Au fil des pages… Le Roman au XIXe siècle. L'explosion du genre…

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Le Roman au XIXe siècle. L’explosion du genre

Je ne saurais trop vous recommander de feuilleter ce remarquable ouvrage publié en 2001 aux éditions Bréal et rédigé par deux éminents spécialistes du genre : Jean-Louis Cabanès et Marthe Robert. L’intérêt de cette étude est, au-delà de son érudition, d’offrir aux étudiants mais aussi à tout lecteur curieux, un panorama très vaste, tant littéraire, qu’historique, social et artistique, permettant de mieux contextualiser les formidables transformations qu’ont connues la littérature et la société au dix-neuvième siècle.

Quand tant de livres, de par leur contenu simplificateur, réduisent quelque peu les ambitions du savoir littéraire, cette remarquable étude, même si elle n’est consultable qu’en partie, saura éveiller votre intérêt. Feuilletez d’abord le sommaire : c’est déjà une façon de s’approprier le livre et d’en comprendre la démarche analytique. Ne manquez pas de lire les premières pages de la partie I (« Se repérer« , p. 9-14) qui proposent un rapide survol historique et analytique.

Vous verrez également qu’à côté du roman réaliste et naturaliste (p. 23), d’autres types se sont largement développés : du roman d’aventures au roman historique en passant par le roman « noir » ou « gothique », le roman « feuilleton », « psychologique », etc. Enfin, les lecteurs les plus assidus auront à cœur de parcourir la deuxième partie de l’ouvrage (« Comprendre » : pages 38 et s.). Je conseille à mes classes de Seconde de lire les analyses consacrées à Guy de Maupassant (« Une vision désabusée du monde« , p. 139 et s).

 

RAPPEL DE MÉTHODE : Comment « bien lire » ce type d’ouvrage ? Le but bien entendu n’est pas de “tout lire” mais de lire un peu “au fil des pages”, selon votre envie. Quand vous avez le temps, parcourez un article, lisez un extrait de texte, découvrez un auteur, etc. Si vous le pouvez, notez dans un petit répertoire ce qui vous paraît important. Une règle essentielle : ne forcez jamais ! Si quelque chose vous rebute ou vous semble trop difficile, passez à un autre sujet. Plus qu’apprendre pour apprendre, c’est en fait la démarche qui importe : découvrir et enrichir sa culture générale.

Au fil des pages… Le Roman au XIXe siècle. L’explosion du genre…

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Le Roman au XIXe siècle. L’explosion du genre

Je ne saurais trop vous recommander de feuilleter ce remarquable ouvrage publié en 2001 aux éditions Bréal et rédigé par deux éminents spécialistes du genre : Jean-Louis Cabanès et Marthe Robert. L’intérêt de cette étude est, au-delà de son érudition, d’offrir aux étudiants mais aussi à tout lecteur curieux, un panorama très vaste, tant littéraire, qu’historique, social et artistique, permettant de mieux contextualiser les formidables transformations qu’ont connues la littérature et la société au dix-neuvième siècle.

Quand tant de livres, de par leur contenu simplificateur, réduisent quelque peu les ambitions du savoir littéraire, cette remarquable étude, même si elle n’est consultable qu’en partie, saura éveiller votre intérêt. Feuilletez d’abord le sommaire : c’est déjà une façon de s’approprier le livre et d’en comprendre la démarche analytique. Ne manquez pas de lire les premières pages de la partie I (« Se repérer« , p. 9-14) qui proposent un rapide survol historique et analytique.

Vous verrez également qu’à côté du roman réaliste et naturaliste (p. 23), d’autres types se sont largement développés : du roman d’aventures au roman historique en passant par le roman « noir » ou « gothique », le roman « feuilleton », « psychologique », etc. Enfin, les lecteurs les plus assidus auront à cœur de parcourir la deuxième partie de l’ouvrage (« Comprendre » : pages 38 et s.). Je conseille à mes classes de Seconde de lire les analyses consacrées à Guy de Maupassant (« Une vision désabusée du monde« , p. 139 et s).

 

RAPPEL DE MÉTHODE : Comment « bien lire » ce type d’ouvrage ? Le but bien entendu n’est pas de “tout lire” mais de lire un peu “au fil des pages”, selon votre envie. Quand vous avez le temps, parcourez un article, lisez un extrait de texte, découvrez un auteur, etc. Si vous le pouvez, notez dans un petit répertoire ce qui vous paraît important. Une règle essentielle : ne forcez jamais ! Si quelque chose vous rebute ou vous semble trop difficile, passez à un autre sujet. Plus qu’apprendre pour apprendre, c’est en fait la démarche qui importe : découvrir et enrichir sa culture générale.

Classes de Seconde… Je prépare mon orientation !

L’orientation en Seconde…

‘orientation en classe de Seconde revêt un caractère encore plus déterminant qu’en Troisième. C’est une procédure exigeante qui impose d’abord de respecter une « marche à suivre » ainsi qu’un calendrier précis. Mais au-delà de la procédure « scolaire » ou « administrative » d’orientation (qui est sensiblement la même qu’en Troisième), je voudrais mettre l’accent sur un aspect non moins essentiel. Ce n’est pas tant d’aller en S, en ES, en L ou en STMG qui importe le plus, c’est surtout pour le jeune l’occasion de construire très concrètement un projet personnel et vocationnel qui dépasse évidemment le cadre du lycée. Voilà pourquoi je recommande à chaque élève de constituer un « CV projectif », c’est-à-dire de se projeter dans le moyen ou long terme (5 à 10 ans) en élaborant un ou plusieurs scénarios d’anticipation (études et entrée dans la vie active). C’est absolument indispensable afin de concevoir le projet scolaire et professionnel en termes d’enjeu stratégique.

Par ailleurs, je conseille aux élèves de se renseigner dès à présent (comme si vous étiez déjà en Terminale) sur les formations (écoles, BTS, DUT, classes prépa, universités, etc.) qui pourraient vous intéresser. N’attendez pas : plus vous tarderez, et moins vous serez capable de vous adapter à un cadre plus exigeant que vous ne l’imaginez (dossiers de sélection, mention exigée au bac, concours d’entrée, « profil » demandé, etc.). Si vous connaissez d’avance les critères d’admission, il vous sera plus facile de vous y adapter en vous fixant dès la Seconde et la Première des objectifs de réussite. Dans le cas contraire, que se passera-t-il ? Vous suivrez vos études sans vous poser de questions jusqu’à la Terminale, et vous découvrirez alors que plus de la moitié des formations que vous envisagiez vous seront fermées, faute d’une motivation ou d’un niveau suffisants.

Le but, bien évidemment, n’est pas de vous orienter maintenant, mais d’élaborer d’ores et déjà plusieurs scénarios d’orientation et de les confronter « en direct » à vos résultats, vos goûts et vos aptitudes, votre personnalité, afin de choisir, le moment venu, celui qui vous conviendra d’autant mieux que vous l’aurez préparé dès la Seconde. Voilà pourquoi je vous recommande de vous renseigner. Les grandes écoles, les facs, etc. ont toutes un site Internet : connectez-vous, téléchargez les brochures, demandez des informations, consultez les FAQ, contactez les services d’admission pour vous renseigner précisément sur les niveaux exigés. Bref, « préparez le terrain » en adoptant un comportement « stratégique » d’anticipation. Vous verrez, cela donnera encore plus de sens à vos études, car vous deviendrez « acteur » de votre réussite.

Voici quelques sites (parmi des centaines…) qui peuvent vous intéresser :

 
  • Je veux intégrer une « Classe Prépa » : les guides de Culture Gé » : indispensable !

Les guides de Culture générale…

Objectif : culture gé…

Je préconise fortement (dès la fin de Seconde) l’acquisition d’un guide de culture générale. L’immense majorité d’entre vous va en effet poursuivre une scolarité après le Baccalauréat. Certains envisagent déjà une classe préparatoire aux Grandes Écoles, aux instituts d’étude politique, une formation ambitieuse en fac, en IUT, en BTS, etc. À ce titre, je ne saurais trop leur conseiller de faire l’acquisition d’un guide de Culture générale. C’est fortement recommandé pour les étudiants, et indispensable si vous envisagez une classe Prépa ou une Grande école. Les guides de culture générale sont d’un abord difficile a priori, cependant il est intéressant de s’y familiariser tôt (dès le lycée) car ils présentent l’avantage d’offrir un panorama thématique et chronologique très large. Abordant simultanément plusieurs domaines (par exemple l’histoire, la philosophie, la littérature, les arts, les sciences, etc.), ils vous habitueront à pratiquer progressivement une véritable gymnastique intellectuelle grâce à leur pluridisciplinarité. De fait, les compétences spécialisées, si elles sont essentielles, ne sont souvent pas suffisantes pour aborder certaines épreuves lors des concours, particulièrement difficiles du fait qu’elles exigent du candidat des connaissances générales dans tous les domaines.

Ne tardez pas : plus vous anticipez et plus vous aurez de chances de réussir. Commencez par lire dès maintenant les sujets proposés aux concours : cela vous permettra d’orienter votre travail selon une logique de réussite précise. N’oubliez pas que si vous attendez l’année du concours pour travailler votre culture générale, ce sera malheureusement trop tard : vous aurez pris des habitudes qui ne vous permettront pas de vous adapter à de nouvelles méthodes, au rythme de travail intensif, et vous ne parviendrez pas à franchir l’écueil des sélections. En commençant tôt en revanche, vous n’aurez aucun mal à maîtriser l’interdisciplinarité qui est à la base de tous les grands concours de recrutement et des examens de haut niveau.

Pour les élèves intéressés, des séances d’initiation à l’utilisation de ces guides pourront être menées. Voici une courte sélection d’ouvrages :

Hélène Brégant, Précis de culture générale, coll. “Optimum”, Ellipses 2003 (prix public : 11,50 €). Excellent guide, dans l’optique des classes prépa.

 

 

Catherine Roux-Lanier, Frank Lanot, Daniel Pimbé, La Culture générale de A à Z, Hatier 2004 (prix public : 12,10 €). Ouvrage très bien fait : un “classique”.

 

 

Jean-François Braunstein, Bernard Phan, Manuel de culture générale, Armand Colin 2009 (prix public : 26,00 €). Ouvrage remarquable et récemment actualisé. Malheureusement assez cher.

