La classe de Première STMG4 du Lycée en Forêt vous invite à son atelier d’écriture…

 Atelier d’écriture…

« Les mots qui s’évadent… »
Hommage au Surréalisme

Par la classe de Première STMG4
— Promotion 2011-2012 —

     La classe de Première STMG4 du Lycée en Forêt a souhaité rendre hommage à travers cet atelier d’écriture au Surréalisme. Né dans l’entre-deux guerres, ce mouvement littéraire, artistique et social a en effet bouleversé de fond en comble la vision de l’homme et du monde au vingtième siècle, et plus particulièrement les rapports entre la pensée et le langage poétique.

← la définition de l’écriture automatique dans le premier Manifeste (1924).

     Apparenté au rêve, voire au « dérèglement de tous les sens » pour reprendre une formule chère à Rimbaud dans sa fameuse « Lettre du Voyant », le surréalisme a été défini par Breton lui-même dans son premier Manifeste comme un « Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ».

     Cette définition, fortement influencée par la théorie freudienne de l’inconscient, met ainsi en avant la pratique de l’écriture automatique : le but de la poésie selon Breton serait donc de libérer l’esprit (**) des censures rationnelles, esthétiques ou morales exercées par la raison, afin de permettre la production d’images et de phrases novatrices, même si elles semblent absurdes. Mais, comme il a été justement noté, « afin que l’image poétique soit surréaliste, il faut qu’entre les termes de la métaphore, il existe une tension telle que l’image ne soit ni purement absurde, ni tout à fait réductible aux signifiés courants. Il faut un surplus de sens […] » (*). Ce « surplus de sens », la classe de Première STMG4 l’a assurément amené. Je vous laisse découvrir cette semaine les premiers textes créés dans l’atelier d’écriture « Les mots qui s’évadent ».

(*) Timo Kaitaro, Le Surréalisme : Pour un réalisme sans rivage, éd. L’Harmattan, Paris 2008, pages 31-32
(**) Voir à ce sujet la « Citation de la semaine » consacrée à René Crevel.

Prochaine livraison :  samedi 5 mai.

Grandeur étoilée
par Marie G.

Je connais l’horizon amoureux des nuages évadés
Agités par le vent
Et la nostalgie irréelle des mots
Se regardant dans l’attente d’un monde
Clair où palpitait la membrane d’une larme :

Sentiment étincelant  qui brûle au-delà du ciel…
Le temps exporte cette crainte noire,
Quitte ce coucher de soleil au clair de la brume
Loin de toute illusion.
Loin d’une chance artificielle s’ennuyait un sourire triste…

« Loin de toute illusion. Loin d’une chance artificielle s’ennuyait un sourire triste… »
(Ill. d’après Pablo Picasso, « Femme aux bras croisés »)

 

Portrait de la nuit
par Léna W.

Et la beauté de la nature provoque une jouissance
Perpendiculaire à l’axe du ciel.
L’extraordinaire semblable aux étoiles
Prend son envol entre le vent
Couleur de bruit
Et le soir à la crinière brune.
Les émeraudes épuisées transmettent leurs troubles
Envolés par l’ailleurs…

 

 Sous le regard du ciel
par Camille L-M.

La liberté qui s’évade sous le soleil
Et cette fille superficielle
Sous le regard du ciel :
Deux années qui s’envolent
Loin du cœur et des éclats.

Larmes et palpitantes étincelles
Roses ; désir et pureté
D’où l’on observe
Des wagons de pluie
Ainsi que la souffrance du rire…

Désespoir de lumière « classée sensible »
par Aude D.

Trompé par la pitoyable dépendance enlacée
L’enfant violent trop souvent couvé fleurit
Le long des murs
Dans les effets immédiats d’un désespoir de lumière
Classée sensible.
Chagrin : source de fragilité enfantine,
Inspiration rythmée par l’harmonie des larmes
Traquée par cette supportable pression de reconnaissance
Provenant de la fabuleuse source de lumière
Rendant chaque histoire fondée aux épines du cœur.
Instance de peur magistrale
Bercée par ce rythme chauve et seul.
Absence absurde emportée par le vent…

Maintenant flots pourpres
par Sofia K.

