Classes de Première… Entraînements facultatifs à l'oral 2010…

Oraux blancs facultatifs

La première session des entraînements facultatifs à l’oral de l’Épreuve Anticipée de Français va commencer ce mercredi 24 mars 2010. Elle se poursuivra chaque mercredi (2 heures le matin pour la classe de Première S3 et 4 heures l’après-midi pour la classe de Première ES1 et la classe de première S3) jusqu’au 21 avril. Dans la mesure où l’organisation de ces épreuves est très lourde pour moi (puisqu’elle se déroule le matin et l’après-midi du mercredi, ajoutée à un emploi du temps particulièrement chargé), je demande aux élèves engagés dans le dispositif de respecter scrupuleusement leurs horaires de convocation. Par ailleurs, même s’il s’agit d’une épreuve facultative, un minimum de préparation est requis, et je compte sur votre sérieux.

Je ne saurais trop vous recommander de regarder les articles déjà publiés dans cet Espace Pédagogique :

Bon courage !

Classes de Première… Entraînements facultatifs à l’oral 2010…

Oraux blancs facultatifs

La première session des entraînements facultatifs à l’oral de l’Épreuve Anticipée de Français va commencer ce mercredi 24 mars 2010. Elle se poursuivra chaque mercredi (2 heures le matin pour la classe de Première S3 et 4 heures l’après-midi pour la classe de Première ES1 et la classe de première S3) jusqu’au 21 avril. Dans la mesure où l’organisation de ces épreuves est très lourde pour moi (puisqu’elle se déroule le matin et l’après-midi du mercredi, ajoutée à un emploi du temps particulièrement chargé), je demande aux élèves engagés dans le dispositif de respecter scrupuleusement leurs horaires de convocation. Par ailleurs, même s’il s’agit d’une épreuve facultative, un minimum de préparation est requis, et je compte sur votre sérieux.

Je ne saurais trop vous recommander de regarder les articles déjà publiés dans cet Espace Pédagogique :

Bon courage !

Semaine internationale de la Francophonie… Slam balance pas mal au Lycée ! Avec la classe de Seconde 18. Aujourd'hui : Audrey !

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Le  jeu des ”Dix Mots” 2010…

               

Les 10 mots 2010 sont : “crescendo, remue-méninges, mobile, variante, galère, baladeur, cheval de Troie, mentor, escagasser, zapper“.

             

                 

Cheval de Troie

par Audrey G.

              

Son baladeur sur ON, le son en crescendo

Elle escagasse tout le monde

But she doesn’t care : elle oublie sa galère.

But she doesn’t care, marchant tête baissée

Larmes contre terre.

Lorsqu’elle entend son mentor

C’est comme un remue-méninges

Alors elle zappe, autant que ça la frappe

Pourtant la vie est belle

Pourtant le soir est d’or

But she doesn’t care : elle oublie sa galère

But she doesn’t care, marchant tête baissée

Face contre terre.

Il était son cheval de Troie

Un cadeau empoisonné

Sur son mobile immortalisé

Sa voix gravée

But she doesn’t care : elle oublie sa galère.

But she doesn’t care, marchant tête baissée

Le cœur dans la poussière

Bonheur ou malheur,

Comme une variante de la vie

But she doesn’t care : elle oublie sa galère.

But she doesn’t care, marchant pour oublier hier…

Semaine internationale de la Francophonie… Slam balance pas mal au Lycée ! Avec la classe de Seconde 18. Aujourd’hui : Audrey !

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Le  jeu des ”Dix Mots” 2010…

               

Les 10 mots 2010 sont : “crescendo, remue-méninges, mobile, variante, galère, baladeur, cheval de Troie, mentor, escagasser, zapper“.

             

                 

Cheval de Troie

par Audrey G.

              

Son baladeur sur ON, le son en crescendo

Elle escagasse tout le monde

But she doesn’t care : elle oublie sa galère.

But she doesn’t care, marchant tête baissée

Larmes contre terre.

Lorsqu’elle entend son mentor

C’est comme un remue-méninges

Alors elle zappe, autant que ça la frappe

Pourtant la vie est belle

Pourtant le soir est d’or

But she doesn’t care : elle oublie sa galère

But she doesn’t care, marchant tête baissée

Face contre terre.

Il était son cheval de Troie

Un cadeau empoisonné

Sur son mobile immortalisé

Sa voix gravée

But she doesn’t care : elle oublie sa galère.

But she doesn’t care, marchant tête baissée

Le cœur dans la poussière

Bonheur ou malheur,

Comme une variante de la vie

But she doesn’t care : elle oublie sa galère.

But she doesn’t care, marchant pour oublier hier…

Exposition "Paroles menottées"… Ecriture et engagement… Nouveaux articles !

Découvrez les nouveaux articles de l’exposition « Paroles menottées » qui sera présentée lors de la Journée Portes Ouvertes du Lycée en Forêt le samedi 20 mars 2010.
yannis-ritsos-miniature.1268416857.jpgYannis Ritsos… Pierres, Répétitions, Barreaux…
par Rayan D.
nien-cheng-miniature.1268461427.jpgNien Cheng… Vie et mort à Shanghai…
par Charlotte B.
ruth-first-miniature.1268499164.jpgRuth First… 117 Days…
par Angélique M.
breyten-breytenbach_miniature.1268807326.jpgBreyten Breytenbach… Confession véridique d’un terroriste albinos…
par Maxime C.

Exposition « Paroles menottées »… Ecriture et engagement… Nouveaux articles !

Découvrez les nouveaux articles de l’exposition « Paroles menottées » qui sera présentée lors de la Journée Portes Ouvertes du Lycée en Forêt le samedi 20 mars 2010.

yannis-ritsos-miniature.1268416857.jpgYannis Ritsos… Pierres, Répétitions, Barreaux…

par Rayan D.

nien-cheng-miniature.1268461427.jpgNien Cheng… Vie et mort à Shanghai…

par Charlotte B.

ruth-first-miniature.1268499164.jpgRuth First… 117 Days…

par Angélique M.

breyten-breytenbach_miniature.1268807326.jpgBreyten Breytenbach… Confession véridique d’un terroriste albinos…

par Maxime C.

Semaine internationale de la Francophonie… Slam balance pas mal ! Avec la classe de Seconde 18 du Lycée en Forêt !

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Le  jeu des « Dix Mots » 2010…

  

Voici comment la France et l’Organisation internationale de la Francophonie présentent l’édition des « 10 mots » 2010 : « Reflet du monde en perpétuel mouvement, la langue française ne cesse de s’inventer et de s’adapter. Des mots se créent, des mots sont empruntés à d’autres langues, des mots prennent de nouveaux sens, pour faire évoluer notre langue. Les dix mots vous invitent à entrer dans la « fabrique des mots », c’est-à-dire à découvrir comment ils se transforment, se façonnent et entrent dans le langage courant.

Les 10 mots 2010 sont : « crescendo, remue-méninges, mobile, variante, galère, baladeur, cheval de Troie, mentor, escagasser, zapper« .

Pour fêter cet événement, l’Espace Pédagogique Contributif profitera de la Journée Portes Ouvertes au Lycée le samedi 20 mars 2010 pour lancer l’opération « Slam balance pas mal au Lycée! » avec la classe de Seconde 18. Découvrez en Avant-Première un premier texte proposé par Luiza, Thulaciga, Janyce et Deborah (Seconde 18), en hommage à la Journée internationale de la femme du 8 mars :

                   

Une femme après tout

par Luiza, Thulaciga, Janyce et Deborah

(Seconde 18)

          

Tu le sais très bien toi aussi
Ce qu’on fait aux filles aujourd’hui.
T’es libre de penser que t’es conne
Mais conne de penser que t’es libre
T’es qu’une femme après tout
Mais ça tout le monde s’en fout.

Pour toi c’est crescendo
Toujours le même tableau
Depuis que t’es née
On a fait que te zapper
L’homme c’est le Cheval de Troie
Qui te ronge au plus profond de toi.

