Classes de Première Séries technologiques Le corrigé de l’EAF 2012 (1/2) : les questions

Voici la première partie du corrigé de l’épreuve écrite du Baccalauréat technologique, consacrée aux deux questions. Les éléments de corrigé pour les travaux d’écriture (commentaire, dissertation, invention) seront mis en ligne prochainement.

  • Pour accéder au sujet ainsi qu’au corpus de textes, cliquez ici.

EAF Technologique : corrigé (1/2)

Rappel des questions :

I – Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez aux questions suivantes de façon organisée et synthétique. (6 points)

  • Question 1 : Quels pronoms personnels désignent l’adolescent dans ces trois poèmes ? Comment interpréter ces choix différents ? (3 points)
  • Question 2 : Quelles expériences vécues par les adolescents évoquent ces poèmes ? Que leur apportent-elles ? (3 points)

Remarques préliminaires
Chacune des deux questions comportait pour plus de clarté deux sous-questions : elles abordaient les textes sous des angles divers allant du repérage et de l’observation à l’interprétation textuelle plus globale. L’une des difficultés, que vous avez sans doute ressentie, était de répondre « de façon […] synthétique » alors que la diversité des situations d’énonciation pouvait amener à considérer les textes de manière singulière. Il fallait essayer cependant de confronter les écrits afin de mieux mettre en perspective les expériences d’adolescents relatées dans le corpus.

En outre, même si le libellé ne le précisait pas, il est toujours valorisant comme vous le savez, de rédiger quelques propos introductifs, même très brefs, permettant de présenter le corpus : certains d’entre vous ont ainsi peut-être contextualisé historiquement les textes, ou abordé la thématique de l’adolescence. Plus finement, on pouvait remarquer que le groupement se caractérisait sur le plan de la forme par une grande diversité : le poème d’Arthur Rimbaud par exemple obéit à une structure régulière (huit quatrains d’alexandrins à rimes croisées), alors que le poème de Blaise Cendrars, rédigé en vers libres, ne respecte pas une forme définie ni une rythmique fixe. Enfin, le texte de René Char, non versifié, contribue à l’esthétique du poème en prose, qui répond bien à un souci de brièveté et d’intensité d’effet.

Question 1

• Les poèmes présentés dans le corpus évoquent trois formes singulières d’expériences d’adolescents, comme en témoignent les personnes grammaticales différentes : le pronom Je dans le poème de Cendrars, le On et le Vous dans la poésie de Rimbaud, et enfin les pronoms Il et l’ chez René Char.

• Le poème de Blaise Cendrars est le seul à privilégier la première personne du singulier : « […] j’étais en mon adolescence/J’avais à peine seize ans […] ». Comme nous le voyons, le locuteur adresse directement au lecteur, sous forme biographique, l’image qu’il a construite de lui-même et qu’il veut transmettre directement. Le Je  introduit donc très explicitement la notion de texte autobiographique sur un mode rétrospectif qui s’efforce de raconter une histoire vécue intensément. À ce titre, le paratexte rappelle que « ce récit d’un jeune narrateur » est « nourri de références à l’histoire de Cendrars ».

Les deux autres textes impliquaient quant à eux une certaine mise à distance du sujet énonciateur. Ainsi, le pronom personnel On dans le poème de Rimbaud confère une universalité à sa pensée dans laquelle tout lecteur peut se reconnaître : « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans ». Cette maxime d’ordre général, qui est presque une définition de l’adolescence (remarquez la valeur du présent) cible également le lecteur par l’emploi du pronom Vous, un peu comme si Rimbaud nous prêtait en quelque sorte ses propres sentiments.

Enfin, le texte de René Char relate à travers la figure d’un enfant meurtri, une douloureuse expérience personnelle. À cet égard, l’absence de paratexte pouvait induire en erreur tant l’emploi de la troisième personne (Il ; l’), caractéristique du récit, confère un certain recul du sujet énonciateur : ainsi l’auteur semble-t-il se mettre à distance de son propre vécu pour lui donner une portée plus générale : « l’adolescent souffleté » devenant ainsi le symbole dramatique d’un adolescent anonyme, plongé dans son drame le plus secret mais aussi le plus universel.

Question 2

Les expériences vécues par les adolescents vont de la légèreté désinvolte et insouciante évoquée dans le poème de Rimbaud à la violence subie comme en témoigne le récit dramatique de René Char.

Tous les textes présentent d’abord l’adolescence comme une période d’émancipation individuelle et d’affranchissement identitaire. Chez Rimbaud, cette soif de liberté se fait grâce à la découverte des premiers émois amoureux : « On se laisse griser » (v. 13) ; « La sève est du champagne et vous monte à la tête » (v. 14) ; « On divague » (v. 15) : « Le cœur fou Robinsonne » (v. 17). Ce néologisme, construit sur le titre du roman d’aventure Robinson Crusoé, évoque plus particulièrement l’envie d’évasion ainsi que les escapades légères et quelque peu futiles d’un adolescent fugueur en mal d’aventure.

Dans le poème de Blaise Cendrars, l’émancipation de l’enfance est plus encore suggérée par l’éloignement géographique. Ainsi le titre Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France peut-il se lire comme une invitation au voyage. Comme chez Rimbaud, la figure de l’adolescent aventurier est présentée à travers les motifs de la fugue et de l’insoumission : « mon adolescence était alors si ardente et si folle » (v. 6). En outre, le lexique du désir (« J’avais soif » v. 17 ; « J’avais faim » v. 26) ainsi que les tournures anaphoriques (« Et ») traduisent bien la fougue et l’emportement du jeune homme, incapable d’ « aller jusqu’au bout » des choses (v. 25). Sans doute convient-il de noter ici le champ lexical de la violence : « et tous les verres/J’aurais voulu les boire et les casser » (v. 27, 28) ; « fournaise de glaives » (v. 32) ; « j’aurais voulu broyer tous les os/Et arracher toutes les langues » (v. 33, 34) : comme le Rimbaud du « Bateau Ivre », on a l’impression que tout anéantir et tout briser est pour le jeune Cendrars l »unique moyen de vivre pleinement sa vie.

Enfin, le texte de René Char, s’il évoque comme les autres écrits une fugue (« il s’échappait, s’enfuyait et devenait souverainement heureux »), se singularise d’abord par l’évocation dramatique de l’enfance maltraitée : « souffleté » ; « les mêmes coups qui l’envoyaient au sol » ; « saignerait » : « l’iniquité d’un seul ». Toutefois, il convient de noter que ce récit poignant met en avant, comme les autres poèmes du groupement, la construction de l’adolescence en tant que processus d’affirmation de soi : « Tel l’arbuste que réconfortent ses racines et qui presse ses rameaux meurtris contre son fût résistant » : ces propos donnent en effet l’impression que la violence subie rend l’adolescent plus fort (« fût résistant »), et plus à même de se construire.

Dépassant l’anecdote, tous ces textes à forte valeur autobiographique présentent ainsi l’adolescence comme une expérience de crise et de rupture identitaires. Mais cette volonté d’affranchissement est aussi vécue comme un processus de passage et de revendication existentielle qui nous amène à mieux percevoir, à travers le regard introspectif et rétrospectif que les auteurs portent sur eux-mêmes, le rôle de la poésie qui est de sublimer les désillusions de la vie par la recherche d’un idéal.

NB : ce corrigé est un peu plus développé afin que chacune et chacun puisse retrouver dans les réponses des éléments de son propre travail. Bien entendu, on n’attendait pas de la part des candidats des remarques aussi exhaustives.

Bruno Rigolt

TUTORIEL EAF… Tout sur l’oral : l’exposé et l’entretien

L’Oral de l’Épreuve Anticipée de Français

Voici pour toutes les sections (générales et technologiques) les points essentiels que vous devez connaître pour présenter dans de bonnes conditions l’épreuve orale de Français. En rouge, sont indiqués les aspects qui doivent retenir particulièrement votre attention.

À lire utilement : la Charte des examinateurs de l’ÉAF, notamment la « Note à l’attention des candidats »  (pp. 14-17 de la Charte des examinateurs de l’ÉAF, Académie d’Orléans-Tours ; février 2016).


