ECulturE…

Lancement d’une nouvelle rubrique bimensuelle : ECulturE

L’actualité de la culture numérique…

e-culture.1292840427.jpgLa numérisation du patrimoine culturel universel qui est en train de s’accomplir sous nos yeux, va transformer durablement l’accès aux connaissances, la transmission du savoir, et les conditions de la recherche. À travers cette transformation sans précédent des pratiques culturelles, qui bouleverse déjà notre vie quotidienne, se joue en fait une recomposition majeure des rapports entre la société et la culture. Dans le domaine de la culture numérique (ou eculture), la France occupe une position majeure (¹) qui a largement influencé la construction d’une bibliothèque numérique europeana.1292821182.jpgeuropéenne : Europeana.

À son lancement en 2008, Europeana n’était qu’un ambitieux prototype, mais il est devenu aujourd’hui une réalité : vous pouvez d’ores et déjà accéder à un portail multilingue de plus de deux millions d’œuvres : peintures, musiques, films et livres provenant des galeries, bibliothèques, archives et musées de l’Europe entière ! En ce moment par exemple, une magnifique exposition intitulée « Reading Europe » vous permettra de vous balader virtuellement à travers les bibliothèques nationales européennes et de feuilleter plus de mille livres et manuscrits rares.

Reading Europe from Europeana on Vimeo.

Je ne saurais trop vous conseiller de vous adapter dès maintenant à l’utilisation de ces nouveaux outils et services, qui témoignent d’une part du fort dynamisme des réseaux de coopération culturelle en Europe, et qui invitent d’autre part à modifier les usages éducatifs ainsi que les pratiques d’apprentissage. Pour vous en convaincre, prenez le temps de découvrir la nouvelle version de Gallica, qui est la bibliothèque numérique de la prestigieuse Bibliothèque nationale de France (BnF). gallica.1292825591.jpgRempli d’innovations technologiques et d’outils de navigation sophistiqués, le site est de loin le premier portail culturel francophone, avec pas moins de 160000 livres numérisés et près de 700000 magazines ou revues ! Son partenariat avec Wikimedia permettra par ailleurs d’intégrer au projet Wikisource des milliers d’ouvrages francophones tombés dans le domaine public.

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Guilhem Molinier, Las Leys d’amors, un manuscrit exceptionnel (lettrines dorées, filigranées, enluminures…) datant de… 1356 : à consulter sur le site de la Bibliothèque de Toulouse, partenaire de Gallica, ou à télécharger au format pdf.

À la différence de son concurrent privé Google-livres, toujours incontournable mais plus généraliste, Gallica propose un portail de recherche unique, de nombreux contenus interactifs et dynamiques et surtout des ressources très spécialisées, souvent remarquables pour leur contenu patrimonial, historique ou littéraire, allant des livres numérisés aux cartes, revues, photographies, en passant par les manuscrits et même les enluminures ou les partitions de musique, excessivement rares et précieuses pour certaines. Par ailleurs, la numérisation en réseau avec d’autres bibliothèques, tant françaises qu’étrangères, et la constitution d‘un fonds d’archives de l’Internet, unique au monde avec plus de 14 milliards de fichiers de sites web, font de Gallica un portail dont nul n’oserait récuser aujourd’hui le décisif ascendant. 

http://gallica.bnf.fr/flash/LecteurExportable.swf

Feulletez grâce à Gallica cet exemplaire très rare d’Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud, publié à Bruxelles en 1873 pour la modique somme… d’un franc !

Si vous êtes un(e) passionné(e) d’Histoire, allez faire un tour aussi du côté du site « Patrimoine numérique« , qui est un immense catalogue collectif du patrimoine culturel numérisé. Vous y trouverez des collections d’ouvrages, des productions multimédia associées (site internet, dévédérom, cédérom…), et des expositions en ligne d’une remarquable tenue (en ce moment un très riche dossier sur la seconde Guerre mondiale et la présentation des collections numérisées relatives au sujet : fonds photographiques, films, affiches, archives…). Sur un plan plus simple et plus pratique, le portail peut vous aider à faire des recherches historiques sur une époque, une période précise, et même pourquoi pas vous aider à construire votre arbre généalogique !

Mais l’un des aspetcs les plus ludiques et les plus stimulants de la mise en place d’un fonds numérique s’appuie sur la possibilité pour l’internaute d’interagir directement dans de nombreux espaces participatifs comme Facebook ou Twitter. La page Facebook de Gallica est à ce titre très riche : vous pouvez poster des commentaires, des avis, des annotations personnelles, etc. Comme vous le voyez, l’image « poussiéreuse » que l’on avait, il y a quelques années à peine, de la bibliothèque, a complètement changé. Dès lors, il nous appartient nous-mêmes de nous « dépoussiérer » quelque peu au risque de ressembler à ceux qui, au quinzième siècle, n’ont pas compris combien l’invention de l’imprimerie par Gutenberg en 1455 allait bouleverser les conditions de la diffusion du savoir en Europe… 

En ce début de vingt-et-unième siècle, une même révolution du savoir se produit sous nos yeux : la révolution numérique oblige à construire différemment la recherche documentaire, la diffusion des connaissances (et bien entendu les pratiques pédagogiques…) : plus rien ne sera jamais comme avant ! C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de lancer « ECulturE ». Dans cette nouvelle rubrique, je sélectionnerai parmi quelques sites majeurs des documents présentant un intérêt pour l’étudiant(e) souhaitant améliorer sa culture générale. Pour cette première édition d’ECulturE, je vous invite à découvrir un ouvrage qui va vous plonger au cœur du Paris de la Belle Époque : Vingt jours à Paris… par Constant de Tours, publié à Paris en 1890 soit un an après la construction de la Tour Eiffel ! À la fois guide touristique et magnifique recueil de dessins, cet ouvrage qui provient de la BNF se feuillette comme un album. De plus, il est rempli d’anecdotes pittoresques et amusantes !

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Vingt jours à Paris… par Constant de Tours (Paris, 1890)

Regardez aussi ce catalogue de l’Exposition Universelle à Paris en 1889 !

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(1) Sur les deux millions de documents qu’Europeana regroupe à l’heure actuelle, la France est le principal pourvoyeur du fonds (52 %). Saviez-vous aussi que grâce à l’INA,  la France sera en 2015 le seul pays au monde à avoir sauvegardé l’intégralité de son patrimoine audiovisuel ?

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Quelques bibliothèques numériques en bref…

Europeana
Projet européen d’envergure. L’objectif est de parvenir à numériser près de six millions de sources (livres, documents sonores, images, enregistrements audiovisuels, films, etc.) provenant des galeries, bibliothèques, archives et musées de l’Europe entière.
BnF-Gallica
Les collections numériques de la Bibliothèque nationale de France (BnF). Portail multisupport extrêmement riche : imprimés (livres, périodiques et presse) en mode image et en mode texte, manuscrits rares, documents sonores, documents iconographiques, cartes et plans…
Google-livres
Accédez grâce à un vaste catalogue généraliste à des millions d’ouvrages publiés dans le monde entier.
Patrimoine numérique
Le catalogue en ligne du patrimoine culturel numérisé (collections numérisées et productions multimédia associées). Un portail très riche.
INA
Le catalogue de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) donne accès à trois millions d’heures de radio et de télévision françaises, et à plus d’un million de documents photographiques. La plupart de ces documents sont consultables gratuitement. Les fonds d’archives de l’INA sont les plus importants d’Europe.

Concours d'expression orale 2011

Bientôt le Concours d’art oratoire 2011

Entraînements et conseils

Pour la quatrième année, le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un concours d’art oratoire qui aura lieu début mars 2011. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques profs du Lycée). Les inscriptions sont d’ores et déjà ouvertes : vous pouvez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription).

      
Les dates clés…
  • À partir du lundi 24 janvier 2011 sur ce site : début des entraînements.
  • Jeudi 10 février 2011 à 13h30 à l’amphi du LEF : réunion d’information. Accès réservé aux étudiant(e)s préalablement inscrit(e)s.
  • Mardi 8 mars 2011 : demi-finales.
  • Mardi 22 mars 2011 : finale.
         
Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre 4 sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement. Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale (Économie et Société, littérature et philosophie, sciences et techniques, et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ? Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation :
  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous avez disposé vos idées, structuré votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

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Cliquez sur l’image pour l’agrandir…

Dans cet Espace pédagogique, vous trouverez dès le 24 janvier 2011 plusieurs sujets test chaque semaine pour vous entraîner dans les conditions du concours et des conseils personnalisés pour vous préparer à l’épreuve…

Voici une sélection des conseils de méthode donnés l’an passé pour préparer le concours…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société : 1) Réussir sa vie, c’est être riche de… 2) La mondialisation : chance ou péril ? 3) Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ? 4) C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie : 1) C’est quoi, être libre ? 2) Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ? 3) La violence est-elle une force ou une faiblesse ? 4) Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques : 1) Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ? 2) Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ? 3) Le progrès… C’est mieux quand ça s’arrête ? 4) La morale est-elle l’ennemie du progrès ?

  • Sujets “inclassables” : 1) Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ? 2) C’est quoi un “po-aime” ? 3) Faites votre éloge. 4) Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

Concours d’expression orale 2011

Bientôt le Concours d’art oratoire 2011

Entraînements et conseils

Pour la quatrième année, le Rotary Club de Montargis propose aux élèves du Lycée en Forêt de participer à un concours d’art oratoire qui aura lieu début mars 2011. Si vous aimez prendre la parole, saisissez cette occasion unique de vous exprimer à l’oral face à un public (des professionnels et quelques profs du Lycée). Les inscriptions sont d’ores et déjà ouvertes : vous pouvez retirer le formulaire d’inscription au CDI (Attention : le nombre de places étant limité, ne tardez pas à rapporter vos bulletins d’inscription).

      
Les dates clés…
  • À partir du lundi 24 janvier 2011 sur ce site : début des entraînements.
  • Jeudi 10 février 2011 à 13h30 à l’amphi du LEF : réunion d’information. Accès réservé aux étudiant(e)s préalablement inscrit(e)s.
  • Mardi 8 mars 2011 : demi-finales.
  • Mardi 22 mars 2011 : finale.
         
