Culture générale-BTS Langage figuré et Sémiotique du détour

bts2009.1232872062.jpgThème BTS (2009 et 2010) : le détour

Nous avons déjà vu (voir les autres études sur le thème du détour) que c’est par rapport à la société, à ses modèles, à ses schémas de représentation et de symbolisation que doit être envisagé le concept de détour. Je voudrais dans ce support de cours approfondir ce point de vue en invitant les étudiant(e)s à réfléchir au détour selon une approche sémiotique.

Langage figuré et Sémiotique du détour

On entend par Sémiotique l’étude des conditions de production du sens par rapport à un contexte donné. À ce titre, on se reportera utilement pour commencer cette étude à la problématique proposée par les Instructions Officielles : « À l’heure du mythe d’une communication immédiate et transparente, la société contraint toujours à des détours de langage […]. Tout discours est médiation. » Cette précision invite à une réflexion sur ce que j’appellerai ici la « sémiotique du détour », c’est-à-dire l’étude des mots et des langages dans leur rapport aux codes et aux modèles sociétaux.

Le langage figuré…

Le langage figuré par exemple, en brouillant les repères, et en orientant le texte vers son aspect connotatif, détermine l’une des plus fortes caractéristiques du détour. Loin de se limiter à une fonction purement ornementale ou décorative, il devient ambivalent car chargé de valeurs symboliques, qui sont à la base même du métaphorique, de l’implicite et du non-dit. C’est en ce sens qu’il est presque impossible de définir intrinsèquement le détour. Par sa polysémie même, le mot de détour fait passer d’une vision du discours homogène à un sens de plus en plus hétérogène qu’il s’agit de déchiffrer. J’en veux pour exemple les fameux Exercices de style de Raymond Queneau (1947). Le  narrateur y raconte le même fait divers, mais de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes! Par les choix énonciatifs qu’il manifeste, l’ouvrage de Queneau fournit un outil précieux pour étudier le détour d’un point de vue sémiotique. Comme vous allez le voir, l’énoncé de base est volontairement référentiel :

« Notations : Dans l’S (1), à une heure d’affluence. Un type dans les vingt-six ans, chapeau mou avec cordon remplaçant le ruban, cou trop long comme si on lui avait tiré dessus. Les gens descendent. Le type en question s’énerve contre un voisin. Il lui reproche de le bousculer chaque fois qu’il passe quelqu’un. Ton pleurnichard qui se veut méchant. Comme il voit une place libre, se précipite dessus.  Deux heures plus tard, je le rencontre Cour de Rome, devant la gare Saint-Lazare. Il est avec un camarade qui lui dit : « Tu devrais faire mettre un bouton supplémentaire à ton pardessus. » Il lui montre où (à l’échancrure) et pourquoi. »

Considérons maintenant quelques variations de cet énoncé de base :

« Litotes : Nous étions quelques-uns à nous déplacer de conserve. Un jeune homme, qui n’avait pas l’air très intelligent, parla quelques instants avec un monsieur qui se trouvait à côté de lui, puis il alla s’asseoir.
Deux heures plus tard, je le rencontrai de nouveau; il était en compagnie d’un camarade et parlait chiffons ».

Par rapport à l’euphémisme (qui est une figure d’atténuation), la litote consiste à dire moins, mais pour suggérer davantage. C’est une figure du détour puisqu’elle amène à un écart entre l’information véhiculée et le système expressif utilisé. Si nous percevons comme une litote l’expression « qui n’avait pas l’air très intelligent », c’est parce que nous avons de bonnes raisons de penser en regard du contexte, qu’il serait plus juste d’affirmer : « qui avait l’air bête ». L’arrangement lexico-syntaxique du texte manipule ici l’information première au point d’obliger le lecteur à adapter ses codes de lecture. Mais la reconstruction du sens dénoté ne peut se faire qu’en pointillés : en fait, le langage figuré, une fois déchiffré, ne renvoie pas vraiment au sens littéral mais à un sens dérivé qui accentue plus encore l’ordre du détournement. Trois exemples empruntés toujours aux Exercices de style sont encore plus caractéristiques de ce détournement :

« Métaphoriquement : Au centre du jour, jeté dans le tas des sardines voyageuses d’un coléoptère à l’abdomen blanchâtre, un poulet au grand cou déplumé harangua soudain l’une, paisible, d’entre elles […]. 
Dans un morne désert urbain, je le revis le jour même […]. »

Dans cet exemple, le détour n’existe que dans la distance qui sépare le sens dérivé du sens littéral : l’énoncé en effet n’est identifiable qu’à condition de savoir que les sardines désignent non pas un animal mais la foule. Même remarque pour le « morne désert urbain » de la cour de Rome. Le message, prenant place dans un fonctionnement polysémique du langage, est ici détourné de sa fonction référentielle première en créant un sens figuré, des effets de décalage, d’incongruité, d’écart sémantique par référence aux normes et aux systèmes de valeur du langage commun. Tout le discours métaphorique renvoie donc à un sens détourné de sa valeur initiale, qu’il s’agit d’exprimer par détours. La métaphore est ainsi capable de transporter (méta-phora) le sens littéral vers un ailleurs plus implicite et virtuel, constitutif du dualisme entre le « sens tout tracé » et le détour.

Regardez maintenant ces deux passages :

« Ampoulé : À l’heure où commencent à se gercer les doigts roses de l’aurore, je montai tel un dard rapide dans un autobus à la puissante stature et aux yeux de vache de la ligne S au trajet sinueux. Je remarquai, avec la précision et l’acuité de l’Indien sur le sentier de la guerre, la présence d’un jeune homme dont le col était plus long que celui de la girafe au pied rapide, et dont le chapeau de feutre mou fendu s’ornait d’une tresse, tel le héros d’un exercice de style. La funeste Discorde aux seins de suie vint de sa bouche empestée par un néant de dentifrice, la Discorde, dis-je, vint souffler son virus malin entre ce jeune homme au col de girafe et à la tresse autour du chapeau, et un voyageur à la mine indécise et farineuse. Celui-là s’adressa en ces termes à celui-ci: «Dites moi, méchant homme, on dirait que vous faites exprès de me marcher sur les pieds!» Ayant dit ces mots, le jeune homme au col de girafe et à la tresse autour du chapeau s’alla vite asseoir.
Plus tard, dans la Cour de Rome aux majestueuses proportions, j’aperçus de nouveau le jeune homme au cou de girafe et à la tresse autour du chapeau, accompagné d’un camarade arbitre des élégances qui proférait cette critique que je pus entendre de mon oreille agile, critique adressée au vêtement le plus extérieur du jeune homme au col de girafe et à la tresse autour du chapeau: «Tu devrais en diminuer l’échancrure par l’addition ou l’exhaussement d’un bouton à la périphérie circulaire. »

« Vulgaire : L’était un peu plus dmidi quand j’ai pu monter dans l’esse. Jmonte donc, jpaye ma place comme de bien entendu et voilàtipas qu’alors jremarque un zozo l’air pied, avec un cou qu’on aurait dit un télescope et une sorte de ficelle autour du galurin. […]
Jrepasse plus tard Cour de Rome et jl’aperçois qui discute le bout de gras avec autre zozo de son espèce. Dis donc, qu’i lui faisait l’autre, tu d’vrais, qu’i lui disait, mettre un ottbouton, qu’il ajoutait, à ton pardingue, qu’i concluait. »

Le détour… Mais par rapport à quoi?

Comme on le pressent à travers ces deux citations, c’est par rapport à une norme de langage, à un « bon usage » du discours qu’il faut envisager les écarts stylistiques : le texte de Queneau joue à la fois sur l’usage que nous faisons des mots, et sur la relation arbitraire entre leur signifiant et leurs signifiés. Les composantes langagières du lyrisme ampoulé ou de l’argot dans les textes ci-dessus déconstruisent le langage courant et obligent en effet le lecteur à tester plusieurs grilles d’interprétation entre ce qu’il perçoit et ce qu’il interprète, selon une logique de cryptage et de déchiffrement qui fait passer le message du dénoté au connoté, du référentiel au symbolique. Cette vision esthétisante détourne le champ sémantique des mots : quand Queneau écrit « À l’heure où commencent à se gercer les doigts roses de l’aurore » ou bien « L’était un peu plus dmidi », on comprend que l’énoncé perd intentionnellement son caractère référentiel pour permettre un usage parodique du discours qui en valorise la fonction poétique au sens jakobsonien. L’auteur va jusqu’à provoquer ludiquement le lecteur en comparant le jeune homme au « héros d’un exercice de style ».

On peut alors parler de « détournement » du sens selon une logique digressive. Randa Sabry faisait justement remarquer que « toutes les définitions de la digression se ramènent à un constat d’écart. Qui digresse s’éloigne du sujet, s’écarte de son propos, s’égare en quittant la grand-route. Invariablement revient la référence à un plan discursif plus ou moins lointain duquel ou sur lequel se détache la digression » (2).

Le détour est un évitement référentiel…

Nous l’avons compris : les difficultés d’approche du détour tiennent à ce que le mot fait à la fois figure d’euphémisme et qu’il désigne une « clandestinité » (« se détourner de ») souvent transgressive. On peut alors affirmer que le détour est un « évitement référentiel », une ruse de langage, un stratagème. Deux exemples peuvent nous intéresser ici. Tout d’abord l’écriture automatique, inventée par André Breton en 1924. Caractéristique du Surréalisme, l’écriture automatique est selon l’auteur une « dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale » (3). L’exemple ci-dessous en est une parfaite illustration :

« Il y avait une fois un dindon sur une digue. Ce dindon n’avait plus que quelques jours à s’allumer au grand soleil et il se regardait avec mystère dans une glace de Venise disposée à cet effet sur la digue. »

Michael Riffaterre (4) faisait justement remarquer que « l’écriture automatique propose une phrase qui, à première vue, ne semble pas être un cas de non-sens. […]. Ce n’est que rétroactivement que l’absurdité saute aux yeux. » Comme on le comprend en effet, le texte est construit de manière à mystifier, à berner le lecteur, afin de rendre toute lecture référentielle impossible. Le détour, au niveau du langage, introduit donc une incompatibilité sémantique : le réel est certes décrit minutieusement, mais en fait tout semble se dérober : le sens véritable, c’est bien le sens dérivé !

Sous-entendu et implicite

On pourrait à cet égard s’interroger : le détour n’est-il pas précisément le mode du « non vouloir dire » pour mieux dire? Le marivaudage, si caractéristique des échanges amoureux dans les pièces de Marivaux (1688-1763) est sans aucun doute un bon exemple de détour. Synonyme de badinage galant, de préciosité, de discours alambiqué, le marivaudage est précisément un détour de langage fondé sur le jeu, la séduction et le quiproquo. Ce dialogue amoureux du Jeu de l’amour et du hasard (Acte I, scène 6) en est une bonne illustration.

« DORANTE. Ma foi, l’amour a plus de tort qu’elle, j’aimerais mieux qu’il me fût permis de te demander ton cœur, que d’avoir tous les biens du monde.
SILVIA, à part. Nous voilà grâce au ciel en conversation réglée. Haut. Bouguignon, je ne saurai me fâcher des discours que tu me tiens ; mais je t’en prie, changeons d’entretien, venons à ton maître ; tu peux te passer de me parler d’amour, je pense ?
DORANTE. Tu pourrais bien te passer de m’en faire sentir, toi.
SILVIA. Ahi ! je me fâcherai, tu m’impatientes, encore une fois laisse là ton amour.
DORANTE. Quitte donc ta figure. 
SILVIA, à part. À la fin, je crois qu’il m’amuse … Haut. Eh bien, Bourguignon, tu ne veux donc pas finir, faudra-t-il que je te quitte ? À part. Je devrais déjà l’avoir fait.
DORANTE. Attends, Lisette, je voulais moi-même te parler d’autre chose ; mais je ne sais plus ce que c’est.
SILVIA. J’avais de mon côté quelque chose à te dire ; mais tu m’as fait perdre mes idées aussi, à moi.
DORANTE. Je me rappelle de t’avoir demandé si ta maîtresse te valait.
SILVIA. Tu reviens à ton chemin par un détour, adieu. 
DORANTE. Eh non, te dis-je, Lisette, il ne s’agit ici que de mon maître.
SILVIA. Eh bien, soit, je voulais te parler de lui aussi, et j’espère que tu voudras bien me dire confidemment ce qu’il est ; ton attachement pour lui m’en donne bonne opinion, il faut qu’il ait du mérite puisque tu le sers.
DORANTE. Tu me permettras peut-être bien de te remercier de ce que tu me dis là, par exemple ?
SILVIA. Veux-tu bien ne prendre pas garde à l’imprudence que j’ai eue de le dire ?
DORANTE. Voilà encore de ces réponses qui m’emportent ; fais comme tu voudras, je n’y résiste point, et je suis bien malheureux de me trouver arrêté par tout ce qu’il y a de plus aimable au monde. 
SILVIA. Et moi je voudrais bien savoir comment il se fait que j’ai la bonté de t’écouter, car assurément, cela est singulier ! »

Ces jeux verbaux faits de sous-entendus et d’implicites traduisent ludiquement une sorte de « fictionnalisation » du réel propre à évoquer les troubles du cœur. Comme le fait remarquer justement Amalia Rodriguez Somolinos, « les pièces de Marivaux traduisent le jeu de la vie, un jeu qui est fait de masques, de personnages qui se cachent derrière des mots, qui ignorent leurs propres sentiments et qui ne les découvrent qu’à travers le langage. Le langage reflète donc ce jeu qu’est la vie et il sert à la fois à lever le masque ; il constitue un instrument de démasquage » (5). Ainsi, ce qu’il y a de stimulant intellectuellement dans l’idée de détour, c’est qu’elle introduit une altérité dans le fonctionnement du discours en lui niant précisément son caractère déterministe par l’introduction de l’écart et de la digression.