T’es qu’une femme après tout
Mais ça tout le monde s’en fout
Des hauts, des bas
Une variante qui n’en finit pas
T’abrites une deuxième âme
Sauf que pour toi c’est le drame

Tous les jours c’est la galère
T’avais jamais prévu d’être mère
T’es qu’une femme après tout
Mais ça tout le monde s’en fout
Et tous ces hommes baladeurs
Qui payent pour une bonne heure

Eux ils sont mobiles
Toi t’es coincée dans ta ville
Pas la peine d’être escagassée
De toute façon tu peux rien y changer
T’es qu’une femme après tout
Et ça tout le monde s’en fout

T’as pas de mentor, t’as pas de modèle
Tu peux pas voler de tes propres ailes
T’as cherché pourtant, à t’en rendre dingue
Mais ta vie c’est qu’un sale remue-méninges.
T’es qu’une femme après tout,
        Au fond, le monde s’en fout.       

 

Jean Ferrat… La voix et les mots…

Avec Barbara, Georges Brassens, Léo Ferré, Juliette Gréco, Jacques Brel ou Claude Nougaro, Jean Ferrat (26 décembre 1930-13 mars 2010) a profondément marqué la scène culturelle et les grands changements politiques qui ont accompagné les Trente Glorieuses, à tel point qu’on peut dire de sa chanson qu’elle constitue un élément indissociable de la culture française. Le répertoire engagé, systématiquement privilégié par ce chanteur, permet de mieux appréhender le contexte social et les grandes revendications de l’après-guerre. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Louis Aragon a été le poète de prédilection du chanteur.

La plupart des chansons (« Nuit et brouillard », « La femme est l’avenir de l’homme », « La Montagne », etc.) sont non seulement inoubliables d’un point de vue vocal et musical, mais elles apparaissent rétrospectivement comme des témoignages marquants d’une génération qui, remettant en question les certitudes anciennes, entendait « refaire le monde ». Dans ses textes comme dans ses musiques, cet auteur-compositeur-interpréte était animé de très grandes exigences : le féminisme, la quête d’amour et de justice sociale, la fraternité. Si vous ne connaissez pas bien Ferrat, je vous conseille d’écouter ce petit florilège…

http://www.deezer.com/embed/player?pid=36193150&ap=0&ln=fr&sl=1

La citation de la semaine… Nien Cheng… par Charlotte B. (Seconde 7)

« La petite araignée devint ma compagne, rompant le désespoir de l’isolement… »

Du fond de ma sinistre cellule, je passais des heures à étudier les livres de Mao, lisant jusqu’à ce que ma vue se brouille à cause du manque de lumière. Un jour où mes yeux refusaient de lire une ligne de plus, je les tournai vers la fenêtre et je vis une petite araignée très occupée à tisser sa toile. Elle semblait savoir exactement ce qu’elle devait faire et menait sa tâche à bien sans hésitation, sans erreur, sans hâte […].

Je m’attachai à cette petite créature maintenant que je l’avais observée et que je connaissais ses activités et ses habitudes. Dès le réveil, tout au long de la journée et le soir au coucher, je vérifiais qu’elle était toujours là, et j’en étais rassurée. La petite araignée devint ma compagne, rompant le désespoir de l’isolement, même si nous ne pouvions communiquer.

Novembre arriva avec son vent du nord-ouest. Chaque jour de pluie faisait baisser un peu la température. Je regardais l’araignée avec anxiété, hésitant à fermer la vitre entre elle et moi. Mais un matin la toile était déchirée et l’araignée partie. J’en fus triste et je laissai la fenêtre ouverte dans l’espoir de la voir revenir. Mais je la vis bientôt au centre d’une nouvelle toile dans un coin du plafond. Je fermai la fenêtre sur nous-deux, heureuse que ma petite amie ne m’ait pas abandonnée…

Nien Cheng, Vie et mort à Shanghai, 1987

Traduit de l’anglais par Dominique Dill. Texte extrait de l’anthologie Écrivains en prison (Labor & Fides, 1997). Pour lire l’intégralité du texte, cliquez ici. Pour accéder aux parties librement consultables de l’ouvrage sur Google-livres, cliquez ici.
Nien Cheng (1915-2009) est une figure emblématique de la résistance au collectivisme communiste. Fille de grands propriétaires terriens, elle est arrêtée en 1966 sur ordre de Mao Zedong et emprisonnée près de sept ans dans la maison d’arrêt numéro 1 de Shanghai, d’où elle ne sortira que le 27 mars 1973. Sept ans d’un véritable calvaire : souvent menottée, privée de nourriture, elle doit survivre dans une cellule glaciale l’hiver, suffocante l’été. Alors que résonnent en Occident les sirènes de la « Révolution culturelle », elle n’en entendra que le glas : condamnée à être « rééduquée », elle doit lire le Petit livre rouge, et avouer ses « fautes », confesser ses « crimes » nien-cheng2.1268459930.jpgdans des séances publiques d’autocritique. Son tort ? Aimer « l’ancienne culture », être bourgeoise et vivre à l’occidentale. Mais elle refusera toujours de se prêter à ce jeu sordide. « En prison, confiera-t-elle en 1987 dans un entretien au Los Angeles Times, je me suis senti humiliée par le fait que l’on puisse m’accuser, moi qui aimais mon pays, d’être une espionne. Je ne pouvais pas l’accepter, je devais me battre ».
Véritable icône de la Chine contemporaine, Nien Cheng est surtout connue de nos jours pour son best-seller Vie et mort à Shanghai (Albin Michel, 1987), récit poignant —à la fois témoignage autobiographique et mémoires— dans lequel elle dépeint l’horreur de la prison, la solitude, les tortures et les harcèlements répétés des geôliers. C’est aussi une sorte d’appel à témoins contre le silence, l’indifférence et la lâcheté. Maniant une écriture simple mais efficace, elle permet d’appréhender les difficiles conditions de vie des prisonniers politiques : « Du fond de ma sinistre cellule, je passais des heures à étudier l’œuvre de Mao, lisant jusqu’à ce que ma vue se brouille à cause du manque de lumière ».
Dans cet extrait, l’attachement de Nien Cheng à une araignée, animal que la plupart des gens considèrent comme « nuisible », est un signe de la plus profonde solitude : alors que cette femme aura passé plus de six années à subir des tortures, des interrogatoires, transparaît dans ce passage une peine plus grande encore que les douleurs physiques : l’isolement. Scène terrible donc, mais décrite avec des mots si banals, qu’ils résonnent comme des hurlements : c’est lors d’un jour comme tous les autres, dans une cellule comme tant d’autres, c’est dans cette banalité humiliante, que Nien Cheng découvre par hasard cette petite araignée, animal qu’elle va observer et dont la compagnie va apaiser quelque peu sa solitude : malgré elle, l’araignée devient un « compagnon de cellule »… 
© Charlotte B. Classe de Seconde 7, Lycée en Forêt (Montargis, France, mars 2010)

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Voir aussi l’exposition « Paroles menottées : écriture et engagement« 

Entraînement BTS… Culture Gé… "Génération(s)" : les âges de la vie perturbés

bts2011.1284135182.jpgEntraînement BTS : « Génération(s) » + corrigé

           

Devenir adulte… Rester jeune…

« Génération Tanguy » : l’interminable « adulescence »

                  