Le déroulement de l’épreuve…

Le jour de l’épreuve, vous aurez le choix entre 4 sujets imposés. Après avoir pris connaissance des sujets, vous n’en retiendrez qu’un seul, que vous préparerez sur place en 30 minutes exactement. Les sujets proposés portent sur des questions de culture générale (Économie et Société, littérature et philosophie, sciences et techniques, et pour la demi-finale des sujets “inclassables”, faisant davantage appel à vos capacités d’originalité).

Votre prestation doit durer 5 minutes au moins ! Le jury attend évidemment des exposés argumentés et réfléchis, ce qui n’empêche nullement l’improvisation : mettez-vous en scène, interpellez votre public un peu comme un acteur “qui fait son numéro”! Pourquoi pas du Slam si vous en avez le talent ? Rien n’est pire qu’un exposé lu de façon monocorde : surprenez le jury !

Le barème d’évaluation :
  1. L’art oratoire et l’éloquence (10 points) ;
  2. La rhétorique : l’art du “discours”, la qualité de vos arguments et de vos exemples (10 points).
  1. L’art oratoire touche à “l’art de bien parler”. Un orateur persuasif est celui qui sait s’exprimer avec aisance et clarté, moduler le son de sa voix afin d’éviter la monotonie par exemple. La capacité d’émouvoir, de persuader par la parole sont donc essentielles. Au niveau de l’évaluation, la diction est fondamentale puisque vous devez persuader d’abord par la parole! Ne négligez surtout pas le travail sur la langue : c’est ce qu’on appelle l’élocution, c’est-à-dire le choix du style. Par exemple, l’emploi de figures de rhétorique semble tout indiqué : métaphores, comparaisons, interpellation de votre auditoire, interrogations oratoires, etc.

  2. La rhétorique, c’est l’art du discours. Vous avez toutes et tous déjà travaillé sur l’écrit d’invention : cela va vous servir pour le concours ! L’invention, au sens étymologique (du latin “inventio”) est la capacité de savoir construire un projet, c’est-à-dire de convaincre en organisant votre propos. Vous serez donc noté sur la manière dont vous avez disposé vos idées, structuré votre parcours argumentatif. Pensez à utiliser les procédés propres au discours (choix des arguments, des exemples, des techniques de persuasion, techniques d’amplification, voire de dramatisation) en rapport avec le sujet.

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Cliquez sur l’image pour l’agrandir…

Dans cet Espace pédagogique, vous trouverez dès le 24 janvier 2011 plusieurs sujets test chaque semaine pour vous entraîner dans les conditions du concours et des conseils personnalisés pour vous préparer à l’épreuve…

Voici une sélection des conseils de méthode donnés l’an passé pour préparer le concours…

Seize exemples de sujets entièrement inédits (dans l’esprit du Concours) :

  • Histoire et société : 1) Réussir sa vie, c’est être riche de… 2) La mondialisation : chance ou péril ? 3) Pensez-vous qu’il faut réinventer un nouveau modèle social pour notre monde ? 4) C’est quoi, un “faiseur d’histoire(s)” ?

  • Littérature et Philosophie : 1) C’est quoi, être libre ? 2) Quel est l’avantage d’apprendre le Français dans le monde contemporain ? 3) La violence est-elle une force ou une faiblesse ? 4) Et si le plus beau voyage était un voyage immobile ?

  • Sciences et Techniques : 1) Les robots “humanoïdes” sont de plus en plus répandus dans le monde : faut-il en avoir peur ? 2) Comment se dérouleront les cours au Lycée en 2050 ? 3) Le progrès… C’est mieux quand ça s’arrête ? 4) La morale est-elle l’ennemie du progrès ?

  • Sujets “inclassables” : 1) Pourquoi est-ce blanc plutôt que noir ? 2) C’est quoi un “po-aime” ? 3) Faites votre éloge. 4) Faire le tour du monde ou faire un tour ?

Les compétences requises pour le concours…

La prise de parole en public requiert plusieurs compétences. Voici quelques conseils pour affronter l’épreuve…

  1. Commencez d’abord à vous préparer “physiquement” à la prise de parole. Choisissez avec soin votre tenue ce jour-là : certes, ce n’est pas un défilé de mode, mais vous parlerez d’autant mieux que vous vous sentirez à l’aise dans vos vêtements. N’oubliez pas non plus que la principale difficulté… C’est vous : donc inutile de vous mettre trop la pression avant! Soyez sûr(e) de vous : partez gagnant(e) en vous disant que de toute façon vous n’avez strictement rien à perdre. Dès que vous rentrez, pensez aussi à dire Bonjour ! Cela paraît évident mais parfois, avec le trac…

  2. Regardez votre public. N’oubliez pas non plus que même si une personne du jury ne semble pas faire attention à votre présence quand vous parlez, cela ne veut rien dire : elle donnera un avis sur vous juste après votre départ. Donc regardez tout le monde (et pas seulement une seule personne parce qu’elle vous aura regardé(e) avec bienveillance ou parce que vous la connaissez (votre prof par exemple). Veillez également à vous tenir correctement : inutile de se raidir, mais il ne faut pas non plus être avachi !

  3. Improviser… Mais pas trop ! Bien sûr, le concours exige une certaine part d’improvisation, mais n’en faites pas trop non plus, car cela risquerait de vous entraîner sur un terrain parfois glissant, en particulier au niveau de la maîtrise du non-verbal (la gestuelle) : quand on improvise, on a tendance à “théâtraliser” un peu trop parfois : en libérant la parole, on libère trop ses gestes et on en arrive à “gesticuler”. Donc, gardez toujours une certaine distance en essayant d’articuler au mieux le geste et les registres de langue que vous allez employer (didactique, comique, lyrique, etc.)

  4. S’entraîner avec… une glace et un MP3 ! Voici un excellent exercice qui vous permettra de vérifier que vous maîtrisez votre voix et votre respiration lors de la prise de parole : chez vous, essayez en vous regardant obligatoirement devant une glace (une grande : celle de la salle de bain fera l’affaire!) de parler HAUT et FORT. L’exercice d’entraînement que je vous propose consiste à lire un texte neutre (une définition de cours par exemple, comme ça vous ne perdez pas de temps) en regardant le moins possible votre support et en vous fixant le plus possible dans la glace. Relisez plusieurs fois votre texte en variant l’intonation (neutralité, colère, joie, rire, émotion, interpellation, etc.). Si possible, enregistrez-vous avec un MP3 et écoutez ce que ça donne afin de corriger les petits problèmes (placement de la voix par exemple). Prenez ensuite un sujet au hasard : accordez-vous 20 minutes de préparation et lancez-vous, sans lire vos notes (vous pouvez même vous entraîner dans les transports en commun pour la recherche des arguments) : essayez de trouver des idées créatives, originales, et faites si possible votre exposé devant d’autres personnes : des copains ou des copines, la famille, etc. afin de vous confronter à un public. Si vous êtes seul chez vous, mettez-vous devant une glace et parlez HAUT et FORT en vous obligeant à parler tout en vous regardant.

Au fil des pages… Méditations poétiques…

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Méditations poétiques

Retrouvez l’émotion qu’ont dû éprouver les contemporains de Lamartine en feuilletant cette neuvième édition des Méditations poétiques, datée de 1823, et conservée parmi d’autres manuscrits rares à la New York Public Library (NYPL), l’une des plus importantes et des plus prestigieuses bibliothèques américaines. À la différence d’un tirage récent par exemple qui, en modifiant la composition typographique, les polices de caractère, etc. ne permet pas vraiment de s’approprier le texte, cette ancienne édition, pleine de charme, a tout d’abord un intérêt rétrospectif : sans doute comprendrez-vous mieux, en feuilletant les pages, en regardant les six belles lithographies originales, pourquoi les Méditations poétiques de Lamartine ont à ce point cristallisé les attentes de toute une génération en faisant descendre la poésie au cœur même de l’homme afin de le toucher, comme le dira Lamartine “par les innombrables frissons de l’âme et de la nature”. 

En outre, si vous avez à cœur d’enrichir votre culture générale, les Méditations de Lamartine sont une excellente introduction au vaste mouvement de renouveau, spirituel, artistique et social que fut le Romantisme. Certes, ce mince recueil ne comporte que vingt-quatre poèmes mais il fut un véritable événement littéraire, une “révélation” (Sainte-Beuve), et c’est à juste titre qu’on peut le considérer comme le premier manifeste du Romantisme. De fait, en remettant au centre de la pratique artistique et poétique le sentiment de la nature, l’élan élégiaque, l’emphase, l’effusion lyrique, le langage de la contemplation, cet ouvrage est un véritable dépaysement littéraire. Ne ratez surtout pas la lecture de « L’Isolement » (page 1), du « Soir » (page 29), de « L’Immortalité » (page 37), du « Vallon » (page 45) et bien sûr du « Lac » (page 103) : de toutes les Méditations, c’est sans doute la plus poignante et la plus profondément humaine…

Vous pouvez également télécharger cet ouvrage au format pdf ou epub.

 

Entraînement BTS n°3 Thème "Le rire"

logo_entrainement_bts_rire.1287841841.jpgLes entraînements BTS
Entraînement 2010-2011 n°3. Thème : ”Le rire”
Le rire d’exclusion et de rejet        

Dans notre premier entraînement, consacré à la valeur sociale du rire, nous avons pu voir que le comique était une arme contre le pire. De fait, le rire est non seulement l’un des fondements de l’esprit critique mais il amène à une intelligence et à une compréhension humaniste de l’existence parce qu’il est précisément au cœur de l’homme. Le présent entraînement porte au contraire sur un enjeu tristement fondamental du rire, qui repose sur sa contiguïté à la barbarie et à la déchéance morale. Tel est le rire d’exclusion et de rejet. Comment des individus apparemment normaux peuvent-ils en effet rire du mal causé à autrui ? Comme l’a si bien mis en évidence Baudelaire (document 1), « le comique est un des plus clairs signes sataniques de l’homme » car il dépend de l’idée de la supériorité du rieur et trouve sa justification dans la défense d’une légitimité identitaire. Mais cette supériorité est en fait illusoire tant il est vrai qu’elle rabaisse l’homme à l’instinct et à la bestialité.