Votre arrivée dans la salle d’examen…

Tout d’abord, présentez-vous impérativement à l’heure (indiquée sur votre convocation) muni(e) des documents demandés :

  1. votre convocation ;
  2. une pièce OFFICIELLE prouvant votre identité (CNI, Passeport, titre de séjour, etc.) ;

    Si vous avez oublié un document officiel (pièce d’identité, convocation, etc.), allez IMMÉDIATEMENT AU SECRÉTARIAT DU BAC afin de faire régulariser votre situation (on pourra être amené à vous demander de repasser dans la journée avec les documents manquants pour vérification). Si vous arrivez juste à temps pour l’épreuve, signalez le problème à l’examinateur : dans la plupart des cas, il vous fera passer l’oral et vous demandera de régulariser dans la journée votre situation auprès du secrétariat d’examen. Il pourra également vous demander de lui présenter en main propre vos justificatifs. Cela dit, je vous conseille de ne RIEN oublier : cela fait toujours mauvaise impression.

  3. votre LISTE D’ORAL ;
  4. les textes présentés en lecture analytique (et qui sont donc mentionnés sur votre liste) ;
  5. les œuvres intégrales ;
  6. le manuel que vous avez utilisé avec votre professeur pendant l’année.

    Attention : vous devez avoir avec vous l’ensemble des textes sur lesquels vous pouvez être interrogé(e). 

    Il est rappelé en outre que les candidat(e)s doivent avoir en double exemplaire les textes afin d’en présenter une copie à l’examinateur. Arrangez-vous par exemple pour vous prêter un exemplaire d’une œuvre… Quoi qu’il en soit, on ne peut pas vous pénaliser pour le cas où vous n’auriez pas les textes en double exemplaire.

  7.  des stylos, des surligneurs, telephone.1244988302.jpgainsi qu’une MONTRE (ou un petit réveil, un minuteur, etc.). Pendant la préparation et le déroulement de l’épreuve, n’hésitez pas à regarder votre montre pour bien gérer le temps.
    ATTENTION : vous n’avez PAS le droit de sortir votre téléphone portable même pour voir l’heure ! Pensez à l’éteindre complètement (S’il venait à sonner ou à vibrer, cela pourrait être interprété comme une tentative de tricherie, et vous pénaliser lourdement) et à le ranger dans vos affaires personnelles que vous déposerez à l’entrée de la salle.

 

La première partie de l’épreuve :
l’exposé oral

La préparation de l’oral dure 30 minutes le jour de l’épreuve. Votre exposé sur le texte doit durer 10 minutes environ. Il sera suivi d’un entretien de 10 minutes qui fera le point sur vos connaissances et l’ensemble des activités que vous aurez menées dans le cadre d’une séquence consacrée à un objet d’étude qui se rapporte au texte choisi pour l’exposé.

Si vous êtes interrogé(e) sur une œuvre intégrale : la plupart du temps, l’examinateur vous demandera d’étudier un extrait délimité par votre professeur et clairement indiqué sur la liste d’oral. Dans ce cas, « l’examinateur n’ira jamais au-delà du texte tel qu’il a été délimité par le professeur sur le descriptif »). Mais, dans le cadre d’une œuvre intégrale (et uniquement dans ce cadre), l’examinateur « a la liberté de définir […] un extrait non étudié spécifiquement en classe ». (Sources : oral entente académique, juin 2012).

Concernant les œuvres intégrales, peut-on m’interroger sur un passage qui n’a pas été étudié en lecture analytique ?
Tout à fait : c’est la différence avec les groupements de textes. Mais dans ce cas, l’examinateur n’aura pas les mêmes attentes, et il sera sans aucun doute plus compréhensif.

Répondre à la question posée par l’examinateur

La première partie de l’épreuve orale est consacrée à la lecture analytique d’un texte. Les instructions officielles indiquent nettement l’esprit de cet exercice : il s’agit en 10 minutes environ d’explorer de façon organisée un texte en répondant à une problématique précisée au départ. Cette épreuve vise pour l’examinateur à s’assurer de la bonne compréhension du texte, de la culture littéraire, de l’aptitude à construire la réflexion, en privilégiant des outils spécifiques de stylistique, d’expression et de communication.

Les 30 minutes de préparation…

Quand vous allez préparer votre exposé, ayez toujours à l’esprit que la lecture analytique n’est pas la « récitation » de notes de cours, pas plus qu’un commentaire oralisé. Elle est un processus de construction du sens en réponse à la question posée par l’examinateur.

Attention pour l’oral : si des passages de vos fiches de synthèse ou de votre cours sont trop rédigés, vous devez impérativement les transformer en plans très détaillés afin de ne pas lire le jour de l’oral. Dans le cas contraire, c’est l’échec assuré !

Avant toute chose, il convient donc d’avoir à l’esprit quelques points essentiels :

  • N’oubliez pas de prendre en compte la problématique, c’est-à-dire la question posée par l’examinateur et qui doit orienter votre interprétation du texte. Attention : si vous étudiez le texte mais sans rattacher votre exposé à la question posée, ou si vous vous contentez de paraphraser, ou d’énumérer des observations sur le texte sans interprétation, vous pouvez perdre jusqu’à la moitié des points !
  • Adoptez la « positive » attitude ! La connaissance du cours ne suffit pas : il faut savoir se préparer mentalement à l’épreuve Si votre apprentissage du cours est évidemment essentiel, vous réussirez d’autant mieux cette épreuve que vous adopterez face à l’examinateur une attitude positive, si vous êtes convaincant (et convaincu !). Comment voulez-vous qu’on croie en vous si vous apparaissez penaud, peu sûr, vaincu d’avance? Votre réussite dépend de votre motivation et de votre implication : ce sont vos réactions personnelles de lecteur, votre sensibilité face au texte, votre intérêt et votre motivation qui prouveront que vous possédez les aptitudes pour atteindre les objectifs fixés par l’épreuve.
    Conseils : Soyez sûr(e) de vous, pensez à des choses positives. Avant l’épreuve : fermez les yeux, et imaginez-vous en train de passer l’épreuve. Mimez mentalement les différentes étapes de l’entretien afin de vous y préparer.

C’est un détail, mais il est essentiel : tenez-vous droit et ne soyez pas nonchalant, avachi sur la table ! Votre but, c’est de faire valoir votre culture et votre personnalité. N’importe quel examinateur (moi le premier !) serait agacé par l’attitude désinvolte ou relâchée d’un candidat.

Le déroulement de l’exposé

L’introduction

Contextualisation : dans votre introduction, vous devez d’abord situer brièvement le passage en portant votre attention sur les éléments qui permettent de le contextualiser dans l’œuvre ou dans le mouvement culturel, en restituant s’il y a lieu l’environnement social, politique, etc.

Problématisation : puis vous en présentez brièvement le sujet en réponse à la problématique définie par l’examinateur.
Rappel : Une problématique est un angle particulier d’approche qui va orienter le travail d’analyse.
Cette problématique, qui rend souvent compte de l’essentiel du texte, va néanmoins orienter votre hypothèse de lecture que vous allez vérifier tout au long de votre exposé. La présentation doit aussi situer le texte ou le passage (par rapport à l’œuvre), de manière à permettre à l’examinateur de suivre l’explication en lui fournissant tous les éléments qui ne figurent pas dans le texte et sont nécessaires à sa compréhension. Elle doit en même temps être concise : inutile de tout dire ; n’oubliez pas qu’on évalue l’aptitude de l’élève à sélectionner dans ses connaissances les éléments pertinents et à hiérarchiser les informations (aptitude à l’esprit de synthèse).

Annonce du plan : annoncez le plus clairement possible votre plan : axes d’étude ou plan du texte dans le cas d’une étude linéaire. Pensez à bien poser vos axes de lecture, sans aller trop vite, afin de permettre à l’examinateur de noter votre démarche analytique.

  • La lecture du texte

« Le candidat fait une lecture à haute voix de la totalité ou d’une partie du texte à étudier Cette lecture peut se faire au début ou au cours de l’exposé » (Charte des examinateurs, page 6).