 

  

Un exemple de dictionnaire de culture générale…

Découvrez ci-dessous plusieurs chapitres d’un excellent guide de culture générale, rédigé sous la direction de Pierre Gévart (éditions L’Étudiant, Paris 2007). Certes, l’ouvrage n’est consultable qu’en partie, mais c’est amplement suffisant pour découvrir un certains nombre de notions qu’il vous faudra maîtriser de toute façon après le Bac. Si l’objectif premier de ce guide —comme beaucoup d’autres manuels de ce type— est de préparer prioritairement aux grands concours de la fonction publique, vous gagnerez à le lire afin de parfaire vos connaissances, d’approfondir certaines grandes notions et de mieux comprendre les enjeux culturels, sociétaux ou géopolitiques du monde contemporain.

Je ne saurais trop vous conseiller de parcourir (même brièvement) l’introduction de l’ouvrage et plus particulièrement les sections consacrées à la “dissertation de culture générale” (page huit) ainsi qu’aux fameuses “soutenances” orales devant les jurys… Ne manquez pas non plus la partie consacrée à la “lecture en diagonale” (page 15 et suivantes), très utile. En outre, dans les sections consultables du guide, vous pourrez découvrir nombre de notions : savez-vous par exemple ce qu’est “l’altérité” (page 22), ce qu’on entend par “l’aménagement du territoire” (page 26) ? Pourriez-vous expliquer les liens étroits entre l’architecture et la politique (page 31 et s.) ? Quelle définition de l’Art et des arts proposeriez-vous ? (page 33 et s.). Qu’est-ce que la bioéthique et quels débats entraîne-t-elle sur le plan moral et humain (page 52 et s.) ? Qu’entend-on par le terme de “bureaucratie” ? (page 60 et s.). Quelle différence y a-t-il entre le capitalisme et le libéralisme (page 62 et s.), etc.

 

Comment lire « efficacement » un guide de Culture gé ?

Inutile de lire “en une fois” et “linéairement” toutes les pages : ce n’est d’ailleurs pas le principe d’un guide de culture gé. Plus utilement, prenez une notion au hasard et lisez l’article. Le mieux est de reporter sur un petit répertoire les points importants (définition, dates à retenir, auteur clé, citation, etc.) afin de vous constituer progressivement votre propre guide de culture générale. En même temps, cela vous entraînera à la synthèse (Bien entendu, ne notez sur votre répertoire que l’essentiel !). Dès que vous avez 10 minutes (une ou deux fois par semaine), faites ce petit exercice : vous verrez dans un an à peine combien vous aurez progressé !
Les plus curieux d’entre vous utiliseront Google-livres afin de rechercher d’autres ouvrages. Je vous suggère de cliquer sur ce lien pour aller plus loin…

Les étudiant(e)s intéressé(e)s consulteront également avec profit :

« L’Indispensable en culture générale, Réussir l’épreuve de culture générale à Sciences Po« 

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Cliquez sur chaque vignette pour feuilleter l’ouvrage dans Google-livres.

Objectif EAF… Commentaire littéraire Anna de Noailles "Le Port de Palerme" par Sarah…

Entraînement à l’EAF
Commentaire littéraire…

 
Anna de Noailles, « Le Port de Palerme »… Corrigé élèves
Aujourd’hui, le commentaire de Sarah B. Classe de Seconde 1, promotion 2011-2012
Lisez également  le commentaire de Clarisse !

Après avoir publié hier l’exceptionnel travail de Clarisse, je vous laisse découvrir aujourd’hui le commentaire non moins remarquable de Sarah…

TEXTE
 
 

Je regardais souvent, de ma chambre si chaude,
Le vieux port goudronné de Palerme, le bruit
Que faisaient les marchands, divisés par la fraude,
Autour des sacs de grains, de farine et de fruits,
Sous un beau ciel, teinté de splendeur et d’ennui…

J’aimais la rade noire et sa pauvre marine,
Les vaisseaux délabrés d’où j’entendais jaillir
Cet éternel souhait du cœur humain : partir !
— Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d’usine
Dans ces cieux où le soir est si lent à venir…

C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève
Sur la ville et le port que son aile assainit.
Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève.
J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni,
Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis,
Dans le désert d’azur les citernes du rêve.

 

‘est en 1913 qu’Anna de Noailles (1876-1933), écrivaine française, première femme commandeur de la Légion d’honneur, rédige « Le port de Palerme », évocation nostalgique d’un lieu maritime typique et de l’ambiance qui y règne. Ce texte, qui figure dans le recueil Les Vivants et les Morts, chante avant tout l’amour pour les paysages et porte les empreintes fortes du lyrisme romantique. Composé de seize alexandrins, ce poème est donc à la fois une description très pittoresque, mais aussi et surtout, une célébration de l’ailleurs et du partir, tout autant qu’une idéalisation du lieu.
          Trois axes structureront notre analyse. Après avoir évoqué ce qu’on pourrait qualifier de « poétique du pittoresque », nous verrons combien la description réaliste fait place à une idéalisation du réel en lui donnant à exprimer l’envie d’ailleurs et de voyage. Nous montrerons enfin plus brièvement comment, à travers la forme symboliste de cet épanchement, l’auteure nous transporte vers l’au-delà.

n premier lieu, le poème d’Anna de Noailles présente une description particulièrement réelle et pittoresque du port de Palerme.
          C’est tout d’abord le registre réaliste qui frappe dès la première lecture. On voit dans la strophe 1 par exemple que l’auteure utilise nombre d’éléments volontairement empruntés au réel référentiel. N’est-ce pas la vie de tous les jours qui est évoquée à travers la description du port ? Des termes comme « goudronné » et « citerne » sembleraient même presque déplacés dans une poésie. De plus, Anna de Noailles décrit l’activité marchande et manufacturière qui se déroule autour du port, ce qui situe le texte dans l’espace du travail : ainsi nous parle-t-elle de « sacs de grains, de farine et de fruits », de « vapeurs » ou de « sifflets ». Cette présence du registre réaliste et de détails vrais situe presque le texte dans la chronique sociale et le concret : un port bruyant, populaire… Nous pouvons imaginer qu’Anna de Noailles, femme de la haute aristocratie, regarde avec superbe et sans doute compassion ces humbles vendeurs, affairés à leurs marchandages.
         
Ce soin pour vraisemblabiliser la description et ancrer le lecteur dans la réalité quotidienne a néanmoins de quoi surprendre. Comme nous le notions, l’écrivaine emploie un lexique parfois bien peu empreint de poésie. C’est ainsi que l’adjectif « goudronné » au vers 1, projette sur le vieux port une utilité révélatrice du processus d’urbanisation qui a touché la ville de Palerme lors de la révolution industrielle. Ce primat du référentiel est quelque peu paradoxal, particulièrement sous la plume d’une auteure symboliste, dont la poésie apparaît comme le lieu de contestation de la toute-puissance rationnelle : le titre du recueil, Les Vivants et les morts, en est la probante illustration. 

          Grâce à cette prépondérance du référentiel, tout concourt à un effet pittoresque dans le sens où sont accumulées les notations visuelles pour nous faire imaginer la vie locale, et l’ambiance populaire qui règne sur le port, avec ces « marchands divisés par la fraude » qui crient ou arranguent les passants. Comment ne pas imaginer les interminables tractations « autour des sacs de grains, de farine et de fruits ». Il est également question du « bruit » que font ces vendeurs, terme quelque peu péjoratif ici. De même, « la  rade noire et sa pauvre marine » évoquées au vers six, font-elles ressurgir les vieux clichés sur les villes méditerranéennes, souvent mal entretenues, en proie aux trafics en tous genres et aux activités illicites qui s’y déroulent. 

          Par cette description pittoresque de la population, Anna de Noailles amène le lecteur à se projeter dans la réalité concrète du port. Néanmoins, il est permis de s’interroger : certes, le registre semble à première vue celui du réalisme et de l’objectivité, mais il n’en demeure pas moins qu’Anna de Noailles, si elle travaille sur le même terrain que les naturalistes, retire quelque peu au monde réel sa matière et son enjeu social. Le fait d’articuler le registre symboliste sur le registre réaliste produit un effet poétique particulièrement original : c’est ainsi que le réel semble soudain métamorphosé grâce à ce croisement entre la réalité et l’imaginaire, qui va progressivement faire naître, ainsi que nous allons le voir, des impressions de plus en plus irréelles.

our réaliste qu’elle soit, la description du port amène donc subtilement la poétesse à changer et à métamorphoser un lieu populaire ainsi qu’une réalité éminemment ordinaire en un paysage rempli d’inspiration, de rêve et de beauté.
         
Commençons par nous intéresser à l’idéalisation du réel. On peut voir implicitement que le port, pourtant bien « concret », tend à conquérir l’espace du voyage et de l’ailleurs. Par quelques notations impressionnistes, le décor se métamorphose en un paysage onirique : ainsi, de banales citernes portuaires, témoignage des grandes raffineries de sucre construites au centre du golfe de Palerme, peu esthétiques et assez grossières architecturalement, deviennent des « citernes du rêve », comme si la poétesse aspirait à trouver dans son imaginaire, un paysage apte à faire ressurgir, selon le credo romantique, les élans lyriques du cœur.
          Remarquons en effet combien, même la réalité la plus triviale, semble soudainement embellie : c’est ainsi que le vent au vers onze, confère à ce décor urbain des connotations d’envol et de plénitude : « son aile assainit ». N’incarne-t-il pas dès lors l’idéal et le spirituel, en opposition au monde matérialiste et vulgaire ?
Nous pouvons également remarquer combien Anna de Noailles paraît attendre le soir « si lent à venir » comme un philtre, « un breuvage ineffable et béni » susceptible d’apporter l’inspiration. Le choix de ces deux adjectifs n’est pas, comme nous le verrons un peu plus loin, sans conséquence : c’est à une quête de pureté et d’absolu  que nous convie l’écrivaine.