Le rire de rejet serait un refus de l’altérité et une légitimation de la violence permettant à celui qui rit de triompher de l’échec et du vide existentiels en dénaturant l’autre, et de s’affranchir, par procuration, de la loi morale. À ce titre, le rire peut être considéré comme un renversement des valeurs, comme une transmutation de cette violence en comédie. Si le rire, comme l’a bien montré Bergson, implique un refus de l’identification et demande donc de la part du rieur un certain détachement, on pourrait avancer qu’il implique aussi un refus de la pensée raisonnante, un refus d’aimer pour mieux se préserver : on dégrade pour rester intact. Le présent corpus est une bonne illustration de ce « rire de souillure » qui, triomphant aux dépens du plus faible, et défiant la morale, s’affranchit même de la loi divine : le rieur devient Dieu, et celui qui fait l’objet de la moquerie est en quelque sorte une marionnette dont le rieur se plait à tirer les ficelles. La pulsion de mort anime ainsi le rire d’exclusion.

Mourir de rire au spectacle de ceux qui meurent du pire, voilà sans doute l’abjection la plus dégradante…

            

Corpus

  • Document 1, Charles Baudelaire, De l’essence du rire, 1855
  • Document 2, Aimé Césaire, Cahier d’un Retour au pays Natal (extrait, 1939)
  • Document 3, Jean-François Steiner, Tréblinka, éd. Fayard, Paris 1966
  • Document 4, Patrick Bruneteaux, Devenir un dieu : le nazisme comme nouvelle religion politique. Publibook, Paris 2005
  • Document complémentaire : Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932

Synthèse
  • Vous ferez de ce corpus une synthèse concise, ordonnée et objective.

Écriture personnelle

  • Baudelaire affirme que le rire est « causé par la vue du malheur d’autrui ». Partagez-vous cette opinion ?

______________

« […] le comique est un des plus clairs signes sataniques de l’homme et un des nombreux pépins contenus dans la pomme symbolique, est l’accord unanime des physiologistes du rire sur la raison première de ce monstrueux phénomène. Du reste, leur découverte n’est pas très profonde et ne va guère loin. Le rire, disent-ils, vient de la supériorité. Je ne serais pas étonné que devant cette découverte le physiologiste se fût mis à rire en pensant à sa propre supériorité. Aussi, il fallait dire : le rire vient de l’idée de sa propre supériorité. Idée satanique s’il en fut jamais ! Orgueil et aberration ! Or, il est notoire que tous les fous des hôpitaux ont l’idée de leur propre supériorité développée outre mesure. Je ne connais guère de fous d’humilité. Remarquez que le rire est une des expressions les plus fréquentes et les plus nombreuses de la folie. […]J’ai dit qu’il y avait symptôme de faiblesse dans le rire ; et, en effet, quel signe plus marquant de débilité qu’une convulsion nerveuse, un spasme involontaire comparable à l’éternuement, et causé par la vue du malheur d’autrui ? Ce malheur est presque toujours une faiblesse d’esprit. Est-il un phénomène plus déplorable que la faiblesse se réjouissant de la faiblesse ? Mais il y a pis. Ce malheur est quelquefois d’une espèce très inférieure, une infirmité dans l’ordre physique. Pour prendre un des exemples les plus vulgaires de la vie, qu’y a-t-il de si réjouissant dans le spectacle d’un homme qui tombe sur la glace ou sur le pavé, qui trébuche au bout d’un trottoir, pour que la face de son frère en Jésus-Christ se contracte d’une façon désordonnée, pour que les muscles de son visage se mettent à jouer subitement comme une horloge à midi ou un joujou à ressorts ? Ce pauvre diable s’est au moins défiguré, peut-être s’est-il fracturé un membre essentiel. Cependant, le rire est parti, irrésistible et subit. Il est certain que si l’on veut creuser cette situation on trouvera au fond de la pensée du rieur un certain orgueil inconscient. C’est là le point de départ : moi, je ne tombe pas ; moi, je marche droit ; moi, mon pied est ferme et assuré. Ce n’est pas moi qui commettrais la sottise de ne pas voir un trottoir interrompu ou un pavé qui barre le chemin ».

(Pour télécharger le texte au format .pdf, cliquez ici. Ce texte est également disponible en format audio. Cliquez ici pour accéder à la page de téléchargement. Source : Litteratureaudio.com)
      
  • Document 2, Aimé Césaire, Cahier d’un Retour au pays Natal (extrait, 1939).

Aimé Césaire (1913-2008) est un poète français martiniquais reconnu internationalement et un homme politique de tendance autonomiste, à l’origine du concept de négritude (revendication de la culture et des valeurs des peuples noirs). Cahier d’un retour au pays natal est sa première œuvre : l’auteur y exprime  toute la révolte du peuple noir contre les colonisateurs. Il est important de connaître cet engagement afin de bien comprendre le texte. Le poème se présente comme une sorte de dénonciation de la misère dont souffrent les minorités ethniques et de l’hypocrisie en général. On voit ici le double but d’Aimé Césaire : d’une part l’auteur nous invite à réfléchir au problème de la lâcheté, mais d’autre part le texte est une mise en cause violente de notre monde (occidental) coupé des valeurs de solidarité et de charité. Les femmes ne pensent qu’à rire au lieu de s’apitoyer sur le sort de ce pauvre homme.

 

Et moi, et moi,
moi qui chantais le poing dur
Il faut savoir jusqu’où je poussai la lâcheté.

Un soir dans un tramway en face de moi, un nègre.
C’était un nègre grand comme un pongo (¹) qui essayait de se faire tout petit sur un banc de tramway. Il essayait d’abandonner sur ce banc crasseux de tramway ses jambes gigantesques et ses mains tremblantes de boxeur affamé. Et tout l’avait laissé, le laissait. Son nez qui semblait une péninsule en dérade et sa négritude même qui se décolorait sous l’action d’une inlassable mégie (²). Et le mégissier (²) était la Misère. […] On voyait très bien comment le pouce industrieux et malveillant avait modelé le front en bosse, percé le nez de deux tunnels parallèles et inquiétants, allongé la démesure de la lippe, et par un chef-d’œuvre caricatural, raboté, poli, verni la plus minuscule mignonne petite oreille de la création.

C’était un nègre dégingandé sans rythme ni mesure.
Un nègre dont les yeux roulaient une lassitude sanguinolente.
Un nègre sans pudeur et ses orteils ricanaient de façon assez puante au fond de la tanière entrebâillée de ses souliers.
La misère, on ne pouvait pas dire, s’était donné un mal fou pour l’achever.
Elle avait creusé l’orbite, l’avait fardée d’un fard de poussière et de chassie mêlées.

Elle avait tendu l’espace vide entre l’accrochement solide des mâchoires et les pommettes d’une vieille joue décatie. Elle avait planté dessus les petits pieux luisants d’une barbe de plusieurs jours. Elle avait affolé le cœur, voûté le dos.

Et l’ensemble faisait parfaitement un nègre hideux, un nègre grognon, un nègre mélancolique, un nègre affalé, ses mains réunies en prière sur un bâton noueux. Un nègre enseveli dans une vieille veste élimée. Un nègre comique et laid et des femmes derrière moi ricanaient en le regardant.

Il était COMIQUE ET LAID,
COMIQUE ET LAID pour sûr.
J’arborai un grand sourire complice…
Ma lâcheté retrouvée!

(1) Pongo : grand singe ; (2) Mégir signifie « tanner une peau » ; c’est l’action du mégissier (tanneur).
  • Document 3, Jean-François Steiner, Tréblinka, éd. Fayard, Paris 1966

La tactique de « Lalka » […] reposait sur un double mouvement : insuffler suffisamment d’oxygène pour maintenir la petite flamme d’espoir et, en même temps, prendre un certain nombre de mesures destinées à convaincre les prisonniers de leur sous-humanité, si possible en les compromettant. La création de la « charge » de « maître de la merde » était une de ces mesures. Le personnage ainsi déguisé était tellement ridicule avec son gros réveil, son fouet, sa barbe et son habit de chantre que les Juifs eux-mêmes ne pouvaient s’empêcher d’en rire.

Il riaient de cette marionnette qui, le fouet pendu au haut du bras, les suppliait avec des larmes dans la voix de sortir des latrines quand les trois minutes étaient écoulées. Jamais il n’aurait osé ni les frapper ni les dénoncer, mais comme il savait qu’il serait tenu personnellement pour responsable des abus, il n’avait d’autres moyens que de supplier. […]

Les prisonniers ne pouvaient s’empêcher de rire mais c’était d’eux-mêmes qu’ils riaient, c’était de leur religion dont ils se moquaient car le « maître de la merde » était l’un des leurs et son vêtement un habit de leur culte.

Lorsque, au moment de l’appel « Lalka » demandait : « Rabbin, comment va la merde ? » et que le faux rabbin déguisé en chantre répondait « Très bien, monsieur le Chef ! », cela signifiait qu’à Tréblinka les rabbins n’étaient bons qu’à s’occuper de la merde ». […]

(cité par Christian Defebvre, Michel Bry, Sherif Ferjani, « Haine et dérision au camp de Tréblinka (Pologne) en 1943 », Histoire des religions en Europe : Judaïsme, Christianisme et Islam, Hachette, Paris 1999/ De Boeck Université, Bruxelles 2000, page 291).
 
  • Document 4, Patrick Bruneteaux, Devenir un dieu : le nazisme comme nouvelle religion politique : éléments. Publibook, Paris 2005 

(pour accéder au texte sur Google-livres, cliquez ici)               

Plusieurs indicateurs permettent d’identifier cette jouissance transcendantale : le rire, le plaisir, l’aspect festif. Dans le cadre du dédoublement négatif, le rire constitue un indicateur qui sert à qualifier un comportement sadique au moyen de son effet immédiat. E. Canetti offre une présentation de ce rire du destructeur surpuissant : « Le rire exprime à l’origine la joie donnée par une proie ou un aliment qui semblent assurés […]. Un homme qui tombe rappelle l’animal que l’on chassait et que l’on a soi-même abattu. Toute chute qui provoque le rire rappelle la détresse de qui s’abat ; on pourrait, si l’on voulait, le traiter en proie. On rit au lieu de le manger. C’est la proie disparue qui excite le rire ; un sentiment soudain de supériorité, comme l’a dit Hobbes » (*). Les déportés ont largement couvert leurs récits d’humiliations de scènes où les nazis tour à tour spectateurs et acteurs s’ébranlent contre les victimes et se repaissent de rires fréquents à gorge déployée. […] Il est pourtant nécessaire de distinguer plusieurs sortes de rire. Il ne faut ainsi pas confondre le rire de dissimulation du génocide, avec le rire de contentement qui suit une action sadique. La première situation est évoquée par Raul Hilberg à propos d’un SS qui accueille les Juifs avec « un sourire sympathique et aidait parfois les personnes âgées et les enfants » (**). Ce type de rire ou de sourire fait partie de la panoplie d’actes de diversion mis au point pour tromper la victime. […] Par contre le rire de dédoublement est celui qui accompagne directement la tuerie.