Même s’il n’y a pas de règle impérative à respecter, il paraît plus logique néanmoins que la lecture intervienne en second lieu, après l’introduction. Bien souvent, lorsqu’on commence à parler au tout début de l’exposé, la voix est insuffisamment posée pour capter l’attention de l’examinateur. Il est donc préférable de commencer d’abord par l’introduction : cela vous laisse le temps de placer votre voix et de gagner en assurance. Vous pouvez ensuite aborder plus sereinement la lecture.

Une lecture doit à la fois être expressive et posée. La lecture vise à montrer que le texte est compris : le ton que vous employez est important dans l’évaluation que l’on fait de votre lecture.Parlez lentement. N’oubliez pas de marquer des pauses par exemple. Elles sont importantes non seulement pour mettre en valeur les mots porteurs de sens, mais aussi afin de déstresser le jour de l’examen (vous reprenez votre respiration pendant les pauses). Dernière remarque : en poésie, le respect de la versification est bien entendu déterminant. Pensez aussi à bien marquer les changements de rythme et de tonalité !
  • Le développement

Vous devrez proposer des pistes d’étude à la fois pertinentes (permettant de commenter l’essentiel de ce qui fait l’intérêt du texte, et distinctes (attention aux redites). Pensez à distinguer les éléments essentiels des idées secondaires, qui ne servent qu’à mettre en valeur les points importants, en les illustrant. Rappelez au fur et à mesure les phases d’exploration que vous allez conduire. Pensez à mettre en avant les transitions permettant de suivre le fil de l’exposé. Après chaque analyse, tirez un bref bilan (déduction) que vous rattacherez à la problématique posée par l’examinateur, avant de poursuivre votre exploration du texte.

Le fond et la forme…

L’explication du texte doit associer (sans les dissocier surtout) l’étude du style (remarques précises et variées avec maîtrise des notions et des termes spécifiques) et du sens afin de permettre un repérage et une interprétation efficaces. Ne séparez jamais le fond de la forme : de fait, la forme elle-même contribue au sens. Pour y parvenir, le candidat doit ainsi mettre en œuvre des savoir-faire et utiliser des outils propres à l’examen d’un texte court : c’est également sur la pertinence de leur choix et la qualité de leur utilisation qu’il sera jugé (remarques placées au bon endroit, remarques en cohérence avec l’axe annoncé, remarques ordonnées (progression).

L’examinateur s’assurera par exemple que le candidat va à l’essentiel pour exprimer ce qui fait à ses yeux l’intérêt du passage en s’appuyant sur des sources pertinentes. Vos différentes remarques sur le texte doivent être fondées sur des références précises : quand vous citez le texte, n’oubliez pas de justifier toujours le lien entre l’affirmation que vous proposez et la citation retenue.

Enfin, rappelez-vous que l’examinateur note la manière dont vous serez capable de structurer et d’orienter vos remarques en fonction des conclusions partielles et de la conclusion générale à laquelle vous voulez aboutir : c’est le parcours analytique. La question que se pose un examinateur est celle-ci : un candidat est-il apte à passer du stade de l’observation de détail à celui de l’interprétation en fonction de perspectives plus larges, plus abstraites par exemple ?

  • La conclusion

Pensez à rappeler brièvement vos axes d’étude et proposez un bilan global permettant d’élargir la problématique étudiée vers un point de vue qui englobe le texte et dépasse le cadre de celui-ci. Vous pouvez par exemple élargir au groupement de textes dans votre conclusion, au mouvement culturel, à une autre œuvre étudiée, etc.

La seconde partie de l’épreuve : l’entretien…

La deuxième partie de l’épreuve, également notée sur 10, est consacrée à un entretien avec l’examinateur. Cet entretien est « un échange dialogué qui doit permettre au candidat de valoriser ses savoirs et ses lectures, d’approfondir et d’élargir sa réflexion. Il vise à faire émerger un ensemble de connaissances et de compétences issues de l’année (dans le cadre de l’objet d’étude […] » (Source : oral entente académique juin 2012).

C’est l’occasion par excellence de prouver que vous avez le « physique de l’emploi ». Cherchez à mettre en avant votre capacité à dialoguer : l’aisance dans la communication, l’utilisation pertinente des notes, la valorisation de votre culture générale sont des critères importants. En outre, l’emploi d’un lexique précis, d’une langue correcte, et la connaissance du vocabulaire de l’analyse littéraire, constituent des critères importants de l’évaluation orale. Personnellement, quand je fais passer l’oral du Bac, j’apprécie particulièrement qu’un(e) candidat(e) défende son point de vue sur une problématique de lecture, à la condition que ce point de vue soit fondé bien entendu !

Je vous conseille en outre d’être très attentif aux questions posées : certains candidats par exemple n’écoutent pas bien les questions, ce qui les conduit à répondre de façon erronée ou allusive. Rappelez-vous aussi que la nervosité ne sert à rien : mieux vous aurez préparé l’épreuve, plus vous devriez être calme. Enfin, soyez toujours « positif » : ne critiquez pas les textes, encore moins les choix de votre professeur-e. Lors d’une session, un candidat m’a dit : « Notre prof, elle est un peu bizarre : ce texte est ultra ch… » Sans commentaire !

Pour vous entraîner…

Pensez à travailler dans 2 directions :

  1. tout d’abord, entraînez-vous à 2 ou 3 par exemple. Interrogez-vous à tour de rôle dans les conditions de l’examen (20 à 25 minutes de préparation et le même temps d’entretien : 2 camarades interrogeant afin de varier l’axe des questions). Utilisez le barème de notation ci-dessous pour vous auto-évaluer !

  2. De plus, essayez d’élargir vos connaissances sur les courants littéraires et les contextes historiques ou culturels afin de pouvoir enrichir vos analyses.

Exemple de barème d’évaluation
(source : Académie d’Orléans-Tours)

critères évaluation EAF_2016

Ce tableau résume, pour chacune des deux parties de l’épreuve, les principales connaissances et compétences faisant l’objet de l’évaluation (BOEN N°7 du 6 octobre 2011).

Questions-réponses…

— Mes textes comportent des annotations. Que dois-je faire ?
S’il s’agit de lectures cursives, de documents complémentaires, etc. vous avez le droit d’apporter sur vos textes des notes explicatives, à l’exception des textes présentés en lecture analytique. Mais tout dépend bien sûr de la nature de ces annotations. Souligner un mot dans un texte, noter le sens d’un terme ou d’une expression difficile est tout à fait toléré (les manuels et les œuvres intégrales le font bien) mais de là à rédiger un paragraphe explicatif sur la page… Dans le doute, le mieux est de montrer votre texte à l’examinateur AVANT de commencer la préparation afin d’éviter tout malentendu.

— Ai-je le droit de conserver avec moi pendant les 30 minutes de préparation et pendant l’épreuve mon descriptif ?
Oui bien entendu. N’hésitez pas au contraire à vous en servir, afin de montrer à l’examinateur que vous pratiquez avec aisance l’intertextualité, c’est-à-dire la mise en relation des textes entre eux.

— Mon exposé dure moins de 10 minutes. Est-ce grave ?
Un exposé de 8 à 9 minutes est toléré (tout dépend bien sûr de la densité des remarques). En revanche, s’il ne devait durer que 5 voire 4 minutes, vous seriez fortement pénalisé(e) et vous n’obtiendriez pas la moyenne pour cette première partie de l’épreuve. Bien souvent, un élève qui a appris son cours mais qui termine trop vite lit ses notes à toute vitesse, oublie de développer, de citer le texte, de commenter les citations, etc. Pensez à marquer des pauses, à justifier vos remarques en vous référant au texte, ou à d’autres passages (ou d’autres œuvres). Exploitez l’intertextualité afin d’approfondir vos remarques, rappelez les définitions importantes, etc.

Attention : l’examinateur n’est PAS tenu de prolonger un exposé qui n’aurait duré que 3 ou 4 minutes. Si vous restez court et que vous n’avez plus rien à dire, l’examinateur passera directement à l’entretien… Donc utilisez le plus possible la totalité du temps de parole qui vous est accordé.