Angoisse de la lenteur des vagues effacées de cendre,
Merveille idéale, clarté des dieux
Venus s’asseoir
Au creux du monde.

Mon cœur vaste et fluide
Attire la foudre, scelle la pureté dorée du temps
Aux heures fléchissantes.
Maintenant flots pourpres…

 « Aux heures fléchissantes. Maintenant flots pourpres… »
Vladimir Kush, « Bound to Distant Shores » |Source de l’image|

Chemin utopique
des prairies

par Teddy B.

J’ai marché le long des arbres
De nulle part. Le voyage du vent
Écrivait des mots sur les sables du temps.

Chute du souvenir de la cascade
De nuages. Montagne solitaire et libre,
Chemin utopique des prairies

Construit par l’heureuse douleur
D’un cœur perdu dans le soir qui saigne
Couleur des pleurs.

Le corps bouillonnant
De la neige qui tape
Ainsi qu’un jour utopique à tire d’ailes…

La mise en ligne de la première livraison est terminée. Prochaine livraison : dimanche 29 avril.

NetÉtiquette : comme pour l’ensemble des textes publiés dans l’Espace Pédagogique Contributif, les poèmes des étudiant(e)s sont protégés par copyright. Ils sont mis à disposition des internautes selon les termes de la licence Creative Commons Paternité (Pas d’utilisation privée ou commerciale, pas de modification). La diffusion publique est autorisée sous réserve de mentionner le prénom de l’auteur, l’initiale de son nom, la classe, l’établissement ainsi que la référence complète du poème cité (URL de la page).

Exposition le Romantisme en France et en Europe…

Bientôt une exposition exceptionnelle…

Le Romantisme en France et en Europe

La classe de Seconde 1 et la classe de Seconde 12 du Lycée en Forêt préparent la plus grande exposition jamais conçue par des lycéens sur le Romantisme : à partir du vendredi 4 mai jusqu’au mois de juin, des dizaines d’articles seront mis en ligne :

  • près de 20 contributions lycéennes…
  • plus de 300 pages de recherches, 
  • une centaine d’auteur(e)s et d’artistes cité(e)s,
  • près de 200 livres exploités
  • Des centaines de liens Internet…

Rendez-vous sur ce site à partir du vendredi 4 mai !

La citation de la semaine… René Crevel…

« de la planète minuscule nous partons pour le pays sans limite. Des oiseaux alors s’allument en plein ciel… »

Responsabilité, merveilleuse responsabilité des poètes. Dans le mur de toile, ils ont percé la fenêtre dont rêvait Mallarmé. D’un coup-de-poing ils ont troué l’horizon et voilà qu’en plein éther vient d’être découverte une île. Cette île, nous la touchons du doigt. Déjà, nous pouvons la baptiser du nom qu’il nous plaira. Elle est notre point sensible. Mais que, grâce à des hommes, leurs semblables, à portée de la main soit ce point sensible, cette corbeille de surprises, de dangers et de douleurs, c’est bien ce que ne sauraient pardonner tous ceux qu’effraie le risque et cependant tente l’aventure. Il est un fait que, depuis deux années, le problème de l’Esprit et de la Raison, plus nettement que jamais posé par le surréalisme, n’a plus laissé indifférent quiconque a le goût des choses de l’intelligence. Et même ceux qui, trop faibles pour accepter la redoutable liberté offerte, préfèrent continuer à vivre dans le petit fromage de la tradition ne peuvent s’empêcher, parmi toutes les œuvres d’aujourd’hui, de préférer celles qui expriment le plus parfaitement la nécessité de libération. Sans doute, une claire bonne foi, la continuité de certains efforts ne peuvent manquer de forcer au respect, et la fidélité à l’esprit a d’autant plus de valeur si on la compare à l’inconstance de beaucoup qui, d’abord décidés à aller de l’avant, n’ont point persévéré dans les voies de l’audace et, parvenus à certaine altitude, privés des parapets séculaires, ont été pris d’une telle peur qu’ils n’ont osé marcher plus longtemps ni risquer davantage. D’où leur retour sournois déjà mentionné aux questions accessoires, à des problèmes de forme. Ils essaient de se rattraper aux branches secondaires, de dessiner des arabesques, d’oublier le fond pour la forme, de ne plus penser au pourquoi, mais au plus simple, au plus facile comment.