Le rire peut directement provenir de scènes de tortures : « Les nazis s’acharnèrent sur les juifs religieux qui avaient une barbe en la leur arrachant avec la peau. Cela se passait en pleine rue. Les Allemands prirent des photos, firent danser autour d’eux les chassidims avec leurs chants religieux et ce spectacle les faisait rire » (***). Un déporté note que le sadisme commence dès l’embarquement dans les wagons à Compiègne, un matraquage généralisé s’accompagne par la suite de récits épiques : « Les SS commentaient leurs exploits avec de gros rires ».

(*) E. Canetti, Masse et puissance (trad.), Gallimard, 1986, p. 237 ; (**) R. Hilberg, Exécuteurs et victimes, p. 51 ; (***) C. Zabuski, Une envie de vivre, p. 70

______________

  • Document complémentaire : Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932

Nous trinquâmes à sa santé sur le comptoir au milieu des clients noirs qui en bavaient d’envie. Les clients c’étaient des indigènes assez délurés pour oser s’approcher de nous les Blancs, une sélection en somme. Les autres nègres, moins dessalés, préféraient demeurer à distance. L’instinct. Mais les plus dégourdis, les plus contaminés, devenaient des commis de magasin. En boutique, on les reconnaissait les commis nègres à ce qu’ils engueulaient passionnément les autres Noirs. Le collègue au « corocoro » achetait du caoutchouc de traite, brut, qu’on lui apportait de la brousse, en sacs, en boules humides.

Comme nous étions là, jamais las de l’entendre, une famille de récolteurs, timide, vient se figer sur le seuil de la porte. Le père en avant des autres, ridé, ceinturé d’un petit pagne orange, son long coupe-coupe à bout de bras.

Il n’osait pas entrer le sauvage. Un des commis indigènes l’invitait pourtant : « Viens, bougnoule ! Viens voir ici! Nous y a pas bouffer sauvage ! » Ce langage finit par les décider. Ils pénétrèrent dans la cagna cuisante au fond de laquelle tempêtait notre homme au « corocoro ».

Ce Noir n’avait encore, semblait-il, jamais vu de boutique, ni de Blanc peut-être. Une de ses femmes le suivait, yeux baissés, portant sur le sommet de la tête, en équilibre, le gros panier rempli de caoutchouc brut.

D’autorité les commis recruteurs s’en saisirent de son panier pour peser le contenu sur la balance. Le sauvage ne comprenait pas plus le truc de la balance que le reste. La femme n’osait toujours pas relever la tête. Les autres nègres de la famille les attendaient dehors, avec les yeux bien écarquillés. On les fit entrer aussi, enfants compris et tous, pour qu’ils ne perdent rien du spectacle.

C’était la première fois qu’ils venaient comme ça tous ensemble de la forêt, vers les Blancs en ville. Ils avaient dû s’y mettre depuis bien longtemps les uns et les autres pour récolter tout ce caoutchouc-là. Alors forcément le résultat les intéressait tous. C’est long à suinter le caoutchouc dans les petits godets qu’on accroche au tronc des arbres. Souvent, on n’en a pas plein un petit verre en deux mois.

Pesée faite, notre gratteur entraîna le père, éberlué, derrière son comptoir et avec un crayon lui fit son compte et puis lui enferma dans le creux de la main quelques pièces en argent. Et puis : « Va-t’en! qu’il lui a dit comme ça. C’est ton compte !… »

Tous les petits amis blancs s’en tordaient de rigolade, tellement il avait bien mené son business.

Entraînement BTS n°3 Thème « Le rire »

logo_entrainement_bts_rire.1287841841.jpgLes entraînements BTS

Entraînement 2010-2011 n°3. Thème : ”Le rire”

Le rire d’exclusion et de rejet        

Dans notre premier entraînement, consacré à la valeur sociale du rire, nous avons pu voir que le comique était une arme contre le pire. De fait, le rire est non seulement l’un des fondements de l’esprit critique mais il amène à une intelligence et à une compréhension humaniste de l’existence parce qu’il est précisément au cœur de l’homme. Le présent entraînement porte au contraire sur un enjeu tristement fondamental du rire, qui repose sur sa contiguïté à la barbarie et à la déchéance morale. Tel est le rire d’exclusion et de rejet. Comment des individus apparemment normaux peuvent-ils en effet rire du mal causé à autrui ? Comme l’a si bien mis en évidence Baudelaire (document 1), « le comique est un des plus clairs signes sataniques de l’homme » car il dépend de l’idée de la supériorité du rieur et trouve sa justification dans la défense d’une légitimité identitaire. Mais cette supériorité est en fait illusoire tant il est vrai qu’elle rabaisse l’homme à l’instinct et à la bestialité.

Le rire de rejet serait un refus de l’altérité et une légitimation de la violence permettant à celui qui rit de triompher de l’échec et du vide existentiels en dénaturant l’autre, et de s’affranchir, par procuration, de la loi morale. À ce titre, le rire peut être considéré comme un renversement des valeurs, comme une transmutation de cette violence en comédie. Si le rire, comme l’a bien montré Bergson, implique un refus de l’identification et demande donc de la part du rieur un certain détachement, on pourrait avancer qu’il implique aussi un refus de la pensée raisonnante, un refus d’aimer pour mieux se préserver : on dégrade pour rester intact. Le présent corpus est une bonne illustration de ce « rire de souillure » qui, triomphant aux dépens du plus faible, et défiant la morale, s’affranchit même de la loi divine : le rieur devient Dieu, et celui qui fait l’objet de la moquerie est en quelque sorte une marionnette dont le rieur se plait à tirer les ficelles. La pulsion de mort anime ainsi le rire d’exclusion.

Mourir de rire au spectacle de ceux qui meurent du pire, voilà sans doute l’abjection la plus dégradante…

            

Corpus

  • Document 1, Charles Baudelaire, De l’essence du rire, 1855
  • Document 2, Aimé Césaire, Cahier d’un Retour au pays Natal (extrait, 1939)
  • Document 3, Jean-François Steiner, Tréblinka, éd. Fayard, Paris 1966
  • Document 4, Patrick Bruneteaux, Devenir un dieu : le nazisme comme nouvelle religion politique. Publibook, Paris 2005
  • Document complémentaire : Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932

Synthèse
  • Vous ferez de ce corpus une synthèse concise, ordonnée et objective.

Écriture personnelle

  • Baudelaire affirme que le rire est « causé par la vue du malheur d’autrui ». Partagez-vous cette opinion ?

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« […] le comique est un des plus clairs signes sataniques de l’homme et un des nombreux pépins contenus dans la pomme symbolique, est l’accord unanime des physiologistes du rire sur la raison première de ce monstrueux phénomène. Du reste, leur découverte n’est pas très profonde et ne va guère loin. Le rire, disent-ils, vient de la supériorité. Je ne serais pas étonné que devant cette découverte le physiologiste se fût mis à rire en pensant à sa propre supériorité. Aussi, il fallait dire : le rire vient de l’idée de sa propre supériorité. Idée satanique s’il en fut jamais ! Orgueil et aberration ! Or, il est notoire que tous les fous des hôpitaux ont l’idée de leur propre supériorité développée outre mesure. Je ne connais guère de fous d’humilité. Remarquez que le rire est une des expressions les plus fréquentes et les plus nombreuses de la folie. […]J’ai dit qu’il y avait symptôme de faiblesse dans le rire ; et, en effet, quel signe plus marquant de débilité qu’une convulsion nerveuse, un spasme involontaire comparable à l’éternuement, et causé par la vue du malheur d’autrui ? Ce malheur est presque toujours une faiblesse d’esprit. Est-il un phénomène plus déplorable que la faiblesse se réjouissant de la faiblesse ? Mais il y a pis. Ce malheur est quelquefois d’une espèce très inférieure, une infirmité dans l’ordre physique. Pour prendre un des exemples les plus vulgaires de la vie, qu’y a-t-il de si réjouissant dans le spectacle d’un homme qui tombe sur la glace ou sur le pavé, qui trébuche au bout d’un trottoir, pour que la face de son frère en Jésus-Christ se contracte d’une façon désordonnée, pour que les muscles de son visage se mettent à jouer subitement comme une horloge à midi ou un joujou à ressorts ? Ce pauvre diable s’est au moins défiguré, peut-être s’est-il fracturé un membre essentiel. Cependant, le rire est parti, irrésistible et subit. Il est certain que si l’on veut creuser cette situation on trouvera au fond de la pensée du rieur un certain orgueil inconscient. C’est là le point de départ : moi, je ne tombe pas ; moi, je marche droit ; moi, mon pied est ferme et assuré. Ce n’est pas moi qui commettrais la sottise de ne pas voir un trottoir interrompu ou un pavé qui barre le chemin ».

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  • Document 2, Aimé Césaire, Cahier d’un Retour au pays Natal (extrait, 1939).

Aimé Césaire (1913-2008) est un poète français martiniquais reconnu internationalement et un homme politique de tendance autonomiste, à l’origine du concept de négritude (revendication de la culture et des valeurs des peuples noirs). Cahier d’un retour au pays natal est sa première œuvre : l’auteur y exprime  toute la révolte du peuple noir contre les colonisateurs. Il est important de connaître cet engagement afin de bien comprendre le texte. Le poème se présente comme une sorte de dénonciation de la misère dont souffrent les minorités ethniques et de l’hypocrisie en général. On voit ici le double but d’Aimé Césaire : d’une part l’auteur nous invite à réfléchir au problème de la lâcheté, mais d’autre part le texte est une mise en cause violente de notre monde (occidental) coupé des valeurs de solidarité et de charité. Les femmes ne pensent qu’à rire au lieu de s’apitoyer sur le sort de ce pauvre homme.