Ce n’est pas un hasard si le terme « adulescent(e) », forgé par le psychanalyste Tony Anatrella, figure avec cent cinquante autres néologismes, dans l’édition 2010 du Petit Larousse. Voici la définition qui est donnée de ces adultes « pas grandis » ou « adolescents attardés » :
adulescent (e), n. et adj. (de adulte et adolescent). Jeune adulte qui continue à avoir un comportement comparable à celui qu’ont généralement les adolescents.
De fait, un constat s’impose : notre société serait devenue « adolescentrique », pour reprendre une expression de Tony Anatrella. Entre « syndrome Tanguy », « soirées Casimir » ou chat sur Internet, le problème est que la société des adultes, particulièrement depuis mai 68, a mal grandi, ou qu’elle a refusé de grandir, mettant en crise sa propre légitimité dans une République où les valeurs, devenues vacillantes, condamnent les adolescents à le rester. Comme le remarquait avec justesse Alain Borredon (Une jeunesse dans la crise : les nouveaux acteurs lycéens, L’Harmattan, Paris 1995, p. 194), « les enfants et les adolescents sont en train de devenir les pères et les mères de leurs parents. […] Les relations sont brouillées. La relation éducative peut s’en trouver perturbée puisque l’identité de chacun par rapport à l’autre reste vague. Un peu comme si n’existaient que des enfants ou des adolescents sans la dimension de la parenté, mais dans celle d’une monogénération : nous sommes tous frères, copains ou potes. Cette transgression de la différence des générations qui trouve son origine dans la dénégation de la parenté et de la filiation conduit à se situer tous comme des enfants dans la vie ou comme de grands adolescents ».
Dans un contexte de crise et d’instabilité sociétales, ce refus de grandir ne peut aller qu’en s’accentuant dans la mesure où, inconsciemment, grandir c’est « mourir un peu » en se soumettant à des obligations et en se dépossédant de soi. Particulièrement dans le système postindustriel qui est le nôtre, la surprotection du moi, le retranchement dans l’individualisme ou les micro-groupes et la montée en puissance de l’informatique et de la robotique ont pour corollaire la féminisation de la société et son « adulescence » : signes tangibles d’une génération pour qui l’âge adulte et a fortiori le modèle masculin de la virilité, symbolisent d’abord le spectre de la guerre, de la violence, du vieillissement et de la mort. Refuser de grandir, c’est refuser l’identité adulte ; c’est donc refuser d’accepter sa propre temporalité pour se prémunir de ses angoisses face au monde, face à soi-même, et pour rester en vie plus longtemps : « Les femmes et les enfants d’abord » pourrait-on dire ! De là l’idéofantasme du « relooking », du rajeunissement à tout prix, de la nostalgie générationnelle, si bien exploitée par le marketing (doc. 5). Refuser de grandir, c’est ainsi refuser de « risquer sa vie » par peur d’affronter le monde.
Tel est donc l’enjeu de cet entraînement ardu, tout à fait dans l’optique de l’examen, que je vous conseille de préparer très rigoureusement malgré sa difficulté : il y a certes beaucoup de documents (5 au lieu de 4 traditionnellement), et l’un est particulièrement long (le document 3) : c’est un choix délibéré de ma part, afin de s’obliger à lire rapidement et à ne sélectionner que les informations pertinentes par rapport à la problématique.
Bruno Rigolt

           

Corpus

affiche-du-film-tanguy.1268204111.jpg

  • Document 5 : Petit Bateau, campagne publicitaire transgénérationnelle « Les mois » sur le thème : « Petit Bateau pour toujours« , 2009 [Pour aller plus loin : lisez impérativement l’analyse marketing (positionnement et ciblage) de la campagne sur pressemagazine.com].

campagne-trasgenerationnelle-petit-bateau-1.1268204965.jpg

campagne-trasgenerationnelle-petit-bateau-2.1268205017.jpg

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arrow.1242450507.jpg Corrigé…

  • Pour accéder au corrigé de la synthèse, cliquez ici.

arrow.1242450507.jpg Écriture personnelle

  • Être « de son temps », est-ce être « de sa génération » ?

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arrow.1242450507.jpg Documents complémentaires

Entraînement BTS… Culture Gé… « Génération(s) » : les âges de la vie perturbés

bts2011.1284135182.jpgEntraînement BTS : « Génération(s) » + corrigé

           

Devenir adulte… Rester jeune…

« Génération Tanguy » : l’interminable « adulescence »

                  

Ce n’est pas un hasard si le terme « adulescent(e) », forgé par le psychanalyste Tony Anatrella, figure avec cent cinquante autres néologismes, dans l’édition 2010 du Petit Larousse. Voici la définition qui est donnée de ces adultes « pas grandis » ou « adolescents attardés » :
adulescent (e), n. et adj. (de adulte et adolescent). Jeune adulte qui continue à avoir un comportement comparable à celui qu’ont généralement les adolescents.
De fait, un constat s’impose : notre société serait devenue « adolescentrique », pour reprendre une expression de Tony Anatrella. Entre « syndrome Tanguy », « soirées Casimir » ou chat sur Internet, le problème est que la société des adultes, particulièrement depuis mai 68, a mal grandi, ou qu’elle a refusé de grandir, mettant en crise sa propre légitimité dans une République où les valeurs, devenues vacillantes, condamnent les adolescents à le rester. Comme le remarquait avec justesse Alain Borredon (Une jeunesse dans la crise : les nouveaux acteurs lycéens, L’Harmattan, Paris 1995, p. 194), « les enfants et les adolescents sont en train de devenir les pères et les mères de leurs parents. […] Les relations sont brouillées. La relation éducative peut s’en trouver perturbée puisque l’identité de chacun par rapport à l’autre reste vague. Un peu comme si n’existaient que des enfants ou des adolescents sans la dimension de la parenté, mais dans celle d’une monogénération : nous sommes tous frères, copains ou potes. Cette transgression de la différence des générations qui trouve son origine dans la dénégation de la parenté et de la filiation conduit à se situer tous comme des enfants dans la vie ou comme de grands adolescents ».
Dans un contexte de crise et d’instabilité sociétales, ce refus de grandir ne peut aller qu’en s’accentuant dans la mesure où, inconsciemment, grandir c’est « mourir un peu » en se soumettant à des obligations et en se dépossédant de soi. Particulièrement dans le système postindustriel qui est le nôtre, la surprotection du moi, le retranchement dans l’individualisme ou les micro-groupes et la montée en puissance de l’informatique et de la robotique ont pour corollaire la féminisation de la société et son « adulescence » : signes tangibles d’une génération pour qui l’âge adulte et a fortiori le modèle masculin de la virilité, symbolisent d’abord le spectre de la guerre, de la violence, du vieillissement et de la mort. Refuser de grandir, c’est refuser l’identité adulte ; c’est donc refuser d’accepter sa propre temporalité pour se prémunir de ses angoisses face au monde, face à soi-même, et pour rester en vie plus longtemps : « Les femmes et les enfants d’abord » pourrait-on dire ! De là l’idéofantasme du « relooking », du rajeunissement à tout prix, de la nostalgie générationnelle, si bien exploitée par le marketing (doc. 5). Refuser de grandir, c’est ainsi refuser de « risquer sa vie » par peur d’affronter le monde.
Tel est donc l’enjeu de cet entraînement ardu, tout à fait dans l’optique de l’examen, que je vous conseille de préparer très rigoureusement malgré sa difficulté : il y a certes beaucoup de documents (5 au lieu de 4 traditionnellement), et l’un est particulièrement long (le document 3) : c’est un choix délibéré de ma part, afin de s’obliger à lire rapidement et à ne sélectionner que les informations pertinentes par rapport à la problématique.
Bruno Rigolt

           

Corpus

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  • Document 5 : Petit Bateau, campagne publicitaire transgénérationnelle « Les mois » sur le thème : « Petit Bateau pour toujours« , 2009 [Pour aller plus loin : lisez impérativement l’analyse marketing (positionnement et ciblage) de la campagne sur pressemagazine.com].

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"Génération Rap" Corrigé de la synthèse

bts2010b.1253099275.jpgEntraînement BTS : Génération(s)

                     

Génération Rap

Crise identitaire et nostalgie générationnelle

Corrigé de la synthèse

arrow.1242450507.jpg Pour accéder au sujet (textes du corpus), cliquez ici.     

La reconnaissance publique dont jouit actuellement le Rap tendrait à en faire un véritable phénomène de société. D’instituant et transgressif dans les années 80, il semble être devenu aujourd’hui « institué », voire « institutionnalisé ». Le corpus qui nous est présenté témoigne ainsi de cette légitimation générationnelle. Les deux premiers documents, issus de travaux universitaires, mettent l’accent sur le phénomène de reconnaissance dont bénéficie le Rap et ont pour but de combattre un certain nombre de préjugés persistants. Quant aux deux derniers documents, il s’agit de paroles de chansons par lesquelles des rappeurs célèbres, en portant un regard rétrospectif sur leur passé, tentent d’en assumer l’héritage et les contradictions. Plus fondamentalement, la vocation de ce corpus est de montrer que l’ancrage identitaire et générationnel du rap (première partie) s’est progressivement élargi et modifié (deuxième partie) au point de nourrir un discours novateur sur l’identité nationale (troisième partie).