Qui donc d’ailleurs, durant les premiers lustres de ce siècle, eût prévu à coup de quel vigoureux questionnaire seraient poursuivis les romanciers, benoîtement réalistes ? Le premier qui leur fut porté fut celui de l’enquête menée au lendemain de la guerre, en 1919, par la revue Littérature qui osa demander aux pontifes : Pourquoi écrivez-vous ?

Voilà bien de quoi éberluer les plus brillants de la carrière des lettres. On fonçait droit sur leur somnolence, on n’acharnait contre leur routine, on secouait leur apathie gavée. Leurs réponses les trahissaient mais ils n’osaient se taire, intimidés par l’audace des nouveaux venus qui ne craignaient point de recourir à des procédés aussi directs, dédaignaient de composer, interrogeaient les autres et soi-même sur les questions essentielles. Délire insensé de tant de vieux Noés qui ne purent cuver en paix leur encre. Une épingle piquait au beau milieu pour les dégonfler les creuses bedaines, et la transparence de leur ennui permettait de voir, intestins monstrueux, leurs chapelets de nauséabonds motifs.

Voilà par quelle enquête a débuté la lutte de l’Esprit contre la Raison que devaient poursuivre Dada, l’écriture automatique, le surréalisme. La brusquerie de l’attaque, spontanément, ébranla et jusque dans ses plus profondes et traditionnelles racines l’opportunisme. Du premier coup, la preuve venait d’être faite que toute poésie est une révolution en ce qu’elle brise les chaînes qui attachent l’homme au rocher conventionnel. Déjà voici venir le temps où nul n’osera sans rire se justifier par des raisons formelles et c’est ainsi que le professeur Curtius, dans un récent article sur Louis Aragon, a pu le louer d’« avoir vaincu la beauté, ce prétexte, par l’authentique poésie ». Un tel éloge, méritent d’être partagé, les meilleurs d’aujourd’hui qui ne se sont souciés ni des secours de la forme ni des faciles séductions des couleurs. L’œil d’un Picasso, aigu à percer les nuages commodes, déchire les voiles des brouillards trop doux pour éclairer d’une lumière inexorable les mystères cachés derrière chaque objet, chaque forme, chaque couleur. Alors se lèvent de hautains fantômes que ne tentent ni le romantisme du geste, ni les draperies, ni les effets de costume ou d’attitude.

Max Ernst « Au dessus des nuages marche la minuit… » 1920

Nous les avons suivis jusqu’au plan où Max Ernst nous dit qu’ « au-dessus des nuages marche la minuit. Au-dessus de la minuit plane l’oiseau invisible du jour, un peu plus haut que l’oiseau, l’éther pousse les murs et les toits flottent ». Ailes des paupières, nos regards volent et le vent en l’honneur duquel Picasso de chaque pierre triste a fait jaillir les Arlequins et leurs sœurs cyclopéennes et tout un monde endormi dans les secrets des guitares, l’immobilité du bois en trompe l’œil, les lettres d’un titre de journal, le vent en l’honneur duquel Chirico a construit des villes immuables et Max Ernst ses forêts, pour quelles résurrections emporte-t-il nos mains, ces fleurs sans joie. J’ai vu un tableau de Joan Miró où un cœur rouge battait à même un ciel bleu. Magicien des palpitations subtiles, Max Ernst, lui, nous offre des colombes dont nos doigts veulent éprouver la chaleur, les craintes, les volontés. Ainsi nous hante le secret d’une création si simple, si naturelle que nous allons droit aux toiles, comme si leur cadre en vérité n’était qu’une simple porte. Semblable miracle dans des rues où tout jusqu’à la fumée s’était pétrifié sous une lave glauque, nous fut offert par Giorgio De Chirico. Avenues insensibles d’une cité creusée au centre même de la terre, son ciel ignorant du chaud et du froid, l’ombre de ses arcades, de ses cheminées, en nous donnant le mépris des apparences, des phénomènes, déjà, nous rendaient plus dignes du rêve absolu où un Kant put sentir son esprit s’amplifier en plein vertige nouménal.