— J’ai fait l’impasse sur un texte et j’ai l’impression de n’avoir rien à dire…
 La pire des choses est de paniquer ou de s’avouer vaincu(e). Essayez au contraire de voir ce qui dans vos connaissances peut être utilisé pour aborder intelligemment le texte. Dans le cas d’une œuvre intégrale par exemple, vous gagnerez à exploiter votre culture sur l’auteur et sur d’autres passages de l’œuvre et à les mettre en perspective avec l’extrait que vous devez analyser. Cela ne présente pas de grande difficulté (à la condition d’avoir lu l’ouvrage certes). Concernant un texte issu d’un groupement, essayez de situer le passage par rapport à un cadre connu (un mouvement littéraire par exemple, un groupe d’écrivains, un genre, un registre, etc.). Vous devez aussi essayer de confronter le texte avec d’autres extraits que vous connaissez mieux. Le tout est de savoir mobiliser vos connaissances et de valoriser votre culture générale auprès de l’examinateur.

— Le plan est-il très important à l’oral ?
Le plan est évidemment déterminant. Un problème qui se pose souvent aux candidat(e)s tient à l’organisation de l’exposé oral. Avec le stress, et en cherchant à « ne pas réciter son cours », on fait moins attention à structurer le plan, de là certains exposés qui partent dans tous les sens, sans suivre une logique de progression. Dès qu’on vous aura indiqué votre problématique, si vous hésitez sur la marche à suivre, je vous conseille de vous poser les questions suivantes : « Qu’est-ce que je veux prouver exactement ? », « D’où est-ce que je vais partir… Pour parvenir où ? » 

Veillez à structurer votre parcours analytique ou argumentatif : oral ne veut pas dire désordre, bien au contraire ! Choisissez une idée directrice en fonction de la problématique posée, c’est-à-dire le thème central à partir duquel vous organiserez votre démonstration. Évitez de trop multiplier les questionnements, qui risquent de faire perdre de vue le principe d’organisation logique de votre exposé et la question qu’on vous aura posée. Pensez par ailleurs aux transitions quand vous enchaînez les idées ou les axes entre eux. Concernant les citations, elles sont toujours utiles dans un exposé, à la condition de les choisir à bon escient et de ne pas les multiplier, afin d’éviter la lourdeur encyclopédique.

 — Comment introduire mon exposé ?
Tout d’abord, n’oubliez pas que dans un exposé de 9 à 10 minutes, la première minute est déterminante. Dès votre introduction (qui doit être brève : 1 minute maximum), soignez l’entrée en matière : beaucoup de candidats arrivent devant l’examinateur en soupirant et commencent par des mots qui en disent long sur leur motivation : « Bon alors, je vais vous parler de… ». C’est non seulement maladroit syntaxiquement, mais peu engageant. Si vous hésitez, privilégiez une approche neutre et courtoise : « Le texte que je vais vous présenter est un(e) [précisez le genre et le type : par exemple, « un poème argumentatif »] intitulé [titre, sous-titre] rédigé en¹… par²… Enfin problématisez l’extrait en veillant à rattacher l’idée générale du texte au questionnement choisi par l’examinateur et annoncez votre PLAN le plus clairement possible.

1. Veillez à contextualiser le texte en le situant par rapport à votre groupement ou à l’œuvre intégrale, et bien sûr relativement à un contexte : historique, culturel, social.
2. Présentez de manière très succincte l’auteur en mettant en valeur UNIQUEMENT ce qui permet, dans sa biographie ou sa bibliographie, de comprendre le passage

— L’absence de conclusion est-elle pénalisante ?
C’est certain. D’expérience, j’ai constaté que de nombreux candidats ont tendance à bâcler leur conclusion, sans doute par stress, émotion… ou désir d’en finir ? Toujours est-il que c’est le meilleur moyen d’abaisser votre note. La conclusion se prépare dès l’élaboration du plan : elle ne consiste surtout pas à résumer le développement, ni à reproduire le plan annoncé : essayez de reformuler vos idées en mettant en valeur l’évolution de votre pensée, et en élargissant si possible à un questionnement plus général privilégiant l’intertextualité.

— Lors de l’entretien, l’examinateur me pose une question dont je ne comprends pas bien le sens. Que dois-je faire ?
Vous pouvez prier poliment l’examinateur de reformuler sa question. Mais attention cependant : il ne le fera en général qu’une ou deux fois, et cela vous desservirait évidemment si vous abusiez de cette bienveillance.

— Je stresse beaucoup à l’approche de l’oral. Y a-t-il des solutions ?
Entraînez-vous avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice à faire chez vous qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : L’exercice que je vous propose consiste à vous entraîner sur un sujet (avec une problématique) pendant 30 minutes comme à l’oral du Bac. Si vous n’avez pas trop de connaissances sur votre cours, aidez-vous de vos notes : à ce stade, ce n’est pas grave. Puis, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace de faire votre exposé : parlez à voix haute comme si vous étiez devant l’examinateur (donc en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace). Si vous le pouvez, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple, répétitions de « euh », « alors », « voilà », « donc », etc.).

Mon conseil…
Dans chacune des séquences, arrangez-vous pour maîtriser particulièrement bien un texte, ou un aspect important d’une œuvre, d’une thématique, d’un mouvement littéraire, afin de pouvoir orienter l’entretien (qui est toujours ouvert et dialogué) vers des aspects que vous connaissez parfaitement et qui sont de nature à influencer positivement l’examinateur dans l’appréciation qu’il portera sur votre culture générale. Rien n’est pire qu’entendre un candidat à qui l’on demande quel texte ou quel auteur il a préféré dans le cadre d’un objet d’étude et pourquoi, répondre par des banalités, ou de la paraphrase. Montrez au contraire votre curiosité intellectuelle. N’hésitez pas à dépasser si vous le pouvez le cadre de la liste d’oral en faisant état de recherches personnelles : c’est toujours très apprécié.

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Bonne chance à toutes et à tous !

Donnez le meilleur de vous-même, et ne cédez jamais au découragement, qui est toujours une facilité ! Ayez également une bonne image de vous-même, quel que soit le résultat.

Copyright © juin 2012, Bruno Rigolt

Classes de Première Séries technologiques Le sujet de l’EAF 2012

Avant la mise en ligne prochaine des corrigés ainsi que d’un rapport de correction, voici le sujet national de l’Épreuve Anticipée de Français à la session 2012 du Baccalauréat technologique… Bonne chance à toutes et à tous pour les épreuves orales ! Quelle que soit votre impression, ne vous découragez pas, et donnez le meilleur de vous-même jusqu’au bout !

Calendrier de publication des corrigés :

  • Corrigé des questions : mise en ligne effectuée.
  • éléments de corrigé pour les travaux d’écriture : prochainement.
  • Rapport de correction 2012 pour le Baccalauréat technologique : jeudi 5 juillet, 18 heures.

 

BACCALAURÉAT TECHNOLOGIQUE

ÉPREUVE ANTICIPÉE DE FRANÇAIS
TOUTES SÉRIES

Objet d’étude : Écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours.

Corpus :

  • Texte A : Arthur Rimbaud, « Roman », Cahier de Douai, in Poésies, 1870-1872.
  • Texte B : Blaise Cendrars, Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France, (vers 1 à 42), in Poésies complètes, 1913.
  • Texte C : René Char, « L’adolescent souffleté », Les Matinaux, 1950.

TEXTE A : Arthur Rimbaud, « Roman », Cahier de Douai, Poésies, 1870-1872.

Le poète Rimbaud a produit toute son œuvre poétique alors qu’il n’était lui-même qu’un adolescent.

« Roman »

I

01  On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
— Un beau soir, foin des bocks et de la limonade1
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
— On va sous les tilleuls verts de la promenade2

05  Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, — la ville n’est pas loin,
— A des parfums de vigne et des parfums de bière…

II

— Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
10  D’azur3 sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué4 d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! — On se laisse griser5.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
15  On divague6 ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

III

Le cœur fou Robinsonne7 à travers les romans,
— Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
20  Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
— Sur vos lèvres alors meurent les cavatines8

IV

25  Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux — Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
— Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire…!