         

À l’origine, le rap est un phénomène urbain marqué par le déracinement identitaire d’une jeunesse confrontée à l’échec des politiques d’intégration et de socialisation. L’enquête sociologique menée par Stéphanie Molinero, (Les publics du rap, éd. L’Harmattan, Paris 2006) la conduit à rappeler combien, particulièrement dans les années 80 et 90, le rap a témoigné des aspirations spécifiques des jeunes dans les quartiers populaires. Pierre-Antoine Marti, dans Rap 2 France : les mots d’une rupture identitaire (éd. L’Harmattan, Paris 2006), souligne aussi à quel point l’enracinement du Rap dans les zones urbaines sensibles en a constitué l’identifiant majeur. Cet ancrage identitaire spécifique se trouve particulièrement bien exprimé dans les chansons de La Fouine, « Rap français » (Album Mes repères, 2009) et d’IAM “Nos heures de gloire” (Album, Saison 5, 2008). C’est en effet le vocabulaire des banlieues, mais aussi l’appartenance ethnique ou groupale qui leur confère une grande partie de leur potentiel d’expressivité : ce qui prime donc quand on aborde le rap, c’est en premier lieu l’identité générationnelle.

Identité générationnelle faite de valeurs et de normes communes largement transgressives. La Fouine par exemple revient sur son enfance marquée par la précarité, l’exclusion et l’échec scolaire. On pourrait aussi citer IAM qui évoque, non sans complaisance et une certaine nostalgie, ses jeunes « heures de gloire », faites de débrouille quotidienne, de petite délinquance et d’une vie sociale la plupart du temps instable et déviante. Dans les deux cas, l’échec scolaire, les difficultés intrafamiliales amènent les jeunes à chercher des formes de reconnaissance alternative dans une socialité en réseau définie par la marginalité, la culture de groupe et la revendication d’un langage nouveau comme marqueur social. Pierre-Antoine Marti par exemple rappelle combien les rappeurs avaient « conscience de participer à un mouvement culturel à forte dimension sociale ». Dès lors, cantonner le rap à une « musique de jeunes » ne relève-t-il pas du cliché ? Entre le rap des années 80 et le rap d’aujourd’hui s’est en effet creusé un fossé générationnel qui invite à reconsidérer la culture rap.

             

Il serait assez réducteur de ne pas comprendre que le rap s’est progressivement intégré au patrimoine culturel de la France. Dans son enquête sociologique, Stéphanie Molinero montre que la massification de la culture rap et son évolution à la fin des années 2000 vers le statut d’une musique plus institutionnalisée a entraîné des ruptures progressives inter mais aussi intragénérationnelles : elle en conclut que « le rap aurait ainsi en partie perdu, en quelques années, son pouvoir unificateur auprès de la jeunesse française » pour toucher des publics plus larges. Pierre-Antoine Marti souligne quant à lui, combien le mouvement rap s’est progressivement fait l’écho d’un malaise global, qui dépasse son ancrage identitaire comme musique de jeunes. De fait, il n’est que de songer aux textes d’IAM ou de La Fouine pour comprendre comment s’est substitué à un désir de différenciation un besoin de légitimation et de reconnaissance. Les titres, « Rap français » ou « Nos heures de gloire » seraient ainsi la preuve de cette nouvelle donne sociale qui prend place dans l’espace public de la société française et dans son histoire.

De nos remarques précédentes, il ressort deux éléments essentiels : en premier lieu, le rap actuel induit un rapport à la musique et au texte qui est moins en rupture avec l’horizon d’attente traditionnel des Français : les valeurs originelles de la culture hip-hop, largement conditionnées par les luttes sociales et le refus des règles, semblent ainsi s’être affaiblies dans les chansons présentées dans le corpus au profit d’un rap dont la composante artistique et poétique est indéniable : « Allez assieds toi près d’moi / J’viens t’conter mes heures au firmament des étoiles » chante ainsi IAM. En outre, si le Rap actuel semble avoir perdu d’une certaine façon la force d’opposition ainsi que le sens de la critique ou de la revendication tel qu’on l’entendait dans les années 1990, force est de reconnaître que les textes expriment de façon profonde le sentiment identitaire complexe d’une génération qui, ayant perdu l’enthousiasme du début, se tourne sur son passé et porte un regard rétrospectif malgré tout désabusé sur elle-même. On pourrait parler dès lors de « nostalgie générationnelle » pour qualifier un mouvement de plus en plus ancré dans la culture de masse.

              

Le rap d’aujourd’hui contribue donc à définir un authentique mouvement culturel dans lequel se côtoient plusieurs classes d’âge mais aussi plusieurs classes sociales. Au terme de son enquête, Stéphanie Molinero montre par exemple combien le rap est devenu emblématique d’une grande partie de la société française et plus seulement des jeunes. Le fait par exemple que des personnes plus âgées écoutent du rap a amené à des aspirations plus consensuelles et plus homogènes qui ont engagé le mouvement dans un « processus de légitimation ». De même, Pierre-Antoine Marti rappelle combien les rappeurs, au-delà de leurs revendications identitaires, se sont fait « les symboles des profondes évolutions culturelles » de notre époque. Le rap tendrait ainsi à se définir non plus en tant qu’intégration communautaire par opposition à la société globale, mais sur un mode d’intégration sociale qui passe par le dialogue intergénérationnel : les chansons présentées sont caractéristiques de ces nouvelles aspirations, liées au processus de vieillissement de la population, mais aussi à la réhabilitation du rôle de l’adulte dans la transmission des valeurs.

Dès lors, la question qui se pose est l’insertion du mouvement dans le débat sur l’identité nationale : c’est en effet ce qui est posé à la fin de l’extrait de Rap 2 France. Plus implicitement l’enquête de Stéphanie Molinero suggère qu’il n’est plus possible de considérer le rap comme une musique de banlieue. Son travail approfondi sur l’étendue des publics qui écoutent du rap (selon l’âge, l’appartenance sociale, etc.) amène à combattre les préjugés et clichés persistants à l’encontre de cette musique, dont Pierre-Antoine Marti rappelle qu’elle constitue un « univers trop méconnu et pourtant si souvent décrié ». Les paroles des chansons de La Fouine ou d’IAM vont dans le même sens : en mettant l’accent sur la nostalgie des valeurs relationnelles, elles conduisent en effet à mieux comprendre la façon dont la “Génération Rap” se définit par rapport au passé dans la France en crise d’aujourd’hui, confrontée aux réalités institutionnelles et sociales de la mondialisation. L’intérêt du corpus amène ainsi à réfléchir aux valeurs de transmission et de partage que le mouvement Rap cherche désormais à véhiculer dans ses chansons et plus largement ses prises de position.

Bruno Rigolt

NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/

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© Bruno Rigolt, EPC mars 2010

« Génération Rap » Corrigé de la synthèse

bts2010b.1253099275.jpgEntraînement BTS : Génération(s)

                     

Génération Rap

Crise identitaire et nostalgie générationnelle

Corrigé de la synthèse

arrow.1242450507.jpg Pour accéder au sujet (textes du corpus), cliquez ici.     

La reconnaissance publique dont jouit actuellement le Rap tendrait à en faire un véritable phénomène de société. D’instituant et transgressif dans les années 80, il semble être devenu aujourd’hui « institué », voire « institutionnalisé ». Le corpus qui nous est présenté témoigne ainsi de cette légitimation générationnelle. Les deux premiers documents, issus de travaux universitaires, mettent l’accent sur le phénomène de reconnaissance dont bénéficie le Rap et ont pour but de combattre un certain nombre de préjugés persistants. Quant aux deux derniers documents, il s’agit de paroles de chansons par lesquelles des rappeurs célèbres, en portant un regard rétrospectif sur leur passé, tentent d’en assumer l’héritage et les contradictions. Plus fondamentalement, la vocation de ce corpus est de montrer que l’ancrage identitaire et générationnel du rap (première partie) s’est progressivement élargi et modifié (deuxième partie) au point de nourrir un discours novateur sur l’identité nationale (troisième partie).