 

Giorgio De Chirico, Mystère et mélancolie d’une rue, 1914

Les remparts ont craqué, l’ombre de la mort à elle seule disjoint les plus lourdes pierres. «Visage perceur de murailles», explique le poète Paul Éluard, et de la planète minuscule nous partons pour le pays sans limite.

Des oiseaux alors s’allument en plein ciel, la terre tremble et la mer invente ses chansons nouvelles. Le cheval du rêve galope sur les nuages. La flore et la faune se métamorphosent. Le rideau du sommeil tombé sur l’ennui du vieux monde soudain se relève pour des surprises d’astres et de sable. Et nous regardons, vengés enfin des minutes lentes, des cœurs tièdes, des mains raisonnables.

Univers imprévu, quels océans peuvent jusqu’à ses bords mener les navigateurs du silence ?

René Crevel, L’Esprit contre la raison (Cahiers du Sud, 1927) © Mélusine 2007

Paris, société nouvelle des éditions Pauvert, Paris 1986. Texte suivi de Paul Klee (1930), Renée Sintenis (1930), Dali ou l’anti-obscurantisme (1931), le Clavecin de Diderot (1932), des Nouvelles vues sur Dali et l’obscurantisme (1933) et d’autre écrits théoriques sur le surréalisme ; préface d’Annie Le Brun.
Ouvrage accessible en ligne grâce à la revue Mélusine (Cahiers du Centre de Recherche sur le Surréalisme, Université Paris III). La Bibliothèque Numérique Surréaliste propose également la totalité des œuvres de René Crevel, tombées dans le domaine public, à l’exception de sa correspondance.

« J’ai vu un tableau de Joan Miró où un cœur rouge battait à même un ciel bleu »… Joan Miro, « Dancer », 1925 (détail). Galerie Rosengart, Lucerne, Suisse

C’est au cours de l’automne 1926 que René Crevel (1900-1935) rédige L’Esprit contre la raison. Publié un an plus tard dans les Cahiers du Sud,  ce texte majeur du Surréalisme est parcouru en tous points du souffle de la révolte et du génie. Révolté, René Crevel le fut assurément : « Dès 1918, inscrit à la Sorbonne, il s’insurge contre l’enseignement de professeurs momifiés chargés de diffuser la culture. Cette révolte, le désir de s’arracher à un milieu conventionnel » (*) le pousseront à travers la rencontre de la poésie et de l’inconscient, vers la quête d’un « Surréalisme absolu » selon l’expression d’André Breton qui évoque ainsi Crevel dans ses Entretiens : « Crevel, avec ce beau regard d’adolescent que nous gardent quelques photographies, les séductions qu’il exerce, les craintes et les bravades aussi promptes à s’éveiller en lui… à travers tout cela c’est l’angoisse qui domine » (**).

« Angoisse », dérision, humour ravageur, démystification de la raison, mais aussi revendication des profondeurs de l’esprit, quête mystique et onirique de la vérité dans la lignée de Rimbaud, Lautréamont ou Antonin Artaud. Confronté à une tuberculose incurable, Crevel décidera en 1935 de mettre fin à ses jours. Face à la mort, le Verbe poétique, parce qu’il permet de toucher l’inaccessible, apparaît comme le signe d’une liberté retrouvée, d’une transfiguration. Comme il a été justement remarqué, « chaque fois qu’il en a eu la force et la vigueur, [René Crevel] a demandé à la littérature […] de le sortir de ce lent naufrage, de cet effroyable engloutissement du moi dans l’attente fébrile d’une aléatoire délivrance » (***).