— Ce soir-là… — vous rentrez aux cafés éclatants,
30  Vous demandez des bocks ou de la limonade…
— On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

Arthur Rimbaud, « Roman »
Cahier de Douai, Poésies, 1870-1872.

1. Foin des bocks et de la limonade : le poète renonce à boire de la bière (les bocks) et de la limonade
2. La promenade : espace bordé d’arbres, où l’on se promène à pied
3. D’azur sombre : de ciel sombre
4. Piqué : tacheté
5. Griser : rendre un peu ivre
6. On divague : on laisse errer nos pensées, on déraisonne
7. Le coeur fou Robinsonne : le coeur s’échappe et vagabonde
8. Cavatine : air d’opéra pour soliste

 

TEXTE B : Blaise Cendrars, Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France  (vers 1 à 42), Poésies complètes, 1913

Ce long poème de 445 vers, nourri de références propres à l’histoire de Cendrars, se présente comme le récit d’un jeune narrateur de seize ans qui fait le voyage de Moscou à Kharbine (ville de Mandchourie) en compagnie de Jeanne, une jeune fille parisienne.

01  En ce temps-là j’étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J’étais à 16 000 lieues1 du lieu de ma naissance
J’étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
05  Et je n’avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était alors si ardente et si folle
Que mon cœur, tour à tour, brûlait comme le temple d’Éphèse2 ou comme la Place ___________________________________________ [Rouge de Moscou
Quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
10  Et j’étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu’au bout.

Le Kremlin3 était comme un immense gâteau tartare
Croustillé d’or,
Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches
15  Et l’or mielleux des cloches…
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode4
J’avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes5
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit6 s’envolaient sur la place
20  Et mes mains s’envolaient aussi, avec des bruissements d’albatros
Et ceci, c’était les dernières réminiscences7 du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.

Pourtant, j’étais fort mauvais poète.
25  Je ne savais pas aller jusqu’au bout.
J’avais faim
Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous les verres
J’aurais voulu les boire et les casser
Et toutes les vitrines et toutes les rues
30  Et toutes les maisons et toutes les vies
Et toutes les roues des fiacres8 qui tournaient en tourbillons sur les mauvais pavés
J’aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaives
Et j’aurais voulu broyer tous les os
Et arracher toutes les langues
35  Et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus sous les vêtements qui m’affolent…
Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe9
Et le soleil était une mauvaise plaie
Qui s’ouvrait comme un brasier.

En ce temps-là j’étais en mon adolescence
40  J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de ma naissance
J’étais à Moscou, où je voulais me nourrir de flammes
Et je n’avais pas assez des tours et des gares que constellaient mes yeux
[…]

Blaise Cendrars, Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France (vers 1 à 42),
Poésies complètes, 1913

1. Lieue : mesure de distance approximativement égale à quatre kilomètres.
2. Le temple d’Éphèse, considéré dans l’Antiquité comme la quatrième merveille du monde, fut incendié en 356.
3. Kremlin : citadelle impériale située au cœur de Moscou.
4. Novgorode : ville de Russie
5. Caractères cunéiformes : écriture ancienne de Mésopotamie qui combine des signes en forme de clous triangulaires
6. Les pigeons du Saint-Esprit : dans la tradition biblique, la colombe symbolise l’Esprit saint.
7. Réminiscence : mémoire profonde, lointaine, comme venue du fond des âges
8. Fiacre : véhicule tiré par des chevaux
9. La venue du grand Christ rouge de la révolution russe : allusion à la Révolution de 1905, déclenchée à Saint-Pétersbourg, et dont la principale manifestation fut conduite par un religieux orthodoxe.

 

TEXTE C : René Char, « L’adolescent souffleté », Les Matinaux, 1950.

L’ADOLESCENT SOUFFLETÉ1

Les mêmes coups qui l’envoyaient au sol le lançaient en même temps loin devant sa vie, vers les futures années où, quand il saignerait, ce ne serait plus à cause de l’iniquité2 d’un seul. Tel l’arbuste que réconfortent ses racines et qui presse ses rameaux meurtris contre son fût3 résistant, il descendait ensuite à reculons dans le mutisme4 de ce savoir et dans son innocence. Enfin il s’échappait, s’enfuyait et devenait souverainement heureux. Il atteignait la prairie et la barrière des roseaux dont il cajolait la vase et percevait le sec frémissement. Il semblait que ce que la terre avait produit de plus noble et de plus persévérant, l’avait, en compensation, adopté.

Il recommencerait ainsi jusqu’au moment où, la nécessité de rompre disparue, il se tiendrait droit et attentif parmi les hommes, à la fois plus vulnérable et plus fort.

René Char, « L’adolescent souffleté »
Les Matinaux, 1950.

1. Souffleté : giflé
2. Iniquité : injustice
3. Fût : tronc de l’arbre
4. Mutisme : état d’une personne qui refuse de parler ou est réduite au silence.

 

I – Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez aux questions suivantes de façon organisée et synthétique. (6 points)

  • Question 1 : Quels pronoms personnels désignent l’adolescent dans ces trois poèmes ? Comment interpréter ces choix différents ? (3 points)
  • Question 2 : Quelles expériences vécues par les adolescents évoquent ces poèmes ? Que leur apportent-elles ? (3 points)

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l’un des sujets suivants. (14 points)

  • Commentaire
    Vous ferez le commentaire du texte de Rimbaud (texte A), en vous aidant du parcours de lecture suivant :
    – L’importance des sensations dans l’évocation des lieux.
    – L’insouciance des premières émotions amoureuses.
  • Dissertation
    Les poètes souvent s’inspirent de leurs propres expériences pour nourrir leur écriture. Pour autant, ne parlent-ils que d’eux-mêmes ?
    Vous répondrez à cette question en un développement argumenté, en mobilisant les textes du corpus ainsi que ceux que vous avez lus et étudiés.
  • Invention
    Votre classe participe à un festival de poésie consacré cette année à l’adolescence. Vous êtes invité à composer deux textes :
    – le premier est un poème inspiré de votre propre expérience à cet âge ;
    – le second est une argumentation qui développe l’intérêt que vous avez trouvé à utiliser l’écriture poétique pour évoquer cette expérience.

Le premier texte que vous rédigerez sera un poème de la forme de votre choix (en vers, en vers libres ou en prose) de 15 à 20 lignes. Le second comportera plusieurs arguments et ne dépassera pas une trentaine de lignes.

 

Calendrier de publication des corrigés :

  • Corrigé des questionsmise en ligne effectuée.
  • éléments de corrigé pour les travaux d’écriture : prochainement.
  • Rapport de correction 2012 pour le Baccalauréat technologique : jeudi 5 juillet, 18 heures.

Un million de connexions… ça se fête… MERCI !

           Un peu plus de trois ans et demi après son lancement, l’Espace Pédagogique Contributif vient de passer le cap symbolique d’un million de pages consultées (*). Mis en œuvre à la fin du mois d’octobre 2008, ce qui n’était au départ qu’un modeste cahier de texte électronique s’est imposé parmi d’autres acteurs de l’éducation connectée.
Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont contribué à cette réussite !

Des origines du projet…

L’objectif premier était d’engager une dynamique de participation en encourageant des stratégies de renforcement du sentiment d’appartenance à une même communauté d’apprentissage : je suis fier d’enseigner au Lycée en Forêt et fier de montrer ce que mes étudiants et moi-même y faisons. C’est pourquoi, dès le début j’ai proposé la mise en place d’activités collaboratives ou mutualisantes. J’ai souhaité par ailleurs compléter ces dispositifs par la mise à disposition pour tous les internautes (et pas seulement mes élèves) d’un grand nombre de ressources contribuant à la construction des connaissances afin de redonner à l’École son rôle de transmetteur du savoir.