          De même, l
‘auteure utilise des images susceptibles de variations subtiles. Témoin ces « cercles infinis », dont la dimension spiraloïde connote, outre un éloignement du réel, une sorte de mouvement centrifuge qui semble faire l’apologie d’un paysage infini et sans limite, si caractéristique de l’imaginaire symboliste. C’est bien l’appel du voyage et du partir qui se trouve évoqué ici. Le port de Palerme devient ainsi « le lieu du voyageur ». Plus qu’un simple dépaysement, le paysage est prétexte à une quête de l’inspiration. Le contraste entre les termes « splendeur » et « ennui » au vers cinq, évoque ainsi la majesté et l’immensité de la mer, par opposition avec la monotonie des longues journées méditerranéennes, où le temps semble arrêté. « Le Port de Palerme » est ainsi une ode au Voyage. Les « vaisseaux », fussent-ils « délabrés », de même que les « vapeurs » dont il est question aux vers sept et neuf, mettent l’accent sur l’immatériel.
          N’est-ce pas tout le mythe du voyage en Orient qui semble ressurgir dans ces vers ? Par ses connotations, le mot « vaisseaux » pourrait en effet faire songer à la découverte de
cultures magnifiques, de lieux sacrés où se lèvent d’autres soleils et d’autres rêves. Dès lors, le vers huit résonne comme une prière autant qu’un appel : « Cet éternel souhait du cœur humain : partir ! ». Renforcé par la tournure exclamative, le verbe traduit  un emportement, presque une exultation. Enfin, l’expression « désert d’azur» du dernier vers renforce cet appel de l’Orient que nous évoquions à l’instant : euphorie du voyage idéalisé, appel de l’inconnu et du mystère, comme la quête d’une impossible Terre promise… 

pprofondissons désormais cette dimension idéaliste du texte d’Anna de Noailles. De fait, « le Port de Palerme » est tout à fait représentatif de la réaction spirituelle, idéaliste voire idéiste, qui marquera la fin du dix-neuvième siècle et les premières années du vingtième siècle. Anna de Noailles nous fait part d’un paysage dont nous pourrions dire qu’il est d’une certaine façon non figuratif.
          Ainsi que nous le pressentions, l’expérience de l’effacement du réel se veut une expérience de l’impossible et du non
représenté. Démarche presque provocatrice s’il en est : rédigé en 1913, soit un an avant la première Guerre Mondiale, c’est en effet un refus de tout engagement, que présuppose ce merveilleux épanchement : vécue comme échappatoire aux vicissitudes de la vie, la poésie permet de réinventer le monde : « engagement poétique » plutôt qu’engagement « politique », comme une manière de conjurer les tragédies de l’Histoire. Ainsi, c’est bien la quête et le déchiffrement qui confèrent au poème sa dimension allégorique. Lorsque Anna de Noailles évoque les «citernes du rêve», on ne sait pas vraiment ce que représentent pour elle ces citernes : l’indéchiffrable est ainsi un voyage : même les choses les moins belles sont matière au rêve. C’est alors que le véritable voyage commence ; et sans doute il est vrai que pour Anna de Noailles, le poème est surtout prétexte à un voyage métaphorique qui se fait symboliquement à travers les mots.  Pour la «muse des jardins», la poésie participe en effet d’un réenchantement du réel. N’écrivait-elle pas, dans son recueil Le Cœur innombrable paru en 1901, qu’« il n’est rien de réel que le rêve et l’amour» ?
          Dès lors, le poème peut se lire comme une interrogation métaphysique sur la vie et la mort, comme nous y invite d’ailleurs le titre du recueil. Transcendant toute vraisemblance, le texte est comme un appel à la Liberté et à l’Absolu. Comment ne pas évoquer ici les propos de Mallarmé, selon qui
 « la poésie est l’expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence : elle doue ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle ». Mais ce chemin vers les symboles est aussi pouvoir de l’Esprit sur les sens. L’« ineffable » dont parle Anna de Noailles signifie en effet ce qui ne peut être dit, que l’on ne peut comprendre qu’en le déchiffrant. Pareillement, le terme de « breuvage » est comme un symbole initiatique. Enfin l’adjectif  « béni » semble placer le poème  sous la protection de Dieu, et l’on pourrait parler ici d’un symbolisme mystique comme chemin possible de l’art poétique en quête d’une vérité qui reste toujours à déchiffrer.

evenons en conclusion sur un point qui nous paraît essentiel : comme nous l’avons compris, pour Anna de Noailles comme pour les Symbolistes en général, si la poésie est vécue comme une idéalisation du réel, c’est qu’elle confère au langage l’ambitieuse mission de réinventer le monde. « Le Port de Palerme » est ainsi  l’expression d’un voyage, d’autant plus fabuleux qu’il est métaphorique : voyage immobile, apte à saisir l’idéal, le transcendant et l’indicible… Cette quête de l’ailleurs ne s’apparente-t-elle pas, finalement, à une quête de soi ? Partir pour mieux se retrouver…

© Sarah B. (Lycée en Forêt, Classe de Seconde 1, janvier 2012)
Relecture du manuscrit : Bruno Rigolt

 

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Objectif EAF… Commentaire littéraire Anna de Noailles « Le Port de Palerme » par Sarah…

Entraînement à l’EAF

Commentaire littéraire…

 

Anna de Noailles, « Le Port de Palerme »… Corrigé élèves

Aujourd’hui, le commentaire de Sarah B. Classe de Seconde 1, promotion 2011-2012
Lisez également  le commentaire de Clarisse !

Après avoir publié hier l’exceptionnel travail de Clarisse, je vous laisse découvrir aujourd’hui le commentaire non moins remarquable de Sarah…

TEXTE
 
 

Je regardais souvent, de ma chambre si chaude,
Le vieux port goudronné de Palerme, le bruit
Que faisaient les marchands, divisés par la fraude,
Autour des sacs de grains, de farine et de fruits,
Sous un beau ciel, teinté de splendeur et d’ennui…

J’aimais la rade noire et sa pauvre marine,
Les vaisseaux délabrés d’où j’entendais jaillir
Cet éternel souhait du cœur humain : partir !
— Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d’usine
Dans ces cieux où le soir est si lent à venir…

C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève
Sur la ville et le port que son aile assainit.
Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève.
J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni,
Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis,
Dans le désert d’azur les citernes du rêve.

 

‘est en 1913 qu’Anna de Noailles (1876-1933), écrivaine française, première femme commandeur de la Légion d’honneur, rédige « Le port de Palerme », évocation nostalgique d’un lieu maritime typique et de l’ambiance qui y règne. Ce texte, qui figure dans le recueil Les Vivants et les Morts, chante avant tout l’amour pour les paysages et porte les empreintes fortes du lyrisme romantique. Composé de seize alexandrins, ce poème est donc à la fois une description très pittoresque, mais aussi et surtout, une célébration de l’ailleurs et du partir, tout autant qu’une idéalisation du lieu.
          Trois axes structureront notre analyse. Après avoir évoqué ce qu’on pourrait qualifier de « poétique du pittoresque », nous verrons combien la description réaliste fait place à une idéalisation du réel en lui donnant à exprimer l’envie d’ailleurs et de voyage. Nous montrerons enfin plus brièvement comment, à travers la forme symboliste de cet épanchement, l’auteure nous transporte vers l’au-delà.

n premier lieu, le poème d’Anna de Noailles présente une description particulièrement réelle et pittoresque du port de Palerme.
          C’est tout d’abord le registre réaliste qui frappe dès la première lecture. On voit dans la strophe 1 par exemple que l’auteure utilise nombre d’éléments volontairement empruntés au réel référentiel. N’est-ce pas la vie de tous les jours qui est évoquée à travers la description du port ? Des termes comme « goudronné » et « citerne » sembleraient même presque déplacés dans une poésie. De plus, Anna de Noailles décrit l’activité marchande et manufacturière qui se déroule autour du port, ce qui situe le texte dans l’espace du travail : ainsi nous parle-t-elle de « sacs de grains, de farine et de fruits », de « vapeurs » ou de « sifflets ». Cette présence du registre réaliste et de détails vrais situe presque le texte dans la chronique sociale et le concret : un port bruyant, populaire… Nous pouvons imaginer qu’Anna de Noailles, femme de la haute aristocratie, regarde avec superbe et sans doute compassion ces humbles vendeurs, affairés à leurs marchandages.
         
Ce soin pour vraisemblabiliser la description et ancrer le lecteur dans la réalité quotidienne a néanmoins de quoi surprendre. Comme nous le notions, l’écrivaine emploie un lexique parfois bien peu empreint de poésie. C’est ainsi que l’adjectif « goudronné » au vers 1, projette sur le vieux port une utilité révélatrice du processus d’urbanisation qui a touché la ville de Palerme lors de la révolution industrielle. Ce primat du référentiel est quelque peu paradoxal, particulièrement sous la plume d’une auteure symboliste, dont la poésie apparaît comme le lieu de contestation de la toute-puissance rationnelle : le titre du recueil, Les Vivants et les morts, en est la probante illustration. 

          Grâce à cette prépondérance du référentiel, tout concourt à un effet pittoresque dans le sens où sont accumulées les notations visuelles pour nous faire imaginer la vie locale, et l’ambiance populaire qui règne sur le port, avec ces « marchands divisés par la fraude » qui crient ou arranguent les passants. Comment ne pas imaginer les interminables tractations « autour des sacs de grains, de farine et de fruits ». Il est également question du « bruit » que font ces vendeurs, terme quelque peu péjoratif ici. De même, « la  rade noire et sa pauvre marine » évoquées au vers six, font-elles ressurgir les vieux clichés sur les villes méditerranéennes, souvent mal entretenues, en proie aux trafics en tous genres et aux activités illicites qui s’y déroulent. 

          Par cette description pittoresque de la population, Anna de Noailles amène le lecteur à se projeter dans la réalité concrète du port. Néanmoins, il est permis de s’interroger : certes, le registre semble à première vue celui du réalisme et de l’objectivité, mais il n’en demeure pas moins qu’Anna de Noailles, si elle travaille sur le même terrain que les naturalistes, retire quelque peu au monde réel sa matière et son enjeu social. Le fait d’articuler le registre symboliste sur le registre réaliste produit un effet poétique particulièrement original : c’est ainsi que le réel semble soudain métamorphosé grâce à ce croisement entre la réalité et l’imaginaire, qui va progressivement faire naître, ainsi que nous allons le voir, des impressions de plus en plus irréelles.

our réaliste qu’elle soit, la description du port amène donc subtilement la poétesse à changer et à métamorphoser un lieu populaire ainsi qu’une réalité éminemment ordinaire en un paysage rempli d’inspiration, de rêve et de beauté.
         
Commençons par nous intéresser à l’idéalisation du réel. On peut voir implicitement que le port, pourtant bien « concret », tend à conquérir l’espace du voyage et de l’ailleurs. Par quelques notations impressionnistes, le décor se métamorphose en un paysage onirique : ainsi, de banales citernes portuaires, témoignage des grandes raffineries de sucre construites au centre du golfe de Palerme, peu esthétiques et assez grossières architecturalement, deviennent des « citernes du rêve », comme si la poétesse aspirait à trouver dans son imaginaire, un paysage apte à faire ressurgir, selon le credo romantique, les élans lyriques du cœur.
          Remarquons en effet combien, même la réalité la plus triviale, semble soudainement embellie : c’est ainsi que le vent au vers onze, confère à ce décor urbain des connotations d’envol et de plénitude : « son aile assainit ». N’incarne-t-il pas dès lors l’idéal et le spirituel, en opposition au monde matérialiste et vulgaire ?
Nous pouvons également remarquer combien Anna de Noailles paraît attendre le soir « si lent à venir » comme un philtre, « un breuvage ineffable et béni » susceptible d’apporter l’inspiration. Le choix de ces deux adjectifs n’est pas, comme nous le verrons un peu plus loin, sans conséquence : c’est à une quête de pureté et d’absolu  que nous convie l’écrivaine.