« Faire catleya »

Avant de terminer cette étude, je voudrais évoquer un passage très connu d’À la Recherche du temps perdu de Marcel Proust. Plus précisément dans Un amour de Swann, le narrateur use d’une métaphore non moins célèbre « faire catleya »… (Le cattleya, écrit avec un seul « t » par Proust, est une orchidée originaire d’Amérique du sud). Je vous laisse lire le texte avant de le commenter :

« Mais il était si timide avec elle, qu’ayant fini par la posséder ce soir-là,  en commençant par arranger ses catleyas, soit crainte de la froisser, soit peur de paraître rétrospectivement avoir menti, soit manque d’audace pour formuler une exigence plus grande que celle-là (qu’il pouvait renouveler puisqu’elle n’avait pas fâché Odette la première fois), les jours suivants il usa du même prétexte. Si elle avait des catleyas à son corsage, il disait : « C’est   malheureux, ce soir, les catleyas n’ont pas besoin d’être arrangés, ils n’ont pas été déplacés comme l’autre soir ; il me semble pourtant que celui-ci n’est pas très droit. Je peux voir s’ils ne sentent pas plus que les autres ? » Ou bien, si elle n’en avait pas : « Oh ! pas de catleyas ce soir, pas moyen de me livrer à mes petits arrangements.» De sorte que, pendant quelque temps, ne fut pas changé l’ordre qu’il avait suivi le premier soir, en débutant par des attouchements de doigts et de lèvres sur la gorge d’Odette et que ce fut par eux encore que commençaient chaque fois ses caresses ; et, bien plus tard quand l’arrangement (ou le simulacre d’arrangement) des catleyas, fut depuis longtemps tombé en désuétude, la métaphore «faire catleya», devenue un simple vocable qu’ils employaient sans y penser quand ils voulaient signifier l’acte de la possession physique —où d’ailleurs l’on ne possède rien— survécut dans leur langage, où elle le commémorait, à cet usage oublié. Et peut-être cette manière particulière de dire « faire l’amour » ne signifiait-elle pas exactement la même chose que ses synonymes. »

Comme vous le voyez, l’expression « faire catleya » euphémise la réalité physique selon une logique de détournement qui transforme le sens littéral (« faire l’amour ») en « caresse verbale », et qui amène à penser que le sens littéral pourrait être un leurre. Le sous-entendu constitue donc le véritable objet du message. Le détour amène ainsi à l’incertitude et au code secret entre Swann et Odette. La rhétorique amoureuse du cattleya semble détourner le signifié amoureux de son contexte référentiel pour le situer davantage dans l’ordre du pur signifiant, de l’émotionnel et de l’esthétiqueOn pourrait d’ailleurs affirmer de la Recherche du temps perdu que c’est un roman du détour : la réalité semblant échapper perpétuellement au narrateur. Pour Swann, se représenter le réel, c’est s’en détourner. Aussi le narrateur n’arrête-t-il d’explorer le réel tout en s’en distançant. Le thème de l’amour impossible ne cesse d’habiter ce roman du retour en arrière : entre le réel et l’irréel, entre la présence et l’absence, la femme désirée apparaît dans toute son opacité, son étrangeté, comme une fleur inaccessible. La « recherche du temps perdu » est donc bien celle d’un impossible détour…

Conclusion :  le détour a-t-il un « sens » ?

Comment conclure cette étude? En premier lieu, j’insisterai sur les rapports entre détour et digression. Dans tous les textes que nous avons parcourus, c’est bien la distance, la séparation, la digression qui font naître le détour. Maurice Laugaa faisait remarquer à propos de la digression qu’elle « représente bien dans un texte quelconque la fiction d’un ailleurs substitutive et intercalaire, elle s’insère à la place du rien » (6). Parce qu’il est digressif, le détour appartient donc à l’ordre de la transgression : nous avons vu avec Queneau ou Breton par exemple qu’il mettait en jeu délibérément une capacité à la dérision, à la provocation. Peut-être est-ce là son sens véritable ? Le détour serait ainsi une invitation à franchir la limite du « comme il faut », du non-sens pour retrouver le sens véritable. Je vous laisse méditer en conclusion ce passage de l’Exégèse des lieux communs de Léon Bloy :

« Être comme il faut. Règle sans exception. Les hommes dont il ne faut pas ne peuvent jamais être comme il faut. Par conséquent, exclusion, élimination immédiate et sans passe-droit de tous les gens supérieurs. Un homme comme il faut doit être, avant tout, un homme comme tout le monde. Plus on est semblable à tout le monde, plus on est comme il faut. C’est le sacre de la Multitude. »

Face à ce « sacre de la multitude », le détour ne serait-il pas finalement un retour à soi-même ?

© Bruno Rigolt, Lycée en Forêt (Montargis, France)

___________________

(1) Nom d’une ligne de tramway (Contrescarpe-Champerret) dans le Paris contemporain de l’auteur ; (2) Randa Sabry, Stratégies discursives… Digression, transition, suspens. EHESS Paris 1992 ; (3) André breton, Manifeste du Surréalisme, 1924 ; (4) Michael Riffaterre, Sémiotique de la poésie, éditions du Seuil, Paris 1983 ; (5) Amalia Rodriguez Somolinos, Énonciation et pragmatique : le marivaudage. Pour lire l’étude en ligne, cliquez ici ; (6) Maurice Laugaa, « Le Théâtre de la digression dans le discours classique », Semiotica IV, La Haye, 1971 
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Entraînement au BTS… Thème 1 : "faire voir… entre charité et voyeurisme"

bts2009.1232872062.jpgLes entraînements BTS

Entraînement n°2 : Thème 1 : « faire voir… la misère » : humanité ou voyeurisme ?

Je vous propose dans cet entraînement de réfléchir à la place actuelle de l’image dans le spectacle et l’information, et plus particulièrement à la relation entre la représentation de la misère et le miss_sdf.1235595819.jpgvoyeurisme. Deux événements actuels qui font polémique me paraissent mériter un traitement particulier dans l’optique du thème « Faire voir », précisément parce qu’ils sont caractéristiques de notre « société du spectacle » : d’abord en Belgique l’élection de Miss SDF ; par ailleurs le film de Danny Boyle « Slumdog millionnaire ».

Pas de consigne spécifique pour cette activité qui sera plutôt l’occasion de prendre en considération (sans a priori négatif) d’une part le fonctionnement de la télé-réalité et son impact sur l’opinion publique (« racolage » médiatique ou questionnement documentaire?), et d’autre part slumdog.1235594347.jpgnotre relation à l’altérité (comment voit-on l’autre?), et la façon dont l’image est source d’information et de spectacularisation. C’est bien entendu la question de la déontologie des médias qui se trouve posée ici.  

Plus globalement, dans un monde qui subit actuellement une crise sans précédent de la citoyenneté, cette problématique (qui est tout à fait dans l’axe des questionnements possibles pour le BTS 2009) doit être méditée dans une double perspective : l‘influence des médias sur la société ainsi que les enjeux contemporains des technologies de communication pour la démocratie. Tous les documents sont disponibles en ligne : soyez attentifs aux différentes prises de position avant de proposer votre propre point de vue.

Élection de miss SDF :

Slumdog millionnaire :

Certaines ou certains m’ont fait part de leur souhait que leurs analyses soient publiées en ligne. Je veux bien autoriser les commentaires ou questionnements pour les entraînements BTS, sous réserve qu’ils respectent l’esprit et la tenue de ce Cahier de texte.

Entraînement au BTS… Thème 1 : « faire voir… entre charité et voyeurisme »

bts2009.1232872062.jpgLes entraînements BTS

Entraînement n°2 : Thème 1 : « faire voir… la misère » : humanité ou voyeurisme ?

Je vous propose dans cet entraînement de réfléchir à la place actuelle de l’image dans le spectacle et l’information, et plus particulièrement à la relation entre la représentation de la misère et le miss_sdf.1235595819.jpgvoyeurisme. Deux événements actuels qui font polémique me paraissent mériter un traitement particulier dans l’optique du thème « Faire voir », précisément parce qu’ils sont caractéristiques de notre « société du spectacle » : d’abord en Belgique l’élection de Miss SDF ; par ailleurs le film de Danny Boyle « Slumdog millionnaire ».

Pas de consigne spécifique pour cette activité qui sera plutôt l’occasion de prendre en considération (sans a priori négatif) d’une part le fonctionnement de la télé-réalité et son impact sur l’opinion publique (« racolage » médiatique ou questionnement documentaire?), et d’autre part slumdog.1235594347.jpgnotre relation à l’altérité (comment voit-on l’autre?), et la façon dont l’image est source d’information et de spectacularisation. C’est bien entendu la question de la déontologie des médias qui se trouve posée ici.  

Plus globalement, dans un monde qui subit actuellement une crise sans précédent de la citoyenneté, cette problématique (qui est tout à fait dans l’axe des questionnements possibles pour le BTS 2009) doit être méditée dans une double perspective : l‘influence des médias sur la société ainsi que les enjeux contemporains des technologies de communication pour la démocratie. Tous les documents sont disponibles en ligne : soyez attentifs aux différentes prises de position avant de proposer votre propre point de vue.

Élection de miss SDF :

Slumdog millionnaire :

Certaines ou certains m’ont fait part de leur souhait que leurs analyses soient publiées en ligne. Je veux bien autoriser les commentaires ou questionnements pour les entraînements BTS, sous réserve qu’ils respectent l’esprit et la tenue de ce Cahier de texte.

La citation de la semaine… Léon Bloy…

« L’affamé représente une souffrance quelconque, une souffrance de tous les siècles… »

 

« L’appétit vient en mangeant. »

Bonne réponse à un homme qui meurt de faim :
« Malheureux, vous ne savez pas ce que vous demandez. Si vous mangiez, vous voudriez manger encore et vous seriez, de plus en plus, à la charge des honnêtes gens qui se ruineraient sans parvenir à vous rassasier. Quand on ne se sent pas capable de rester sur son appétit, on reste sur sa faim et on ne demande pas l’aumône à dix heures du soir. Je me regarderais comme un criminel, si je vous donnais un centime. »

Décor de neige. Celui qui parle est un gros homme congestionné par un délicieux dîner. Il vient de sortir du restaurant et attend sa voiture qui décrit une courbe financière pour venir à lui. L’affamé représente une souffrance quelconque, une souffrance de tous les siècles. L’affameur ne représente rien que le Désespoir, le désespoir rouge tuméfié et crépitant. 

Léon Bloy, Exégèse des lieux communs (CLXII), 1902

 

Léon Bloy est un écrivain « à part », engagé, révolté contre les injustices de toute sorte, volontiers « anti-social », refusant pêle-mêle les protocoles littéraires, les matérialismes ou les dogmes. Par sa violence pamplhlétaire, l’Exégèse des lieux communs est plus qu’un brillant ouvrage satirique. C’est un monument de rébellion contre l’hypocrisie du monde adulte. Par sa verve satirique et sa véhémence lyrique, l’ouvrage mérite absolument qu’on s’y attarde au-delà d’une simple citation. L’auteur y décortique un à un tous les lieux communs, stéréotypes ou clichés d’une époque qui n’est au fond pas si éloignée de la nôtre. Pour lire en ligne le texte complet, cliquez ici : vous verrez combien le style « bloyen » tire sa singularité d’un humour corrosif, d’une soif d’absolu, et d’une exigence à la fois morale, spirituelle et poétique qui font de ce pélerin de l’absolu un maître incontesté de l’art oratoire.

 

BTS blanc du 20 février… Rapport du Jury…

Voici le rapport que j’ai établi pour ce BTS blanc, sur la base des remarques de ma collègue et de mes propres observations.

Rappel du sujet

  • Corpus :
  • Consignes :
    • Première partie (synthèse) : Vous ferez une synthèse concise, objective et ordonnée des documents du corpus
    • Deuxième partie (écriture personnelle) : Selon vous, le mot “star” a-t-il encore un sens aujourd’hui?
  • Un bilan fortement nuancé…

    La moyenne générale est de 8,77. Les écarts de notes entre correcteurs sont infimes pour la synthèse, à peine plus marqués pour l’écriture personnelle :

    • Synthèse : 17,7/40 pour le correcteur 1 (moi), 18/40 pour le correcteur 2 ;
    • Écriture personnelle : 07,3 pour le correcteur 1, 08,3/20 pour le correcteur 2.

    Reconnaissons-le : les notes sont décevantes. La raison principale tient au fait que beaucoup d’étudiantes n’ont sans doute pas mesuré les enjeux de cet examen blanc. Quand je suis arrivé dans la salle pour prendre la relève de la surveillance, j’ai été un peu « étonné » (c’est un euphémisme) de voir des téléphones portables posés sur certaines tables… De même, en parcourant l’intitulé des copies, j’ai lu « contrôle » sur l’une d’elles alors qu’il s’agit d’un examen… Ce sont des signes qu’il faut savoir interpréter : à l’évidence, vous n’avez pas suffisamment pris en compte la nature de l’épreuve. La préparation personnelle a d’ailleurs été insuffisante : au niveau de la synthèse de documents, les fautes les plus élémentaires se sont multipliées (textes non présentés parfois, annonce du plan oubliée dans l’introduction, etc.). Quant à l’écriture personnelle, oserais-je mentionner ici ce qui est plus grave encore ? Le fait d’avoir arrêté de travailler une heure avant la fin de l’épreuve pour la moitié d’entre vous. C’est tout bonnement inadmissible : quatre heures, c’est quatre heures, et pas trois heures trente, et encore moins trois heures ! Ma collègue et moi-même serons clairs sur ce point : la durée de l’épreuve revêt une importance cruciale : si vous n’utilisez pas le temps dont vous disposez, beaucoup d’entre vous ne pourront pas réussir.

    Je voudrais donc profiter de ce rapport pour dresser un bilan critique des problèmes qui se sont posés et rappeler un certain nombre de règles ou conseils utiles pour l’examen.

    L’orthographe et la syntaxe.

    Elles ont été pour quelques unes d’entre vous désastreuses. Si cette remarque vous fait sourire, n’oubliez pas qu’au-delà de l’examen du BTS, vous êtes censées être des professionnelles assistant des chefs d’entreprise. À la lecture de certaines copies, ma collègue et moi-même sommes restés sans voix : près de 50 fautes d’orthographe dans deux devoirs ! C’est tout bonnement inadmissible : sachez qu’un grand nombre d’impropriétés grammaticales dans une lettre de candidature à un emploi est éliminatoire. Pour en rester au niveau de l’examen, je peux vous dire qu’un correcteur au BTS interprète en général de tels manquements non pas comme l’indice d’une méconnaissance regrettable (surtout pour des fautes relevant de l’école primaire) mais comme un relâchement, une négligence coupable, une désinvolture à l’encontre de l’épreuve. Comment un candidat peut-il prétendre assister un chef d’entreprise, alors qu’il néglige ces bases les plus élémentaires de la communication que sont l’orthographe et la syntaxe ? On ne fait pas mieux pour dévaloriser un diplôme ! Pour parler chiffres, une orthographe et une syntaxe relâchées vous feront perdre entre 3 et 4 points.

    Voici par exemple quelques extraits qui en disent long sur les problèmes évoqués ci-dessus :

    « Le mot « star » a toujours un sens car, il y a une grande differénce qui permet de dire que le mot star signifit toujours quelque chose. Ces personnes célèbres pour la plus part, ils ont un réel talent ».