Récompensé en novembre 2009 au festival TICE par le Prix des Lycées, le « Cahier de texte électronique » est devenu depuis « Espace Pédagogique Contributif ». D’une trentaine de connexions par jour en novembre 2008, il a connu une progression rapide à partir de janvier 2009 (600 visiteurs par jour) pour atteindre aujourd’hui  environ 11.000 connexions par semaine. Alors qu’au départ les étudiants du Lycée constituaient le public le plus nombreux, les ressources proposées sur le site touchent désormais davantage des publics moins favorisés ou plus éloignés géographiquement (France bien sûr, mais aussi Europe, Antilles et Caraïbes, Maghreb, Québec…).

Ce large accueil du public aux travaux publiés semble répondre à une attente pressante, exigeante et d’autant plus impérieuse que l’intérêt pour la culture a changé : il est évident que l’usage d’Internet (et la multiplication des réseaux sociaux) est indissociable d’une transformation rapide des pratiques culturelles qui est en train de bouleverser les interactions entre l’École et la société. L’écriture collaborative par exemple amènera bientôt à des stratégies moins prescriptives dans la mesure où les étudiants et les élèves pourront intervenir directement dans l’élaboration des scénarios pédagogiques eux-mêmes. C’est une évolution inévitable et qui mérite réflexion.

… aux nouveaux défis !

Au terme de cette année scolaire, j’en profite pour exposer ici les priorités et les axes culturels qui seront développés dans cet Espace dès la rentrée 2012-2013 :

  1. Renforcer la place des femmes dans l’histoire littéraire enseignée. L’absence presque totale de représentativité des écrivaines dans la plupart des manuels de littérature sortis très récemment, et en tous points conformes au nouveau programme de l’enseignement commun de Français dans les classes de Lycée, pose un véritable problème de société : de fait, comme je l’avais écrit dans une chronique du Monde, « cette exclusion des femmes du champ de la visibilité culturelle légitime l’enseignement et la transmission de savoirs procéduralisés et sert implicitement de justification à tous les discours misogynes dont le XXIe siècle se nourrit quotidiennement ».
  2. Ouvrir davantage l’Espace Pédagogique Contributif aux dynamiques culturelles plurielles de la francophonie (Suisse, Belgique, Québec, Antilles, Caraïbes, Maghreb, pays d’Afrique…) qui permettent de mieux appréhender la spécificité de la langue française et les liens séculaires qui se sont tissés autour d’une même langue.
  3. Développer l’écriture collaborative et le tutorat en ligne selon une logique dynamique renforçant la dimension « transversale » du cours.
  4. Promouvoir la place de la culture numérique. De fait, la numérisation du patrimoine culturel universel qui est en train de s’accomplir sous nos yeux, est en train de transformer durablement l’accès aux connaissances, la transmission du savoir, et les conditions de la recherche. Allez sur Gallica, Google-livres ou Europeana pour vous en convaincre… À travers cette transformation sans précédent des pratiques culturelles, qui bouleverse déjà notre vie quotidienne, se joue en fait une recomposition majeure des rapports entre la société et la culture.

Bruno Rigolt

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(*) Source : WordPress. Nombre de pages consultées au jeudi 7 juin 2012 : 1 million 400. Meilleur nombre de pages vues sur une seule journée (13 mai 2012) : 11,753. Meilleur nombre de connexions sur une semaine (du samedi 12 mai au vendredi 18 mai) : 32,576.

Ecriture collaborative : Corrigé de dissertation par Sarah. Discuter une thèse : Anaïs Nin

 

Entraînement à la dissertation littéraire…

« Discuter une thèse »

 

Corrigé élève (2/2)

Aujourd’hui, la dissertation de Sarah B. Classe de Seconde 1, promotion 2011-2012
Voir aussi la dissertation proposée par Clarisse !

Rappel du sujet : À la question « Pourquoi écrivez-vous ? », Anaïs Nin répond : « Je ne pouvais vivre dans aucun des mondes qui m’étaient proposés […]. J’ai dû créer un monde pour moi, comme un climat, un anais-nin-1.1254664398.jpgpays, une atmosphère, où je puisse respirer, régner et me recréer lorsque j’étais détruite par la vie… C’est un monde pour les autres, un héritage pour les autres, un don aux autres en définitive. Nous écrivons afin de pouvoir transcender notre vie, aller au-delà. Nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres, pour raconter le voyage à travers le labyrinthe, nous écrivons pour élargir notre univers, lorsque nous nous sentons étranglés, gênés, seuls »

(extrait du Journal d’Anaïs Nin, février 1954).

Anaïs Nin affirme que « nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres ». Vous discuterez ces propos.

Cette dissertation, préparée en classe, a donné lieu à l’élaboration collective d’un plan en trois parties. Les élèves avaient ensuite la rude tâche d’élaborer leur travail. Parmi tous les travaux qu’il m’a été donné de lire, quelques-uns, particulièrement exceptionnels, seront publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif.

Je vous laisse découvrir aujourd’hui la dissertation de Sarah… Note obtenue : 19/20 : bravo à elle pour ce travail de très grande qualité, dont quelques passages ont été retouchés ou étayés en vue de la publication dans ce blog de Lettres.


 

[Introduction]

     La naissance puis le développement de l’écriture ont profondément marqué l’histoire des civilisations et la diffusion des connaissances, à tel point que l’on peut s’interroger : dans quel but écrit-on ? À ce titre, Anaïs Nin propose en février 1954 dans son Journal une vision très personnelle qui place l’écriture au centre d’une réflexion humaniste : «  Nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres ». Ces propos nous amènent à réfléchir au rôle et à la mission de l’écrivain.

     Si, comme nous le verrons d’abord, l’écriture est au cœur du dialogisme et de l’altérité, n’amène-t-elle pas également à se découvrir à travers les mots ? C’est en effet dans le rapport à soi-même qu’il faudra aussi envisager la mission de l’écrivain. Enfin, nous réfléchirons à l’importance même que revêt l’acte d’écrire : les propos d’Anaïs Nin ne nous invitent-ils pas à ce titre à dépasser les impératifs utilitaires ou pragmatiques de l’écriture pour privilégier sa dimension symbolique et subjective ?

[Première partie]

     À l’origine de l’écriture, il y a le geste physique, le « signe d’encre », qui est la base même de l’échange : le geste calligraphique n’est-il pas, dans son mouvement et sa dynamique mêmes, l’esquisse d’un dialogue ? Embellir l’écriture, former de « belles lettres », c’est d’abord prendre en compte celui qui, avant même de les lire, regardera les mots. Le geste calligraphié instaure donc une communication avec autrui. Plus fondamentalement, nous pouvons affirmer que l’écriture est par définition « migrante » : écrire, c’est être lu par les autres ; c’est écrire pour les autres, c’est une forme de dialogue à distance, à travers les mots. À ce titre, Anaïs Nin a souvent revendiqué son cosmopolitisme, se présentant volontiers comme un « auteur international ». De fait, lorsqu’elle affirme que « nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres », nous pouvons comprendre qu’en éprouvant l’altérité comme condition de l’écriture, l’écrivain crée une aire de complicité avec le monde qui l’entoure. Que l’on songe ici à Victor Hugo qui, dans la préface des Contemplations(1856), s’exclame : « Ah ! Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! Insensé qui crois que je ne suis pas toi ! ». En répondant à ceux qui reprochent aux Romantiques leur culte du moi, Hugo nous amène à comprendre qu’écrire, même en parlant de soi, c’est parler au nom des autres : l’écrivain d’ailleurs, n’exprime-t-il pas des sentiments universels ? De fait, sa parole est fraternelle avec le monde. C’est en cela que l’écriture devient ainsi un moyen d’apprendre des autres.