          De même, l
‘auteure utilise des images susceptibles de variations subtiles. Témoin ces « cercles infinis », dont la dimension spiraloïde connote, outre un éloignement du réel, une sorte de mouvement centrifuge qui semble faire l’apologie d’un paysage infini et sans limite, si caractéristique de l’imaginaire symboliste. C’est bien l’appel du voyage et du partir qui se trouve évoqué ici. Le port de Palerme devient ainsi « le lieu du voyageur ». Plus qu’un simple dépaysement, le paysage est prétexte à une quête de l’inspiration. Le contraste entre les termes « splendeur » et « ennui » au vers cinq, évoque ainsi la majesté et l’immensité de la mer, par opposition avec la monotonie des longues journées méditerranéennes, où le temps semble arrêté. « Le Port de Palerme » est ainsi une ode au Voyage. Les « vaisseaux », fussent-ils « délabrés », de même que les « vapeurs » dont il est question aux vers sept et neuf, mettent l’accent sur l’immatériel.
          N’est-ce pas tout le mythe du voyage en Orient qui semble ressurgir dans ces vers ? Par ses connotations, le mot « vaisseaux » pourrait en effet faire songer à la découverte de
cultures magnifiques, de lieux sacrés où se lèvent d’autres soleils et d’autres rêves. Dès lors, le vers huit résonne comme une prière autant qu’un appel : « Cet éternel souhait du cœur humain : partir ! ». Renforcé par la tournure exclamative, le verbe traduit  un emportement, presque une exultation. Enfin, l’expression « désert d’azur» du dernier vers renforce cet appel de l’Orient que nous évoquions à l’instant : euphorie du voyage idéalisé, appel de l’inconnu et du mystère, comme la quête d’une impossible Terre promise… 

pprofondissons désormais cette dimension idéaliste du texte d’Anna de Noailles. De fait, « le Port de Palerme » est tout à fait représentatif de la réaction spirituelle, idéaliste voire idéiste, qui marquera la fin du dix-neuvième siècle et les premières années du vingtième siècle. Anna de Noailles nous fait part d’un paysage dont nous pourrions dire qu’il est d’une certaine façon non figuratif.
          Ainsi que nous le pressentions, l’expérience de l’effacement du réel se veut une expérience de l’impossible et du non
représenté. Démarche presque provocatrice s’il en est : rédigé en 1913, soit un an avant la première Guerre Mondiale, c’est en effet un refus de tout engagement, que présuppose ce merveilleux épanchement : vécue comme échappatoire aux vicissitudes de la vie, la poésie permet de réinventer le monde : « engagement poétique » plutôt qu’engagement « politique », comme une manière de conjurer les tragédies de l’Histoire. Ainsi, c’est bien la quête et le déchiffrement qui confèrent au poème sa dimension allégorique. Lorsque Anna de Noailles évoque les «citernes du rêve», on ne sait pas vraiment ce que représentent pour elle ces citernes : l’indéchiffrable est ainsi un voyage : même les choses les moins belles sont matière au rêve. C’est alors que le véritable voyage commence ; et sans doute il est vrai que pour Anna de Noailles, le poème est surtout prétexte à un voyage métaphorique qui se fait symboliquement à travers les mots.  Pour la «muse des jardins», la poésie participe en effet d’un réenchantement du réel. N’écrivait-elle pas, dans son recueil Le Cœur innombrable paru en 1901, qu’« il n’est rien de réel que le rêve et l’amour» ?
          Dès lors, le poème peut se lire comme une interrogation métaphysique sur la vie et la mort, comme nous y invite d’ailleurs le titre du recueil. Transcendant toute vraisemblance, le texte est comme un appel à la Liberté et à l’Absolu. Comment ne pas évoquer ici les propos de Mallarmé, selon qui
 « la poésie est l’expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence : elle doue ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle ». Mais ce chemin vers les symboles est aussi pouvoir de l’Esprit sur les sens. L’« ineffable » dont parle Anna de Noailles signifie en effet ce qui ne peut être dit, que l’on ne peut comprendre qu’en le déchiffrant. Pareillement, le terme de « breuvage » est comme un symbole initiatique. Enfin l’adjectif  « béni » semble placer le poème  sous la protection de Dieu, et l’on pourrait parler ici d’un symbolisme mystique comme chemin possible de l’art poétique en quête d’une vérité qui reste toujours à déchiffrer.

evenons en conclusion sur un point qui nous paraît essentiel : comme nous l’avons compris, pour Anna de Noailles comme pour les Symbolistes en général, si la poésie est vécue comme une idéalisation du réel, c’est qu’elle confère au langage l’ambitieuse mission de réinventer le monde. « Le Port de Palerme » est ainsi  l’expression d’un voyage, d’autant plus fabuleux qu’il est métaphorique : voyage immobile, apte à saisir l’idéal, le transcendant et l’indicible… Cette quête de l’ailleurs ne s’apparente-t-elle pas, finalement, à une quête de soi ? Partir pour mieux se retrouver…

© Sarah B. (Lycée en Forêt, Classe de Seconde 1, janvier 2012)
Relecture du manuscrit : Bruno Rigolt

 

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Concours d'art oratoire 2012 LEF/Rotary Club

Bientôt le Concours d’art oratoire 2012
Inscriptions au CDI jusqu’au 6 février 2012
Présentation

Pour la cinquième année, le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un concours d’art oratoire qui aura lieu début mars 2011. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). Les inscriptions sont d’ores et déjà ouvertes : vous pouvez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription. Clôture des inscriptions :  le 6 février).

 

Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre quatre sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement.

Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale :

  • Économie et Société,
  • Littérature et philosophie,
  • Sciences et techniques,
  • Et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ! Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation

  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous avez disposé vos idées, structuré votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

 

Cliquez sur l’image pour l’agrandir…

Dans cet Espace pédagogique, vous trouverez dès le 28 janvier 2012 plusieurs sujets test chaque semaine pour vous entraîner dans les conditions du concours et des conseils personnalisés pour vous préparer à l’épreuve…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société :
    – Réussir sa vie, c’est être riche de…
    – Est-il possible de concilier le développement durable avec une société où tout semble éphémère ?
    – Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ?
    – C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie :
    – C’est quoi, être libre ?
    – Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ?
    – La violence est-elle une force ou une faiblesse ?
    – Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques :
    – Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ?
    – Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ?
    – Le progrès du moteur est-il le moteur du progrès?
    – La morale est-elle l’ennemie du progrès ?

  • Sujets “inclassables” :
    – Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ?
    – C’est quoi un “po-aime” ?
    – Faites votre éloge.
    – Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

Concours d’art oratoire 2012 LEF/Rotary Club

Bientôt le Concours d’art oratoire 2012
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Pour la cinquième année, le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un concours d’art oratoire qui aura lieu début mars 2011. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques enseignants du Lycée). Les inscriptions sont d’ores et déjà ouvertes : vous pouvez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription. Clôture des inscriptions :  le 6 février).

 

Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre quatre sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement.

Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale :

  • Économie et Société,
  • Littérature et philosophie,
  • Sciences et techniques,
  • Et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ! Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation

  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous avez disposé vos idées, structuré votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

 

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Dans cet Espace pédagogique, vous trouverez dès le 28 janvier 2012 plusieurs sujets test chaque semaine pour vous entraîner dans les conditions du concours et des conseils personnalisés pour vous préparer à l’épreuve…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société :
    – Réussir sa vie, c’est être riche de…
    – Est-il possible de concilier le développement durable avec une société où tout semble éphémère ?
    – Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ?
    – C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie :
    – C’est quoi, être libre ?
    – Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ?
    – La violence est-elle une force ou une faiblesse ?
    – Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques :
    – Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ?
    – Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ?
    – Le progrès du moteur est-il le moteur du progrès?
    – La morale est-elle l’ennemie du progrès ?

  • Sujets “inclassables” :
    – Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ?
    – C’est quoi un “po-aime” ?
    – Faites votre éloge.
    – Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

Objectif EAF… Commentaire littéraire Anna de Noailles "Le Port de Palerme" par Clarisse…

Entraînement à l’EAF
Commentaire littéraire…

 
Anna de Noailles, « Le Port de Palerme »… Corrigé élèves
Aujourd’hui, le commentaire de Clarisse Q. Classe de Seconde 1, promotion 2011-2012
    Découvrez également le commentaire de Sarah !

Il y a quelques mois, j’avais consacré ma « Citation de la semaine » à l’écrivaine Anna de Noailles. Son poème « Le port de Palerme » m’avait tant interpellé que j’ai décidé d’en proposer le commentaire à mes classes de Seconde cette année. Le texte, préparé en classe, a donné lieu à l’élaboration collective d’un plan en trois parties. Les élèves avaient ensuite la rude tâche d’élaborer leur commentaire. Parmi tous les travaux qu’il m’a été donné de lire, quelques-uns, particulièrement exceptionnels, seront publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif.

Je vous laisse découvrir aujourd’hui le commentaire de Clarisse… Note obtenue : 20/20 : bravo à elle pour ce travail absolument remarquable.

TEXTE

Je regardais souvent, de ma chambre si chaude,
Le vieux port goudronné de Palerme, le bruit
Que faisaient les marchands, divisés par la fraude,
Autour des sacs de grains, de farine et de fruits,
Sous un beau ciel, teinté de splendeur et d’ennui…

J’aimais la rade noire et sa pauvre marine,
Les vaisseaux délabrés d’où j’entendais jaillir
Cet éternel souhait du cœur humain : partir !
— Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d’usine
Dans ces cieux où le soir est si lent à venir…

C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève
Sur la ville et le port que son aile assainit.
Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève.
J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni,
Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis,
Dans le désert d’azur les citernes du rêve. 