         

À l’origine, le rap est un phénomène urbain marqué par le déracinement identitaire d’une jeunesse confrontée à l’échec des politiques d’intégration et de socialisation. L’enquête sociologique menée par Stéphanie Molinero, (Les publics du rap, éd. L’Harmattan, Paris 2006) la conduit à rappeler combien, particulièrement dans les années 80 et 90, le rap a témoigné des aspirations spécifiques des jeunes dans les quartiers populaires. Pierre-Antoine Marti, dans Rap 2 France : les mots d’une rupture identitaire (éd. L’Harmattan, Paris 2006), souligne aussi à quel point l’enracinement du Rap dans les zones urbaines sensibles en a constitué l’identifiant majeur. Cet ancrage identitaire spécifique se trouve particulièrement bien exprimé dans les chansons de La Fouine, « Rap français » (Album Mes repères, 2009) et d’IAM “Nos heures de gloire” (Album, Saison 5, 2008). C’est en effet le vocabulaire des banlieues, mais aussi l’appartenance ethnique ou groupale qui leur confère une grande partie de leur potentiel d’expressivité : ce qui prime donc quand on aborde le rap, c’est en premier lieu l’identité générationnelle.

Identité générationnelle faite de valeurs et de normes communes largement transgressives. La Fouine par exemple revient sur son enfance marquée par la précarité, l’exclusion et l’échec scolaire. On pourrait aussi citer IAM qui évoque, non sans complaisance et une certaine nostalgie, ses jeunes « heures de gloire », faites de débrouille quotidienne, de petite délinquance et d’une vie sociale la plupart du temps instable et déviante. Dans les deux cas, l’échec scolaire, les difficultés intrafamiliales amènent les jeunes à chercher des formes de reconnaissance alternative dans une socialité en réseau définie par la marginalité, la culture de groupe et la revendication d’un langage nouveau comme marqueur social. Pierre-Antoine Marti par exemple rappelle combien les rappeurs avaient « conscience de participer à un mouvement culturel à forte dimension sociale ». Dès lors, cantonner le rap à une « musique de jeunes » ne relève-t-il pas du cliché ? Entre le rap des années 80 et le rap d’aujourd’hui s’est en effet creusé un fossé générationnel qui invite à reconsidérer la culture rap.

             

Il serait assez réducteur de ne pas comprendre que le rap s’est progressivement intégré au patrimoine culturel de la France. Dans son enquête sociologique, Stéphanie Molinero montre que la massification de la culture rap et son évolution à la fin des années 2000 vers le statut d’une musique plus institutionnalisée a entraîné des ruptures progressives inter mais aussi intragénérationnelles : elle en conclut que « le rap aurait ainsi en partie perdu, en quelques années, son pouvoir unificateur auprès de la jeunesse française » pour toucher des publics plus larges. Pierre-Antoine Marti souligne quant à lui, combien le mouvement rap s’est progressivement fait l’écho d’un malaise global, qui dépasse son ancrage identitaire comme musique de jeunes. De fait, il n’est que de songer aux textes d’IAM ou de La Fouine pour comprendre comment s’est substitué à un désir de différenciation un besoin de légitimation et de reconnaissance. Les titres, « Rap français » ou « Nos heures de gloire » seraient ainsi la preuve de cette nouvelle donne sociale qui prend place dans l’espace public de la société française et dans son histoire.

De nos remarques précédentes, il ressort deux éléments essentiels : en premier lieu, le rap actuel induit un rapport à la musique et au texte qui est moins en rupture avec l’horizon d’attente traditionnel des Français : les valeurs originelles de la culture hip-hop, largement conditionnées par les luttes sociales et le refus des règles, semblent ainsi s’être affaiblies dans les chansons présentées dans le corpus au profit d’un rap dont la composante artistique et poétique est indéniable : « Allez assieds toi près d’moi / J’viens t’conter mes heures au firmament des étoiles » chante ainsi IAM. En outre, si le Rap actuel semble avoir perdu d’une certaine façon la force d’opposition ainsi que le sens de la critique ou de la revendication tel qu’on l’entendait dans les années 1990, force est de reconnaître que les textes expriment de façon profonde le sentiment identitaire complexe d’une génération qui, ayant perdu l’enthousiasme du début, se tourne sur son passé et porte un regard rétrospectif malgré tout désabusé sur elle-même. On pourrait parler dès lors de « nostalgie générationnelle » pour qualifier un mouvement de plus en plus ancré dans la culture de masse.

              

Le rap d’aujourd’hui contribue donc à définir un authentique mouvement culturel dans lequel se côtoient plusieurs classes d’âge mais aussi plusieurs classes sociales. Au terme de son enquête, Stéphanie Molinero montre par exemple combien le rap est devenu emblématique d’une grande partie de la société française et plus seulement des jeunes. Le fait par exemple que des personnes plus âgées écoutent du rap a amené à des aspirations plus consensuelles et plus homogènes qui ont engagé le mouvement dans un « processus de légitimation ». De même, Pierre-Antoine Marti rappelle combien les rappeurs, au-delà de leurs revendications identitaires, se sont fait « les symboles des profondes évolutions culturelles » de notre époque. Le rap tendrait ainsi à se définir non plus en tant qu’intégration communautaire par opposition à la société globale, mais sur un mode d’intégration sociale qui passe par le dialogue intergénérationnel : les chansons présentées sont caractéristiques de ces nouvelles aspirations, liées au processus de vieillissement de la population, mais aussi à la réhabilitation du rôle de l’adulte dans la transmission des valeurs.

Dès lors, la question qui se pose est l’insertion du mouvement dans le débat sur l’identité nationale : c’est en effet ce qui est posé à la fin de l’extrait de Rap 2 France. Plus implicitement l’enquête de Stéphanie Molinero suggère qu’il n’est plus possible de considérer le rap comme une musique de banlieue. Son travail approfondi sur l’étendue des publics qui écoutent du rap (selon l’âge, l’appartenance sociale, etc.) amène à combattre les préjugés et clichés persistants à l’encontre de cette musique, dont Pierre-Antoine Marti rappelle qu’elle constitue un « univers trop méconnu et pourtant si souvent décrié ». Les paroles des chansons de La Fouine ou d’IAM vont dans le même sens : en mettant l’accent sur la nostalgie des valeurs relationnelles, elles conduisent en effet à mieux comprendre la façon dont la “Génération Rap” se définit par rapport au passé dans la France en crise d’aujourd’hui, confrontée aux réalités institutionnelles et sociales de la mondialisation. L’intérêt du corpus amène ainsi à réfléchir aux valeurs de transmission et de partage que le mouvement Rap cherche désormais à véhiculer dans ses chansons et plus largement ses prises de position.

Bruno Rigolt

NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/

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© Bruno Rigolt, EPC mars 2010

Ecrire "édition 2010"… par les classes de Seconde 7 et Seconde 18… la suite !

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Pour la deuxième année consécutive (*), les élèves de mes classes sont fiers de vous présenter le fruit de leurs réflexions sur le rôle que revêt à leurs yeux l’écriture. Après avoir mené un important travail de recherche sur la fonction de l’écrivain, les jeunes ont souhaité mettre en ligne leur propre vision de l’écriture. Les propos, d’une grande densité intellectuelle parfois, résument non seulement leurs recherches précédentes, mais en redéfinissent les enjeux à la lumière d’un travail introspectif sur eux-mêmes : “c’est quoi écrire, pour un adolescent européen du vingt-et-unième siècle?”
(*) Voir en particulier les textes publiés le 21 janvier 2009  et le 29 janvier 2009 par la classe de Seconde 12 (année scolaire 2008-2009).
Pour voir les autres textes déjà publiés en 2010, cliquez ici.

              

Tiffany J*** (Seconde 7)

“En parlant, on dit tellement de paroles inutiles que les mots importants finissent par être noyés parmi tant d’autres… »

Le rôle premier de l’écriture, bien au-delà de sa fonction de communication, est d’échapper à un quotidien qu’on ne contrôle pas toujours. Le temps de quelques lignes et les problèmes s’en vont : on s’invente alors un univers nouveau : on rend réel des personnages. Chacun d’eux devient une facette du moi le plus intime, et l’on crée des mondes qui sont le reflet de nous-mêmes : alors nos problèmes et nos peurs disparaissent, et l’on prend du recul face aux difficultés de la vie. L’écriture me permet ainsi de m’évader dans mon propre univers, dont je détiens seule la clé. Il est parfois difficile de parler de ce que l’on ressent, au fond de nous. Tandis qu’avec l’écriture, je me retrouve dans ma bulle, coupée du monde et de ses peurs.