     Comme nous le voyons,  écrire en apprenant des autres, dépasse le simple stade de la communication. Dans un monde qui est souvent fait de confrontations et de conflits, l’écriture peut se définir dans le cadre d’une altérité relationnelle, qui est en même temps une altérité existentielle : l’écrivaine algérienne de langue française Assia Djebar faisait à ce titre remarquer qu’elle pratiquait « une écriture « contre » : le « contre » de l’opposition, de la révolte, quelquefois muette, qui vous ébranle et traverse votre être tout entier […] » mais aussi une écriture « tout contre, c’est-à-dire une écriture du rapprochement, de l’écoute, le besoin d’être auprès de…, de cerner une chaleur humaine, une solidarité […] ». En ce sens, l’écriture répond à une impérieuse nécessité qui pose l’écrivain comme existence en relation : en se rapprochant des autres, en échangeant et ainsi en apprenant d’eux, l’écrivain, loin de faire de « l’art pour l’art » est d’abord un être en communion. Son écriture constitue ainsi un fait d’altérité qui participe à la logique « cosmopolite » et universelle du monde. Cette écriture de contact et de rapprochement a été très bien illustrée par Paul Éluard. Ainsi dans une conférence prononcée à Londres le 24 juin 1936, l’auteur revendique la nécessité pour les poètes de faire partie du peuple afin de s’en faire comprendre, et d’apprendre de lui : « les poètes, écrit-il, sont descendus des sommets sur lesquels ils se croyaient. Ils sont allés dans les rues, ils ont insulté leurs maîtres, ils n’ont plus de dieux ». Cette conception particulière de l’engagement que défend Éluard passe donc par la volonté de toucher le lecteur dans son expérience la plus concrète et la plus universelle : comme il l’affirme plus loin, les poètes « ont appris les chants de révolte de la foule malheureuse […], ils ont maintenant l’assurance de parler pour tous. »

     De nos remarques précédentes, il ressort l’idée que l’écriture, en nous apprenant « à parler avec les autres », peut aussi être interprétée comme engagement ; la dimension esthétique du langage étant ainsi subordonnée à sa dimension éthique et morale. De fait, écrire, c’est transmettre des idées : ainsi l’écrivain se trouve-t-il « en situation » —pour reprendre une formule chère à Sartre— dans l’Histoire. Parler au nom de tous, pour des personnes qui elles ne peuvent pas s’exprimer, c’est parler avec les autres. Ici, la parole littéraire se trouve au centre de la question de l’action : elle devient une arme capable de transgresser toutes les censures et tous les interdits. Qui ne connaît pas le célèbre article rédigé par Émile Zola lors de l’affaire Dreyfus : « J’accuse » ? Publié dans l’édition du 13 janvier 1898 du journal L’Aurore, cet article prend la forme d’une lettre ouverte au président de la République, Félix Faure. En s’engageant ainsi publiquement, Émile Zola nous rappelle combien l’engagement dans l’écriture est une exigence radicale : écrire, c’est assumer un rôle moral qui commande à l’écrivain d’être au service des autres : c’est par et pour autrui qu’il écrit. Qu’il nous soit permis d’évoquer ici  la « Complainte du fusillé » de Jacques Prévert, véritable cri de révolte contre l’inanité de la guerre :

Ils m’ont tiré au mauvais sort
par les pieds
et m’ont jeté dans la charrette des morts
des morts tirés des rangs
des rangs de leur vivant
numéroté
leur vivant hostile à la mort
Et je suis là près d’eux
vivant encore un peu
tuant le temps de mon mal
tuant le temps de mon mieux.

Ces quelques vers extraits du poème valent comme engagement social, militant et revendicatif. L’écriture, comme nous l’avons vu, est donc utilisée pour « parler avec les autres ». En ce sens, nous comprenons mieux maintenant les propos d’Anaïs Nin : c’est en effet le principe dialogique qui fonde la légitimité de l’écriture en tant que fait social. Ainsi l’écriture suppose l’autre.

[Deuxième partie]

     Certes, comme nous l’enseigne Anaïs Nin, il n’y a pas d’écriture sans possibilité d’échange et de dialogue. Mais faut-il pour autant s’en tenir seulement à cette conception ? Si le dialogisme est au cœur de l’acte d’écriture, et si l’altérité semble un élément inhérent au langage humain, n’est-il pas pour autant légitime d’affirmer que nous écrivons pour nous apprendre à nous parler ? Si dialogisme il y a, l’écriture pourrait ainsi être un dialogue avec soi-même. À cet égard, Anaïs Nin a tenu un imposant journal qu’elle commença à l’âge de onze ans et qu’elle n’abandonna jamais : l’écriture de l’intime n’est-elle pas précisément la meilleure expression de ce dialogue avec soi-même que nous évoquions à l’instant ? L’autobiographie fonctionne en effet comme miroir : apprendre à se connaître, voilà l’enjeu véritable de l’écriture. Marcel Proust écrit ainsi qu’un livre « est le produit d’un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices. Ce moi-là, si nous voulons essayer de le comprendre, c’est au fond de nous-même, en essayant de le recréer en nous, que nous pouvons y parvenir ». L’auteur d’À la recherche du temps perdu, en analysant ici la différence entre le moi social et le moi de l’écrivain, nous montre magnifiquement qu’écrire est une manière de reconstituer son passé. Toute écriture est donc identitaire : en reconstruisant un temps oublié ou « perdu », l’écriture donne un sens à la vie. 

     Cette dimension existentielle de l’écriture est primordiale : écrire, c’est bien sûr garder une trace de la vie, mais plus profondément une empreinte de soi. L’écriture est une quête, une reconfiguration identitaire : « Passant ma vie avec moi, je dois me connaître », affirme Jean-Jacques Rousseau dans sa première lettre à Monsieur de Malesherbes. Apprendre à se connaître, entrer dans son intimité, chercher sa personnalité et trouver une vérité intérieure sont ici essentiels. C’est grâce aux mots que l’écriture donne un sens à la vie. Nous pourrions même dire qu’en écrivant et en entrant dans l’intimité du langage, nous rentrons dans notre propre intimité. Le lyrisme, et particulièrement le lyrisme romantique, place le moi au premier plan. Cette subjectivité lyrique a été fort bien exprimée dans la poésie lamartinienne par exemple. « L’Isolement » est l’expression même de ce pacte lyrique :

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.
[…]
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !

Comme nous le voyons en relisant ces vers célèbres, l’écriture en tant qu’expression des états d’âme, amène se connaître car elle fonde l’identité même de l’homme.  Le fait d’exprimer ou d’épancher ses sentiments avec l’écriture, permet d’apprendre sur nous-même. Récemment, l’écrivaine Nina Bouraoui évoquait ainsi cette quête de soi : « L’écriture, c’est mon vrai pays, le seul dans lequel je vis vraiment, la seule terre que je maîtrise » : écrire pour se chercher, pour se perdre et ainsi mieux se retrouver. En ce sens, l’écriture et donc le livre, sont des territoires de rencontres : et même la rencontre avec soi-même, c’est-à-dire avec cet autre qui est en soi, est peut-être la plus belle rencontre que permet le langage.

     De ce fait, écrire c’est rendre dicible l’indicible, et c’est chercher conséquemment une certaine vérité. Se soulager et se confesser à travers les mots, c’est se réinventer, tant il est vrai que l’écriture venge de la vie. Transfigurer ses problèmes, ses angoisses par le biais de l’écrit, c’est un peu parler à quelqu’un, alimenter une conversation intérieure qui conditionne la réflexion. Le journal d’Anne Frank, qui est le témoignage unique d’une adolescente juive cachée avec sa famille pendant deux ans durant la seconde Guerre mondiale, nous semble ici fondamental : en refusant un destinataire de l’écrit, le journal intime prend ici une signification bouleversante. Écrire à soi-même, au seuil de disparaître, n’est-ce pas chercher à travers le monologue intérieur une réponse au silence du monde ? Comme si le « jeu » avec l’inconnue rêvée, idéalisée, était une façon de réinventer le « je » ? Une façon de ne pas mourir… Dans le contexte brutal et oppressant de la déportation, l’écriture apparaît comme le seul moyen de sauver non seulement son identité individuelle mais aussi celle de l’humanité, menacée de disparaître. En s’adressant à un destinataire imaginaire, la petite Anne donne un sens à la douleur, à la privation, à la peur, qui est tout autant une expérience d’écriture qu’une expérience humaine. Écrire pour soi, écrire pour se réinventer, pour se « connaître », c’est-à-dire pour naître à nouveau et pour sortir du nihilisme…

[Troisième partie]