 

ublié dans le recueil Les Vivants et les morts (1913), « le Port de Palerme » témoigne du lyrisme passionné et de la recherche d’une langue pure qui parcourent les œuvres d’Anna de Noailles. Ainsi, dans ce poème, si la « muse des jardins » reprend, à travers la contemplation du port et des bateaux, le thème romantique du voyage, il importe néanmoins de souligner que cette méditation, par l’idéalisation du réel qu’elle entreprend, amène finalement le lecteur à investir un monde imaginaire, partagé entre l’esthétique et la dimension métaphysique.
À partir de l’évocation d’un cadre réaliste qui occupera notre première partie, nous verrons dans un deuxième temps combien la poétesse tend à idéaliser le réel référentiel pour laisser place au rêve et au voyage vers un idéal pur. Nous montrerons enfin dans notre dernier axe que l’empreinte symboliste, habile à gouverner les images, marque profondément ce voyage, tout autant métaphorique que spirituel.

           Dans un premier temps, Anna de Noailles procède à une description très concrète du port de Palerme. Dès le premier vers, le réalisme surgit du cadre référentiel, déjà suggéré par le titre ; il s’agit du port de Palerme. Pour son poème, l’écrivaine utilise donc comme « support » un lieu qui existe réellement : la grande ville italienne et portuaire de Palerme, située dans une baie au nord de la Sicile. Cependant, elle circonscrit uniquement sa description à la zone portuaire : « port » (v. 2), « rade », « marine » (v. 6), « vaisseaux » (v. 7). On ne connaît rien de la ville elle-même qui n’est pas évoquée, si ce n’est une brève mention au vers 12. L’auteure commence par décrire l’aspect « extérieur », c’est-à-dire l’activité commerciale et la pauvreté du lieu. Comme n’importe quel port, Palerme est en effet un endroit propice aux échanges manufacturiers, comme en témoigne d’ailleurs le champ lexical du commerce : « marchands » (v.2), « sacs de grains, de farine et fruits » (v.3) : ici on peut noter l’évocation de produits locaux divers, de même que le terme « usine » au vers 9, suggère la fabrication ou la transformation des matières premières.
En outre, ce dispositif référentiel est renforcé par une description « sonore » qu’il s’agit de qualifier brièvement : « le bruit que faisaient les marchands » (v.1) suggère par exemple une impression de mouvement et d’agitation particulièrement réaliste ; les vendeurs sont si nombreux et bruyants qu’ils semblent former un amas de personnes « autour des sacs ». Ils manquent de discrétion dans ce lieu éminemment populaire et très fréquenté. De plus, cet appel au sens auditif se retrouve aux vers 6 et 8 : « entendais », « les sifflets faisaient un bruit d’usine » : ici, Anna de Noailles évoque le va et vient bruyant des bateaux, ceux qui partent du port et ceux qui arrivent à Palerme, ce qui donne de la vivacité au lieu. Par ailleurs, cette sensation est accentuée par une description très colorée : l’évocation, « sous un beau ciel, teinté de splendeur » (v. 5),  des produits locaux, notamment les « fruits » (v. 4) ainsi que la journée ensoleillée, éclatante, magnifique, propice aux échanges et au commerce, confèrent à la scène une forte couleur locale.

          Ce parti pris très réaliste et assez inhabituel en poésie s’oppose aux stéréotypes du Romantisme qui utilise généralement un cadre plus idyllique. À ce titre, l’auteure n’hésite pas à peindre la pauvreté du lieu : « la rade » devenue « noire », peut-être à cause de la pollution, semble manquer d’entretien. Nous percevons ici un contraste avec les couleurs de la première strophe : le port, davantage triste et sombre, se perçoit comme l’incarnation d’une certaine mélancolie : l’écrivaine, qui décrit avec nostalgie la « pauvre marine » et les « vaisseaux délabrés », montre ainsi ce qu’on pourrait appeler « l’envers du décor ». De fait, si le port de Palerme est le pôle central de toute la vie économique, ce milieu commercial et cosmopolite semble par ailleurs traduire une certaine malhonnêteté de la société. Les marchands sont en effet « divisés » (v. 3). Par ce terme, on comprend qu’ils n’ont pas tous les mêmes points de vue : il y a des rivalités, des tromperies et des tensions, chaque négociant défendant son propre intérêt « autour des sacs ». De même est-il possible que le « bruit » dont il est question au vers 2, provienne des disputes ou des inlassables tractations marchandes. Le port apparaît donc comme un lieu peu fréquentable : n’est-il pas d’ailleurs question de « fraude » au vers trois ? Ce non-respect des lois et des droits d’autrui pèse encore sur l’image de la société palermitaine, fortement marquée par l’emprise de la mafia et de la corruption.
Sans doute convient-il de noter ici combien cette société est en outre très portée sur le matérialisme. L’oxymore « vieux port goudronné » (opposition entre vieux et goudronné) témoigne en effet du processus de modernisation et d’urbanisation du « vieux port » : on y a construit des routes. Il semble avoir perdu ce qui faisait son charme tout comme « les vapeurs » et « les sifflets » (v. 9) qui font un « bruit d’usine ». Ils paraissent ainsi associés à une société urbaine et spéculative qui détruit l’harmonie pour produire toujours plus. La vente « des sacs de grain, de farine et de fruits » (v. 4) et la « fraude » (v. 4) traduisent à cet égard un goût particulier pour l’argent et le lucre. Mais si Anna de Noailles fait prévaloir une vision critique du monde qui l’entoure, elle éprouve également de la compassion pour cette population à la gouaille populaire qui arpente les quais ou flâne le long du port.
Elle évoque ainsi au vers cinq les langueurs des pays chauds où tout semble « teinté… d’ennui ». Le vers se fait l’écho quelque peu nostalgique de ces longues journées d’été « où le soir est si lent à venir… » (v. 10). Par l’emploi de l’intensif « si » et des points de suspension, l’auteure insiste en effet sur la durée du jour, qui paraît sans fin… De plus, comme le montre l’emploi du présent de vérité générale, cette scène prend une valeur omnitemporelle : il semble en être ainsi de tous les jours : habitude, répétition des mêmes scènes, des mêmes bruits… Cette valeur d’indéfini est également renforcée par le très beau rythme du vers : « Dans ces cieux/où le soir/est si lent/à venir ». Ce rythme quaternaire crée une syntaxe presque chantante qui est comme une invitation au voyage. Les allitérations en [r] et en [s] ajoutent à cet égard une sensation tactile qui, en apportant de la douceur, semble presque susurrer à notre oreille toute la sympathie qu’Anna de Noailles porte envers la société palermitaine.  À partir de ces éléments concrets, l’auteure peint donc un univers référentiel qu’elle parvient progressivement à métamorphoser et à idéaliser grâce au pouvoir évocateur de la poésie.

‘est en effet par le rêve et surtout par l’idéalisation du réel, que s’opère le passage de l’expérience sensible de la vie concrète à son idéalisation, caractéristique de l’entreprise symboliste en tant qu’expression d’une poésie vers un Idéal pur, seule capable de figurer le mystère de l’âme.
Alors qu’elle semblait porter un regard quelque peu hautain sur cette société palermitaine, Anna de Noailles change progressivement de point de vue en contemplant les bateaux qui s’éloignent de la terre. Ainsi au vers six, la vue du port, et plus particulièrement son côté simple, pauvre et misérable, semble comme une révélation qu’il y a quelque chose d’essentiel dans cette contemplation  : « J’aimais la rade noire et sa pauvre marine ». Sentiment qui va s’intensifier puisque la poétesse finira même par « fondre d’amour » au vers treize devant ce paysage. Idéalisation de la réalité disions-nous, tant il est vrai que chez les poètes symbolistes, la poésie est seule capable de recréer le réel : témoin ces « vaisseaux délabrés » au vers sept : l’emploi du mot légendaire « vaisseaux », est comme une métamorphose : les bateaux sont ainsi présentés dans toute leur puissance, comme ils l’étaient sans doute auparavant. Bien qu’ils soient au contraire en ruines et « délabrés », ils sont magnifiques aux yeux de la poétesse car ils sont les représentants du voyage qu’ils traduisent en symboles. Leur état n’a donc pas d’importance, elle n’a pas le souci du matériel, ce qui compte c’est ce qu’ils évoquent, les émotions et les idées qu’ils suscitent. Tout est allégorique : c’est en effet à travers leur contemplation que commence l’évasion de la poétesse vers l’imaginaire : n’emploie-t-elle pas par la suite des mots de plus en plus abstraits et immatériels tels que « vapeurs » ou « cieux » (v.9) ?
On remarque également une évocation des sentiments : « cœur humain » au vers huit ou « fondait d’amour » au vers treize donnent toute sa valeur au registre lyrique, en chargeant l’acte d’écriture d’une totale communion avec la nature : « comme un nuage crève » (v. 13). N’est-ce pas le sens profond de la poésie qui apparaît à travers le lexique des sensations : « je sentais s’ouvrir » écrit Anna de Noailles, comme pour nous faire éprouver, à travers cette impression de plénitude et de bien-être, la fin véritable de toute poésie : la quête idéiste de la pureté. On pourrait faire remarquer combien, dans la dernière strophe, les éléments concrets ont presque totalement disparu, il ne reste plus que « la ville » et « le port » (v. 12), qui laissent eux-mêmes place à l’immatérialité du « vent ». D’abord hésitant, il finit en effet par s’imposer sur la ville. L’imaginaire est finalement total dans les trois derniers vers : « J’avais soif d’un breuvage… » (v. 14). Ici, l’expression qui fait penser à un être altéré d’une soif violente, revêt un sens très fort, qui connote le désir certes, mais un désir ardent, qui n’est pas réel.
De plus, de simples citernes exposées sur le port, se transforment en « citernes du rêve » (vers 16). Par cette métaphore, celles-ci semblent permettre l’accès à l’imaginaire et à l’idéal ; elles s’ouvrent à la poétesse « en cercles infinis » (v.15), oxymore s’il en est, qui traduit l’absence de tout rationalisme : un cercle ne saurait en effet être infini, il désigne ici la forme ronde des citernes. Le lecteur aura relevé le symbolisme bien connu du cercle, caractéristique du voyage mystique à travers l’espace et le temps. C’est donc par le truchement de la contemplation du port et de la mer devenue « désert d’azur » (v. 16) qu’Anna de Noailles s’évade pour parvenir à la quête de Soi : l’impression d’infinité et de beauté est donc essentielle. La description réaliste du port de Palerme, par une idéalisation et une allégorie du concret, s’est transformée peu à peu en un univers imaginaire, qui est celui du rêve, mais plus fondamentalement, en une quête idéale de la Vérité.