Je peux alors poser des mots sur la feuille : cela me permet d’éclaircir la situation. Il ne s’agit pas forcément pour moi d’écrire un journal intime ; non une histoire suffit, à travers des personnages fictifs et leur vie qui s’invente et se réinvente sous ma plume. Quand j’écris, je m’identifie à mes personnages, en les faisant évoluer : à travers la narration, j’essaie de les aider à résoudre leurs problèmes : en fait, on cherche des réponses à ses propres questions… Mais il y a un point qui me semble essentiel : quand on écrit, on doit se concentrer pour trouver le juste mot, celui qui exprime exactement ce que l’on veut dire. En parlant, on dit tellement de paroles inutiles que les mots importants finissent par être noyés parmi tant d’autres. L’écriture, elle, marque le mot d’une empreinte qui ne s’oublie jamais.

             

Émilie S*** (Seconde 7)

« C’est un peu comme si la pièce dans laquelle nous nous trouvons était aussi blanche que la feuille : sans fenêtre ni porte… »

Quand on écrit, on ne fait qu’un avec sa feuille, tout ce qu’il y a autour disparaît. Les sons, les bruits, les personnes, les objets … tout semble s’effacer, on est seul avec sa page blanche : on ne voit plus que la feuille et le crayon. C’est un peu comme si la pièce dans laquelle nous nous trouvons était aussi blanche que la feuille, sans fenêtre ni porte. Et puis, tout en écrivant, notre feuille prend de la couleur : le blanc du papier se colore de mots et de signes. La pièce se peuple d’objets, de personnages, de paysages qui en redessinent les murs à la mesure de notre imaginaire.

On est comme prisonnier dans notre histoire, on ne peut pas en sortir, mais c’est une capture stimulante : notre main ne s’arrête plus d’écrire, elle est en relation directe avec notre imagination ; elle semble écrire tout ce que peut lui dicter le cerveau. On est absorbé par ce qu’on raconte, par les personnages que l’on crée, on ressent même tous les sentiments que nos personnages éprouvent dans l’histoire. On s’invente ainsi un monde à soi, pour soi. On part en voyage dans des pays de signes et de lettres, à l’autre bout du monde… sans même bouger !

              

Angélique M*** (Seconde 7)

« C’est dans le silence de l’écriture que les sens du mot se réinventent, et qu’ils nous réinventent… »

Tout d’abord, l’écriture me permet d’exprimer mon côté créatif, moi qui serais bien incapable de peindre ou de sculpter, je peux grâce à l’écriture peindre des sentiments, sculpter des mots, des phrases ou des idées. Il n’y a pas de règles alors : je suis comme déconnectée, j’ai le pouvoir de créer un monde où rien n’est impossible. Je m’invente alors des personnages et dans leur virtualité je mets un peu de moi-même, de mon vécu et de mon réel. Mais ce voyage immobile est aussi plus facile à faire grâce aux mots écrits : la feuille est là, comme une confidente quand les mots seraient trop difficiles à prononcer.

Je peux aussi relire et corriger mon texte ! Alors les mots se réinventent, contrairement à la parole qui, une fois prononcée, ne peut plus être modifiée, tout juste déformée. De plus, un mot écrit contient souvent plus de mots que toutes les paroles réunies : c’est dans le silence de l’écriture que les sens du mot se réinventent donc, et nous réinventent : quand les choses sont confuses dans ma tête, je livre mes souvenirs à la feuille, je lui confie mes incompréhensions et mes doutes, mes émotions, mes manques : l’écriture donne un sens à la vie…

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Clémentine G*** (Seconde 7)

« Une écriture «à soi-même», «pour soi-même», serait dénuée d’intérêt : l’écriture est d’abord une forme de partage… »

Écrire, c’est refus d’oublier… L’oubli me fait peur, c’est pourquoi je ressens le besoin de mettre mes souvenirs sur le papier, pour qu’ils existent vraiment : le papier ne connaît pas l’oubli : il devient ma mémoire et mon esprit, en plus simple et plus compréhensible. Les pensées sont souvent un labyrinthe difficile à cerner, à expliquer, à comprendre. Mais les mots eux, sont visibles. Quand ils sont bien placés, ils expriment tellement d’émotions ! Et puis l’écriture, c’est l’évasion : cette écriture si simple, et pourtant si belle quand elle est maîtrisée : même la fiction peut nous amener d’ailleurs à des questionnements ; on s’identifie par exemple à un personnage, celui qui nous ressemble le plus, celui qu’on aurait aimé être.

Cette écriture qui se passe ailleurs, dans un autre monde, permet à chacun de voir différemment ce monde, puisque c’est un monde différent pour chacun : le monde de notre imaginaire. Là où sont « stockés » nos rêves et nos secrets, un monde que jamais personne ne saurait expliquer. Personnellement, j’aime écrire cet imaginaire et le confier aux autres, ce qui m’amène à l’idée de partage : une écriture « à soi-même », « pour soi-même », serait dénuée d’intérêt, tant il est vrai que l’écriture est d’abord une forme de partage : on invite les autres à sa table : on partage des sentiments, des émotions, on donne ses impressions, et on attend ainsi celles des autres en retour. Sans cet échange, l’écrit perd de son sens.

        

Samuel B*** (Seconde 7)

« L’écrivain est un bâtisseur de rêve… Chaque livre est un millier de rêves, un millier de départs, d’exils et de retours… »

L’écrivain est un bâtisseur de langage. Tout comme le bâtisseur choisit ses matériaux, l’écrivain choisit ses personnages qu’il situe dans un temps, un lieu, des actions. Son chantier est immense : il les modèle pour bâtir une histoire. Parfois, l’écriture peut naître d’un rêve : le rêve est fugitif alors que l’écriture permet de le construire : elle élève les fondations du rêve pour en garder la trace, elle construit les murs de l’histoire, et ouvre des fenêtres sur le monde pour partager avec les lecteurs.

Mais l’écrivain est aussi un bâtisseur de rêve. Il ouvre au lecteur la porte de l’évasion en l’emmenant au cœur de son imaginaire : chaque livre est un millier de rêves, un millier de départs, d’exils et de retours. Car l’écriture permet aussi un retour à la réalité : c’est-à-dire dans le monde que l’auteur s’est créé, mais cette réalité inventée par l’auteur, le lecteur la fera sienne : alors elle n’appartiendra plus à l’auteur. Il aura bâti la maison, et d’autres l’habiteront…

           

Johanna H*** (Seconde 7)

« Écrire, en prenant conscience qu’on écrit, est essentiel : l’écriture est une pensée. »

Tout a commencé avec de la terre et des pierres… Ces dessins sur les parois des cavernes ou des grottes sont la base même de l’écriture. Ou plutôt des écritures : la diversité des alphabets est telle selon les civilisations et les situations géographiques que de simples mots : lettres, dessins, symboles, idéogrammes… nous aident à comprendre notre propre histoire. L’évolution des langues nous a ainsi permis de découvrir la diversité de notre monde, c’est-à-dire son sens. Écrire, c’est donner du sens, sans ça, le monde serait profondément nihiliste : il ne se baserait que sur une seule et même façon de voir, de penser.

Les variations de l’écriture au fil des âges ont également un sens profond : on écrit d’abord pour montrer qu’on existe, pour se rappeler aussi d’où nous venons. Si la parole a un pouvoir indéniable, l’écriture est encore plus puissante parce qu’elle est une justification de notre présence aux autres, mais aussi à soi-même : écrire pour soi-même, c’est aussi écrire pour se soulager et se découvrir « autre ». Il y a tellement de façons d’écrire que cela pourrait presque en devenir banal : nous écrivons tellement « sans réfléchir » ! Sauf qu’il n’y a pas de banalité dans l’écriture : écrire, en prenant conscience qu’on écrit —par le seul fait de se sentir vivant— est essentiel : l’écriture est une pensée. Le simple fait d’écrire relève d’un acte conscient. Mais une fois posée la question « Pourquoi écrire », en vient une autre : « comment écrire » ? La réponse est enfouie au plus profond de nous…

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Aurélie V*** (Seconde 7)

« L’écriture détruit les barrières de la vie. Il n’y a plus de classes sociales avec les mots… Écrire est une délivrance. »

Écrire ce que l’on a sur le cœur, au plus profond de soi, écrire nos espoirs, nos désespoirs… Voilà le sens premier de l’écriture. Paradoxalement, il est parfois plus facile d’écrire que de parler : l’écriture est une parole différée. À l’oral par exemple, on ne réfléchit pas toujours, alors que l’écrit nous oblige à un travail sur les mots, sur la phrase, sur la syntaxe… Et ce travail amène à partager ses émotions : l’écriture détruit ainsi les barrières de la vie. Il n’y a plus de classes sociales avec les mots.