 

Et moi, et moi,
moi qui chantais le poing dur
Il faut savoir jusqu’où je poussai la lâcheté.

Un soir dans un tramway en face de moi, un nègre.
C’était un nègre grand comme un pongo (¹) qui essayait de se faire tout petit sur un banc de tramway. Il essayait d’abandonner sur ce banc crasseux de tramway ses jambes gigantesques et ses mains tremblantes de boxeur affamé. Et tout l’avait laissé, le laissait. Son nez qui semblait une péninsule en dérade et sa négritude même qui se décolorait sous l’action d’une inlassable mégie (²). Et le mégissier (²) était la Misère. […] On voyait très bien comment le pouce industrieux et malveillant avait modelé le front en bosse, percé le nez de deux tunnels parallèles et inquiétants, allongé la démesure de la lippe, et par un chef-d’œuvre caricatural, raboté, poli, verni la plus minuscule mignonne petite oreille de la création.

C’était un nègre dégingandé sans rythme ni mesure.
Un nègre dont les yeux roulaient une lassitude sanguinolente.
Un nègre sans pudeur et ses orteils ricanaient de façon assez puante au fond de la tanière entrebâillée de ses souliers.
La misère, on ne pouvait pas dire, s’était donné un mal fou pour l’achever.
Elle avait creusé l’orbite, l’avait fardée d’un fard de poussière et de chassie mêlées.

Elle avait tendu l’espace vide entre l’accrochement solide des mâchoires et les pommettes d’une vieille joue décatie. Elle avait planté dessus les petits pieux luisants d’une barbe de plusieurs jours. Elle avait affolé le cœur, voûté le dos.

Et l’ensemble faisait parfaitement un nègre hideux, un nègre grognon, un nègre mélancolique, un nègre affalé, ses mains réunies en prière sur un bâton noueux. Un nègre enseveli dans une vieille veste élimée. Un nègre comique et laid et des femmes derrière moi ricanaient en le regardant.

Il était COMIQUE ET LAID,
COMIQUE ET LAID pour sûr.
J’arborai un grand sourire complice…
Ma lâcheté retrouvée!

(1) Pongo : grand singe ; (2) Mégir signifie « tanner une peau » ; c’est l’action du mégissier (tanneur).
  • Document 3, Jean-François Steiner, Tréblinka, éd. Fayard, Paris 1966

La tactique de « Lalka » […] reposait sur un double mouvement : insuffler suffisamment d’oxygène pour maintenir la petite flamme d’espoir et, en même temps, prendre un certain nombre de mesures destinées à convaincre les prisonniers de leur sous-humanité, si possible en les compromettant. La création de la « charge » de « maître de la merde » était une de ces mesures. Le personnage ainsi déguisé était tellement ridicule avec son gros réveil, son fouet, sa barbe et son habit de chantre que les Juifs eux-mêmes ne pouvaient s’empêcher d’en rire.

Il riaient de cette marionnette qui, le fouet pendu au haut du bras, les suppliait avec des larmes dans la voix de sortir des latrines quand les trois minutes étaient écoulées. Jamais il n’aurait osé ni les frapper ni les dénoncer, mais comme il savait qu’il serait tenu personnellement pour responsable des abus, il n’avait d’autres moyens que de supplier. […]

Les prisonniers ne pouvaient s’empêcher de rire mais c’était d’eux-mêmes qu’ils riaient, c’était de leur religion dont ils se moquaient car le « maître de la merde » était l’un des leurs et son vêtement un habit de leur culte.

Lorsque, au moment de l’appel « Lalka » demandait : « Rabbin, comment va la merde ? » et que le faux rabbin déguisé en chantre répondait « Très bien, monsieur le Chef ! », cela signifiait qu’à Tréblinka les rabbins n’étaient bons qu’à s’occuper de la merde ». […]

(cité par Christian Defebvre, Michel Bry, Sherif Ferjani, « Haine et dérision au camp de Tréblinka (Pologne) en 1943 », Histoire des religions en Europe : Judaïsme, Christianisme et Islam, Hachette, Paris 1999/ De Boeck Université, Bruxelles 2000, page 291).
 
  • Document 4, Patrick Bruneteaux, Devenir un dieu : le nazisme comme nouvelle religion politique : éléments. Publibook, Paris 2005 

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Plusieurs indicateurs permettent d’identifier cette jouissance transcendantale : le rire, le plaisir, l’aspect festif. Dans le cadre du dédoublement négatif, le rire constitue un indicateur qui sert à qualifier un comportement sadique au moyen de son effet immédiat. E. Canetti offre une présentation de ce rire du destructeur surpuissant : « Le rire exprime à l’origine la joie donnée par une proie ou un aliment qui semblent assurés […]. Un homme qui tombe rappelle l’animal que l’on chassait et que l’on a soi-même abattu. Toute chute qui provoque le rire rappelle la détresse de qui s’abat ; on pourrait, si l’on voulait, le traiter en proie. On rit au lieu de le manger. C’est la proie disparue qui excite le rire ; un sentiment soudain de supériorité, comme l’a dit Hobbes » (*). Les déportés ont largement couvert leurs récits d’humiliations de scènes où les nazis tour à tour spectateurs et acteurs s’ébranlent contre les victimes et se repaissent de rires fréquents à gorge déployée. […] Il est pourtant nécessaire de distinguer plusieurs sortes de rire. Il ne faut ainsi pas confondre le rire de dissimulation du génocide, avec le rire de contentement qui suit une action sadique. La première situation est évoquée par Raul Hilberg à propos d’un SS qui accueille les Juifs avec « un sourire sympathique et aidait parfois les personnes âgées et les enfants » (**). Ce type de rire ou de sourire fait partie de la panoplie d’actes de diversion mis au point pour tromper la victime. […] Par contre le rire de dédoublement est celui qui accompagne directement la tuerie.

Le rire peut directement provenir de scènes de tortures : « Les nazis s’acharnèrent sur les juifs religieux qui avaient une barbe en la leur arrachant avec la peau. Cela se passait en pleine rue. Les Allemands prirent des photos, firent danser autour d’eux les chassidims avec leurs chants religieux et ce spectacle les faisait rire » (***). Un déporté note que le sadisme commence dès l’embarquement dans les wagons à Compiègne, un matraquage généralisé s’accompagne par la suite de récits épiques : « Les SS commentaient leurs exploits avec de gros rires ».

(*) E. Canetti, Masse et puissance (trad.), Gallimard, 1986, p. 237 ; (**) R. Hilberg, Exécuteurs et victimes, p. 51 ; (***) C. Zabuski, Une envie de vivre, p. 70

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  • Document complémentaire : Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932

Nous trinquâmes à sa santé sur le comptoir au milieu des clients noirs qui en bavaient d’envie. Les clients c’étaient des indigènes assez délurés pour oser s’approcher de nous les Blancs, une sélection en somme. Les autres nègres, moins dessalés, préféraient demeurer à distance. L’instinct. Mais les plus dégourdis, les plus contaminés, devenaient des commis de magasin. En boutique, on les reconnaissait les commis nègres à ce qu’ils engueulaient passionnément les autres Noirs. Le collègue au « corocoro » achetait du caoutchouc de traite, brut, qu’on lui apportait de la brousse, en sacs, en boules humides.

Comme nous étions là, jamais las de l’entendre, une famille de récolteurs, timide, vient se figer sur le seuil de la porte. Le père en avant des autres, ridé, ceinturé d’un petit pagne orange, son long coupe-coupe à bout de bras.

Il n’osait pas entrer le sauvage. Un des commis indigènes l’invitait pourtant : « Viens, bougnoule ! Viens voir ici! Nous y a pas bouffer sauvage ! » Ce langage finit par les décider. Ils pénétrèrent dans la cagna cuisante au fond de laquelle tempêtait notre homme au « corocoro ».

Ce Noir n’avait encore, semblait-il, jamais vu de boutique, ni de Blanc peut-être. Une de ses femmes le suivait, yeux baissés, portant sur le sommet de la tête, en équilibre, le gros panier rempli de caoutchouc brut.

D’autorité les commis recruteurs s’en saisirent de son panier pour peser le contenu sur la balance. Le sauvage ne comprenait pas plus le truc de la balance que le reste. La femme n’osait toujours pas relever la tête. Les autres nègres de la famille les attendaient dehors, avec les yeux bien écarquillés. On les fit entrer aussi, enfants compris et tous, pour qu’ils ne perdent rien du spectacle.

C’était la première fois qu’ils venaient comme ça tous ensemble de la forêt, vers les Blancs en ville. Ils avaient dû s’y mettre depuis bien longtemps les uns et les autres pour récolter tout ce caoutchouc-là. Alors forcément le résultat les intéressait tous. C’est long à suinter le caoutchouc dans les petits godets qu’on accroche au tronc des arbres. Souvent, on n’en a pas plein un petit verre en deux mois.

Pesée faite, notre gratteur entraîna le père, éberlué, derrière son comptoir et avec un crayon lui fit son compte et puis lui enferma dans le creux de la main quelques pièces en argent. Et puis : « Va-t’en! qu’il lui a dit comme ça. C’est ton compte !… »

Tous les petits amis blancs s’en tordaient de rigolade, tellement il avait bien mené son business.