          Parallèlement, et toujours dans cette même optique idéiste, l’auteure évoque son désir de voyager vers un Idéal pur, un des thèmes majeurs du Symbolisme. De fait, dès les vers sept et huit, Anna de Noailles exprime sa quête du partir à travers la contemplation des « vaisseaux délabrés ». Ce souhait semble à ce titre provenir des bateaux : « d’où j’entendais jaillir » : l’emploi du verbe « jaillir » apparaît comme un surgissement, une renaissance. Rompant avec la monotonie du quotidien, il crée un effet de surprise, d’agitation et de mouvement. En outre, cette envie de fuir semble irrépressible comme le suggère la tonalité exclamative et presque jubilatoire du vers huit ainsi que la place du verbe « partir ». Positionné en fin de vers, il est mis en avant et crée un effet d’insistance. Il semble d’ailleurs être le seul motif de l’existence « éternel souhait » (v.7) : loin d’être un désir passager, il apparaît comme le but de toute une vie, comme une quête profondément existentielle. Et si l’auteure, comme nous le notions précédemment, se laisse guider par ses sentiments et ses émotions (« souhait du cœur humain »), c’est surtout pour conférer au voyage la mission d’atteindre un idéal « pur ». À travers celui-ci, l’écrivaine semble en effet rechercher un Idéal transcendant. Elle n’aspire pas à un lieu précis, elle s’évade à travers une succession de non-lieux : tout d’abord, l’évocation des « vapeurs » au vers neuf connote l’immatérialité de même que « les cieux » (v. 10) paraissent substituer aux « bruits d’usine » et aux « sifflets » le calme, l’apaisement, et l’infini. De même, « le vent », élément essentiellement primitiviste, traduit-il un sentiment de purification : « son aile assainit » la société profane et quelque peu vulgaire, malhonnête, matérialiste, remplie de tromperies et de tensions. L’ « aile » rappelle à ce titre les oiseaux, symboles de majesté, de liberté et de pureté, ils volent dans les airs, et semblent au-dessus de tout. De plus, l’utilisation du présent à valeur de généralité donne à cette « purification » une dimension universelle, relativement abstraite et idéiste.
Enfin, cette recherche spirituelle de l’Idéal se retrouve aussi dans le « désert d’azur » du dernier vers qui désigne l’infinité de la mer. À cette quête s’ajoute celle de sentiments aussi purs et indicibles que ces non-lieux : «Mon cœur fondait d’amour comme un nuage crève ». Ici la comparaison de sentiments et d’émotions particulièrement forts avec un nuage, élément immatériel qui renvoie au ciel, est comme une transfiguration aux accents d’évangile, comme une communion avec Dieu. On retrouve cette soif d’absolu au vers quatorze : « J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni », là encore l’auteure est en quête de la lumière de Dieu (« béni ») et les sentiments, si beaux qu’ils puissent être, restent dans le mystère et l’« ineffable »…

nsistons, pour terminer, sur un point essentiel : par un grand nombre de caractéristiques du Romantisme qu’il réinterprète et transcende, « le Port de Palerme » est un poème particulièrement représentatif de la mouvance symboliste. De fait, en reprenant le grand thème romantique du voyage, Anna de Noailles essaie peut-être, comme nous l’avons vu précédemment, de fuir une société malhonnête (« fraude »), ennuyeuse (« ennui ») et quelque peu matérialiste dans laquelle l’homme a détruit l’harmonie universelle. Ce sentiment d’inadaptation à la marche de l’histoire, qui n’est pas sans évoquer le fameux « mal du siècle », dépasse pourtant le simple cliché romantique. Il s’agit, comme nous le remarquions, d’un poème davantage symboliste, capable de rendre par le symbole, ce que le monde a d’infini et de mystérieux. Cette démarche allégorique, où chaque image concrète renvoie à l’abstrait le plus pur, rend le poème quelque peu hermétique à la compréhension du simple lecteur, alors obligé de déchiffrer le sens caché des mots pour en pénétrer la puissance suggestive. Ainsi, « les sacs de grains, de farine et de fruits » (v.3) font-ils allusion à la volupté de l’Orient et annoncent déjà de manière implicite le thème du voyage dont « les vaisseaux délabrés » (v.6) sont les véritables représentants. On pourrait aussi faire remarquer combien l’emploi de l’expression « désert d’azur » pour la mer ou de « citernes du rêve » pour qualifier de banals éléments de tout décor portuaire, traduisent, au-delà de l’aspect pictural, une quête du Vrai, pour laquelle les mots ne suffisent pas.
Cette vision allégorique confère donc au poème une part de mystère, renforcée par l’association du réel et de l’imaginaire. L’auteure part en effet d’une description réaliste pour finalement aboutir aux symboles abstraits, unissant terre et ciel, fini et infini : les mouvements spiraloïdes des « citernes du rêve » en sont une parfaite illustration. Notons aussi combien l’emploi d’un vocabulaire volontairement anachronique ou l’utilisation de comparaisons inattendues n’a d’autre but que de confirmer l’idée selon laquelle la création poétique, particulièrement chez les Symbolistes, est alchimie, transformation de la vie en art, seule capable, en créant un monde imaginaire qui s’inspire du monde réel, d’atteindre par ces correspondances reliant le monde inférieur et le monde supérieur, la Vérité.

          On remarque en effet que tout le poème mène à une vérité supérieure et essentielle. De fait, à travers un certain nombre de symboles que nous avons évoqués, nous comprenons que l’auteure ne part pas réellement, il s’agit d’un voyage métaphorique qui donne à l’imagination toute sa valeur créatrice : « j’avais soif » traduit une envie qui ne se réalise pas réellement mais qui reste à l’état de désir. De même, l’image spiraloïde des « cercles infinis » (v.14), par son manque total de rationalisme, suggère la géométrie sacrée des Pythagoriciens. On comprend donc mieux le vers dix dont nous commentions précédemment l’harmonie rythmique : « Dans ces cieux où le soir est si lent à venir… », l’écrivaine n’attend pas le soir en lui-même, mais son mystérieux symbolisme, enrichi du mythe de la nuit, pendant laquelle on est amené à rêver : c’est en effet le seul instant de la journée où l’on peut s’évader pleinement et se laisser aller à la vie, comme à la mort. Moment de pur accomplissement « Mon cœur fondait d’amour », mais ô combien éphémère tel le nuage voué à disparaître. Cependant c’est sa brièveté même qui le rend paradoxalement si intense comme le suggère la dureté du mot « crever ».
Ce n’est pas un hasard si le soir semble également être le moment de la journée choisi par l’auteure pour évoquer l’acte d’écriture. Tant il est vrai que le poème est tout autant la quête fiévreuse d’un au-delà qu’un voyage spirituel, si difficile à atteindre. Comme le dira Anna de Noailles « Il n’est rien de réel que le rêve et l’amour »… La poésie n’est-elle pas, dès lors, un voyage spirituel à l’intérieur de soi, que chacun doit accomplir pour atteindre le Moi véritable ? Nous comprenons dès lors l’importance qu’Anna de Noailles accorde à l’abstrait : l’esprit l’emporte sur les sens. Tout comme un rêve éveillé, la poésie permet de créer un monde imaginaire et idéal, qui est le signe d’une transcendance de la conscience. Par son pouvoir évocateur, par sa simple lecture, elle suffit à nous évader dans un univers aussi bien réaliste qu’indescriptible et ineffable. Comme le soulignait Charles Baudelaire « La poésie est ce qu’il y a de plus réel, c’est ce qui n’est complètement vrai que dans un autre monde ». Cette affirmation nous semble parfaitement s’adapter au « Port de Palerme », qui finit par identifier la poésie à un acte de pur langage, seul capable d’échapper à la banalité du monde.

u terme de cette analyse, il convient de rappeler quelques points essentiels. Comme nous avons cherché à le montrer, Anna de Noailles dévoile à travers « Le port de Palerme », sa conception de la poésie, qui est aussi une conception du monde. Pour l’auteure, la poésie permet en effet l’expression de ses sentiments et la quête existentielle d’un Idéal inaccessible aux lois de l’ordonnance humaine. Et si, comme l’affirmait Baudelaire « ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière », c’est bien l’art poétique, par sa puissance transfiguratrice, qui permet cette alchimie, capable de rendre plus réelle la signification transcendante des mots que la réalité immanente qu’ils désignent. La poésie apparaît ainsi plus profonde, plus sensée, voire plus vraisemblable que la vie elle-même. Porteuse d’imaginaire, elle suscite chez le lecteur des sensations, et à la façon d’un rêve, elle l’invite l’espace d’un instant à voyager vers un univers inconnu, qui est autant un questionnement qu’une réponse…

© Clarisse Q. (Lycée en Forêt, Classe de Seconde 1, janvier 2012)
Relecture du manuscrit : Bruno Rigolt

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Objectif EAF… Commentaire littéraire Anna de Noailles « Le Port de Palerme » par Clarisse…

Entraînement à l’EAF

Commentaire littéraire…

 

Anna de Noailles, « Le Port de Palerme »… Corrigé élèves

Aujourd’hui, le commentaire de Clarisse Q. Classe de Seconde 1, promotion 2011-2012
    Découvrez également le commentaire de Sarah !

Il y a quelques mois, j’avais consacré ma « Citation de la semaine » à l’écrivaine Anna de Noailles. Son poème « Le port de Palerme » m’avait tant interpellé que j’ai décidé d’en proposer le commentaire à mes classes de Seconde cette année. Le texte, préparé en classe, a donné lieu à l’élaboration collective d’un plan en trois parties. Les élèves avaient ensuite la rude tâche d’élaborer leur commentaire. Parmi tous les travaux qu’il m’a été donné de lire, quelques-uns, particulièrement exceptionnels, seront publiés dans cet Espace Pédagogique Contributif.

Je vous laisse découvrir aujourd’hui le commentaire de Clarisse… Note obtenue : 20/20 : bravo à elle pour ce travail absolument remarquable.

TEXTE

Je regardais souvent, de ma chambre si chaude,
Le vieux port goudronné de Palerme, le bruit
Que faisaient les marchands, divisés par la fraude,
Autour des sacs de grains, de farine et de fruits,
Sous un beau ciel, teinté de splendeur et d’ennui…

J’aimais la rade noire et sa pauvre marine,
Les vaisseaux délabrés d’où j’entendais jaillir
Cet éternel souhait du cœur humain : partir !
— Les vapeurs, les sifflets faisaient un bruit d’usine
Dans ces cieux où le soir est si lent à venir…

C’était l’heure où le vent, en hésitant, se lève
Sur la ville et le port que son aile assainit.
Mon cœur fondait d’amour, comme un nuage crève.
J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni,
Et je sentais s’ouvrir, en cercles infinis,
Dans le désert d’azur les citernes du rêve. 