Mais pour bien écrire, il faut prendre du plaisir au mots et au texte. Écrire sous la contrainte, c’est ne pas donner du sens à l’écriture, et alors le récit sera mauvais. Mais si l’on aime écrire, alors le voyage commence : si le travail ne nous plait pas, ce n’est pas grave, on recommence : il y a d’infinis possibles dans l’écriture. Écrire, c’est ainsi réinventer les mots, et au-delà des mots, c’est réinventer la vie, donc se réinventer. Écrire est une délivrance…

         

Florian C*** (Seconde 7)

« Écrire, c’est s’inventer des mondes, créer la vie, faire évoluer tout un univers comme Dieu qui pendant six jours créa la terre… »

S’inventer des mondes, voilà le sens profond de l’écriture : s’inventer des mondes, créer la vie, faire évoluer tout un univers comme Dieu qui pendant six jours créa la terre, les mers et océans ainsi que les animaux et les végétaux : on est presque Dieu par l’écriture, on fait vivre nos personnages ou on les fait mourir, tuer, aimer, évoluer. On a ainsi un vrai pouvoir sur eux comme un roi sur ses terres en son royaume. Écrire permet ainsi de réinventer la vie réelle : je peux inventer une ou plusieurs vies, dans une ou plusieurs époques, dans un ou plusieurs lieux…

          

Lucie L*** (Seconde 7)

« L’écrivain doit immortaliser par les mots tous ces moments qui sans lui seraient perdus dans l’oubli… »

Écrire est la clé pour accéder à limaginaire. C’est un moyen de changer le monde, de le façonner selon ses désirs. Comme un peintre qui exposerait sa toile, ou un musicien qui chercherait à traduire ses sentiments avec des notes, l’écrivain crée son univers et le fait partager au lecteur. Il l’amène ainsi à se libérer des contraintes, des peurs et des dangers de la vie, en réinventant son monde : choisir un livre dans une bibliothèque ou une librairie, c’est ainsi choisir une destination, un univers.

Et c’est découvrir un nouveau monde : le lecteur se retrouve parfois sur une planète lointaine à vivre des aventures fantastiques créées de toutes pièces par la magie du langage, l’entrechoquement des mots et des phrases. L’écriture est donc pour moi un moyen de graver des événements, de sculpter des pensées. Comme l’artiste, il lui appartient d’immortaliser par les mots tous ces moments qui sans lui seraient perdus dans l’oubli…

Les autres textes seront publiés prochainement.
© Les auteur(e)s, LEF/EPC (mars 2010)

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Ecrire « édition 2010″… par les classes de Seconde 7 et Seconde 18… la suite !

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Pour la deuxième année consécutive (*), les élèves de mes classes sont fiers de vous présenter le fruit de leurs réflexions sur le rôle que revêt à leurs yeux l’écriture. Après avoir mené un important travail de recherche sur la fonction de l’écrivain, les jeunes ont souhaité mettre en ligne leur propre vision de l’écriture. Les propos, d’une grande densité intellectuelle parfois, résument non seulement leurs recherches précédentes, mais en redéfinissent les enjeux à la lumière d’un travail introspectif sur eux-mêmes : “c’est quoi écrire, pour un adolescent européen du vingt-et-unième siècle?”
(*) Voir en particulier les textes publiés le 21 janvier 2009  et le 29 janvier 2009 par la classe de Seconde 12 (année scolaire 2008-2009).
Pour voir les autres textes déjà publiés en 2010, cliquez ici.

              

Tiffany J*** (Seconde 7)

“En parlant, on dit tellement de paroles inutiles que les mots importants finissent par être noyés parmi tant d’autres… »

Le rôle premier de l’écriture, bien au-delà de sa fonction de communication, est d’échapper à un quotidien qu’on ne contrôle pas toujours. Le temps de quelques lignes et les problèmes s’en vont : on s’invente alors un univers nouveau : on rend réel des personnages. Chacun d’eux devient une facette du moi le plus intime, et l’on crée des mondes qui sont le reflet de nous-mêmes : alors nos problèmes et nos peurs disparaissent, et l’on prend du recul face aux difficultés de la vie. L’écriture me permet ainsi de m’évader dans mon propre univers, dont je détiens seule la clé. Il est parfois difficile de parler de ce que l’on ressent, au fond de nous. Tandis qu’avec l’écriture, je me retrouve dans ma bulle, coupée du monde et de ses peurs.

Je peux alors poser des mots sur la feuille : cela me permet d’éclaircir la situation. Il ne s’agit pas forcément pour moi d’écrire un journal intime ; non une histoire suffit, à travers des personnages fictifs et leur vie qui s’invente et se réinvente sous ma plume. Quand j’écris, je m’identifie à mes personnages, en les faisant évoluer : à travers la narration, j’essaie de les aider à résoudre leurs problèmes : en fait, on cherche des réponses à ses propres questions… Mais il y a un point qui me semble essentiel : quand on écrit, on doit se concentrer pour trouver le juste mot, celui qui exprime exactement ce que l’on veut dire. En parlant, on dit tellement de paroles inutiles que les mots importants finissent par être noyés parmi tant d’autres. L’écriture, elle, marque le mot d’une empreinte qui ne s’oublie jamais.

             

Émilie S*** (Seconde 7)

« C’est un peu comme si la pièce dans laquelle nous nous trouvons était aussi blanche que la feuille : sans fenêtre ni porte… »

Quand on écrit, on ne fait qu’un avec sa feuille, tout ce qu’il y a autour disparaît. Les sons, les bruits, les personnes, les objets … tout semble s’effacer, on est seul avec sa page blanche : on ne voit plus que la feuille et le crayon. C’est un peu comme si la pièce dans laquelle nous nous trouvons était aussi blanche que la feuille, sans fenêtre ni porte. Et puis, tout en écrivant, notre feuille prend de la couleur : le blanc du papier se colore de mots et de signes. La pièce se peuple d’objets, de personnages, de paysages qui en redessinent les murs à la mesure de notre imaginaire.

On est comme prisonnier dans notre histoire, on ne peut pas en sortir, mais c’est une capture stimulante : notre main ne s’arrête plus d’écrire, elle est en relation directe avec notre imagination ; elle semble écrire tout ce que peut lui dicter le cerveau. On est absorbé par ce qu’on raconte, par les personnages que l’on crée, on ressent même tous les sentiments que nos personnages éprouvent dans l’histoire. On s’invente ainsi un monde à soi, pour soi. On part en voyage dans des pays de signes et de lettres, à l’autre bout du monde… sans même bouger !

              

Angélique M*** (Seconde 7)

« C’est dans le silence de l’écriture que les sens du mot se réinventent, et qu’ils nous réinventent… »

Tout d’abord, l’écriture me permet d’exprimer mon côté créatif, moi qui serais bien incapable de peindre ou de sculpter, je peux grâce à l’écriture peindre des sentiments, sculpter des mots, des phrases ou des idées. Il n’y a pas de règles alors : je suis comme déconnectée, j’ai le pouvoir de créer un monde où rien n’est impossible. Je m’invente alors des personnages et dans leur virtualité je mets un peu de moi-même, de mon vécu et de mon réel. Mais ce voyage immobile est aussi plus facile à faire grâce aux mots écrits : la feuille est là, comme une confidente quand les mots seraient trop difficiles à prononcer.