     Essayons désormais de mieux comprendre la portée des propos d’Anaïs Nin : entre altérité et identité, si l’écriture est d’une certaine façon un espace de parole, n’est-elle pas aussi un espace de silence ? Dès lors, ne pourrions-nous affirmer qu’écrire, c’est créer quelque chose entre le présent et l’absence. C’est Maurice Blanchot qui affirmait à ce titre qu’entre présence et absence, un espace s’ouvre grâce à l’immanence de l’écriture. Écrire, c’est bien sûr une présence : présence de la vie de tous les jours ; écrire pour penser le présent, pour rester parmi les autres, pour faire partie du monde. Mais si l’écriture permet de rester dans l’actualité et la réalité des faits, dans le concret et le compréhensible, ne risque-t-elle pas de subordonner le langage à la recherche utilitariste ? Ne pouvons-nous dès lors affirmer que le simple fait d’écrire confère une présence aux mots, qu’elle leur donne la possibilité même d’exister ? Si des mots se regroupent ensemble, ils font une phrase, puis un sujet, une histoire… L’écriture ouvre donc la parole à sa potentialité : les mots prennent vie, ils prennent sens. Faire vivre des mots, c’est faire vivre la vie elle-même : tel pourrait être le but de l’écriture. Un peu comme si les mots, parlant de la vie elle-même sur du papier, avaient ce pouvoir de transfigurer la vie. Que l’on songe ici au roman de Georges Pérec, La Vie mode d’emploi, qui a valeur d’avertissement :

Cinoc, qui avait alors une cinquantaine d’années, exerçait un curieux métier. Comme il le disait lui-même, il était «tueur de mots» : il travaillait à la mise à jour des dictionnaires Larousse. Mais alors que d’autres rédacteurs étaient à la recherche de mots et de sens nouveaux, lui devait, pour leur faire de la place, éliminer tous les mots et tous les sens tombés en désuétude.
Quand il prit sa retraite, […] il avait fait disparaître des centaines et des milliers d’outils, de techniques, de coutumes, de croyances, de dictons, de plats, de jeux, de sobriquets, de poids et de mesures; il avait rayé de la carte des dizaines d’îles, des centaines de villes et de fleuves, des milliers de chefs-lieux de canton ; il avait renvoyé à leur anonymat des centaines de sortes de vaches, des espèces d’oiseaux, d’insectes et de serpents, des poissons un peu spéciaux, des variétés de coquillages, des plantes pas tout à fait pareilles, des types particuliers de légumes et de fruits ; il avait fait s’évanouir dans la nuit des temps des cohortes de géographes, de missionnaires, d’entomologistes, de Pères de l’Église, d’hommes de lettres, de généraux, de Dieux & de Démons.

En tuant les mots, Cinoc tue la différence. N’est-ce pas ce qui disparaît de notre propre monde ? Et n’est-ce pas le sens profond qu’il convient d’attribuer à la citation d’Anaïs Nin ? Tant il est vrai qu’il y a un lien fort entre l’écrivain et les mots qu’il emploie : tuer les mots revient à nier l’existence, la vie même. On pourrait dès lors affirmer que les mots sont aussi une part de vie de l’écrivain. Toute sa sensibilité est mise dans les mots, ils ont donc une grande force morale, et de ce fait, ils prennent vie.

     Cette libération du mot est aussi une libération de l’homme. L’écriture automatique, inventée par les Surréalistes, nous semble exprimer ce dessein. En se libérant de toute raison, et en laissant s’exprimer sa pensée, son ressenti et ses envies au fil des mots, le sujet écrivant restitue le mystère de l’écriture elle-même : André Breton, dans le Manifeste du Surréalisme, présente ainsi l’écriture automatique : « monologue de débit aussi rapide que possible, sur lequel l’esprit critique du sujet ne fasse porter aucun jugement… » : on se laisse ainsi porter, et les mots qui nous passent par la tête expriment soudainement une vérité qui dépasse le langage oral. Écrire apparaît donc comme un au-delà de la parole, et le lieu de l’écriture apparaît comme un lieu indéterminé dans le temps, en dehors de la réalité physique, capable d’atteindre une réalité symbolique et métaphysique. Ce lien si profond qui unit l’écrivain et les mots qu’il utilise en dit long sur nous-même… L’écriture est comme la transcription en abîme de l’être : nous écrivons pour nous apprendre à atteindre le silence, qui est peut-être la parole véritable. Écrire s’accomplit comme la quête de l’indicible. Au-delà de leur référence factuelle et monstrative, les mots s’enracinent dans le mystère même de la Création : l’écriture, ainsi que nous le comprenons au terme de cette réflexion, pourrait être aussi celle de l’absence. Nous écrivons, pourrions-nous dire dès lors pour paraphraser les propos d’Anaïs Nin, pour apprendre le langage du silence. 

     Comme nous le voyons, il y a un moment où toute personne qui écrit, se tournant vers l’indicible, cherche à atteindre par les mots l’inaccessible même, comme pour mieux déchiffrer et repenser le monde. Certains même verront dans le mot lui-même l’expression du silence… Écrire, c’est comme aller quelque part où s’arrête le dire, et commence le silence. Dans notre monde où la surcommunication tend à tuer le langage et les mots eux-mêmes, l’écrit est un détour permettant d’éviter les dérives fonctionnalistes du langage que nous évoquions précédemment à travers le texte de Georges Pérec. L’écriture permet ainsi de voiler parfois les choses, afin de mieux les dévoiler.  Elle symbolise en effet un refus de la norme référentielle : le mot contre l’uniformité collectiviste, la liberté de langage contre le déterminisme, le désordre poétique contre l’ordre normatif. Notre société de l’hyper-communication serait ainsi une société de l’hyper-solitude, dépourvue d’échanges, c’est-à-dire de silences véritables : dans leurs maisons-murs, mis en visibilité permanente, des individus communiquent à travers des écrans interposés dans un monde de résolution de problèmes via des réseaux (cette analyse réinvestit quelques passages de l’article suivant : Modernité et architecture, l’impossible détour). Dès lors, les propos d’Anaïs Nin prennent tout leur sens : l’écriture pourrait représenter ce qui n’est pas nommé, et qui se prête au déchiffrement et donc au silence. Claude Abastado, dans « Expérience et théorie de la poésie chez Mallarmé » (Archives des Lettres Modernes, 119, page 39. Propos cités par Annette de La Motte dans Au-Delà du Mot : Une « écriture du Silence »…), dit que l’auteur de « Brise marine » « voudrait  ne retenir des mots que la connotation, effacer la valeur dénotative, joaillier qui rêve de garder les feux des pierreries en supprimant les gemmes ». Cette approche nous semble bien résumer notre démonstration : toute écriture est ainsi improbable,  improchable, car elle reste un cheminement intérieur que l’on pourrait appeler la parole du silence… 

[Conclusion]

     Au terme de ce travail, exigeant et difficile, interrogeons-nous : comme nous l’avons compris, l’acte d’écrire oscille entre le moi collectif et le moi le plus individuel. Mais s’il est incontestable que « nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres », comme l’a si bien dit Anaïs Nin, nous pouvons affirmer que l’écriture amène à réfléchir sur soi. Il y a tant de façons de s’exprimer, de penser… Et tant de manières de vivre à travers les mots que toute définition reste incomplète.

     Nous avons commencé notre travail en évoquant la rencontre de la parole et de l’écriture, et nous le concluons sur le silence. Non point le silence stérile, vide, mais le silence du sens, le silence de la signification, le silence comme « horizon de l’écriture ». Terminons sur ces mots de Christian Bobin, rapportés par Annette de La Motte dans Au-Delà du Mot : Une « écriture du Silence »… : « Mon vrai désir, ce n’était pas d’écrire, c’était de me taire. M’asseoir sur le pas d’une porte et regarder ce qui vient, sans ajouter au grand bruissement du monde »…

© Sarah B. Classe de Seconde 1 (Promotion 2011-2012).
Lycée en Forêt/Espace Pédagogique Contributif (Montargis, France, mai 2012)

Secrétariat de rédaction et contributions additionnelles : Bruno Rigolt

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