    Dans ce court extrait, l’accumulation des fautes pose évidemment problème : le mauvais placement de la virgule (après « car » au lieu d’être avant), la répétition de l’adverbe « toujours », l’accent aigu mal positionné sur le nom « différence », la terminaison du verbe « signifier », le mot « plupart » mal orthographié. Et que dire de la double faute sur « ils » : grammaticalement, c’est incorrect puisque le sujet est « personnes », nom féminin, mais syntaxiquement c’est une impropriété totale. Il aurait fallu écrire : « Ces personnes célèbres ont pour la plupart un réel talent ».
    « Le problème que l’on pourrait se poser est : est-ce que le mot « star » a-t-il encore un sens? » 
    Au lieu de : est-ce que le mot « star » a encore un sens? » ou bien : « le mot « star » a-t-il encore un sens? »

    Les impropriétés lexicales ou sémantiques

    « Tout d’abord, Edgar Morin dans Les Stars critique le capitalisme« .
    Il y a erreur ici : le but de l’auteur est d’envisager de façon critique le « star-system » et non de critiquer le système capitaliste.
    « Il serait alors intéressant de nous interroger sur la star et sa vie. Pouvons-nous dire que l’on aimerait vraiment vivre comme ces stars? »
    Le problème majeur de ce passage extrait d’une introduction de synthèse est qu’il problématise mal le corpus : la candidate sort du thème (la fascination exercée par les stars, le marketing, etc.) pour dévier sur un autre problème : « aimeriez-vous vivre comme les stars? ». Aucun auteur n’aborde explicitement ce questionnement!
    « En effet, pour certains, la star est assimilée à tout autre chose« 
     Les expressions « pour certains » ou « tout autre chose » ne sont pas judicieuses ici : qui sont « certains »? Des journalistes? Des critiques? Des essayistes? De même, l’expression « tout autre chose » ne renseigne en rien sur l’idée.
    « Le mot « star » ne renvoit pas à son sens premier qui est le talent mais à tout autre domaines« .
    Outre l’orthographe, ce qui est gênant ici c’est d’abord la relation analogique trop arbitraire entre le talent et la star, mais surtout l’expression « tout autre domaine » manque de précision, puisqu’elle n’éclaire pas  le lecteur.
    « De tout temps, on n’a jamais été donné à se faire voir« 
    Il s’agissait de la première phrase de l’introduction ! D’entrée, un tel charabia ne prédispose pas favorablement le correcteur!

    Les répétitions et incohérences logiques

    « Tout d’abord, nous verrons que dorénavant la star est assimilée à la société de consommation et donc tend plus à une destinée capitaliste. Cependant, nous verrons que toutefois… »
    La question que l’on pourrait poser ici est de savoir si la candidate s’est relue : le verbe voir répété deux fois, la multiplication des connecteurs logiques (tout d’abord, donc, cependant, toutefois) rend le texte difficile à  comprendre. On pourrait relever également l’expression « destinée capitaliste » qui n’a pas vraiment de sens ici.
    « Une vraie star est une personne très connue qui est et reste populaire pendant des années […].  Une vraie star est une personne qui est et reste connue des années« .
    De telles redites à quelques lignes d’intervalle sont évidemment lourdement pénalisées.

    Les erreurs sur les genres ou les types

    Beaucoup de candidates se sont trompées sur les genres des textes en qualifiant d' »article » ou même de « roman » l’essai d’Edgar Morin. De même, à propos d’Ingrid Caven de Jean-Jacques Schuhl, deux candidates ont parlé d’article ou d’essai. Pourtant, le paratexte devait vous mettre sur la voie : « Le narrateur évoque Ingrid Caven, chanteuse et actrice née en 1944 (elle vit actuellement avec l’auteur du roman) ». Les termes de « narrateur » et de « roman » étaient ici très clairs. Dans une copie, nous avons trouvé l’expression : « Edgar Morin raconte » : si l’auteur « raconte », c’est que le texte est narratif!

    Je pourrais multiplier les exemples à l’envi (*) ! Je me bornerai ici à rappeler quelques points essentiels.

    La gestion du temps pendant l’épreuve

    La gestion de votre temps est fondamentale. C’est elle qui conditionne en grande partie la réussite de l’épreuve.
    Vous disposez de 4 heures : vous devez donc être structurées par ces 4 heures (et non trois heures!). À chaque session, un nombre important de candidats perdent des points parce qu’ils ne prennent pas suffisamment en considération ces questions de gestion du temps. Si vous prenez trop de temps pour lire un texte, ou pour rechercher des informations, vous emmagasinerez trop de données, vous aurez du mal à les ordonner, et surtout à les hiérarchiser, d’où une perte de temps, qui sera préjudiciable à la qualité d’ensemble de votre travail. Un conseil que je vous avais déjà donné en cours : lisez rapidement les textes et ne vous perdez pas dans des questionnements indéfinis si vous n’avez pas compris un terme ou une expression. Allez à l’essentiel en adoptant une lecture rapide. Le premier avantage de la lecture rapide est évidemment le gain de temps : moins vous mettrez de temps pour lire le corpus, plus vous pourrez structurer le plan de votre synthèse et améliorer les qualités rédactionnelles de vos travaux.

    Attention toutefois, car lire vite et donc mieux est un atout mais le but de l’épreuve n’est pas de lire tous les documents en un minimum de temps ; c’est de les comprendre. Le bon lecteur absorbe un grand nombre d’informations, dépouille une documentation, cherche rapidement un chiffre ou une information dans un texte. Mais il ne suffit pas de les enregistrer, encore faut-il les traiter correctement en hiérarchisant les informations. Trois opérations sont indispensables, lors de l’épreuve :

    1. répartir son temps,
    2. analyser le sujet,
    3. mobiliser ses connaissances.

    _______________

    1. Répartir son temps : entraînez-vous impérativement chez vous pour savoir d’avance quels sont vos points forts et vos limites. Voici 2 exemples de gestion du temps pour l’écriture personnelle, en fonction de sensibilités et de compétences différentes. Voyez celui qui vous convient le mieux :

      • cas de figure n°1 : le travail d’écriture personnelle durant 1h30 environ (en comptant qu’on a passé 2h30 sur la synthèse), comptez 20 minutes pour la recherche des idées ; 10 minutes pour l’élaboration du plan ; 30 minutes pour le développement ; 10 minutes pour l’introduction ;10 minutes pour la conclusion ; 10 minutes pour la relecture.

      • cas de figure n°2 : analyse du sujet, 10 minutes. Pensez à Lire et à comprendre le sujet. Il exige toujours une grande rigueur logique dans l’appréciation de la problématique posée. Prise de notes pour la préparation du sujet : 20 minutes. Plan : thèse, antithèse, etc. 20 minutes. Rédaction : 40 minutes. Relecture : 10 minutes (5 minutes au pire). Votre relecture doit être attentive. L’idéal étant de relire votre copie comme si elle était écrite par un autre.

    2. Analyser le sujet : la plupart du temps, quand un étudiant échoue, c’est qu’il a mal compris le sujet. Le stress en effet pousse souvent à interpréter de manière hâtive un énoncé.Tout d’abord, lisez plusieurs fois la question et reformulez-la dans votre propre langage. Un conseil au passage : lisez l’intitulé du sujet d’écriture personnelle AVANT de lire le corpus. Pourquoi ? Parce que la plupart du temps, c’est le sujet d’écriture personnelle qui va conditionner et orienter votre lecture des documents.

    3. Mobiliser ses connaissances en cernant le sujet. Rappelez-vous de ces quatre lettres : « T.L.P.C. ».

      1. Le Thème (T) : il s’agit de déterminer le champ dans lequel se situe le sujet (par exemple « Faire voir » ou « le détour », et d’établir des comparaisons avec d’autres thèmes afin d’enrichir l’écriture personnelle.

      2. Les limites (L) : il est essentiel de déterminer les limites d’un thème, d’un sujet : une étudiante a cru bon dans le travail de synthèse d’évoquer Orwell et Big Brother : très franchement, quel rapport avec un sujet portant sur le star-system? Cette question des limites du thème est fondamentale. Ne pas en tenir compte, c’est courir le risque du hors-sujet. Prenons par exemple cet extrait de devoir : « Quant à l’affiche du quarante-sixième festival international du Film en 1993, elle nous montre bien l’importance de l’image de la star et combien ce film doit être spectaculaire… ». Ici, la candidate est en train de dévier sur une autre question qui est la spectacularisation de l’image dans les médias. Mais ce n’était pas du tout l’angle d’approche de ce corpus !

      3. La Problématique (P) : c’est-à-dire les différentes façons de poser le problème, d’envisager différents points de vue, les particularités, les solutions… Le plus important ici est de questionner le sujet : par exemple, pourquoi y a-t-il eu des stars? Par rapport à quoi ? Pourquoi parle-t-on davantage maintenant de « People » et moins de stars? etc.

      4. La Consigne (C). Vous devez évidemment la respecter scrupuleusement en vous posant toujours cette question : « Qu’est-ce qu’on attend de moi exactement? »

    La synthèse de documents.

    Le but de l’épreuve est de dégager les éléments essentiels d’un dossier et les organiser selon un point de vue et en fonction d’objectifs déterminés. Le corpus présenté, largement tourné autour de la sphère cinématographique, abordait deux aspects clés du « star-system » : la fascination et le marketing. Il était essentiel de bien cerner les limites du sujet et de ne pas s’en écarter. Certaines candidates ont cru bon d’aborder dans la synthèse la question des people et de la télé-réalité. Cela ne convenait pas, en tout cas, pour la synthèse.
    Trois grands champs de compétences sont évalués le jour de l’examen :
    1. La compréhension synthétique des documents (dégager les idées principales d’un texte et les reformuler) ;
    2. La visée démonstrative du raisonnement par confrontation des documents ;
    3. Les qualités d’expression, de style, etc.

    • Comme vous le voyez, la lecture des documents se doit d’abord d’être fidèle et synthétique : allez toujours vers l’interprétation textuelle globale. Un point de détail n’est intéressant à remarquer que s’il conduit vers une interprétation d’ensemble (mettre en évidence la problématique du corpus). Il est évident qu’une restitution fidèle des documents exige une lecture attentive et objective. L’exemple qui suit est caractéristique  de ce qui est fortement pénalisé lors d’une épreuve :

    « Dans le roman de J.-J. Schuhl, nous pouvons voir une mise en scène de la femme marionnette. L’auteur idéalise cette personne. Il n’y a plus de frontière entre le réel et le surnaturel. Le medium communique avec les choses matérielles. Nous pouvons donc rattacher ceci au Big Brother. Plus aucune limite entre la vie privée et professionnelle. Tout se sait grâce ou à cause d’une « police de la pensée ».

    Un tel texte laisse perplexe : la question qu’on peut en effet se poser est de savoir pourquoi la candidate a surinterprété un document pourtant assez simple (le texte de J.-J. Schuhl ne présentait aucune difficulté de compréhension) ? Quel rapport entre la star-pantin manipulée sur la scène et l’idée de manipulation politico-idéologique propre à la contre-utopie d’Orwell? Ici, non seulement nous avons affaire à un contresens mais qui plus est à un commentaire personnel (la « police de la pensée »). Je ferai une remarque assez similaire concernant une étudiante qui dans un devoir très sérieux par ailleurs fait référence explicitement à Shakespeare en affirmant à propos du texte de Schuhl et de l’affiche de Cannes que « le monde entier est un théâtre ». Cette citation n’a rien à faire dans la synthèse puisque le propre de l’épreuve est de s’en tenir au corpus. De plus, elle faussait l’interprétation des documents. À la rigueur, on pouvait l’exploiter dans l’écriture personnelle (Stars et télé-réalité) même si ce passage d’une tirade célèbre convient peut-être mieux pour des problématiques comme la politique-spectacle, le vrai et l’illusion, le réel et le virtuel, etc.

    Comprenez bien que le but n’est pas de stigmatiser ici tel ou tel candidat au BTS, mais de bien faire comprendre les exigences de forme et de fond attendues lors de l’épreuve. La synthèse de documents est un exercice qui ne s’improvise pas : c’est avant tout un exercice de rigueur et de réflexion.

    • Attention aussi à ne pas oublier de document ! Une étudiante sans doute peu inspirée par le texte de J.-J. Schuhl a tout simplement oublié d’en parler dans sa synthèse ! Je vous rappelle donc les instructions officielles : vous devez faire une référence explicite à tous les documents du corpus : toute omission est lourdement sanctionnée.

    • Au niveau de l’organisation de la synthèse, quelques candidates, abusées peut-être par la simplicité apparente du dossier, se sont limitées à un plan « linéaire », se contentant de juxtaposer de façon mécanique et non réfléchie les analyses de documents : cela les a amenées trop souvent à écrire ce qui leur venait à l’esprit, sans logique thématique ou démonstrative, et bien sûr à faire de la paraphrase de textes au détriment d’une confrontation critique. N’oubliez pas que cela entraîne presque toujours le refus de la moyenne. Vous devez adopter un plan « dynamique » vous amenant à mettre en perspective les documents entre eux.

    • Concernant l’introduction (je ne reviens pas sur ce que j’ai déjà évoqué), je rappelle que si vous ne présentez pas les documents en introduction, vous devez impérativement les identifier précisément lors de leur première utilisation : à ce sujet, que d’oublis de date, éditeurs, année de publication, date de parution pour un article de journal, etc. J’insiste en outre sur la nécessité de rappeler le thème et de situer la problématique par rapport à ce thème. Quant au plan, il est bien entendu nécessaire de l’annoncer dans l’introduction.

    • La conclusion : certaines candidates se croient toujours obligées malgré tout ce qui a été dit, de proposer une « conclusion personnelle ». Dans la mesure où l’on vous demande ensuite de rédiger un travail d’écriture personnelle, il s’avère donc inutile (et souvent maladroit) de rédiger quelques lignes, le plus souvent indigentes, quant à votre point de vue. Tenez-vous-en au corpus en employant quelques formules conclusives amenant à un bilan global.