Je peux aussi relire et corriger mon texte ! Alors les mots se réinventent, contrairement à la parole qui, une fois prononcée, ne peut plus être modifiée, tout juste déformée. De plus, un mot écrit contient souvent plus de mots que toutes les paroles réunies : c’est dans le silence de l’écriture que les sens du mot se réinventent donc, et nous réinventent : quand les choses sont confuses dans ma tête, je livre mes souvenirs à la feuille, je lui confie mes incompréhensions et mes doutes, mes émotions, mes manques : l’écriture donne un sens à la vie…

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Clémentine G*** (Seconde 7)

« Une écriture «à soi-même», «pour soi-même», serait dénuée d’intérêt : l’écriture est d’abord une forme de partage… »

Écrire, c’est refus d’oublier… L’oubli me fait peur, c’est pourquoi je ressens le besoin de mettre mes souvenirs sur le papier, pour qu’ils existent vraiment : le papier ne connaît pas l’oubli : il devient ma mémoire et mon esprit, en plus simple et plus compréhensible. Les pensées sont souvent un labyrinthe difficile à cerner, à expliquer, à comprendre. Mais les mots eux, sont visibles. Quand ils sont bien placés, ils expriment tellement d’émotions ! Et puis l’écriture, c’est l’évasion : cette écriture si simple, et pourtant si belle quand elle est maîtrisée : même la fiction peut nous amener d’ailleurs à des questionnements ; on s’identifie par exemple à un personnage, celui qui nous ressemble le plus, celui qu’on aurait aimé être.

Cette écriture qui se passe ailleurs, dans un autre monde, permet à chacun de voir différemment ce monde, puisque c’est un monde différent pour chacun : le monde de notre imaginaire. Là où sont « stockés » nos rêves et nos secrets, un monde que jamais personne ne saurait expliquer. Personnellement, j’aime écrire cet imaginaire et le confier aux autres, ce qui m’amène à l’idée de partage : une écriture « à soi-même », « pour soi-même », serait dénuée d’intérêt, tant il est vrai que l’écriture est d’abord une forme de partage : on invite les autres à sa table : on partage des sentiments, des émotions, on donne ses impressions, et on attend ainsi celles des autres en retour. Sans cet échange, l’écrit perd de son sens.

        

Samuel B*** (Seconde 7)

« L’écrivain est un bâtisseur de rêve… Chaque livre est un millier de rêves, un millier de départs, d’exils et de retours… »

L’écrivain est un bâtisseur de langage. Tout comme le bâtisseur choisit ses matériaux, l’écrivain choisit ses personnages qu’il situe dans un temps, un lieu, des actions. Son chantier est immense : il les modèle pour bâtir une histoire. Parfois, l’écriture peut naître d’un rêve : le rêve est fugitif alors que l’écriture permet de le construire : elle élève les fondations du rêve pour en garder la trace, elle construit les murs de l’histoire, et ouvre des fenêtres sur le monde pour partager avec les lecteurs.

Mais l’écrivain est aussi un bâtisseur de rêve. Il ouvre au lecteur la porte de l’évasion en l’emmenant au cœur de son imaginaire : chaque livre est un millier de rêves, un millier de départs, d’exils et de retours. Car l’écriture permet aussi un retour à la réalité : c’est-à-dire dans le monde que l’auteur s’est créé, mais cette réalité inventée par l’auteur, le lecteur la fera sienne : alors elle n’appartiendra plus à l’auteur. Il aura bâti la maison, et d’autres l’habiteront…

           

Johanna H*** (Seconde 7)

« Écrire, en prenant conscience qu’on écrit, est essentiel : l’écriture est une pensée. »

Tout a commencé avec de la terre et des pierres… Ces dessins sur les parois des cavernes ou des grottes sont la base même de l’écriture. Ou plutôt des écritures : la diversité des alphabets est telle selon les civilisations et les situations géographiques que de simples mots : lettres, dessins, symboles, idéogrammes… nous aident à comprendre notre propre histoire. L’évolution des langues nous a ainsi permis de découvrir la diversité de notre monde, c’est-à-dire son sens. Écrire, c’est donner du sens, sans ça, le monde serait profondément nihiliste : il ne se baserait que sur une seule et même façon de voir, de penser.

Les variations de l’écriture au fil des âges ont également un sens profond : on écrit d’abord pour montrer qu’on existe, pour se rappeler aussi d’où nous venons. Si la parole a un pouvoir indéniable, l’écriture est encore plus puissante parce qu’elle est une justification de notre présence aux autres, mais aussi à soi-même : écrire pour soi-même, c’est aussi écrire pour se soulager et se découvrir « autre ». Il y a tellement de façons d’écrire que cela pourrait presque en devenir banal : nous écrivons tellement « sans réfléchir » ! Sauf qu’il n’y a pas de banalité dans l’écriture : écrire, en prenant conscience qu’on écrit —par le seul fait de se sentir vivant— est essentiel : l’écriture est une pensée. Le simple fait d’écrire relève d’un acte conscient. Mais une fois posée la question « Pourquoi écrire », en vient une autre : « comment écrire » ? La réponse est enfouie au plus profond de nous…

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Aurélie V*** (Seconde 7)

« L’écriture détruit les barrières de la vie. Il n’y a plus de classes sociales avec les mots… Écrire est une délivrance. »

Écrire ce que l’on a sur le cœur, au plus profond de soi, écrire nos espoirs, nos désespoirs… Voilà le sens premier de l’écriture. Paradoxalement, il est parfois plus facile d’écrire que de parler : l’écriture est une parole différée. À l’oral par exemple, on ne réfléchit pas toujours, alors que l’écrit nous oblige à un travail sur les mots, sur la phrase, sur la syntaxe… Et ce travail amène à partager ses émotions : l’écriture détruit ainsi les barrières de la vie. Il n’y a plus de classes sociales avec les mots.

Mais pour bien écrire, il faut prendre du plaisir au mots et au texte. Écrire sous la contrainte, c’est ne pas donner du sens à l’écriture, et alors le récit sera mauvais. Mais si l’on aime écrire, alors le voyage commence : si le travail ne nous plait pas, ce n’est pas grave, on recommence : il y a d’infinis possibles dans l’écriture. Écrire, c’est ainsi réinventer les mots, et au-delà des mots, c’est réinventer la vie, donc se réinventer. Écrire est une délivrance…

         

Florian C*** (Seconde 7)

« Écrire, c’est s’inventer des mondes, créer la vie, faire évoluer tout un univers comme Dieu qui pendant six jours créa la terre… »

S’inventer des mondes, voilà le sens profond de l’écriture : s’inventer des mondes, créer la vie, faire évoluer tout un univers comme Dieu qui pendant six jours créa la terre, les mers et océans ainsi que les animaux et les végétaux : on est presque Dieu par l’écriture, on fait vivre nos personnages ou on les fait mourir, tuer, aimer, évoluer. On a ainsi un vrai pouvoir sur eux comme un roi sur ses terres en son royaume. Écrire permet ainsi de réinventer la vie réelle : je peux inventer une ou plusieurs vies, dans une ou plusieurs époques, dans un ou plusieurs lieux…

          

Lucie L*** (Seconde 7)

« L’écrivain doit immortaliser par les mots tous ces moments qui sans lui seraient perdus dans l’oubli… »

Écrire est la clé pour accéder à limaginaire. C’est un moyen de changer le monde, de le façonner selon ses désirs. Comme un peintre qui exposerait sa toile, ou un musicien qui chercherait à traduire ses sentiments avec des notes, l’écrivain crée son univers et le fait partager au lecteur. Il l’amène ainsi à se libérer des contraintes, des peurs et des dangers de la vie, en réinventant son monde : choisir un livre dans une bibliothèque ou une librairie, c’est ainsi choisir une destination, un univers.

Et c’est découvrir un nouveau monde : le lecteur se retrouve parfois sur une planète lointaine à vivre des aventures fantastiques créées de toutes pièces par la magie du langage, l’entrechoquement des mots et des phrases. L’écriture est donc pour moi un moyen de graver des événements, de sculpter des pensées. Comme l’artiste, il lui appartient d’immortaliser par les mots tous ces moments qui sans lui seraient perdus dans l’oubli…

Les autres textes seront publiés prochainement.
© Les auteur(e)s, LEF/EPC (mars 2010)

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