« le vent en l’honneur duquel Picasso de chaque pierre triste a fait jaillir les Arlequins… » Picasso, « Arlequin assis » 1901 © 2011 Pablo Picasso/Artists Rights Society (ARS), New York

« À l’écrasement, Crevel répond par la revendication d’une liberté absolue » (****). Et sans  doute il est vrai que ce magnifique texte semble puiser sa raison d’être dans une conception presque mystique de l’écriture qui, s’affranchissant des contraintes de l’académisme littéraire, élabore une poétique pénétrée de la référence au rêve et à l’absolu : à la question rappelée par Crevel Pourquoi écrivez-vous ?, le texte est comme une réponse ; l’écriture nous entraîne, à travers les champs magnétiques de l’inconscient, vers « le pays sans limite » :

Des oiseaux alors s’allument en plein ciel, la terre tremble et la mer invente ses chansons nouvelles. Le cheval du rêve galope sur les nuages. La flore et la faune se métamorphosent. Le rideau du sommeil tombé sur l’ennui du vieux monde soudain se relève pour des surprises d’astres et de sable. Et nous regardons, vengés enfin des minutes lentes, des cœurs tièdes, des mains raisonnables.
Univers imprévu, quels océans peuvent jusqu’à ses bords mener les navigateurs du silence ?

Les derniers mots expriment ainsi l’essence même du Surréalisme, en posant l’acte d’écrire en tant que libération de l’homme, acte de déchiffrement, avènement dont seul le langage, comme énonciation de l’indicible, fait coïncider le désir et le réel, la parole et le silence, dans un grand chant d’aube et de vent à la conquête de l’introuvable.

Bruno Rigolt

______________

(*) Danielle Bohler, Gérard Peylet (textes réunis par), Le Temps de la mémoire, tome II : Soi et les autres, Eidolon n° 79, Presses Universitaires de Bordeaux, décembre 2007, page 62.
(**) André Breton, Entretiens, Gallimard, coll. « Idées », Paris 1969, page 96.
(***) Jean Michel Devésa, Correspondance de René Crevel à Gertrude Stein, L’Harmattan, Paris 2000, page 53.
(****) Loïc Le Bail, « La négresse aux bas blancs aime tellement les paradoxes », in René Crevel ou l’esprit contre la raison : actes du colloque international René Crevel, Mélusine/L’Âge d’Homme, Lausanne (Suisse), 2002, page 248.

Entraînement BTS… Sport et droits de l’homme

Entraînement BTS Sessions 2012>13

Pour l’un de nos derniers entraînements avant la session de 2012, je vous propose de réfléchir à la problématique des Droits de l’Homme dans le Sport. Les vingt-sixième Jeux Olympiques de Pékin, qui se sont déroulés du 8 au 24 août 2008, eurent pour effet de ranimer, avec la flamme de la vint-neuvième Olympiade, nombre de controverses et de polémiques sur le vaste sujet des Droits de l’homme. De fait, n’oublions pas que la problématique sur laquelle nous invitent à réfléchir les Instructions Officielles concerne le sport, comme reflet et « miroir de notre société ». En ce sens, il véhicule un certain nombre de questionnements qui trouvent un écho dans le champ culturel, social et idéologique.

Dès lors, deux thèses s’affrontent : face aux enjeux de la realpolitik, qui imposent une acceptation de facto d’un pragmatisme souvent peu conciliable avec les Principes fondamentaux de l’Olympisme, les tenants du boycott en appellent au courage et à l’engagement des démocraties, au risque néanmoins de contredire la neutralité de la lex sportiva et de poser la question qui fâche quant à l’instrumentalisation du sport par les revendications politiques de tous ordres, aussi légitimes soient-elles… Cela dit, si l’interférence des Droits de l’homme dans le sport est problématique par le fait même qu’elle tend à confondre l’esprit sportif avec la légitimité arbitrale des droits fondamentaux, c’est néanmoins la Charte du CIO qui dans ses principes mêmes, définit les missions dévolues à l’Olympisme par référence aux Droits de l’homme…

 

Sport et Droits de l’Homme
Le sport en quête de légitimation…

 

CORPUS

  • Document 1 : Frédéric Bolotny, « Sport et droits de l’homme : il ne faut pas tout mélanger »
  •  Document 2 : Rama Yade et Bernard Laporte, « Les Jeux olympiques en Chine, une chance à saisir… »
  • Document 3 :  Amnesty International : “Stop the world record of executions”
  • Document 4 : Cyril Lemieux, « Boycotter les JO de Pékin ? »
  • Document 5 : Collectif pour le boycott des Jeux olympiques de Pékin 2008, « Cinq bonnes raisons de boycotter les Jeux olympiques de Pékin en 2008 »

 

  • Annexe : Charte Olympique : « Principes fondamentaux de l’Olympisme »

Travaux d’écriture :

1) Synthèse : Vous ferez une synthèse concise, ordonnée et objective des cinq documents contenus dans ce corpus.