    L’écriture personnelle

    La longueur attendue est de deux pages. Les jurys d’examen souhaitent un travail achevé (introduction, développement, conclusion) et construit selon une logique démonstrative. Dans le cas présent, la question posée vous invitait implicitement à opposer la star d’hier, objet de rêve et de fascination, aux people d’aujourd’hui. Le supplément de cours publié récemment sur ce site (« Les people et l’image : entre sublimation et désublimation« ) constituait une aide appréciable, à la condition évidemment d’avoir travaillé sérieusement sur le sujet. Le problème qui s’est posé pour certaines d’entre vous a été la redite du corpus : l’écriture personnelle, comme son intitulé l’indique, se doit d’amener et de justifier un point de vue personnel : ce n’est donc pas une paraphrase des textes. Une bonne copie est celle qui, prenant la problématique du corpus comme un point de départ, est capable de défendre une prise de position nourrie de réflexions personnelles vis-à-vis des thèses des auteurs. À ce titre, que de plans catalogue dont l’argumentation ne progressait pas!

    Vous avez souvent opté pour un plan en deux parties. C’était tout à fait acceptable, sous réserve cependant qu’on perçoive une discussion critique. Attention au caractère parfois très sclérosant du plan antithétique, qui finit par un travail du type : le pour et le contre. De là des essais argumentatifs amenant à la présentation stéréotypée et impersonnelle d’un problème, quand le jury recherche avant tout la qualité de la discussion d’idées ou d’une thèse, la progression du raisonnement, la rigueur de la démonstration, la capacité du candidat à réfléchir par lui-même.

    Au risque de surprendre peut-être certaines étudiantes, je rappelle que l’écriture personnelle n’est pas un paragraphe argumentatif, encore moins une rédaction « au fil de la plume ». Il s’agit d’évaluer les capacités de l’étudiant à mobiliser ses connaissances et sa culture tout en utilisant des outils intellectuels nécessaires à la conduite cohérente et logique d’une démonstration visant à une prise de position. On attendait à ce titre un minimum de culture générale. Je ne reviens pas sur l’orthographe et la syntaxe : j’en ai longuement parlé au début : je rappelle simplement que trop de maladresses de style ou d’expression est extrêmement pénalisant : jusqu’à 3 points (sur 20) rien que pour l’écriture personnelle !

    Proposition de remédiation

    Je souhaite que les étudiantes volontaires reprennent ce travail de façon sérieuse et méthodique, Vous possédez en effet largement le potentiel pour réussir : ce relatif échec comme je l’ai dit est dû essentiellement à un relâchement ponctuel. Si vous n’avez pas gardé le sujet avec vous, demandez-le moi : je vous le ferai parvenir par courriel. J’attacherai la plus grande importance à ce travail de remédiation. Il n’est nullement obligatoire bien entendu mais je vous recommande fortement de le faire.

    Dans tous les cas, vos travaux complets devront me parvenir par voie électronique avant le 16 mars 2009, afin que je puisse vous rendre vos travaux le 23 mars, jour de votre reprise.  Les deux étudiantes absentes doivent évidemment traiter le sujet.

    Pour vous aider concernant le plan de la synthèse… Dans une première partie, vous pouvez vous intéresser au statut de la star. Premier  paragraphe : Quoi? Définitions du mot (performances, talent, toute-puissance, etc.), deuxième paragraphe : Comment ? Exposition médiatique, manipulation, etc. Dans une deuxième partie, vous pouvez aborder la question de la fascination qu’exercent les stars (Pour quoi?) selon une double perspective : pensez à confronter les documents : E. Morin ou la journaliste R. Azimi ont une vision plus matérielle et mercantile de la star, tandis que Jean-Jacques Schuhl ou l’affiche du festival de Cannes semblent célébrer davantage sa dimension quasi mythique.

    Quant à l’écriture personnelle, je fais confiance à votre investissement. Inutile cependant d’en écrire trop : rédigez un travail fortement structuré et argumenté, avec un bon niveau de connaissance, d’analyse et de réflexion personnelle. N’oubliez pas de consulter la fiche de synthèse distribuée en cours sur les essais (Morin, Debord, etc.). Vous devez l’exploiter. Je serai intraitable concernant l’orthographe et j’appliquerai à la lettre les consignes données aux correcteurs lors de l’examen :

    • Jusqu’à 10 fautes, on ne pénalise pas
    • Entre 10 et 15 fautes : -1/20
    • Entre 16 et 20 fautes : -2/20
    • Au-delà : -3 à -4/20

    Pensez à m’envoyer vos travaux avant le 16 mars. Si vous avez besoin d’un conseil sur un point précis, vous pouvez m’adresser un courriel. Bon courage pour votre stage. N’oubliez pas de consulter régulièrement le cahier de texte afin de vous entraîner (il y aura d’autres supports de cours ainsi que des exercices d’entraînement).

    Bruno Rigolt

    __________

    (*) à l’envi : toujours plus, à l’excès.

    BTS blanc du 20 février… Résultats et rapport du jury…

    Comme pour tous les examens blancs, j’ai adopté le principe de la double correction : une collègue de l’académie de Paris corrigera également vos copies (qui ont été anonymées pour l’occasion). Dans un esprit de bienveillance, seule la plus élevée des deux notes sera retenue. Nous corrigeons en ce moment les devoirs.

    • Les résultats finaux seront consultables lundi 23 février à 17 heures sur Pronote.
    • Les notes de détail (synthèse, écriture personnelle, note du correcteur 1, note du correcteur 2) seront également publiées sur ce site : pour permettre une identification facile tout en préservant l’anonymat des candidates, seule la première lettre du prénom et les deux dernières lettres du nom apparaîtront.
    • À l’issue de cette correction, j’établierai un « rapport du jury » qui sera diffusé en ligne le mercredi 25 février à 17 heures sur la base des remarques de ma collègue et de mes propres observations.

    La citation de la semaine… Marie Darrieussecq…

    À l’Ouest tout est bleu. Le regard est happé par ce bleu qui ouvre la géographie d’angle…

    mer.1234957907.jpg

    Est-ce la mer qui arrive sur la côte ? Ou la côte qui arrive sur la mer ? Est-ce la terre qui interrompt la masse de l’eau, ou l’eau qui limite la terre ? Je me tiens devant la mer, la mer de chez moi, celle qui touche la côte basque et me sert de repère pour regarder les autres mers. En face il y a l’Amérique, mais d’abord, à quelques milles à peine, de très profondes fosses, une fracture, un mur jusqu’au fond de l’eau. Au Nord, il y a la forêt. Au Sud, la frontière de l’Espagne. À l’Est, la masse du continent. À l’Ouest tout est bleu. Le regard est happé par ce bleu qui ouvre la géographie d’angle…

    Marie Darrieussecq, Prévisions sur les vagues (texte complémentaire au roman Le Mal de mer, © éditions P.O.L, 33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 1999).

    Née en 1969, Marie Darrieussecq est écrivaine et universitaire. Dans ce court récit où la précision de l’observation « naturaliste » se mêle aux brumes de la mer, l’auteure nous entraîne vers d’autres rivages. Son style d’écriture est à lui seul la symbiose d’une perception physiologique et poétique de l’univers. À la fois précis et suggestifs, les mots jettent sur la grève du quotidien des sensations iodées qui trouvent leur achèvement dans le voyage et l’ailleurs. Un beau texte, entre vents et marées…

    Allemand en Seconde 12 : fin du dispositif de continuité pédagogique.

    Bonne nouvelle : un professeur remplaçant d’Allemand prendra en charge la classe de Seconde 12 dès ce vendredi. Eu égard à la démarche bienveillante de M. Baumgartner, je demande néanmoins aux élèves intéressés de s’investir dans l’énigme qu’il vous a proposée (distribuée ce mercredi : voir le cahier de texte de février en cliquant ici). Merci.

    Bientôt le Salon de l'Étudiant – Paris 2009

    Orientation Seconde 12

    orientattion1.1234762342.jpgL’orientation pour certains, c’est aller en S, en ES, en STG ou en L… Pour le reste… c’est cocher une case sur la fiche navette… en oubliant souvent qu’on s’engage dans un processus à long terme qui va bien au-delà de la Première ou de la Terminale. S’orienter, au sens où vous l’avez compris en préparant votre CV projectif, c’est au contraire élaborer une démarche personnelle d’anticipation stratégique : dès la Seconde (et a fortiori en Première), vous devez en effet apprendre à maîtriser votre futur sur le long terme. Aussi, je ne saurai trop vous conseiller (surtout si vous avez raté le salon d’Orléans) de vous rendre en mars 2009 au Salon de l’Étudiant qui aura lieu du 6 au 8 mars à Paris-Expo (Porte de Versailles, Pavillon 2 niveau 1). De fait, voir un salon régional, c’est bien mais voir d’autres salons, et particulièrement un salon très ouvert à l’international, c’est l’occasion d’élargir ses horizons, de se confronter à d’autres lieux, à d’autres visages, d’envisager différemment son projet personnel et vocationnel (présence d’un pôle international, débats avec des professionnels, etc.). Vous pourrez obtenir de nombreux renseignements sur les filières courtes (BTS, DUT), les filières universitaires, les cursus médicaux, et bien sûr les grandes écoles dont Science-Po… De plus, avec le site letudiant.fr, bénéficiez d’une invitation gratuite. En moins d’une heure de train (55 minutes jusqu’à Paris-Bercy) ou un peu plus en voiture, c’est aussi l’occasion rêvée d’une balade sympa.

    Bientôt le Salon de l’Étudiant – Paris 2009

    Orientation Seconde 12

    orientattion1.1234762342.jpgL’orientation pour certains, c’est aller en S, en ES, en STG ou en L… Pour le reste… c’est cocher une case sur la fiche navette… en oubliant souvent qu’on s’engage dans un processus à long terme qui va bien au-delà de la Première ou de la Terminale. S’orienter, au sens où vous l’avez compris en préparant votre CV projectif, c’est au contraire élaborer une démarche personnelle d’anticipation stratégique : dès la Seconde (et a fortiori en Première), vous devez en effet apprendre à maîtriser votre futur sur le long terme. Aussi, je ne saurai trop vous conseiller (surtout si vous avez raté le salon d’Orléans) de vous rendre en mars 2009 au Salon de l’Étudiant qui aura lieu du 6 au 8 mars à Paris-Expo (Porte de Versailles, Pavillon 2 niveau 1). De fait, voir un salon régional, c’est bien mais voir d’autres salons, et particulièrement un salon très ouvert à l’international, c’est l’occasion d’élargir ses horizons, de se confronter à d’autres lieux, à d’autres visages, d’envisager différemment son projet personnel et vocationnel (présence d’un pôle international, débats avec des professionnels, etc.). Vous pourrez obtenir de nombreux renseignements sur les filières courtes (BTS, DUT), les filières universitaires, les cursus médicaux, et bien sûr les grandes écoles dont Science-Po… De plus, avec le site letudiant.fr, bénéficiez d’une invitation gratuite. En moins d’une heure de train (55 minutes jusqu’à Paris-Bercy) ou un peu plus en voiture, c’est aussi l’occasion rêvée d’une balade sympa.

    Culture générale BTS2… Les "People" et l'image : entre sublimation et désublimation

    Spécial entraînement BTS : bts2009.1232872062.jpgThème 1 « Faire voir »

    Publié à la fin des années Cinquante, puis complété et réédité à plusieurs reprises, l’ouvrage du sociologue Edgar Morin intitulé Les Stars est une réflexion incontournable pour qui cherche à déchiffrer de façon critique les mécanismes du « star system ». En partant du Hollywood des années 1910, jusqu’au phénomène occidental de banalisation de la star à partir des années Soixante, l’enquête d’Edgar Morin aboutit à une réflexion stimulante sur le « mythe de la star », c’est-à-dire ce que l’auteur appelle « le processus de divinisation que subit l’acteur de cinéma et qui fait de lui l’idole des foules ». J’ai souhaité ici élargir le champ de questionnement de ce livre au contexte actuel de la production d’image dans la presse People…

    Les « People » et leur image

    Entre sublimation et désublimation.

    cannes.1234708900.jpgPartons d’abord d’un constat d’Edgar Morin : pour lui, la distance entre la star et ses admirateurs est tellement importante qu’elle ne peut se résorber que sous le mode religieux : celui d’un rituel, d’une « liturgie stellaire ». C’est en effet par la distance et l’inaccessibilité que la star existe. Philippe Marion (Université catholique de Louvain, Observatoire du récit médiatique) note très justement :

    « L’inaccessibilité devient alors une source de motivation, une quête, une stimulation. L’importance du fossé qui sépare les deux mondes est peut-être à la mesure du désir de le franchir grâce à l’imaginaire projectif. C’est le principe de ces machines à désir que constituent les épopées et les contes de fées: le temps d’un récit, le lecteur se trouve propulsé dans les faits et gestes des princes et des puissants. Cet esprit de conte de fée, sorte de quintessence de la fiction, s’est idéalement incarné dans la première partie de la saga médiatique vécue par la princesse Diana. Lors du mariage de celle-ci, l’archevêque de Canterbury proférait : « Ceci est de l’étoffe dont sont faits les contes de fées ». « Premier chapitre d’un conte de fée », résumait alors Paris Match, tandis que VSD titrait: « Il était une fois… » […]. Le merveilleux féerique, ostensiblement revendiqué ici, célébrait l’entrée d’une obscure jeune fille dans ce monde des images people. Tout se passe comme si le lecteur populaire de la presse people était appelé à se téléporter dans un univers qui lui est étranger, mais qu’il a l’occasion de domestiquer par cette téléportation elle-même (*) ».

    Sacralité des lieux…

    Les lieux choisis sont en effet déterminants : si vous croisiez une star tous les matins dans l’ascenseur, elle perdrait précisément son pouvoir magique. C’est parce qu’elle est inaccessible, isolée du reste du monde, que la star se présente comme le symbole d’un rêve impossible à l’homme, donc d’un pouvoir réservé à la divinité mais que les « profanes » tenteront d’obtenir peu à peu. Précisément, c’est dans les « grand-messes » télévisées, les shows hyper médiatisés, que la star se dévoile : le public va enfin pouvoir « consommer » du People. On pourrait évoquer ici ce que Philippe Marion appelle la « mise en proximité » de la star, c’est-à-dire le passage de l’inaccessibilité au rapprochement avec le public. L’auteur remarque :

    Cette proximisation s’opère aussi sous le mode d’une dramaturgie de l’humain moyen. Car que découvre-t-on dans ces palais et palaces ? De l’humain, basique, universel: celui du relationnel et de l’affect. Des passions amoureuses qui naissent et qui meurent, de la jalousie, des coups de gueule, des divorces, des réconciliations, des naissances, des violences, des déprimes… Bref, tout ce qui forme ce magma de vécu du commun des mortels. Non seulement le gotha n’hésite pas à nous recevoir dans son intimité, mais en plus il ne se distingue que fort peu de nous: voilà ce que la presse people suggère » (*). 