La citation de la semaine… Honoré de Balzac…

Elle était, comme vous le savez déjà, sans rien savoir encore, « le lys de cette vallée »…

Là se découvre une vallée qui commence à Montbazon, finit à la Loire, et semble bondir sous les châteaux posés sur ces doubles collines ; une magnifique coupe d’émeraude au fond de laquelle l’Indre se roule par des mouvements de serpent. A cet aspect, je fus saisi d’un étonnement voluptueux que l’ennui des landes ou la fatigue du chemin avait préparé. — Si cette femme, la fleur de son sexe, habite un lieu dans le monde, ce lieu, le voici ? À cette pensée je m’appuyai contre un noyer sous lequel, depuis ce jour, je me repose toutes les fois que je reviens dans ma chère vallée. Sous cet arbre confident de mes pensées, je m’interroge sur les changements que j’ai subis pendant le BR_illustration_lys_dans_la_vallée_webtemps qui s’est écoulé depuis le dernier jour où j’en suis parti. Elle demeurait là, mon cœur ne me trompait point : le premier castel que je vis au penchant d’une lande était son habitation. Quand je m’assis sous mon noyer, le soleil de midi faisait pétiller les ardoises de son toit et les vitres de ses fenêtres. Sa robe de percale produisait le point blanc que je remarquai dans ses vignes sous un hallebergier¹. Elle était, comme vous le savez déjà, sans rien savoir encore, LE LYS DE CETTE VALLÉE où elle croissait pour le ciel, en la remplissant du parfum de ses vertus. L’amour infini, sans autre aliment qu’un objet à peine entrevu dont mon âme était remplie, je le trouvais exprimé par ce long ruban d’eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d’amour, par les bois de chênes qui s’avancent entre les vignobles sur des coteaux que la rivière arrondit toujours différemment, et par ces horizons estompés qui fuient en se contrariant. Si vous voulez voir la nature belle et vierge comme une fiancée, allez là par un jour de printemps, si vous voulez calmer les plaies saignantes de votre cœur, revenez-y par les derniers jours de l’automne ! Au printemps, l’amour y bat des ailes à plein ciel ; en automne on y songe à ceux qui ne sont plus. Le poumon malade y respire une bienfaisante fraîcheur, la vue s’y repose sur des touffes dorées qui communiquent à l’âme leurs paisibles douceurs. En ce moment, les moulins situés sur les chutes de l’Indre donnaient une voix à cette vallée frémissante, les peupliers se balançaient en riant, pas un nuage au ciel, les oiseaux chantaient, les cigales criaient, tout y était mélodie. Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine ? je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert ; je l’aime comme un artiste aime l’art ; je l’aime moins que je ne vous aime, mais sans la Touraine, peut-être ne vivrais-je plus. Sans savoir pourquoi, mes yeux revenaient au point blanc, à la femme qui brillait dans ce vaste jardin comme au milieu des buissons verts éclatait la clochette d’un convolvulus², flétrie si l’on y touche…

Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, 1836

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Honoré de Balzac (1799-1850) est un monument de la littérature française. Il a produit une œuvre romanesque aussi vaste que dense : 91 romans marqués par la technique du retour des personnages, et rassemblés sous le titre La Comédie humaine³. Achevé en 1835 et publié en volume un an plus tard, le Lys dans la vallée constitue le dernier tome des Scènes de la vie de campagne, et fait partie avec Eugénie Grandet (1833) ou le Père Goriot (1834) des Études de mœurs réparties en six livres³. Ce roman, qui comporte de nombreux éléments autobiographiques (Balzac y évoque indirectement sa passion pour madame de Berny, à tel point que le je de l’auteur se confond souvent avec le je du narrateur), est d’abord le roman de l’enfance et de l’amour, avant d’être le roman de la désillusion amoureuse. L’histoire, au demeurant, est simple, et apparente le Lys dans la vallée à un roman de l’éducation sentimentale : Félix de Vandenesse, jeune homme romantique, fragile et délaissé par sa mère tombe éperdument amoureux lors d’un bal donné à Tours par le Duc d’Angoulême, de la belle madame de Mortsauf, mariée et plus âgée que lui. Mais cet amour est celui d’un amour impossible…

Le passage présenté est celui où Félix de Vandenesse, bien des années plus tard, se remémore son arrivée à pied depuis Tours dans la vallée de l’Indre : il acquiert tout à coup la conviction que la jeune femme rencontrée lors du bal habite dans la vallée qui honore_de_balzac_1.1291363833.JPGs’offre à son regard. C’est l’occasion pour le narrateur (mais c’est bien Balzac qui parle ici) de se livrer à une suggestive comparaison entre le paysage de la Touraine, tout en galbes et en arrondis, et la femme aimée. De fait, le but pour l’auteur n’est pas tant de décrire la réalité que d’amener à une lecture symbolique du lieu, métamorphosé et poétisé par le désir amoureux : la nature est décrite en fonction des battements du cœur. Les personnifications nombreuses, de même que les métaphores florales participent à une sorte d’humanisation de la nature « belle et vierge comme une fiancée ». La découverte du paysage s’apparente ainsi à un dévoilement de la femme idéale, totalement confondue avec le lieu : « Elle était, comme vous le savez déjà, sans rien savoir encore, LE LYS DE CETTE VALLÉE où elle croissait pour le ciel, en la remplissant du parfum de ses vertus ».

De fait, on est surpris par la symbolique du lieu, qui semble ainsi avoir une âme :  en participant à l’intériorité de l’homme, la contemplation de la nature ouvre sur la révélation amoureuse ; la description si sensuelle de la « frémissante » vallée de l’Indre, tout en courbes et en arrondis, emprunte un ensemble de valeurs à l’emblématique du désir : les multiples boucles et méandres de l’Indre, « ce long ruban d’eau qui ruisselle »,  qui « se roule par des mouvements de serpent » et provoque l’« étonnement voluptueux » du narrateur, suggèrent bien l’éternel féminin et la tentation ; tentation d’autant plus grande qu’elle se heurte à un amour qui restera interdit… Par son lyrisme intime et personnel, ce texte, qui figure parmi les plus belles pages de la poésie amoureuse, est aussi une merveilleuse invitation à découvrir le Romantisme : l’élan élégiaque, l’emphase, l’effusion, le langage de la contemplation, l’importance de la nature, complice et témoin de l’amour sont en effet caractéristiques du lyrisme romantique dont le but est de faire descendre la poésie au cœur même de l’homme afin de le toucher, comme le disait Lamartine, « par les innombrables frissons de l’âme et de la nature »…

Bruno Rigolt

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1. Hallebergier : variété d’abricotier (l’orthogrphe exacte est : albergier).
2. Convolvulus : liseron.
3. Pour comprendre le plan de la Comédie humaine, je vous conseille d’accéder à cette page, très bien faite.
 
→ Accédez au texte intégral du Lys dans la vallée en cliquant ici (Wikisource).
→ Écoutez ou téléchargez gratuitement le livre audio du Lys dans la vallée en cliquant ici (Litteratureaudio.com)
Crédit iconographique : © Bruno Rigolt
(d’après Alexander Ignatius Roche, « 
Portrait de jeune femme en blanc ». Paris, Musée d’Orsay)

TP Seconde 6 Sémiologie de l'image publicitaire. Lave-linge Electrolux.

Ce support de cours est destiné en priorité à la classe de Seconde 6 qui prépare actuellement une série d’analyses sur la sémiologie de l’image publicitaire en vue d’un projet d’écriture collectif. Cette quatrième analyse d’image vous permettra, si vous la lisez attentivement, de voir comment il est possible de réinvestir plusieurs notions apprises en cours (Fonctions du langage, énonciation, valeur des temps, etc.).

Ce travail s’inspire d’une étude menée en 2008 avec les étudiantes BTS AG-PME 1ère année dans le cadre de mon cours de Culture générale et Expression française.

Copyright

© Toutes les marques citées dans cette étude sont déposées. Les publicités et les différents éléments qui les composent (logos, messages linguistiques et iconiques) sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.
    
Merci à eux d’en permettre l’exploitation à des fins pédagogiques.

        
Analyses précédentes…
               
  •  Présentation du TP “Sémiologie de l’image publicitaire” : cliquez ici.
  •  Pour voir l’analyse d’image de la Lancia Musa), cliquez ici.
  •  Pour voir l’analyse d’image du parfum Princess de Vera Wang, cliquez ici.
 
  •  Pour voir l’analyse d’image du Touran de Volkswagen, cliquez ici.
         

Exemple d’analyse de publicité : 
lave-linge Électrolux

electrolux_all.1291303922.jpg

                

Contexte

Cette publicité pour un lave-linge a de quoi surprendre. Publiée dans le magazine Elle du 22 octobre 2007, elle se borne en apparence à présenter le plus sobrement possible le produit. Celui-ci est situé pratiquement au centre du cadre de l’image. C’est la construction axiale qui est privilégiée puisqu’elle place le lave-linge dans l’axe du regard. Mais en étant particulièrement attentif, on voit également une construction en Z avec de nombreux points de fixation permettant d’orienter le regard du lecteur. Tout un jeu graphique le pousse à déplacer son regard de points de fixation en points de fixation. Plus qu’une construction axiale (qui apparaît de prime abord), c’est donc davantage une construction séquentielle qui est privilégiée. Le but est d’amener le regard à embrasser un nombre élevé de signes afin d’élargir l’angle de vision. On peut ici parler d’une véritable « stratégie du regard » qui s’accompagne d’une stratégie sémantique d’accès au sens (donc du signifiant au signifié).

 

electrolux_1.1291304553.jpg

Les éléments qui composent l’image

Tout en haut, en partant de la gauche se trouve l’accroche : « Nous pensions… ». Au centre de l’image apparaît le lave-linge. Latéralement, un énorme bouton, très disproportionné, attire immédiatement le regard de par sa taille et sa position invraisemblable. electrolux_2.1291307455.jpgCe bouton est placé de façon stratégique pour devenir le point de fixation incontournable de l’image : tous les éléments convergent vers lui. electrolux_3.1291307556.jpgLe hublot de la machine est également le fruit d’un photomontage : il évoque en fait un minuteur. Pour ne pas surcharger (et amener inutilement une perte du sens),  il n’y a aucune mise en situation du produit. Le fond est volontairement neutre, bien que les ombres aient leur importance : elles ajoutent de la profondeur de champ, donc de la perspective. L’absence de détails, d’objets disparates est également un facteur clé : le public ressent l’impression que « c’est simple », qu’on ne cherche pas à le tromper. Sous le lave-linge est placé l’argumentaire qui renseigne opportunément  sur le fameux bouton et le « hublot-minuteur » : nous apprenons qu’il s’agit d’une fonction exclusive « Time manager » censée adapter le temps de lavage aux besoins de la personne. En bas à droite, le logo, le nom de la marque ainsi que le slogan se trouvent mis en situation grâce à une forme elliptique dont la rotondité (qui rappelle le gros bouton et le hublot) contraste avec la géométrie assez carrée et angulaire de l’ensemble.