2) Ecriture personnelle : Dans quelle mesure « la pratique du sport est un droit de l’homme » comme l’affirme la Charte Olympique dans son principe n°4 ?

D’un côté le sport, de l’autre la politique : il ne faut pas « tout mélanger », selon Frédéric Bolotny, économiste au Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de l’Université de Limoges. Le boycott des Jeux Olympiques comme « moyen de pression n’est plus pertinent, car les temps ont changé ». Interview.

Quel est votre sentiment face à ceux qui souhaitent boycotter les prochains JO à Pékin?
Il ne faut pas tout mélanger. Il y a le sport d’un côté et la question des droits de l’homme de l’autre. J’ai vraiment l’impression que l’on instrumentalise le sport. De droite, comme de gauche, on récupère selon les intérêts politiques du moment, par stratégie marketing. Je pense notamment à Ségolène Royal qui s’est positionnée en faveur de ce boycott… Personnellement, je ne pense pas que cela soit la meilleure solution.

Auparavant, les Jeux Olympiques ont été boycottés à trois reprises. Pourquoi aujourd’hui, cela ne serait-il plus pertinent?
Les JO sont devenus un événement extrêmement populaire et important. Le sport et les jeux ont acquis une autonomie et une légitimité à part entière. Il est vrai qu’en 1980 par exemple, une cinquantaine de pays ont boycotté les JO de Moscou en refusant d’envoyer leurs athlètes: à l’époque, deux grands blocs s’opposaient. Mais le monde a changé et le boycott est devenu obsolète.

Imaginons qu’un pays comme la France boycotte les prochains JO : quelles en seraient les conséquences?
Une grosse frustration pour tous: sportifs, entraîneurs, annonceurs, mais aussi pour tous les fans de sport. La participation aux JO est un aboutissement pour n’importe quel athlète de haut niveau. Après tant d’années d’effort et d’entraînement, ce serait une punition pour eux. Cet événement a lieu une fois tous les 4 ans donc, en général, une seule fois dans une carrière de sportif. Je ne remets pas en cause les lacunes du gouvernement chinois en matière des droits de l’homme, mais il a été décidé que les prochains JO seraient en Chine, on ne peut plus revenir en arrière. Un boycott serait un pur scandale.

En termes économiques, quelles seraient les conséquences d’une telle mesure?
En France, les pratiques sportives représentent près de 30 milliards d’euros. Mais concrètement, cela ne nous toucherait pas trop. Ce serait les petites disciplines méconnues qui en pâtiraient le plus. Les JO sont une formidable tribune médiatique et contribue grandement au développement des pratiques sportives. Lorsque la France est devenue championne du monde de foot en 1998, la pratique de ce sport a augmenté de + 15% l’année suivante. Lorsque David Douillet a remporté les JO de Sydney en 2000, cela a eu un formidable impact sur le judo, soit près de 15% aussi.

Qu’en pensent les sportifs autour de vous?
Honnêtement : rien ! Ils ne craignent pas beaucoup que de telles mesures soient prises.

Et vous ?
Un très mauvais calcul politique. N’oublions pas que la Chine représente la puissance de demain.

 

  • Document 2 : « Les Jeux olympiques en Chine, une chance à saisir… »
    Par Rama Yade et Bernard Laporte, respectivement secrétaire d’État chargée des Droits de l’homme et secrétaire d’État aux Sports. (Le Figaro du 28/02/2008)

Pékin, 8 août 2008 : l’empire du Milieu sera le centre du monde. Le cœur d’un quart de l’humanité sera relié à celui du reste de la planète. Ces cœurs battront ensemble au rythme des exploits sportifs. Battront-ils pour autant avec la même ivresse pour les valeurs de l’olympisme ?

Au-delà d’une réussite attendue, celle des records dépassés, des audiences battues, des médailles récoltées, la Chine est attendue aussi sur le terrain de l’idéal olympique.