    Comme nous le voyons, d’objet interdit et culte, la star devient objet de consommation et fétiche. Un fétiche en effet est un objet auquel on va attribuer un pouvoir bénéfique du fait qu’il est magique : on cherchera par exemple à approcher le plus près possible les People, à les toucher, gala.1234713097.jpgà s’approprier leur corps selon une logique métonymique (la partie pour le tout) : un autographe, un tee shirt, un mouchoir. Comme le fait remarquer si bien Edgar Morin, « c’est un peu de l’âme et du corps de la star que l’acheteur s’appropriera, consommera, intégrera à sa personnalité ».

    L’image comme espace projectif

    Mais allons plus loin, et réfléchissons au phénomène People dans son rapport au voyeurisme et à l’exhibitionnisme. Ce n’est pas tant la définition de l’image en tant que représentation du réel (voir à ce sujet l’article intitulé : Les métamorphoses de l’image, de Lascaux à Big Brother) qui nous intéressera ici mais plutôt sa représentation mentale et inconsciente : l’image comme espace projectif. J’emploie ce terme de « projectif » en référence au concept d’identification projective introduit par la psychanalyste Mélanie Klein pour désigner un mécanisme fantasmatique, où le sujet introduit sa propre personne à l’intérieur de l’objet pour lui nuire, le posséder et le contrôler. Termes trop forts direz-vous? Mais que l’on interroge notre rapport à l’intime : que faisons-nous, en achetant une revue People, sinon nous approprier l’image intime d’un autre « inaccessible » pour la posséder : il y a toujours, dans l’admiration pour les People, quelque chose qui relève de la transgression et d’une manipulation de l’intimité (« J’en sais plus sur lui qu’il ne le voudrait »). Car paradoxalement, les « People », c’est le peuple mais sans le peuple ! De là un passage du rêve à l’envie et à la frustration. Frustration qui est à la base du concept éditorial de la presse People. On comprend mieux le slogan d’un célèbre magazine : « dans Public, tout est public », y compris la banalité et l’intime : les images ou propos volés deviennent des éléments clés d’une jalousie projective inconsciente. Le témoignage de certains lecteurs est édifiant ; en voici un au hasard (il s’agit d’une lectrice) :

    « Cela fait déjà plus d’un an, que je lis plus régulièrement l’un de mes magazine chouchou, j’ai nommée (sic) : PUBLIC. Explications : PUBLIC, MAIS POURQUOI CE NOM ? Tout simplement, parce que dans Public : tout est public ! Ne soyez pas choquer (sic) que dans ce magazine, on vous montre la cellulite d’Alicia Keys, ou bien les britney.1234709745.jpgbourrelets de Britney Spears, et bien d’autres encore… Public, c’est le seul qui vous montre également les défauts des stars ».

    Le « cannibalisme » médiatique

    « Défauts » ! Le mot est lâché ! Tout le discours vise ici à dégrader l’autre, et plus particulièrement le corps : corps honteux, laid, infériorisé… Car ce qui intéresse, au-delà du rêve (le corps envié et transfiguré de la star), c’est bien l’image « interdite », les « défauts » que la star cherche à cacher et que le magazine va rendre « public », selon une démarche d’apparente objectivité dont le credo pourrait être : « le public est en droit de savoir »! Cette confusion entre le fait social et démocratique (la liberté de la presse, le rôle des journalistes) et le voyeurisme, fausse évidemment le rapport au réel. Essayons de déchiffrer ce mécanisme d’inversion des valeurs. Si on lit une revue « People », c’est d’abord dans le but d’entrer en communication avec la star. Mais très vite, on se rend compte que cette communion tant rêvée est impossible : la star ne figure que sur du papier. L’autre tendance consiste donc à évacuer cet état d’esprit douloureux dû au manque, dans la haine de l’autre pour obtenir un soulagement, une compensation à la frustration qu’on éprouve de ne pas être reconnu comme « People », ce qui conduit à vouloir entrer de force dans l’intimité de la star, fantasmatiquement, avec l’intention de la contrôler dans une relation de dénégation, de récusation, et de dégradation ontologique. De là l’arbitraire des photographies : la star bouffie par l’alcool, la star droguée, débauchée malgré les apparences : les lecteurs deviennent ainsi une sorte de tribunal de la bonne conscience et de la morale populiste grâce aux images volées qui vont jouer le rôle d’un procureur, et renforcer la légitimité de la presse people. Le but est bien de prendre possession de l’autre, de se l’approprier, selon un rituel qui relève de ce que j’appellerai le « cannibalisme médiatique » : traquer les « défauts » de la star et pouvoir les dévoiler sur la place publique, c’est enlever la protection dont elle bénéficiait pour la « prostituer » au regard des autres et la livrer à la vindicte populaire. Dès lors, la star perd son apparence illusoire, c’est-à-dire sa légitimité et sa crédibilité : la « bonne image » qu’on avait d’elle est réduite à néant… La presse people, c’est donc le mythe devenu réalité, banalité, simple marchandise : devenu appauvri, il se consumérise.

    Image et sacrifice

    Ce va et vient entre sublimation et désublimation est essentiel pour comprendre les modes de fonctionnement de la presse People : d’un côté, comme nous l’avons vu, il y la fusion avec la star, mais conséquemment en perdant une part de soi (puisqu’on vit « par procuration » dans l’autre), on lui en veut de cette perte référentielle et on la dégrade : dégradation de la valeur du corps et dégradation morale (l’image de la mauvaise mère par exemple). Je voudrais évoquer aussi une exposition qui a eu lieu à la Maison Européenne de la Photographie (Paris) en 2007, intitulée « Expo Trash : Les stars sortent leurs poubelles« . Deux anciens photographes du magazine Paris-Match étaient à l’initiative de cette démarche : Bruno Mouron et Pascal Rostain dévoilaient en effet « artistiquement » le contenu des poubelles des grandes stars d’Hollywood. La présentation se voulait « Pop’art » mais ne nous leurrons pas : si l’on vient pour contempler les déchets de Clint Eastwood, Arnold Schwarzenegger, Nicholas Cage, Mel Gibson, Tom Cruise, Sharon Stone ou Madonna, c’est que l’art seul ne saurait être en jeu !

    J’évoquerai ici plutôt une démarche sacrificielle. « Le fondement métaphysique du sacrifice, c’est le sacrifice éternel de Dieu », rappelle Jean Hani. Dès lors, comment sacrifier la star sinon en la désublimant : la photo volée ou le dévoilement public du contenu d’une poubelle obéissent au même principe : ils trouvent un écho particulier dans le domaine de la profanation religieuse. L’image devient un « iconoclasme », au sens littéral du terme : elle « casse » l’icone, c’est-à-dire le mythe qui postule la non-représentation de la star. Dans l’imaginaire, la star appartient en effet au domaine du sacré, de l’interdit, du non-représenté et donc du fantasme. La photo « poubelle » détruit ainsi le mythe par la représentation iconoclaste : elle représente la star certes, mais en la dégradant. D’un point de vue psychanalytique, le lecteur-spectateur oscillera entre l’attitude narcissique et projective (je m’identifie à l’autre « parce que je le vaux bien ») et le refoulement : la photo « moche » et « trash » est l’occasion de « sacrifier » la star en la désublimant. Se fait ici, d’une manière implicite, une équivalence entre le désir d’être autre et le sacrifice de l’autre, selon la logique bien connue du refoulement.

    Une perte du sens ?

    C’est à juste titre que certains journalistes ont repris le terme d' »extimité » forgé par l’écrivain Michel Tournier pour désigner la tendance à rendre public ce qui relève de la vie privée. La société du spectacle et de l’apparence dans laquelle nous nous trouvons oblige donc à réfléchir, au-delà du « marketing de l’image » au changement de comportement que les nouvelles technologies numériques ont introduit.  Récemment d’ailleurs, la firme de téléphonie Nokia a parfaitement perçu ce phénomène dans sa campagne publicitaire (”Mon téléphone sait tout de moi”)nokia.1234709963.jpg : “Et si vous trouviez mon téléphone, vous regarderiez à l’intérieur?” Qu’importent les précautions oratoires de la question ! Bien sûr que oui, nous regarderions à l’intérieur ! À cet égard, le développement des réseaux participatifs amènera forcément à une réflexion sur le voyeurisme social. Comme le remarque à juste titre l’avocat Vincent Dufief :

    « Si Internet a toujours menacé la vie privée des personnes, le développement des sites de socialisation donne une nouvelle dimension à ce risque, en encourageant les utilisateurs à sacrifier eux-mêmes leur propre vie privée. En effet, le principe de ces sites de socialisation est d’inciter leurs utilisateurs à révéler le maximum d’éléments de leur intimité, de préférence au plus grand nombre de personnes. Sur ces sites, il est effectivement nécessaire de dévoiler un peu de sa vie privée si l’on veut accéder à celle des autres et le système fait qu’il est aussi très délicat de refuser les sollicitations… » (Pour lire l’article complet, cliquez ici).

    Cet article sur le phénomène People nous a donc amené à définir une sorte d’échelle de valeurs de la star : du plus noble au plus dégradant. C’est sur cette échelle axiologique que se fonde la mythologie People : tout comportement d’adoration ne vise-t-il pas aussi à mépriser ce qu’il adore? Cette relation entre sublimation et désublimation se pose de façon plus alarmante de nos jours, en raison de l’impact de l’image et des nouvelles technologies sur nos représentations. Au-delà d’une réflexion sur le rapport à l’image dans les médias, je crois que la difficulté, c’est bien de réfléchir à la déstructuration des fondements normatifs qu’ont introduite les nouvelles technologies numériques. En fait, la presse People n’est qu’un aspect d’un phénomène plus général : la « peopolisation » de la société constitue la réalité inquiétante d’un nouveau monde virtuel… Face aux oligarchies médiatiques ou technocratiques, qu’espérer pour l’homme dans un monde où la mise en scène de soi, le spectacle, rivalisent avec une société profondément bouleversée et fragilisée dans ses mécanismes institutionnels, sa légitimité démocratique et ses fondements humanistes?

    Bruno Rigolt

    NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/

    ______________

    (*) Philippe Marion, Université catholique de Louvain Observatoire du récit médiatique. « De la presse people au populaire médiatique ». Article consultable en ligne : cliquez ici pour accéder au document.

    Culture générale BTS2… Les « People » et l’image : entre sublimation et désublimation

    Spécial entraînement BTS : bts2009.1232872062.jpgThème 1 « Faire voir »

    Publié à la fin des années Cinquante, puis complété et réédité à plusieurs reprises, l’ouvrage du sociologue Edgar Morin intitulé Les Stars est une réflexion incontournable pour qui cherche à déchiffrer de façon critique les mécanismes du « star system ». En partant du Hollywood des années 1910, jusqu’au phénomène occidental de banalisation de la star à partir des années Soixante, l’enquête d’Edgar Morin aboutit à une réflexion stimulante sur le « mythe de la star », c’est-à-dire ce que l’auteur appelle « le processus de divinisation que subit l’acteur de cinéma et qui fait de lui l’idole des foules ». J’ai souhaité ici élargir le champ de questionnement de ce livre au contexte actuel de la production d’image dans la presse People…

    Les « People » et leur image

    Entre sublimation et désublimation.

    cannes.1234708900.jpgPartons d’abord d’un constat d’Edgar Morin : pour lui, la distance entre la star et ses admirateurs est tellement importante qu’elle ne peut se résorber que sous le mode religieux : celui d’un rituel, d’une « liturgie stellaire ». C’est en effet par la distance et l’inaccessibilité que la star existe. Philippe Marion (Université catholique de Louvain, Observatoire du récit médiatique) note très justement :

    « L’inaccessibilité devient alors une source de motivation, une quête, une stimulation. L’importance du fossé qui sépare les deux mondes est peut-être à la mesure du désir de le franchir grâce à l’imaginaire projectif. C’est le principe de ces machines à désir que constituent les épopées et les contes de fées: le temps d’un récit, le lecteur se trouve propulsé dans les faits et gestes des princes et des puissants. Cet esprit de conte de fée, sorte de quintessence de la fiction, s’est idéalement incarné dans la première partie de la saga médiatique vécue par la princesse Diana. Lors du mariage de celle-ci, l’archevêque de Canterbury proférait : « Ceci est de l’étoffe dont sont faits les contes de fées ». « Premier chapitre d’un conte de fée », résumait alors Paris Match, tandis que VSD titrait: « Il était une fois… » […]. Le merveilleux féerique, ostensiblement revendiqué ici, célébrait l’entrée d’une obscure jeune fille dans ce monde des images people. Tout se passe comme si le lecteur populaire de la presse people était appelé à se téléporter dans un univers qui lui est étranger, mais qu’il a l’occasion de domestiquer par cette téléportation elle-même (*) ».

    Sacralité des lieux…

    Les lieux choisis sont en effet déterminants : si vous croisiez une star tous les matins dans l’ascenseur, elle perdrait précisément son pouvoir magique. C’est parce qu’elle est inaccessible, isolée du reste du monde, que la star se présente comme le symbole d’un rêve impossible à l’homme, donc d’un pouvoir réservé à la divinité mais que les « profanes » tenteront d’obtenir peu à peu. Précisément, c’est dans les « grand-messes » télévisées, les shows hyper médiatisés, que la star se dévoile : le public va enfin pouvoir « consommer » du People. On pourrait évoquer ici ce que Philippe Marion appelle la « mise en proximité » de la star, c’est-à-dire le passage de l’inaccessibilité au rapprochement avec le public. L’auteur remarque :

    Cette proximisation s’opère aussi sous le mode d’une dramaturgie de l’humain moyen. Car que découvre-t-on dans ces palais et palaces ? De l’humain, basique, universel: celui du relationnel et de l’affect. Des passions amoureuses qui naissent et qui meurent, de la jalousie, des coups de gueule, des divorces, des réconciliations, des naissances, des violences, des déprimes… Bref, tout ce qui forme ce magma de vécu du commun des mortels. Non seulement le gotha n’hésite pas à nous recevoir dans son intimité, mais en plus il ne se distingue que fort peu de nous: voilà ce que la presse people suggère » (*). 

    Comme nous le voyons, d’objet interdit et culte, la star devient objet de consommation et fétiche. Un fétiche en effet est un objet auquel on va attribuer un pouvoir bénéfique du fait qu’il est magique : on cherchera par exemple à approcher le plus près possible les People, à les toucher, gala.1234713097.jpgà s’approprier leur corps selon une logique métonymique (la partie pour le tout) : un autographe, un tee shirt, un mouchoir. Comme le fait remarquer si bien Edgar Morin, « c’est un peu de l’âme et du corps de la star que l’acheteur s’appropriera, consommera, intégrera à sa personnalité ».