L’art du paradoxe

Un paradoxe est une idée qui va contre l’opinion communément admise. Or, la « doxa » populaire voudrait que l’idée de diminution de temps s’accompagne conséquemment d’une minimalisation des accessoires. Or c’est tout le contraire : en les surdimensionnant, la machine paraît du même coup très petite. À un niveau symbolique, cela semble également accorder une place importante à la variable « espace » et au « temps ». Dans la vie quotidienne de la ménagère en effet, c’est bien le manque d’espace et le manque de temps qui vont conditionner l’acte d’achat.

« Nous pensions… » L’exploitation de la modalisation

Voilà une accroche pour le moins originale. Présentée comme la suite du texte dans une police neutre sans empâtement pour bien mettre en valeur les signifiants, elle se présente plutôt comme une suggestion. electrolux_4.1291307836.jpgLe choix de l’imparfait à une valeur d’étalement dans le temps, très descriptive. On peut noter également qu’il a ici une valeur de modalisation qui atténue l’affirmation : « C’est à vous de décider… ». Le choix du verbe (verbe modalisateur) est également intéressant. L’action est exprimée ici par un verbe d’état qui a une valeur assez suggestive. De fait, le verbe « penser » évoque davantage un état d’esprit, un sentiment qui fait appel à la subjectivité ; il est presque synonyme de « méditer » ou « d’imaginer ». La cible du magazine Elle, essentiellement féminine, ne peut qu’être séduite par cette accroche séduisante, non agressive, qui semble amener un hors-champ narratif : dans la vie quotidienne de plus en plus stressante, où le présent, l’impératif, ou le subjonctif dominent, l’imparfait amène à « imaginer » un monde plus harmonieux, en rupture avec un cliché lié au monde moderne selon lequel l’individu serait dominé par la machine, écrasé par les rythmes, les cadences de travail. On pourrait aussi remarquer l’importance des points de suspension qui confèrent à l’énoncé une valeur ouverte, affective, sans clore la phrase sur elle-même. Enfin, cette accroche évoque le slogan de la marque rappelé au-dessus du logo : « Thinking of you » (« On pense à vous »).

La suite de l’accroche ne fait que confirmer ce premier constat par la redondance de l’idée : « C’est à vous de décider du temps de lavage, pas à votre machine ». Ici s’impose de façon sous-jacente le thème du refus d’un quelconque asservissement de l’individu à la machine. On pourrait également faire remarquer qu’à l’aspect ouvert et dialogique du début de l’accroche (« Nous pensions ») succède ici une phrase beaucoup plus injonctive et péremptoire qui met l’accent sur la composante conative et pédagogique : « C’est à vous ». L’argumentaire situé en bas à gauche sert d’explicitation : « vous adaptez », « vous pouvez », « soyez tranquille » : toutes ces expressions à visée métalinguistique visent à rassurer le consommateur. Face à tant de qualités, celui-ci ne peut qu’être séduit par un produit censé lui accorder la première place dans le processus décisionnel mais qui en réalité « fait à la place » ! Qu’importe ! Notre inconscient de consommateur ne demande qu’une chose : pouvoir utiliser un produit de façon simple, intuitive, sans se transformer en analyste-programmeur !

Les indices de personne

Au niveau de l’énonciation, la multiplication du « vous » interpelle directement le consommateur et vise à la persuasion. Tout l’argumentaire est en effet fortement conatif, mais les phrases sont pleines de nuances, et introduisent le lecteur dans le cadre d’un scénario narratif :

« Alors, vous adaptez vos lessive à votre planning… Vous pouvez ainsi gagner jusqu’à 1h45 min… Et soyez tranquilles… »

Le public s’imagine ainsi ce qu’il ferait s’il avait cette machine. Or, tout est conçu pour que la vie paraisse réglée d’avance, sans mauvaise surprise ; la fin de l’argumentaire est tout à fait claire : l’expression « toujours aussi » amène un point de vue itératif (valeur d’habitude) : les lavages semblent se répéter et c’est « toujours aussi impeccable ». À l’exploit technologique, trop événementiel et limité dans le temps, les publicitaires ont privilégié plutôt une temporalité longue : imparfait à valeur durative et présent de généralité confèrent au produit une sorte de reconnaissance, d’universalité et d’omnitemporalité, le faisant échapper ainsi à l’aspect « phénomène de mode » et « passager » du gadget.

« Science sans conscience »…

Pour terminer cette étude, consacrons quelques lignes au logo et au visuel de la marque. Contrastant avec la structure assez  carrée de l’image, la forme elliptique suggère ici une sorte de retour aux valeurs fondamentales de l’être humain : trop aller de l’avant est suicidaire si le progrès n’est pas maîtrisé par l’homme. Comme on le voit, cette electrolux_7.1291318555.jpgpublicité possède une dimension éthique forte puisqu’elle met en avant des valeurs morales inscrivant le progrès technologique dans une réflexion sur le sens de nos actions, et implicitement sur l’environnement. D’où le slogan « On pense à vous » hautement polysémique : facilitation de la vie quotidienne, simplification des tâches ménagères, et lutte contre le gaspillage. Le verbe « penser » est très important ici : il signifie « concevoir », « réfléchir », « créer », autant de mots qui connotent l’engagement presque  éthique, au sens de « ne pas oublier » un devoir fondamental de l’être humain. Il inscrit ainsi le signifié de la marque dans un nouvel humanisme qui place les valeurs humaines et environnementales au centre de nos préoccupations quotidiennes. Le slogan rappelle également et prolonge la phrase d’accroche « Nous pensions ». Mais à l’imparfait succède ici le présent de vérité générale. Enfin, le verbe « penser » évoque le fameux « cogito » cartésien (« Je pense donc je suis » : la répétition du verbe place le lecteur dans une perspective essentialiste (un consommateur du troisième millénaire qui sent, qui ressent, qui doute). La publicité lui propose ainsi une réponse rationnelle et objective qui justifie le choix du produit comme réponse aux doutes et aux incertitudes du consommateur.

Le logo de la marque

Quant au logo de la marque, il est en parfaite cohérence avec la symbolique de l’ensemble : le cercle, symbole de temps, évoque le monde electrolux_6.1291308574.jpgdans sa totalité signifiante, à la fois multiple et unique. La flèche stylisée est tournée vers la gauche comme pour situer la marque dans une perspective identitaire intergénérationnelle. La ligne verticale qui clôt le motif semble ici répondre à une préoccupation morale, suggérant la droiture et l’éthique du progrès technologique qui doit être maîtrisé rationnellement. Le logo s’insère en outre dans un fond très codé au niveau de la couleur : le gris bleuté assez clair connote bien les aspects environnementaux qui préoccupent les nouveaux consommateurs.

« Science sans conscience »… Tel semble bien être le slogan implicite de cette publicité, dont la simplicité même est pourtant si complexe à déchiffrer…

Bruno Rigolt
____________

Crédits
NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2010/12/02/tp-seconde-6-semiologie-de-limage-publicitaire-lave-linge-electrolux/

Copyright : toutes les marques citées dans cette étude sont déposées. Les publicités et les différents éléments qui les composent (logos, messages linguistiques et iconiques) sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.
Merci à eux d’en permettre l’exploitation à des fins pédagogiques.

cdr_bouton.1265104317.gif  
© Bruno Rigolt, (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2008, décembre 2010

TP Seconde 6 Sémiologie de l’image publicitaire. Lave-linge Electrolux.

Ce support de cours est destiné en priorité à la classe de Seconde 6 qui prépare actuellement une série d’analyses sur la sémiologie de l’image publicitaire en vue d’un projet d’écriture collectif. Cette quatrième analyse d’image vous permettra, si vous la lisez attentivement, de voir comment il est possible de réinvestir plusieurs notions apprises en cours (Fonctions du langage, énonciation, valeur des temps, etc.).

Ce travail s’inspire d’une étude menée en 2008 avec les étudiantes BTS AG-PME 1ère année dans le cadre de mon cours de Culture générale et Expression française.

Copyright

© Toutes les marques citées dans cette étude sont déposées. Les publicités et les différents éléments qui les composent (logos, messages linguistiques et iconiques) sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.
    
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Exemple d’analyse de publicité : 
lave-linge Électrolux

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Contexte

Cette publicité pour un lave-linge a de quoi surprendre. Publiée dans le magazine Elle du 22 octobre 2007, elle se borne en apparence à présenter le plus sobrement possible le produit. Celui-ci est situé pratiquement au centre du cadre de l’image. C’est la construction axiale qui est privilégiée puisqu’elle place le lave-linge dans l’axe du regard. Mais en étant particulièrement attentif, on voit également une construction en Z avec de nombreux points de fixation permettant d’orienter le regard du lecteur. Tout un jeu graphique le pousse à déplacer son regard de points de fixation en points de fixation. Plus qu’une construction axiale (qui apparaît de prime abord), c’est donc davantage une construction séquentielle qui est privilégiée. Le but est d’amener le regard à embrasser un nombre élevé de signes afin d’élargir l’angle de vision. On peut ici parler d’une véritable « stratégie du regard » qui s’accompagne d’une stratégie sémantique d’accès au sens (donc du signifiant au signifié).

 

electrolux_1.1291304553.jpg

Les éléments qui composent l’image

Tout en haut, en partant de la gauche se trouve l’accroche : « Nous pensions… ». Au centre de l’image apparaît le lave-linge. Latéralement, un énorme bouton, très disproportionné, attire immédiatement le regard de par sa taille et sa position invraisemblable. electrolux_2.1291307455.jpgCe bouton est placé de façon stratégique pour devenir le point de fixation incontournable de l’image : tous les éléments convergent vers lui. electrolux_3.1291307556.jpgLe hublot de la machine est également le fruit d’un photomontage : il évoque en fait un minuteur. Pour ne pas surcharger (et amener inutilement une perte du sens),  il n’y a aucune mise en situation du produit. Le fond est volontairement neutre, bien que les ombres aient leur importance : elles ajoutent de la profondeur de champ, donc de la perspective. L’absence de détails, d’objets disparates est également un facteur clé : le public ressent l’impression que « c’est simple », qu’on ne cherche pas à le tromper. Sous le lave-linge est placé l’argumentaire qui renseigne opportunément  sur le fameux bouton et le « hublot-minuteur » : nous apprenons qu’il s’agit d’une fonction exclusive « Time manager » censée adapter le temps de lavage aux besoins de la personne. En bas à droite, le logo, le nom de la marque ainsi que le slogan se trouvent mis en situation grâce à une forme elliptique dont la rotondité (qui rappelle le gros bouton et le hublot) contraste avec la géométrie assez carrée et angulaire de l’ensemble.