Les interrogations dont la presse française et internationale se fait l’écho sont légitimes. Et deux questions lancinantes restent en filigrane : le boycott des Jeux olympiques de Pékin serait-il la meilleure façon de faire avancer la situation des droits de l’homme ? Y aller reviendrait-il à cautionner des pratiques jugées inacceptables au regard des droits de l’homme qui sont universels ?

Interrogeons l’Histoire : le boycott des Jeux olympiques de Moscou en 1980, par une cinquantaine de pays dont les États-Unis, a-t-il permis la chute du mur de Berlin ? A-t-il conduit à inverser la situation des droits de l’homme sur le terrain ? Assurément non ! Le constat est triste, mais il est là : ce boycott a fourni un prétexte facile au régime soviétique pour justifier, dans un dernier sursaut voué à l’échec, des répressions accrues, et fouler aux pieds les valeurs de la démocratie. Au fond, le boycott ne conduirait-il pas à l’inverse de l’objectif recherché : raidissement plutôt qu’assouplissement, fermeture plutôt qu’ouverture, éloignement plutôt que rapprochement avec l’Occident et les valeurs universelles que nous voulons partager avec la Chine ?

Alors disons-le une fois pour toutes. Pour la France, comme pour d’autres, le boycott n’est pas une option.

Prenons la Chine au mot.

La Chine est en train de devenir ce que préconisait le général de Gaulle «une grande réalité politique, économique». Géant de la scène internationale, une dimension que personne ne lui conteste, il lui reste à donner du sens à une puissance économique de plus en plus évidente. La modernisation passe aussi par le plein respect des droits de l’homme. Des progrès importants ont été réalisés ces dernières décennies, essentiellement en matière de droits économiques et sociaux. Mais des insuffisances flagrantes demeurent en matière de droits civils et politiques, de respect de la liberté d’expression.

Ce qui est attendu de la Chine, de la part de la communauté internationale comme de sa population, ce sont des pas concrets et significatifs. Nul n’ignore que la responsabilité est l’autre versant de la puissance. De ce point de vue, nous pensons que la période de préparation des Jeux olympiques de Pékin 2008, et les Jeux eux-mêmes, offrent une occasion unique, un tremplin pour enraciner plus profondément en Chine l’État de droit et les libertés fondamentales.

On peut former l’espoir que les JO de Pékin puissent permettre une de ces conquêtes en faveur des droits de l’homme.

Les domaines dans lesquels la Chine pourrait répondre à nos appels sont connus. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, s’est clairement exprimé à ce sujet à l’occasion de son déplacement à Pékin : la ratification du pacte des Nations unies sur les droits civils et politiques, un moratoire sur les exécutions ou à tout le moins, dans une première étape, la réduction des crimes passibles de la peine capitale ; des avancées en matière de liberté d’expression. La France continuera, inlassablement, son engagement après août 2008, dans le cadre d’un dialogue amical et franc, qui prend pleinement appui sur la relation privilégiée entre nos deux pays. Il faut tendre la main à la Chine, mais sans fermer les yeux. Demeurons vigilants et exigeants, tout en maintenant un climat de confiance propice au dialogue et aux avancées.

Le président de la République a souligné à Pékin tout le chemin parcouru par la Chine : «La Chine se transforme et la transformation de la Chine, c’est la transformation du monde.» C’est dire toute la responsabilité de la Chine, tout l’enjeu de sa mutation, y compris dans le domaine, essentiel, des droits de l’homme. Nous espérons qu’au soir du 24 août 2008, ce grand pays aura été à la hauteur de ses responsabilités.

  • Document 3 Amnesty International : « Stop the world record of executions »
    (source : Advertising Agency, DDB Budapest, Hongrie 2008).

« China holds the current world record of executions with executing 1,010 people of 1,591 confirmed executions worldwide. Although the Beijing Olympic committee declared that hosting the Olympics will “help the development of human rights in China”. Join the fight against death penalty”.