    L’image comme espace projectif

    Mais allons plus loin, et réfléchissons au phénomène People dans son rapport au voyeurisme et à l’exhibitionnisme. Ce n’est pas tant la définition de l’image en tant que représentation du réel (voir à ce sujet l’article intitulé : Les métamorphoses de l’image, de Lascaux à Big Brother) qui nous intéressera ici mais plutôt sa représentation mentale et inconsciente : l’image comme espace projectif. J’emploie ce terme de « projectif » en référence au concept d’identification projective introduit par la psychanalyste Mélanie Klein pour désigner un mécanisme fantasmatique, où le sujet introduit sa propre personne à l’intérieur de l’objet pour lui nuire, le posséder et le contrôler. Termes trop forts direz-vous? Mais que l’on interroge notre rapport à l’intime : que faisons-nous, en achetant une revue People, sinon nous approprier l’image intime d’un autre « inaccessible » pour la posséder : il y a toujours, dans l’admiration pour les People, quelque chose qui relève de la transgression et d’une manipulation de l’intimité (« J’en sais plus sur lui qu’il ne le voudrait »). Car paradoxalement, les « People », c’est le peuple mais sans le peuple ! De là un passage du rêve à l’envie et à la frustration. Frustration qui est à la base du concept éditorial de la presse People. On comprend mieux le slogan d’un célèbre magazine : « dans Public, tout est public », y compris la banalité et l’intime : les images ou propos volés deviennent des éléments clés d’une jalousie projective inconsciente. Le témoignage de certains lecteurs est édifiant ; en voici un au hasard (il s’agit d’une lectrice) :

    « Cela fait déjà plus d’un an, que je lis plus régulièrement l’un de mes magazine chouchou, j’ai nommée (sic) : PUBLIC. Explications : PUBLIC, MAIS POURQUOI CE NOM ? Tout simplement, parce que dans Public : tout est public ! Ne soyez pas choquer (sic) que dans ce magazine, on vous montre la cellulite d’Alicia Keys, ou bien les britney.1234709745.jpgbourrelets de Britney Spears, et bien d’autres encore… Public, c’est le seul qui vous montre également les défauts des stars ».

    Le « cannibalisme » médiatique

    « Défauts » ! Le mot est lâché ! Tout le discours vise ici à dégrader l’autre, et plus particulièrement le corps : corps honteux, laid, infériorisé… Car ce qui intéresse, au-delà du rêve (le corps envié et transfiguré de la star), c’est bien l’image « interdite », les « défauts » que la star cherche à cacher et que le magazine va rendre « public », selon une démarche d’apparente objectivité dont le credo pourrait être : « le public est en droit de savoir »! Cette confusion entre le fait social et démocratique (la liberté de la presse, le rôle des journalistes) et le voyeurisme, fausse évidemment le rapport au réel. Essayons de déchiffrer ce mécanisme d’inversion des valeurs. Si on lit une revue « People », c’est d’abord dans le but d’entrer en communication avec la star. Mais très vite, on se rend compte que cette communion tant rêvée est impossible : la star ne figure que sur du papier. L’autre tendance consiste donc à évacuer cet état d’esprit douloureux dû au manque, dans la haine de l’autre pour obtenir un soulagement, une compensation à la frustration qu’on éprouve de ne pas être reconnu comme « People », ce qui conduit à vouloir entrer de force dans l’intimité de la star, fantasmatiquement, avec l’intention de la contrôler dans une relation de dénégation, de récusation, et de dégradation ontologique. De là l’arbitraire des photographies : la star bouffie par l’alcool, la star droguée, débauchée malgré les apparences : les lecteurs deviennent ainsi une sorte de tribunal de la bonne conscience et de la morale populiste grâce aux images volées qui vont jouer le rôle d’un procureur, et renforcer la légitimité de la presse people. Le but est bien de prendre possession de l’autre, de se l’approprier, selon un rituel qui relève de ce que j’appellerai le « cannibalisme médiatique » : traquer les « défauts » de la star et pouvoir les dévoiler sur la place publique, c’est enlever la protection dont elle bénéficiait pour la « prostituer » au regard des autres et la livrer à la vindicte populaire. Dès lors, la star perd son apparence illusoire, c’est-à-dire sa légitimité et sa crédibilité : la « bonne image » qu’on avait d’elle est réduite à néant… La presse people, c’est donc le mythe devenu réalité, banalité, simple marchandise : devenu appauvri, il se consumérise.

    Image et sacrifice

    Ce va et vient entre sublimation et désublimation est essentiel pour comprendre les modes de fonctionnement de la presse People : d’un côté, comme nous l’avons vu, il y la fusion avec la star, mais conséquemment en perdant une part de soi (puisqu’on vit « par procuration » dans l’autre), on lui en veut de cette perte référentielle et on la dégrade : dégradation de la valeur du corps et dégradation morale (l’image de la mauvaise mère par exemple). Je voudrais évoquer aussi une exposition qui a eu lieu à la Maison Européenne de la Photographie (Paris) en 2007, intitulée « Expo Trash : Les stars sortent leurs poubelles« . Deux anciens photographes du magazine Paris-Match étaient à l’initiative de cette démarche : Bruno Mouron et Pascal Rostain dévoilaient en effet « artistiquement » le contenu des poubelles des grandes stars d’Hollywood. La présentation se voulait « Pop’art » mais ne nous leurrons pas : si l’on vient pour contempler les déchets de Clint Eastwood, Arnold Schwarzenegger, Nicholas Cage, Mel Gibson, Tom Cruise, Sharon Stone ou Madonna, c’est que l’art seul ne saurait être en jeu !

    J’évoquerai ici plutôt une démarche sacrificielle. « Le fondement métaphysique du sacrifice, c’est le sacrifice éternel de Dieu », rappelle Jean Hani. Dès lors, comment sacrifier la star sinon en la désublimant : la photo volée ou le dévoilement public du contenu d’une poubelle obéissent au même principe : ils trouvent un écho particulier dans le domaine de la profanation religieuse. L’image devient un « iconoclasme », au sens littéral du terme : elle « casse » l’icone, c’est-à-dire le mythe qui postule la non-représentation de la star. Dans l’imaginaire, la star appartient en effet au domaine du sacré, de l’interdit, du non-représenté et donc du fantasme. La photo « poubelle » détruit ainsi le mythe par la représentation iconoclaste : elle représente la star certes, mais en la dégradant. D’un point de vue psychanalytique, le lecteur-spectateur oscillera entre l’attitude narcissique et projective (je m’identifie à l’autre « parce que je le vaux bien ») et le refoulement : la photo « moche » et « trash » est l’occasion de « sacrifier » la star en la désublimant. Se fait ici, d’une manière implicite, une équivalence entre le désir d’être autre et le sacrifice de l’autre, selon la logique bien connue du refoulement.

    Une perte du sens ?

    C’est à juste titre que certains journalistes ont repris le terme d' »extimité » forgé par l’écrivain Michel Tournier pour désigner la tendance à rendre public ce qui relève de la vie privée. La société du spectacle et de l’apparence dans laquelle nous nous trouvons oblige donc à réfléchir, au-delà du « marketing de l’image » au changement de comportement que les nouvelles technologies numériques ont introduit.  Récemment d’ailleurs, la firme de téléphonie Nokia a parfaitement perçu ce phénomène dans sa campagne publicitaire (”Mon téléphone sait tout de moi”)nokia.1234709963.jpg : “Et si vous trouviez mon téléphone, vous regarderiez à l’intérieur?” Qu’importent les précautions oratoires de la question ! Bien sûr que oui, nous regarderions à l’intérieur ! À cet égard, le développement des réseaux participatifs amènera forcément à une réflexion sur le voyeurisme social. Comme le remarque à juste titre l’avocat Vincent Dufief :

    « Si Internet a toujours menacé la vie privée des personnes, le développement des sites de socialisation donne une nouvelle dimension à ce risque, en encourageant les utilisateurs à sacrifier eux-mêmes leur propre vie privée. En effet, le principe de ces sites de socialisation est d’inciter leurs utilisateurs à révéler le maximum d’éléments de leur intimité, de préférence au plus grand nombre de personnes. Sur ces sites, il est effectivement nécessaire de dévoiler un peu de sa vie privée si l’on veut accéder à celle des autres et le système fait qu’il est aussi très délicat de refuser les sollicitations… » (Pour lire l’article complet, cliquez ici).

    Cet article sur le phénomène People nous a donc amené à définir une sorte d’échelle de valeurs de la star : du plus noble au plus dégradant. C’est sur cette échelle axiologique que se fonde la mythologie People : tout comportement d’adoration ne vise-t-il pas aussi à mépriser ce qu’il adore? Cette relation entre sublimation et désublimation se pose de façon plus alarmante de nos jours, en raison de l’impact de l’image et des nouvelles technologies sur nos représentations. Au-delà d’une réflexion sur le rapport à l’image dans les médias, je crois que la difficulté, c’est bien de réfléchir à la déstructuration des fondements normatifs qu’ont introduite les nouvelles technologies numériques. En fait, la presse People n’est qu’un aspect d’un phénomène plus général : la « peopolisation » de la société constitue la réalité inquiétante d’un nouveau monde virtuel… Face aux oligarchies médiatiques ou technocratiques, qu’espérer pour l’homme dans un monde où la mise en scène de soi, le spectacle, rivalisent avec une société profondément bouleversée et fragilisée dans ses mécanismes institutionnels, sa légitimité démocratique et ses fondements humanistes?

    Bruno Rigolt

    NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/

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    (*) Philippe Marion, Université catholique de Louvain Observatoire du récit médiatique. « De la presse people au populaire médiatique ». Article consultable en ligne : cliquez ici pour accéder au document.

    La citation de la semaine… William Shakespeare…

    « Le monde entier est un théâtre… »

     

    shakespeare.1234290265.jpgAll the world’s a stage,
    And all the men and women merely players;
    They have their exits and their entrances,
    And one man in his time plays many parts…

    Le monde entier est un théâtre,
    Et tous les hommes et les femmes seulement des acteurs;
    Ils ont leurs entrées et leurs sorties,
    Et un homme dans le cours de sa vie joue différents rôles…

    William Shakespeare, As You Like It (Comme il vous plaira), acte II, scène 7

    Pour lire l’intégralité de la scène (en Anglais cliquez ici, en Français, cliquez ici).

    _____________

    Cette citation s’inscrit parfaitement dans la démarche baroque selon laquelle les certitudes ou vérités humaines ne seraient que des illusions. Dans une approche plus contemporaine, ce texte nous invite aussi à une réflexion sur les rapports humains, les normes et les codes sociaux. Que l’on songe par exemple aux romans que Balzac regroupa sous le titre si célèbre de La Comédie humaine… Pour ces auteurs, nul doute que la société est une sorte de théâtre où chacun « joue un rôle ». La mission de l’écrivain est précisément de faire tomber les masques et de mettre à jour le simulacre de « l’inhumaine comédie »… Cette problématique est très riche dans la mesure où elle met à jour notre rapport aux autres et à nous-même. Dans une société du spectacle et de l’apparence, tout ne serait-il qu’illusion au détriment de la vérité ? Divertissement au sens pascalien, surmédiatisation et mise en scène de soi au détriment de la morale ?

     

    Entraînement au BTS (PME2) : épreuve de dossier + écriture personnelle

    bts2009.1232872062.jpgExclusivité Internet…

    Les entraînements BTS !

    Deux fois par mois jusqu’à l’examen, entraînez-vous sur ce site avec un sujet inédit et des conseils de méthode pour vous préparer à l’épreuve… Ne tardez pas : commencez votre entraînement dès cette semaine.

    Entraînement n°1 Thème : le détour.

    Niveau de difficulté : *** (* accessible ; ** moyennement difficile ; *** difficile)

    Corpus

    1. Aurélie Djian « Promenade initiatique » (chronique littéraire). Article paru dans Le Monde (édition du 16.02.07).
    2. Photographie extraite d’un reportage en direct de la chaîne de télévision France 2, le mardi 3 avril 2007 : un TGV français réussissait à atteindre la vitesse de 574,8 km/h, pulvérisant ainsi son propre record qui était auparavant de 515,3 km/h.
    3. Sénèque (4 Avant JC – 65 Après JC) : De la brièveté de la vie (extrait)
    4. Alexandre Escudier « Le sentiment d’accélération de l’histoire moderne : éléments pour une histoire », éditorial de la revue Esprit, juin 2008 (Thème : Le monde à l’ère de la vitesse).
    • Sujet du dossier de synthèse : vous rédigerez une synthèse objective en confrontant les documents fournis

    • Sujet d’écriture personnelle : Tout détour est-il un « retour en arrière » ?

    Pour accéder au corpus et commencer l’entraînement, cliquez ici.

    HVC Seconde 12 Information importante (Cours d'Allemand)

    En application du dispositif de continuité pédagogique, j’assurerai le cours d’Allemand à partir du vendredi 13 février 2009, selon les modalités prévues à l’emploi du temps (mêmes salles, mêmes horaires). Le dispositif est opérationnel jusqu’aux vacances de février (il pourra être reconduit à la rentrée en l’absence d’une solution de remplacement).
    La présence des élèves est évidemment obligatoire : ils apporteront leur manuel d’Allemand (Projekt Deutsch) ainsi que tout document utile au cours. Merci de votre compréhension.

    Bruno Rigolt

    HVC Seconde 12 Information importante (Cours d’Allemand)

    En application du dispositif de continuité pédagogique, j’assurerai le cours d’Allemand à partir du vendredi 13 février 2009, selon les modalités prévues à l’emploi du temps (mêmes salles, mêmes horaires). Le dispositif est opérationnel jusqu’aux vacances de février (il pourra être reconduit à la rentrée en l’absence d’une solution de remplacement).
    La présence des élèves est évidemment obligatoire : ils apporteront leur manuel d’Allemand (Projekt Deutsch) ainsi que tout document utile au cours. Merci de votre compréhension.

    Bruno Rigolt

    Sections d'examen : calendrier prévisionnel de publication en ligne des supports de cours

    Afin de permettre aux étudiant(e)s de mieux planifier leur travail, j’actualiserai chaque semaine le calendrier de mise en ligne des supports de cours. Ce calendrier ne concerne que les articles destinés aux sections d’examen.
    Classes de Première :

    • EAF Méthodologie du commentaire organisé : mise en ligne dimanche 8 février, 21:00 Mis en ligne
    • Support de cours Séquence 3 Le style de Voltaire dans Candide : mise en ligne dimanche 8 mars, 21:00
    • Support de cours Séquence 3 Candide ou le combat des Lumières : mise en ligne lundi 2 mars, 21:00 (reportée au mercredi 4 mars).