 

ublié dans le recueil Les Vivants et les morts (1913), « le Port de Palerme » témoigne du lyrisme passionné et de la recherche d’une langue pure qui parcourent les œuvres d’Anna de Noailles. Ainsi, dans ce poème, si la « muse des jardins » reprend, à travers la contemplation du port et des bateaux, le thème romantique du voyage, il importe néanmoins de souligner que cette méditation, par l’idéalisation du réel qu’elle entreprend, amène finalement le lecteur à investir un monde imaginaire, partagé entre l’esthétique et la dimension métaphysique.
À partir de l’évocation d’un cadre réaliste qui occupera notre première partie, nous verrons dans un deuxième temps combien la poétesse tend à idéaliser le réel référentiel pour laisser place au rêve et au voyage vers un idéal pur. Nous montrerons enfin dans notre dernier axe que l’empreinte symboliste, habile à gouverner les images, marque profondément ce voyage, tout autant métaphorique que spirituel.

           Dans un premier temps, Anna de Noailles procède à une description très concrète du port de Palerme. Dès le premier vers, le réalisme surgit du cadre référentiel, déjà suggéré par le titre ; il s’agit du port de Palerme. Pour son poème, l’écrivaine utilise donc comme « support » un lieu qui existe réellement : la grande ville italienne et portuaire de Palerme, située dans une baie au nord de la Sicile. Cependant, elle circonscrit uniquement sa description à la zone portuaire : « port » (v. 2), « rade », « marine » (v. 6), « vaisseaux » (v. 7). On ne connaît rien de la ville elle-même qui n’est pas évoquée, si ce n’est une brève mention au vers 12. L’auteure commence par décrire l’aspect « extérieur », c’est-à-dire l’activité commerciale et la pauvreté du lieu. Comme n’importe quel port, Palerme est en effet un endroit propice aux échanges manufacturiers, comme en témoigne d’ailleurs le champ lexical du commerce : « marchands » (v.2), « sacs de grains, de farine et fruits » (v.3) : ici on peut noter l’évocation de produits locaux divers, de même que le terme « usine » au vers 9, suggère la fabrication ou la transformation des matières premières.
En outre, ce dispositif référentiel est renforcé par une description « sonore » qu’il s’agit de qualifier brièvement : « le bruit que faisaient les marchands » (v.1) suggère par exemple une impression de mouvement et d’agitation particulièrement réaliste ; les vendeurs sont si nombreux et bruyants qu’ils semblent former un amas de personnes « autour des sacs ». Ils manquent de discrétion dans ce lieu éminemment populaire et très fréquenté. De plus, cet appel au sens auditif se retrouve aux vers 6 et 8 : « entendais », « les sifflets faisaient un bruit d’usine » : ici, Anna de Noailles évoque le va et vient bruyant des bateaux, ceux qui partent du port et ceux qui arrivent à Palerme, ce qui donne de la vivacité au lieu. Par ailleurs, cette sensation est accentuée par une description très colorée : l’évocation, « sous un beau ciel, teinté de splendeur » (v. 5),  des produits locaux, notamment les « fruits » (v. 4) ainsi que la journée ensoleillée, éclatante, magnifique, propice aux échanges et au commerce, confèrent à la scène une forte couleur locale.

          Ce parti pris très réaliste et assez inhabituel en poésie s’oppose aux stéréotypes du Romantisme qui utilise généralement un cadre plus idyllique. À ce titre, l’auteure n’hésite pas à peindre la pauvreté du lieu : « la rade » devenue « noire », peut-être à cause de la pollution, semble manquer d’entretien. Nous percevons ici un contraste avec les couleurs de la première strophe : le port, davantage triste et sombre, se perçoit comme l’incarnation d’une certaine mélancolie : l’écrivaine, qui décrit avec nostalgie la « pauvre marine » et les « vaisseaux délabrés », montre ainsi ce qu’on pourrait appeler « l’envers du décor ». De fait, si le port de Palerme est le pôle central de toute la vie économique, ce milieu commercial et cosmopolite semble par ailleurs traduire une certaine malhonnêteté de la société. Les marchands sont en effet « divisés » (v. 3). Par ce terme, on comprend qu’ils n’ont pas tous les mêmes points de vue : il y a des rivalités, des tromperies et des tensions, chaque négociant défendant son propre intérêt « autour des sacs ». De même est-il possible que le « bruit » dont il est question au vers 2, provienne des disputes ou des inlassables tractations marchandes. Le port apparaît donc comme un lieu peu fréquentable : n’est-il pas d’ailleurs question de « fraude » au vers trois ? Ce non-respect des lois et des droits d’autrui pèse encore sur l’image de la société palermitaine, fortement marquée par l’emprise de la mafia et de la corruption.
Sans doute convient-il de noter ici combien cette société est en outre très portée sur le matérialisme. L’oxymore « vieux port goudronné » (opposition entre vieux et goudronné) témoigne en effet du processus de modernisation et d’urbanisation du « vieux port » : on y a construit des routes. Il semble avoir perdu ce qui faisait son charme tout comme « les vapeurs » et « les sifflets » (v. 9) qui font un « bruit d’usine ». Ils paraissent ainsi associés à une société urbaine et spéculative qui détruit l’harmonie pour produire toujours plus. La vente « des sacs de grain, de farine et de fruits » (v. 4) et la « fraude » (v. 4) traduisent à cet égard un goût particulier pour l’argent et le lucre. Mais si Anna de Noailles fait prévaloir une vision critique du monde qui l’entoure, elle éprouve également de la compassion pour cette population à la gouaille populaire qui arpente les quais ou flâne le long du port.
Elle évoque ainsi au vers cinq les langueurs des pays chauds où tout semble « teinté… d’ennui ». Le vers se fait l’écho quelque peu nostalgique de ces longues journées d’été « où le soir est si lent à venir… » (v. 10). Par l’emploi de l’intensif « si » et des points de suspension, l’auteure insiste en effet sur la durée du jour, qui paraît sans fin… De plus, comme le montre l’emploi du présent de vérité générale, cette scène prend une valeur omnitemporelle : il semble en être ainsi de tous les jours : habitude, répétition des mêmes scènes, des mêmes bruits… Cette valeur d’indéfini est également renforcée par le très beau rythme du vers : « Dans ces cieux/où le soir/est si lent/à venir ». Ce rythme quaternaire crée une syntaxe presque chantante qui est comme une invitation au voyage. Les allitérations en [r] et en [s] ajoutent à cet égard une sensation tactile qui, en apportant de la douceur, semble presque susurrer à notre oreille toute la sympathie qu’Anna de Noailles porte envers la société palermitaine.  À partir de ces éléments concrets, l’auteure peint donc un univers référentiel qu’elle parvient progressivement à métamorphoser et à idéaliser grâce au pouvoir évocateur de la poésie.

‘est en effet par le rêve et surtout par l’idéalisation du réel, que s’opère le passage de l’expérience sensible de la vie concrète à son idéalisation, caractéristique de l’entreprise symboliste en tant qu’expression d’une poésie vers un Idéal pur, seule capable de figurer le mystère de l’âme.
Alors qu’elle semblait porter un regard quelque peu hautain sur cette société palermitaine, Anna de Noailles change progressivement de point de vue en contemplant les bateaux qui s’éloignent de la terre. Ainsi au vers six, la vue du port, et plus particulièrement son côté simple, pauvre et misérable, semble comme une révélation qu’il y a quelque chose d’essentiel dans cette contemplation  : « J’aimais la rade noire et sa pauvre marine ». Sentiment qui va s’intensifier puisque la poétesse finira même par « fondre d’amour » au vers treize devant ce paysage. Idéalisation de la réalité disions-nous, tant il est vrai que chez les poètes symbolistes, la poésie est seule capable de recréer le réel : témoin ces « vaisseaux délabrés » au vers sept : l’emploi du mot légendaire « vaisseaux », est comme une métamorphose : les bateaux sont ainsi présentés dans toute leur puissance, comme ils l’étaient sans doute auparavant. Bien qu’ils soient au contraire en ruines et « délabrés », ils sont magnifiques aux yeux de la poétesse car ils sont les représentants du voyage qu’ils traduisent en symboles. Leur état n’a donc pas d’importance, elle n’a pas le souci du matériel, ce qui compte c’est ce qu’ils évoquent, les émotions et les idées qu’ils suscitent. Tout est allégorique : c’est en effet à travers leur contemplation que commence l’évasion de la poétesse vers l’imaginaire : n’emploie-t-elle pas par la suite des mots de plus en plus abstraits et immatériels tels que « vapeurs » ou « cieux » (v.9) ?
On remarque également une évocation des sentiments : « cœur humain » au vers huit ou « fondait d’amour » au vers treize donnent toute sa valeur au registre lyrique, en chargeant l’acte d’écriture d’une totale communion avec la nature : « comme un nuage crève » (v. 13). N’est-ce pas le sens profond de la poésie qui apparaît à travers le lexique des sensations : « je sentais s’ouvrir » écrit Anna de Noailles, comme pour nous faire éprouver, à travers cette impression de plénitude et de bien-être, la fin véritable de toute poésie : la quête idéiste de la pureté. On pourrait faire remarquer combien, dans la dernière strophe, les éléments concrets ont presque totalement disparu, il ne reste plus que « la ville » et « le port » (v. 12), qui laissent eux-mêmes place à l’immatérialité du « vent ». D’abord hésitant, il finit en effet par s’imposer sur la ville. L’imaginaire est finalement total dans les trois derniers vers : « J’avais soif d’un breuvage… » (v. 14). Ici, l’expression qui fait penser à un être altéré d’une soif violente, revêt un sens très fort, qui connote le désir certes, mais un désir ardent, qui n’est pas réel.
De plus, de simples citernes exposées sur le port, se transforment en « citernes du rêve » (vers 16). Par cette métaphore, celles-ci semblent permettre l’accès à l’imaginaire et à l’idéal ; elles s’ouvrent à la poétesse « en cercles infinis » (v.15), oxymore s’il en est, qui traduit l’absence de tout rationalisme : un cercle ne saurait en effet être infini, il désigne ici la forme ronde des citernes. Le lecteur aura relevé le symbolisme bien connu du cercle, caractéristique du voyage mystique à travers l’espace et le temps. C’est donc par le truchement de la contemplation du port et de la mer devenue « désert d’azur » (v. 16) qu’Anna de Noailles s’évade pour parvenir à la quête de Soi : l’impression d’infinité et de beauté est donc essentielle. La description réaliste du port de Palerme, par une idéalisation et une allégorie du concret, s’est transformée peu à peu en un univers imaginaire, qui est celui du rêve, mais plus fondamentalement, en une quête idéale de la Vérité.