  • Document 4 : Cyril Lemieux, « Boycotter les JO de Pékin ? »
    La Sociologie sur le vif, Presse des Mines, Paris 2010, pages 19-20 (depuis « Faut-il boycotter les Jeux Olympiques de Pékin ? » (page 19), jusqu’à « Car c’est toujours la structuration de ce sysytème d’action concret qui conditionne leur rationalité et leurs actions » (page 20).

Pourquoi donc boycotter les Jeux olympiques de Pékin 2008 ?
1. Parce que le gouvernement chinois tente de briser tout ce que la Chine compte de dissidents, d’opposants, d’insoumis, d’intellectuels critiques et de syndicats libres. Il pratique les détentions administratives et abusives, recourt à la torture et à la peine de mort. La gynécologue Gao Yaojie est menacée par les autorités locales pour avoir révélé l’affaire du sang contaminé dans la province du Henan provoquant la mort de dizaines de milliers de personnes, victimes du sida. La reconnaissance internationale des Jeux donnera un visa d’honorabilité à ces violences.
2. Parce que la Chine a des visées sur Taïwan, poursuit une offensive diplomatico-guerrière à l’encontre du Japon, terrorise la région autonome des Ouïgours, colonise le Tibet et ne s’oppose pas au génocide qui a lieu au Darfour. Les Jeux olympiques vont servir d’écran à ses stratégies bellicistes et exterminatrices.
3. Parce que, dans la logique de la compétition sportive, l’élevage sportif chinois est le prolongement d’un système qui avait cours en RDA, en Roumanie, en URSS et à Cuba. Le dopage, la surveillance et la punition sont érigés en système de contrôle. Les robots « anabolisés » et transfusés sont lancés à l’assaut des podiums.
4. Parce que le Comité international olympique (CIO) défend ses intérêts et ne pourra aucunement permettre une démocratisation de la Chine. La signification des JO, loin des rêves de « fête », réside dans une stratégie de croissance du marché et de l’affairisme. La manœuvre diplomatique du CIO consiste à soutenir un régime totalitaire.
5. Parce que le matraquage médiatique du spectacle olympique va abrutir le plus grand nombre au moment où la vigilance doit être accrue. Cinq milliards d’euros sont actuellement dépensés pour imposer des « réjouissances » de quinze jours, dans un pays où la population manque de tout. Le gaspillage de la fête olympique est une insulte à la misère du monde !
Comment pouvons-nous tolérer que le milieu sportif, doté de fortunes colossales, donne une leçon d’éthique et de solidarité aux milliards d’individus vivant avec moins d’un euro par jour ?

1. L’Olympisme est une philosophie de vie, exaltant et combinant en un ensemble équilibré les qualités du corps, de la volonté et de l’esprit. Alliant le sport à la culture et à l’éducation, l’Olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur la joie dans l’effort, la valeur éducative du bon exemple, la responsabilité sociale et le respect des principes éthiques fondamentaux universels.
2. Le but de l’Olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’humanité en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine.
3. Le Mouvement olympique est l’action concertée, organisée, universelle et permanente, exercée sous l’autorité suprême du CIO, de tous les individus et entités inspirés par les valeurs de l’Olympisme. Elle s’étend aux cinq continents. Elle atteint son point culminant lors du rassemblement des athlètes du monde au grand festival du sport que sont les Jeux Olympiques. Son symbole est constitué de cinq anneaux entrelacés.
4. La pratique du sport est un droit de l’homme. Chaque individu doit avoir la possibilité de faire du sport sans discrimination d’aucune sorte et dans l’esprit olympique, qui exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play.
5. Reconnaissant que le sport est pratiqué dans le cadre de la société, les organisations sportives au sein du Mouvement olympique auront les droits et obligations inhérents à l’autonomie, à savoir le libre établissement et le contrôle des règles du sport, la définition de leur structure et gouvernance, la jouissance du droit à des élections libres de toutes influences extérieures et la responsabilité de veiller à ce que les principes de bonne gouvernance soient appliqués.
6. Toute forme de discrimination à l’égard d’un pays ou d’une personne fondée sur des considérations de race, de religion, de politique, de sexe ou autres est incompatible avec l’appartenance au Mouvement olympique.
7. L’appartenance au Mouvement olympique exige le respect de la Charte olympique et la reconnaissance par le CIO.