    BTS PME2 :

    • Thème 2 Romantisme et détour : mise en ligne mercredi 4 février, 21:00 Mis en ligne
    • Thème 2 Support de cours. Le détour, thème et variations : mise en ligne dimanche 8 février, 21:00 Mis en ligne
    • Entraînement BTS n°1 (Le détour) : mise en ligne mardi 10 février, 21:00 Mis en ligne
    • Thème 1 L’image People : entre sublimation et désublimation : mise en ligne dimanche 15 février, 21:00 Mis en ligne
    • BTS blanc du 20 février. Rapport du jury : Le dossier de synthèse et l’écriture personnelle : mise en ligne lundi 23 février Mis en ligne
    • Thème 2 Langage et Sémiotique du détour : mise en ligne vendredi 27 février, 21:00 Mis en ligne
    • Thème 2 Sociologie du détour : crise des modèles et ruptures sociétales : mise en ligne samedi 28 février, 21:00 Reportée (après les vacances d’hiver).
    • Entraînement BTS n°2 (Faire voir) : mise en ligne mardi 24 février, 21:00 Mis en ligne
    • Thème 1 L’image de soi à la télévision ; du corps biologique au corps médiatique : mise en ligne mardi 3 mars, 21:00 Reportée (après les vacances d’hiver).
    © Bruno Rigolt, Les articles de ce blog sont protégés par copyright. Vous pouvez les utiliser librement à titre privé. Leur diffusion ou inclusion dans un support public doit mentionner explicitement le nom de l’auteur et l’origine de la source (http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/). Tous les autres documents (textuels, iconographiques) mentionnés dans ce blog sont la propriété exclusive de leurs auteurs ou de leurs détenteurs respectifs. Merci à eux d’en faciliter l’exploitation à des fins pédagogiques.

    Sections d’examen : calendrier prévisionnel de publication en ligne des supports de cours

    Afin de permettre aux étudiant(e)s de mieux planifier leur travail, j’actualiserai chaque semaine le calendrier de mise en ligne des supports de cours. Ce calendrier ne concerne que les articles destinés aux sections d’examen.

    Classes de Première :

    • EAF Méthodologie du commentaire organisé : mise en ligne dimanche 8 février, 21:00 Mis en ligne
    • Support de cours Séquence 3 Le style de Voltaire dans Candide : mise en ligne dimanche 8 mars, 21:00
    • Support de cours Séquence 3 Candide ou le combat des Lumières : mise en ligne lundi 2 mars, 21:00 (reportée au mercredi 4 mars).

    BTS PME2 :

    • Thème 2 Romantisme et détour : mise en ligne mercredi 4 février, 21:00 Mis en ligne
    • Thème 2 Support de cours. Le détour, thème et variations : mise en ligne dimanche 8 février, 21:00 Mis en ligne
    • Entraînement BTS n°1 (Le détour) : mise en ligne mardi 10 février, 21:00 Mis en ligne
    • Thème 1 L’image People : entre sublimation et désublimation : mise en ligne dimanche 15 février, 21:00 Mis en ligne
    • BTS blanc du 20 février. Rapport du jury : Le dossier de synthèse et l’écriture personnelle : mise en ligne lundi 23 février Mis en ligne
    • Thème 2 Langage et Sémiotique du détour : mise en ligne vendredi 27 février, 21:00 Mis en ligne
    • Thème 2 Sociologie du détour : crise des modèles et ruptures sociétales : mise en ligne samedi 28 février, 21:00 Reportée (après les vacances d’hiver).
    • Entraînement BTS n°2 (Faire voir) : mise en ligne mardi 24 février, 21:00 Mis en ligne
    • Thème 1 L’image de soi à la télévision ; du corps biologique au corps médiatique : mise en ligne mardi 3 mars, 21:00 Reportée (après les vacances d’hiver).
    © Bruno Rigolt, Les articles de ce blog sont protégés par copyright. Vous pouvez les utiliser librement à titre privé. Leur diffusion ou inclusion dans un support public doit mentionner explicitement le nom de l’auteur et l’origine de la source (http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/). Tous les autres documents (textuels, iconographiques) mentionnés dans ce blog sont la propriété exclusive de leurs auteurs ou de leurs détenteurs respectifs. Merci à eux d’en faciliter l’exploitation à des fins pédagogiques.

    EAF… Méthodologie du commentaire littéraire

    Le commentaire au Bac :
    un exercice exigeant et difficile

    Comme la dissertation dont il reprend un certain nombre d’exigences, le commentaire consiste à présenter avec ordre et méthode un bilan personnel de lecture. Il y a donc dans tout commentaire une visée argumentative : le but étant de démontrer grâce à des notions spécifiques d’analyse littéraire structurées et organisées en axes, ce qui fait l’intérêt d’un texte.

    Un bon commentaire est d’abord basé sur l’analyse stylistique, c’est-à-dire qu’il doit être « au service de l’interprétation littéraire du texte, en s’attachant de prime abord aux modalités de l’écriture de l’œuvre, c’est-à-dire à la sélection des mots, des phrases, des postures énonciatives et des procédés rhétoriques au sens large, qui permettent aux auteurs de livrer leur vision du monde, de construire leur univers et de les faire partager au lecteur ». [Frédéric Calas, La Stylistique : Méthode et commentaires, Armand Colin « Cursus », Paris 2011. page 7. Google-livres].

    Le repérage…
    Vous devez tout d’abord questionner le texte, c’est-à-dire formuler des hypothèses de lecture aptes à éclairer la littérarité et la spécificité du passage étudié.
    Un défaut de nombreux candidats (voir le rapport du jury du premier bac blanc) tient au fait qu’ils vont trop vite : ils élaborent par exemple un plan dès le début, sans avoir tenu compte du texte ! Le premier travail doit donc correspondre à une véritable stratégie d’approche.

    • Commencez, si l’auteur ou l’œuvre vous sont connus, par définir leur environnement : un texte n’arrive jamais seul, il est influencé par un référent, un « contexte » littéraire, politique, social… La spécificité des mouvements culturels par exemple, la variété des enjeux sociétaux et des modes d’écriture obligent à une analyse fine et méthodique de l’environnement du texte, afin de bien le contextualiser et de formuler des hypothèses de lecture pertinentes : on n’analysera pas de la même façon un passage de Candide ou un poème de Lamartine ! De même, bien qu’appartenant à une période historique contemporaine de la Révolution industrielle, les œuvres de Zola et de Mallarmé sont à problématiser différemment !
      Vous devez donc exploiter vos connaissances : si vous devez par exemple rédiger le commentaire d’une œuvre que vous avez étudiée dans son intégralité, votre savoir peut être utile pour mettre en perspective le passage étudié avec d’autres aspects de l’œuvre. Mais attention cependant à utiliser vos connaissances avec discernement et retenue : rien ne serait pire qu’une introduction de commentaire dans laquelle le candidat se fourvoierait dans une espèce d’exposé explicatif sur l’auteur, sa vie, ses écrits, etc.
    • À ce premier travail, qui doit être un automatisme s’ajoute une opération spécifique de repérage des informations dans le texte.
      – Cherchez le sens des mots inconnus, ou essayez de le deviner.
      – Analysez ensuite les principes d’organisation du texte (plan, mouvement, progression…).
      – Vous aurez aussi à vous interroger sur le genre, le type (dominante narrative, ou descriptive, etc.), afin d’utiliser un certain nombre d’outils spécifiques. Prenez l’exemple d’un texte narratif : il est évident que vous devrez mettre en valeur le déroulement chronologique, la position et le rôle des personnages, etc. alors qu’un texte descriptif vous amènera davantage à travailler sur les procédés énonciatifs, la position du narrateur, le point de vue (qui parle ? à qui ? la première personne est-elle dominante ?), les paroles rapportées, etc.
      – De même, pensez à exploiter stylistiquement vos connaissance du schéma de la communication (locuteur, destinataire, message, code, canal…) ainsi que les fonctions du langage, si vous les avez apprises : souvent négligées dans le commentaire, elles sont pourtant très utiles pour comprendre la motivation de l’auteur, la visée du message, en vue de produire tel ou tel effet sur le lecteur.
      – Intéressez-vous particulièrement aux aspects stylistiques et rhétoriques dominants : l’étude de la tonalité, des registres par exemple est souvent oubliée, bien à tort, car elle permet d’étayer les analyses. Pensez aussi à travailler sur les modalités d’énonciation (déclarative, interrogative, exclamative, injonctive, etc.).
      – Pensez à réinvestir vos connaissances sur les registres de langue, les effets de rythme, les modes verbaux (système des temps, etc.).
      – Enfin, soyez attentif à la polysémie des mots, ainsi qu’aux signifiés de connotation, essentiels pour appréhender le sens contextuel d’un terme. De même, l’étude des réseaux connotatifs éclaire en profondeur les valeurs d’un texte, et permet de dégager le ou les grands thèmes, c’est-à-dire les domaines abordés dans les textes. L’inventaire des thèmes du texte aboutit souvent à l’identification de la problématique.

    Comme vous le voyez, si vous choisissez au Baccalauréat le commentaire, il est donc impératif de mettre la « littérarité » du texte au cœur de vos préoccupations : un texte littéraire obéit en effet à une démarche d’écriture dont doit rendre compte l’analyse stylistique et sémantique (le travail sur l’écriture et sa relation au sens). Vous n’êtes surtout pas là pour « raconter » le texte, ou « décrire » ce qui s’y passe, mais bien pour l’analyser à l’aide d’outils et de techniques. En poésie particulièrement, le travail sur la phonétique (la langue et les sonorités) est essentiel. Bien souvent, la réflexion sur la forme amène au sens : les reprises anaphoriques, les correspondances sonores sont autant de signes que vous devez interpréter. On pourrait en dire autant de la disposition typographique du texte, particulièrement d’un texte clos : les modalités de la distribution des paragraphes, des strophes (ou leur absence !) requièrent votre attention.

    La mise en forme des remarques…

    Toutes vos remarques doivent vous conduire progressivement à déchiffrer le sens du texte, c’est-à-dire à en repérer le problème posé (la question centrale), et la façon dont il est amené par l’interaction des champs lexicaux.

    • Pour ce faire, définissez d’abord ce qu’on pourrait appeler le critère d’intention de l’auteur : dites-vous toujours « De quoi veut-il parler ? » Travaillez sur les mots et leurs connotations afin de mettre en évidence la signification globale ainsi que les champs et réseaux sémantiques.
    • Dites-vous aussi : « Si je sais de quoi veut parler l’auteur, Comment en parle-t-il ? » Cela vous aidera à identifier la tonalité ainsi que les registres. Bien souvent, ce travail vous guidera dans la mise en valeur des rapports d’analogie ou d’opposition thématique à l’intérieur du texte : quels sont par exemple les thèmes en présence ? Vont-ils dans le même sens ou s’opposent-ils ?
    • Enfin, posez-vous la question du Pourquoi qui doit vous amener à expliciter le système de valeurs mis en place par le texte. La manière d’écrire (le « comment ») entre en effet toujours en corrélation avec l’intention de l’auteur (le « pourquoi »), elle-même liée à l’influence de l’époque : pensez à replacer le texte dans son contexte historique et culturel. Il s’agira donc ici de dépasser la thématique du passage pour l’inscrire dans un domaine plus large, apte à élucider la démarche de l’écrivain et le processus qui a présidé à l’émergence du texte.

    La construction d’une problématique et l’élaboration du plan... Ce travail doit déboucher sur une série de « bilans » de lecture. Par exemple, vous allez noter l’opposition de deux thèmes, le travail sur la langue et les sonorités, la spécificité du texte par rapport à un mouvement littéraire, la prise de position développée par l’auteur quant à un problème, etc. Cela vous amènera à construire le plan de votre commentaire. Mettez en ordre toutes ces remarques en allant du moins important (l’organisation du texte, sa structure) au plus important (le traitement thématique dominant, le sens global). Vous pourrez alors organiser ces bilans (les petites déductions et les remarques) en quelques axes (les idées directrices : deux ou trois environ) qui permettront à votre lecteur de comprendre ce qui fait à vos yeux l’originalité du texte. Cela correspond à l’élaboration du PLAN.

    Problématiser…

    Pensez toujours à dégager la problématique d’un texte. N’oubliez pas que le but n’est pas de « tout dire » sur un texte (ce qui d’ailleurs serait impossible) mais d’essayer de tout en dire selon un angle d’approche particulier qui va orienter votre travail d’analyse.
    C’est la problématisation.

    La rédaction du commentaire

    Normalement, si vous avez effectué sérieusement ce travail, vous échapperez sans difficulté à la paraphrase. La paraphrase consiste à répéter plus ou moins le contenu du texte. Exemple de paraphrase de l’extrait suivant (tiré des Confessions de Rousseau) : « Je rougis en pensant aux choses qu’il faut que je dise. » « Rousseau dit qu’il rougit en pensant aux aveux qu’il doit faire ». Une telle « explication », loin d’éclairer le sens du texte, ne fait que l’appauvrir. Elle n’est que redite là où on attend un déchiffrement.

    De même, vous ne devez jamais séparer le fond de la forme : vous n’obtiendriez pas la moyenne ! Chaque fois que vous dégagez par exemple une idée, dites comment elle est exprimée, et montrez la relation d’analogie qui existe entre la forme et l’idée. Pareillement, lorsque vous remarquez un procédé stylistique (une métaphore, une hyperbole…), précisez quelle est sa fonction dans l’interprétation du sens. Comme il a été justement dit, « il est important de comprendre que l’analyse est amenée à dévoiler ce qui est fondamentalement lié. […] Chaque élément concourt à la signification de l’ensemble. Il faut mettre en relation les procédés relevés les uns avec les autres pour faire apparaître les enchaînements que le texte unit en profondeur. On ne traitera pas isolément les procédés en ne donnant que leur valeur en langue, mais on veillera à adapter leur analyse à la spécificité de l’extrait ». [Frédéric Calas, La Stylistique : Méthode et commentaires, Armand Colin « Cursus », Paris 2011. page 8. Google-livres].

    Soyez en outre attentif au fait que si vous devez exprimer votre point de vue sur le texte, vous ne devez pas sortir du cadre du texte. Bien entendu, comme je l’ai rappelé, vous pouvez vous servir de votre connaissance du cours, en portant votre attention sur les faits d’intertextualité, c’est-à-dire les relations qu’un texte entretient avec d’autres textes. Mais attention cependant : si les références littéraires sont importantes, il faut absolument éviter une explication qui serait « juxtalinéaire », à côté du texte. Vous devez centrer précisément votre étude sur le texte à commenter.

