses,
L’eau luisante et la terre où la vie a germé.

La forêt, les étangs et les plaines fécondes
Ont plus touché mes yeux que les regards humains,
Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j’ai tenu l’odeur des saisons dans mes mains.

J’ai porté vos soleils ainsi qu’une couronne
Sur mon front plein d’orgueil et de simplicité,
Mes jeux ont égalé les travaux de l’automne
Et j’ai pleuré d’amour aux bras de vos étés.

Je suis venue à vous sans peur et sans prudence
Vous donnant ma raison pour le bien et le mal,
Ayant pour toute joie et toute connaissance
Votre âme impétueuse aux ruses d’animal.

Comme une fleur ouverte où logent des abeilles
Ma vie a répandu des parfums et des chants,
Et mon cœur matineux est comme une corbeille
Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.

Soumise ainsi que l’onde où l’arbre se reflète,
J’ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs
Et qui font naître au cœur des hommes et des bêtes
La belle impatience et le divin vouloir.

Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature.
Ah ! faut-il que mes yeux s’emplissent d’ombre un jour,
Et que j’aille au pays sans vent et sans verdure
Que ne visitent pas la lumière et l’amour…

Anna de Noailles (1876-1933)
Le Cœur innombrable, 1901

Anna de Noailles, autoportrait
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Extrait de : Album de photographies d’Anna de Noailles