L’art du paradoxe

Un paradoxe est une idée qui va contre l’opinion communément admise. Or, la « doxa » populaire voudrait que l’idée de diminution de temps s’accompagne conséquemment d’une minimalisation des accessoires. Or c’est tout le contraire : en les surdimensionnant, la machine paraît du même coup très petite. À un niveau symbolique, cela semble également accorder une place importante à la variable « espace » et au « temps ». Dans la vie quotidienne de la ménagère en effet, c’est bien le manque d’espace et le manque de temps qui vont conditionner l’acte d’achat.

« Nous pensions… » L’exploitation de la modalisation

Voilà une accroche pour le moins originale. Présentée comme la suite du texte dans une police neutre sans empâtement pour bien mettre en valeur les signifiants, elle se présente plutôt comme une suggestion. electrolux_4.1291307836.jpgLe choix de l’imparfait à une valeur d’étalement dans le temps, très descriptive. On peut noter également qu’il a ici une valeur de modalisation qui atténue l’affirmation : « C’est à vous de décider… ». Le choix du verbe (verbe modalisateur) est également intéressant. L’action est exprimée ici par un verbe d’état qui a une valeur assez suggestive. De fait, le verbe « penser » évoque davantage un état d’esprit, un sentiment qui fait appel à la subjectivité ; il est presque synonyme de « méditer » ou « d’imaginer ». La cible du magazine Elle, essentiellement féminine, ne peut qu’être séduite par cette accroche séduisante, non agressive, qui semble amener un hors-champ narratif : dans la vie quotidienne de plus en plus stressante, où le présent, l’impératif, ou le subjonctif dominent, l’imparfait amène à « imaginer » un monde plus harmonieux, en rupture avec un cliché lié au monde moderne selon lequel l’individu serait dominé par la machine, écrasé par les rythmes, les cadences de travail. On pourrait aussi remarquer l’importance des points de suspension qui confèrent à l’énoncé une valeur ouverte, affective, sans clore la phrase sur elle-même. Enfin, cette accroche évoque le slogan de la marque rappelé au-dessus du logo : « Thinking of you » (« On pense à vous »).

La suite de l’accroche ne fait que confirmer ce premier constat par la redondance de l’idée : « C’est à vous de décider du temps de lavage, pas à votre machine ». Ici s’impose de façon sous-jacente le thème du refus d’un quelconque asservissement de l’individu à la machine. On pourrait également faire remarquer qu’à l’aspect ouvert et dialogique du début de l’accroche (« Nous pensions ») succède ici une phrase beaucoup plus injonctive et péremptoire qui met l’accent sur la composante conative et pédagogique : « C’est à vous ». L’argumentaire situé en bas à gauche sert d’explicitation : « vous adaptez », « vous pouvez », « soyez tranquille » : toutes ces expressions à visée métalinguistique visent à rassurer le consommateur. Face à tant de qualités, celui-ci ne peut qu’être séduit par un produit censé lui accorder la première place dans le processus décisionnel mais qui en réalité « fait à la place » ! Qu’importe ! Notre inconscient de consommateur ne demande qu’une chose : pouvoir utiliser un produit de façon simple, intuitive, sans se transformer en analyste-programmeur !

Les indices de personne

Au niveau de l’énonciation, la multiplication du « vous » interpelle directement le consommateur et vise à la persuasion. Tout l’argumentaire est en effet fortement conatif, mais les phrases sont pleines de nuances, et introduisent le lecteur dans le cadre d’un scénario narratif :

« Alors, vous adaptez vos lessive à votre planning… Vous pouvez ainsi gagner jusqu’à 1h45 min… Et soyez tranquilles… »

Le public s’imagine ainsi ce qu’il ferait s’il avait cette machine. Or, tout est conçu pour que la vie paraisse réglée d’avance, sans mauvaise surprise ; la fin de l’argumentaire est tout à fait claire : l’expression « toujours aussi » amène un point de vue itératif (valeur d’habitude) : les lavages semblent se répéter et c’est « toujours aussi impeccable ». À l’exploit technologique, trop événementiel et limité dans le temps, les publicitaires ont privilégié plutôt une temporalité longue : imparfait à valeur durative et présent de généralité confèrent au produit une sorte de reconnaissance, d’universalité et d’omnitemporalité, le faisant échapper ainsi à l’aspect « phénomène de mode » et « passager » du gadget.

« Science sans conscience »…

Pour terminer cette étude, consacrons quelques lignes au logo et au visuel de la marque. Contrastant avec la structure assez  carrée de l’image, la forme elliptique suggère ici une sorte de retour aux valeurs fondamentales de l’être humain : trop aller de l’avant est suicidaire si le progrès n’est pas maîtrisé par l’homme. Comme on le voit, cette electrolux_7.1291318555.jpgpublicité possède une dimension éthique forte puisqu’elle met en avant des valeurs morales inscrivant le progrès technologique dans une réflexion sur le sens de nos actions, et implicitement sur l’environnement. D’où le slogan « On pense à vous » hautement polysémique : facilitation de la vie quotidienne, simplification des tâches ménagères, et lutte contre le gaspillage. Le verbe « penser » est très important ici : il signifie « concevoir », « réfléchir », « créer », autant de mots qui connotent l’engagement presque  éthique, au sens de « ne pas oublier » un devoir fondamental de l’être humain. Il inscrit ainsi le signifié de la marque dans un nouvel humanisme qui place les valeurs humaines et environnementales au centre de nos préoccupations quotidiennes. Le slogan rappelle également et prolonge la phrase d’accroche « Nous pensions ». Mais à l’imparfait succède ici le présent de vérité générale. Enfin, le verbe « penser » évoque le fameux « cogito » cartésien (« Je pense donc je suis » : la répétition du verbe place le lecteur dans une perspective essentialiste (un consommateur du troisième millénaire qui sent, qui ressent, qui doute). La publicité lui propose ainsi une réponse rationnelle et objective qui justifie le choix du produit comme réponse aux doutes et aux incertitudes du consommateur.

Le logo de la marque

Quant au logo de la marque, il est en parfaite cohérence avec la symbolique de l’ensemble : le cercle, symbole de temps, évoque le monde electrolux_6.1291308574.jpgdans sa totalité signifiante, à la fois multiple et unique. La flèche stylisée est tournée vers la gauche comme pour situer la marque dans une perspective identitaire intergénérationnelle. La ligne verticale qui clôt le motif semble ici répondre à une préoccupation morale, suggérant la droiture et l’éthique du progrès technologique qui doit être maîtrisé rationnellement. Le logo s’insère en outre dans un fond très codé au niveau de la couleur : le gris bleuté assez clair connote bien les aspects environnementaux qui préoccupent les nouveaux consommateurs.

« Science sans conscience »… Tel semble bien être le slogan implicite de cette publicité, dont la simplicité même est pourtant si complexe à déchiffrer…

Bruno Rigolt

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Crédits
NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/2010/12/02/tp-seconde-6-semiologie-de-limage-publicitaire-lave-linge-electrolux/

Copyright : toutes les marques citées dans cette étude sont déposées. Les publicités et les différents éléments qui les composent (logos, messages linguistiques et iconiques) sont la propriété de leurs détenteurs respectifs.

Merci à eux d’en permettre l’exploitation à des fins pédagogiques.

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© Bruno Rigolt, (EPC/Lycée en Forêt, Montargis, France), février 2008, décembre 2010

Un hommage au 11 novembre 1918… par la classe de Première L2…

Signé à l’aube du 11 novembre 1918 en forêt de Compiègne (Oise), l’armistice marque la fin de la Première Guerre mondiale (1914-1918), qui a fait plus de vingt millions de morts et autant d’invalides et de mutilés. Au-delà de la capitulation de l’Allemagne et de la victoire des Alliés, sa commémoration dans un monde plus fragmenté que jamais, appelle à un nécessaire travail de mémoire que la classe de Première L2 du Lycée en Forêt a souhaité accompagner par une recherche poétique, dont voici le fruit.

                   

Verdun

Création collective (*)

(Première L2)

                

Tes mains étaient douces comme l’horizon

Ton sourire arraché au vent comme la tristesse

Tes larmes vivantes comme l’orage,

Et comme ce train déjà mort

Qui filait dans l’oubli,

Loin du bleu nuit de ton regard

Sous un déluge d’obus…

Le temps changeant de ton visage

S’est perdu comme l’exil

Dans un rapport de pertes de un pour deux…

               

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Là où les fusils chantaient la peur…

par Étienne L.

(Première L2)

                  

Plongé dans cet océan de bruit,

Je me suis égaré dans l’abyme des cris,

Méandres douloureux et anéantis,

Là où les fusils chantaient la peur,

Même les rats nous prenaient en horreur.   

Le vent éparpillé de larmes verra à jamais ce drame

Comme la frénésie d’une patrie

Emmenant ses propres enfants

Qui refusaient simplement

De tirer sur l’opposant.

La poussière de l’aube les tira des explosions

Pour les mener au peloton…

             

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Dans le cœur libre des oiseaux

Création collective (*)

(Première L2)

               

L’eau de tes yeux coulait fascinante comme le rêve

Et le train de 7h30 s’ébranla vers Berlin

La lumière de mon cœur vagabondait

Dans le cœur libre des oiseaux…

Comme il était prescrit sur mon ordre de mobilisation,

Je partais vers toujours,

Vers les peines riches de l’Histoire.

Je rêvais profondément d’amour :

Ton fantôme murmurait doucement comme la mort au matin…

                   

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Marcel Gromaire, « La Guerre« , 1925 (Musée d’art moderne de la Ville de Paris. © ADAGP/RMN – Bulloz)

                     

(*) Création collective : Floriane A. Adelyne B. Nicolas B. Ingrid B. Lola B. Céline B. Honorine B. Marie B. Noëlle B. Rose B. Nicolas B. Margaux B. Émilie C. Morane C. Théo D. Marc D. Léa G. Coralie G. Dakota G. Melvin H. Todd H. Patricia K. Étienne L. Émilie M. Mélissa M. Guillaume M. Manon M. Antoine N. Arthur S. Odyssée S. Lucie S. Brice T. Lysiane V. Agathe V. Kevin V.