          Parallèlement, et toujours dans cette même optique idéiste, l’auteure évoque son désir de voyager vers un Idéal pur, un des thèmes majeurs du Symbolisme. De fait, dès les vers sept et huit, Anna de Noailles exprime sa quête du partir à travers la contemplation des « vaisseaux délabrés ». Ce souhait semble à ce titre provenir des bateaux : « d’où j’entendais jaillir » : l’emploi du verbe « jaillir » apparaît comme un surgissement, une renaissance. Rompant avec la monotonie du quotidien, il crée un effet de surprise, d’agitation et de mouvement. En outre, cette envie de fuir semble irrépressible comme le suggère la tonalité exclamative et presque jubilatoire du vers huit ainsi que la place du verbe « partir ». Positionné en fin de vers, il est mis en avant et crée un effet d’insistance. Il semble d’ailleurs être le seul motif de l’existence « éternel souhait » (v.7) : loin d’être un désir passager, il apparaît comme le but de toute une vie, comme une quête profondément existentielle. Et si l’auteure, comme nous le notions précédemment, se laisse guider par ses sentiments et ses émotions (« souhait du cœur humain »), c’est surtout pour conférer au voyage la mission d’atteindre un idéal « pur ». À travers celui-ci, l’écrivaine semble en effet rechercher un Idéal transcendant. Elle n’aspire pas à un lieu précis, elle s’évade à travers une succession de non-lieux : tout d’abord, l’évocation des « vapeurs » au vers neuf connote l’immatérialité de même que « les cieux » (v. 10) paraissent substituer aux « bruits d’usine » et aux « sifflets » le calme, l’apaisement, et l’infini. De même, « le vent », élément essentiellement primitiviste, traduit-il un sentiment de purification : « son aile assainit » la société profane et quelque peu vulgaire, malhonnête, matérialiste, remplie de tromperies et de tensions. L’ « aile » rappelle à ce titre les oiseaux, symboles de majesté, de liberté et de pureté, ils volent dans les airs, et semblent au-dessus de tout. De plus, l’utilisation du présent à valeur de généralité donne à cette « purification » une dimension universelle, relativement abstraite et idéiste.
Enfin, cette recherche spirituelle de l’Idéal se retrouve aussi dans le « désert d’azur » du dernier vers qui désigne l’infinité de la mer. À cette quête s’ajoute celle de sentiments aussi purs et indicibles que ces non-lieux : «Mon cœur fondait d’amour comme un nuage crève ». Ici la comparaison de sentiments et d’émotions particulièrement forts avec un nuage, élément immatériel qui renvoie au ciel, est comme une transfiguration aux accents d’évangile, comme une communion avec Dieu. On retrouve cette soif d’absolu au vers quatorze : « J’avais soif d’un breuvage ineffable et béni », là encore l’auteure est en quête de la lumière de Dieu (« béni ») et les sentiments, si beaux qu’ils puissent être, restent dans le mystère et l’« ineffable »…

nsistons, pour terminer, sur un point essentiel : par un grand nombre de caractéristiques du Romantisme qu’il réinterprète et transcende, « le Port de Palerme » est un poème particulièrement représentatif de la mouvance symboliste. De fait, en reprenant le grand thème romantique du voyage, Anna de Noailles essaie peut-être, comme nous l’avons vu précédemment, de fuir une société malhonnête (« fraude »), ennuyeuse (« ennui ») et quelque peu matérialiste dans laquelle l’homme a détruit l’harmonie universelle. Ce sentiment d’inadaptation à la marche de l’histoire, qui n’est pas sans évoquer le fameux « mal du siècle », dépasse pourtant le simple cliché romantique. Il s’agit, comme nous le remarquions, d’un poème davantage symboliste, capable de rendre par le symbole, ce que le monde a d’infini et de mystérieux. Cette démarche allégorique, où chaque image concrète renvoie à l’abstrait le plus pur, rend le poème quelque peu hermétique à la compréhension du simple lecteur, alors obligé de déchiffrer le sens caché des mots pour en pénétrer la puissance suggestive. Ainsi, « les sacs de grains, de farine et de fruits » (v.3) font-ils allusion à la volupté de l’Orient et annoncent déjà de manière implicite le thème du voyage dont « les vaisseaux délabrés » (v.6) sont les véritables représentants. On pourrait aussi faire remarquer combien l’emploi de l’expression « désert d’azur » pour la mer ou de « citernes du rêve » pour qualifier de banals éléments de tout décor portuaire, traduisent, au-delà de l’aspect pictural, une quête du Vrai, pour laquelle les mots ne suffisent pas.
Cette vision allégorique confère donc au poème une part de mystère, renforcée par l’association du réel et de l’imaginaire. L’auteure part en effet d’une description réaliste pour finalement aboutir aux symboles abstraits, unissant terre et ciel, fini et infini : les mouvements spiraloïdes des « citernes du rêve » en sont une parfaite illustration. Notons aussi combien l’emploi d’un vocabulaire volontairement anachronique ou l’utilisation de comparaisons inattendues n’a d’autre but que de confirmer l’idée selon laquelle la création poétique, particulièrement chez les Symbolistes, est alchimie, transformation de la vie en art, seule capable, en créant un monde imaginaire qui s’inspire du monde réel, d’atteindre par ces correspondances reliant le monde inférieur et le monde supérieur, la Vérité.

          On remarque en effet que tout le poème mène à une vérité supérieure et essentielle. De fait, à travers un certain nombre de symboles que nous avons évoqués, nous comprenons que l’auteure ne part pas réellement, il s’agit d’un voyage métaphorique qui donne à l’imagination toute sa valeur créatrice : « j’avais soif » traduit une envie qui ne se réalise pas réellement mais qui reste à l’état de désir. De même, l’image spiraloïde des « cercles infinis » (v.14), par son manque total de rationalisme, suggère la géométrie sacrée des Pythagoriciens. On comprend donc mieux le vers dix dont nous commentions précédemment l’harmonie rythmique : « Dans ces cieux où le soir est si lent à venir… », l’écrivaine n’attend pas le soir en lui-même, mais son mystérieux symbolisme, enrichi du mythe de la nuit, pendant laquelle on est amené à rêver : c’est en effet le seul instant de la journée où l’on peut s’évader pleinement et se laisser aller à la vie, comme à la mort. Moment de pur accomplissement « Mon cœur fondait d’amour », mais ô combien éphémère tel le nuage voué à disparaître. Cependant c’est sa brièveté même qui le rend paradoxalement si intense comme le suggère la dureté du mot « crever ».
Ce n’est pas un hasard si le soir semble également être le moment de la journée choisi par l’auteure pour évoquer l’acte d’écriture. Tant il est vrai que le poème est tout autant la quête fiévreuse d’un au-delà qu’un voyage spirituel, si difficile à atteindre. Comme le dira Anna de Noailles « Il n’est rien de réel que le rêve et l’amour »… La poésie n’est-elle pas, dès lors, un voyage spirituel à l’intérieur de soi, que chacun doit accomplir pour atteindre le Moi véritable ? Nous comprenons dès lors l’importance qu’Anna de Noailles accorde à l’abstrait : l’esprit l’emporte sur les sens. Tout comme un rêve éveillé, la poésie permet de créer un monde imaginaire et idéal, qui est le signe d’une transcendance de la conscience. Par son pouvoir évocateur, par sa simple lecture, elle suffit à nous évader dans un univers aussi bien réaliste qu’indescriptible et ineffable. Comme le soulignait Charles Baudelaire « La poésie est ce qu’il y a de plus réel, c’est ce qui n’est complètement vrai que dans un autre monde ». Cette affirmation nous semble parfaitement s’adapter au « Port de Palerme », qui finit par identifier la poésie à un acte de pur langage, seul capable d’échapper à la banalité du monde.

u terme de cette analyse, il convient de rappeler quelques points essentiels. Comme nous avons cherché à le montrer, Anna de Noailles dévoile à travers « Le port de Palerme », sa conception de la poésie, qui est aussi une conception du monde. Pour l’auteure, la poésie permet en effet l’expression de ses sentiments et la quête existentielle d’un Idéal inaccessible aux lois de l’ordonnance humaine. Et si, comme l’affirmait Baudelaire « ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière », c’est bien l’art poétique, par sa puissance transfiguratrice, qui permet cette alchimie, capable de rendre plus réelle la signification transcendante des mots que la réalité immanente qu’ils désignent. La poésie apparaît ainsi plus profonde, plus sensée, voire plus vraisemblable que la vie elle-même. Porteuse d’imaginaire, elle suscite chez le lecteur des sensations, et à la façon d’un rêve, elle l’invite l’espace d’un instant à voyager vers un univers inconnu, qui est autant un questionnement qu’une réponse…

© Clarisse Q. (Lycée en Forêt, Classe de Seconde 1, janvier 2012)
Relecture du manuscrit : Bruno Rigolt

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Fantaisie surréaliste… par Camille C.

Camille C., élève de Seconde 12, nous propose ici une « fantaisie » très personnelle qu’elle a elle-même illustrée. Exploitant les codes surréalistes, en particulier les codes de l’inconscient et de l’écriture automatique, le texte se joue avec poésie et humour du principe de réalité pour lui substituer un principe de plaisir très jubilatoire…
Mais lisez plutôt !

« La Pomme au Gentleman »
Fantaisie surréaliste

par Camille C. (Seconde 12)

 

Gentleman riant au centre de la pluie,
Et l’ndescriptible hirondelle tel un matin obnubilé
Par des spaghettis au goût de kiwi
Son bec couleur marron parsemé de cataclysmes Imminents…

Là-haut, tu nous regardes en marchant, papillon
Embaumé. L’aube émet un hurlement de nuages
Seul le ciel rougit de l’homme au poirier blanc
Qui traversait cet amas bleuté,
Qui courait après des papillons désarmés.

Ouvre cette poignée de sensations : l’hélicoptère
S’en est allé vers des îles de pommes

Caractérisées par le soleil.
Tel le marchand de sable abrité par des larmes Inanimées,

Le gentleman qui riait au centre de la pluie
Secrète le dioxyde
Et les paraboles triomphantes
Auprès de l’armée chatoyante
Des papayes mises en table.

Crédit iconographique : © Camille C. pour l’ensemble des illustrations.

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