    L’ERREUR MAJEURE À EVITER : LA TENDANCE À LA GÉNÉRALISATION. Vous vous trouvez par exemple devant un texte d’un auteur connu et vous cherchez à réutiliser vos connaissances… Le risque est de tomber dans les généralités en oubliant l’étude minutieuse du texte. Si vous sortez du cadre du texte, c’est-à-dire de « la logique interne de la construction du passage » [F. Calas, op. cit. p. 11], votre analyse est considérée comme hors-sujet.

    Le développement

    Comme son nom l’indique, le commentaire doit être « organisé », c’est-à-dire structuré selon une logique qui obéit à une visée démonstrative. Une présentation linéaire du commentaire qui ne serait dès lors plus « organisé » est donc à proscrire. À l’inverse, un bon plan doit être fondé sur plusieurs axes allant vers la formulation des intentions de l’auteur, ou des effets produits sur le lecteur. Comme pour la dissertation, vous annoncerez d’abord l’idée principale que vous développerez en quelques lignes, si possible de façon conceptuelle et analytique. Puis vous illustrerez cette idée à l’aide d’exemples, donc de citations. Bien entendu, vos citations seront exactes, et toujours entre guillemets. Attention aussi à la façon dont vous les intégrerez à votre phrase. Les formules du genre : « je cite par exemple : »… » sont si maladroites qu’elles desservent évidemment les copies. Veillez aussi à faire des citations « intelligentes ». Certains candidats se contentent parfois d’indiquer les premiers mots d’un passage ainsi que les derniers, ce qui ne permet absolument pas d’en comprendre l’intérêt. Il vaut donc mieux, si le passage est long, ne citer que les mots ou expressions porteurs de sens, et mettant en valeur votre analyse.

    L’introduction

    De même que la conclusion, travaillez-la rigoureusement.

    1. Tout d’abord, amenez rapidement le texte (genre auquel il appartient et sous-genre éventuellement [genre théâtral, sous-genre : comédie, tragédie, etc.], questionnement littéraire que pose ce genre). La date de parution du texte doit vous permettre de le replacer dans l’histoire des idées et des mouvements culturels, sans vous attarder pour autant sur des considérations trop générales. C’est à partir de là que vous pourrez situer le passage (résumez l’extrait en le situant par rapport à l’œuvre).
    2. Ensuite, vous devez problématiser le passage à commenter. « Problématiser » un texte signifie montrer en quoi le texte légitime un questionnement proposé à la réflexion, et rendant nécessaire le commentaire. La problématisation implique donc une mise en perspective critique, un projet de lecture. Conseil : Évitez à tout prix de réduire le projet de lecture à un banal questionnement qui n’amènerait à aucune réflexion, à aucun enjeu.
    3. L’annonce du plan. C’est évidemment une étape incontournable puisqu’il s’agit pour le candidat d’annoncer la manière dont il va étudier le texte. À ce titre, je vous recommande de ne pas rentrer dans le détail des analyses. Annoncez synthétiquement les grands axes de votre réflexion.

    L’introduction ne doit pas comporter de longues phrases ET SURTOUT PAS D’EXEMPLES. De même, votre plan doit être un PLAN D’IDÉES et PAS un plan d’exemples. Il a pour but de présenter synthétiquement au lecteur les grandes lignes de votre démonstration.

    La conclusion

    Elle doit être brève et ne pas comporter d’exemple. Elle sera d’autant meilleure qu’elle répondra implicitement à la question : « D’où est-ce que je suis parti, pour parvenir où ? ». C’est la raison pour laquelle je vous conseille de rédiger votre conclusion dès que vous aurez terminé votre introduction, afin de bien mettre en valeur la cohérence de votre parcours démonstratif. Attention à ces conclusions indigentes qui répètent ce qui a déjà été annoncé dans l’introduction. On doit mesurer au contraire en vous lisant ce qui a justifié votre démarche analytique. Centrez vos remarques sur les aspects essentiels de l’analyse en veillant à aller toujours du particulier à l’interprétation textuelle globale.

    Il vous sera ainsi possible de formuler un élargissement permettant de situer le texte dans une problématique littéraire plus vaste (réflexion sur l’évolution d’un genre, d’un mouvement culturel, d’un système de valeurs, etc.) ou de le mettre en perspective avec d’autres textes recourant à une expression similaire. Attention cependant aux prétendues « ouvertures », tellement larges et vagues, qu’elles se noient bien souvent dans des considérations dépourvues d’intérêt.

    Pour celles et ceux qui éprouveraient des difficultés rédactionnelles, je vous conseille de regarder en cliquant ici plusieurs formules utilisables dans un commentaire, et permettant de mieux amener les idées ou les exemples.

    À lire utilement : Frédérique Calas, La Stylistique, Armand Colin « Cursus », Paris 2011

    Support de cours BTS PME2. "Le détour" : thème et variations.

    bts2009.1232872062.jpgEn regardant certains forums de discussion (forums d’étudiants mais également d’enseignants…), j’ai été surpris (c’est un euphémisme) par l’incompréhension, le peu d’intérêt, ou à l’inverse les passions, parfois haineuses qu’a suscités une thématique pourtant aussi exceptionnellement riche que le détour. Dans un monde comme le nôtre, dont on s’accorde à dire qu’il traverse une crise de civilisation majeure, réfléchir au détour revient pourtant à questionner les fondements structurels ainsi que les enjeux de nos modèles sociétaux.

    Je propose à mes étudiantes de BTS PME2, de réfléchir dans cet entraînement à la polysémie du mot « détour ». À partir des remarques, souvent judicieuses, que vous avez formulées en cours, essayons de mieux percevoir ici les multiples réseaux de significations ainsi que les variations de sens qui s’organisent autour de ce thème du détour…

    Le détour : Thème et variations.

    Un trajet qui n’est pas direct…

    meandres.1234089328.jpgLe sens le plus habituel du mot « détour » fait référence à un trajet qui n’est pas direct. La première image qui vient à l’esprit est celle des méandres, des détours d’une rivière ou d’un cours d’eau. Regardez ce passage du célèbre et magnifique roman de Balzac Le Lys dans la vallée : « Là se découvre une vallée qui commence à Montbazon, finit à la Loire, et semble bondir sous les châteaux posés sur ces doubles collines ; une magnifique coupe d’émeraude au fond de laquelle l’Indre se roule par des mouvements de serpent. A cet aspect, je fus saisi d’un étonnement voluptueux que l’ennui des landes ou la fatigue du chemin avait préparé. » On est surpris par la symbolique du lieu : la description si « sensuelle » de la vallée de l’Indre emprunte tout un ensemble de valeurs à l’emblématique du détour : les multiples boucles et méandres, galbes, arrondis suggèrent l’éternel féminin, le dvirage.1234090436.jpgésir et la tentation (le titre à lui seul est déjà évocateur!).

    Comme on le voit, le détour s’appuie sur le refus de la rectitude, de la ligne droite, il introduit une rupture dans l’ordre spatial ou temporel. Il n’est guère étonnant que les définitions des dictionnaires lui associent les mots de « tournant », de « courbe », de « virage » ou de « sinuosité ». Je vous conseille de réfléchir au rapport qu’on pourrait établir entre le danger, la vitesse sur route, et le virage : virages en lacet, en épingle à cheveux, etc. Supprimer le détour en un sens, c’est supprimer le danger, mais c’est aussi supprimer la liberté : il n’y a pas de détours sur les autoroutes, il n’y a que du rectiligne. Pas de lieu, plutôt un « non-lieu »…

    Par association d’idées, comment ne pas évoquer ici le « labyrinthe », le « dédale », le « tortueux », c’est-à-dire toute une symbolique de la sinuosité qu’il serait intéressant d’approfondir. De fait, évoquer les « dédales » d’une vieille ville, c’est suggérer l’idée qu’on pourrait se perdre en s’écartant du centre. Il y a donc dans le détour l’idée de franchissement d’une frontière invisible que l’inconscient collectif investit de significations issues des fonds légendaires de l’Occident : se détourner, n’est-ce pas prendre le risque de se perdre ? Comme dans les contes de l’enfance, nous nous détournons de la voie tracée pour réinscrire l’aventure dans l’ordre de la nécessité, la légende dans l’ordre du référentiel, le merveilleux dans l’ordre du déterminé.

    Tours et détours : s’écarter de la voie…

    Je voudrais dedale.1234091196.jpgprécisément en venir ici au deuxième sens du détour : « faire un détour », c’est justement s’écarter de la voie directe. Le mot connote l’idée de dérivation (dériver un fleuve) ou de détournement (détournement d’itinéraire par exemple, déviation sur une route). Que l’on songe également à l’expression « être dérouté par quelque chose »… Nous pourrions évoquer à partir de l’image d’un bateau « allant à la dérive », ces autres détours que sont l’altérité, la notion de marginalité, le refus d’intégration, de normalisation. Le très beau poème de Rimbaud, « Le Bateau ivre » est à ce titre une superbe allégorie de la révolte et des dérives adolescentes :

    « Comme je descendais des Fleuves impassibles,
    Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
    Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
    Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

    J’étais insoucieux de tous les équipages,
    Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
    Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
    Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

    Dans les clapotements furieux des marées,
    Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
    Je courus ! Et les Péninsules démarrées
    N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

    La tempête a béni mes éveils maritimes.
    […]

    Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
    De la Mer… »

    Ce « bateau ivre » (c’est évidemment Rimbaud) ne parvient à exister qu’en se « détournant » des contraintes sociales, des modèles normatifs (les « fleuves impassibles », les « haleurs ») afin de vivre pleinement une expérience existentielle de transgression et de déviance (« Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais »). Le détour, métaphorisé par le bateau balloté à la dérive jusqu’à faire naufrage, est ainsi vécu comme un affranchissement des règles et des contraintes, un refus de « se mettre dans le rang », une « ivresse » de la liberté, fût-ce au prix de l’insouciance et du danger. En ce sens, réfléchir au détour, c’est réfléchir à la norme et aux valeurs. Dans le complément de cours intitulé « Romantisme et détour« , vous avez pu voir combien ce mouvement culturel, en rejetant le modèle sociétal imposé par la révolution industrielle, avait créé un état de tension et un écart proprement transgressifs.

    La langue commune est également intéressante : prenez l’expression « s’écarter du droit chemin », elle suggère très bien le fait de s’écarter du bien, de s’égarer du « bon sens ». Les notions de perversion, de corruption, de folie, de transgression mériteraient ici d’être considérées. Dans un sens négatif, se détourner, c’est donc se tromper, se fourvoyer… Mais qui a raison? Où est la vérité? Se pose alors le problème de la légitimité des modèles de référence, et des normes collectives… Le concept de détour implique ainsi plusieurs champs de recherche entre la littérature, l’histoire, le droit, l’anthropologie, la psychologie… Je consacrerai d’ailleurs une étude à la « Sociologie du détour » (mise en ligne le 2 mars, 21:00).

    « Tourner autour du pot »…

    En parcourant quelques corpus sur le détour, j’ai été un peu étonné de constater combien nombre de problématiques étaient écartées, appauvrissant parfois considérablement le thème. Pourtant, on ne saurait ici négliger le dernier sens du mot, évoquant les moyens indirects de faire, ou de dire quelque chose. Dans le cours que j’ai consacré aux rapports entre détour et stratégie militaire chez Sun Tzu, on peut voir par exemple combien le détour est proche de la tactique ou des manœuvres de stratégie indirecte. On pourrait réfléchir à partir de plusieurs mots clés : biais, ruse, subterfuge, diversion, esquive, etc. Que l’on songe aussi au calcul, au plan, à l’intrigue, à la manigance ; et plus généralement à tout ce qui évoque la simulation, la feinte, le semblant, l’apparence, l’illusion, le simulacre… Si l’on jouait sur les mots et les thèmes du BTS, nous pourrions dire que le détour « fait voir » différemment la réalité.

    « Fait voir » et « fait entendre »! Ne négligez pas le rapport d’analogie entre le détour et le langage : digressions, périphrases, faux raisonnements, sophismes, etc. Que l’on pense aussi à ces expressions familières : « tourner autour du pot », « parle-moi franchement », « en toute sincérité », « à vrai dire »… Par extension, le détour connote aussi ce qui est sous-entendu, voire confus, embrouillé, inextricable. Dans le même axe, on a tendance à définir l’adjectif « droit » comme ce qui est opposé au cœur, c’est-à-dire aux montargis.1234096408.jpgsentiments, à l’émotion, au subjectif, au passionnel. En ce sens, le détour serait ce qui n’est pas « droit », rationnel, et conséquemment ce qui est « du côté du cœur », du marivaudage, du lyrisme, des sentiments, de la poésie. Il n’est guère étonnant qu’en voyage ou en excursion, nous préférions nous perdre dans les petites ruelles sinueuses et typiques d’un vieux quartier que de marcher parmi les rectitudes froides des villes nouvelles, où tout détour est impossible. Un monde sans détour ne serait-il pas un monde sans rencontre? En ce sens le monde moderne, écrasé souvent par les avancées technologiques et le pragmatisme architectural, interdirait précisément… le détour (*).

    villenouvelle.1234094858.jpg

    © Bruno Rigolt, février 2009 (Lycée en Forêt, Montargis, France).

    NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/
    __________________
    (*) Voir à ce sujet le support de cours intitulé « Modernité et architecture : l’impossible détour« 

    Support de cours BTS PME2. « Le détour » : thème et variations.

    bts2009.1232872062.jpgEn regardant certains forums de discussion (forums d’étudiants mais également d’enseignants…), j’ai été surpris (c’est un euphémisme) par l’incompréhension, le peu d’intérêt, ou à l’inverse les passions, parfois haineuses qu’a suscités une thématique pourtant aussi exceptionnellement riche que le détour. Dans un monde comme le nôtre, dont on s’accorde à dire qu’il traverse une crise de civilisation majeure, réfléchir au détour revient pourtant à questionner les fondements structurels ainsi que les enjeux de nos modèles sociétaux.

    Je propose à mes étudiantes de BTS PME2, de réfléchir dans cet entraînement à la polysémie du mot « détour ». À partir des remarques, souvent judicieuses, que vous avez formulées en cours, essayons de mieux percevoir ici les multiples réseaux de significations ainsi que les variations de sens qui s’organisent autour de ce thème du détour…

    Le détour : Thème et variations.

    Un trajet qui n’est pas direct…

    meandres.1234089328.jpgLe sens le plus habituel du mot « détour » fait référence à un trajet qui n’est pas direct. La première image qui vient à l’esprit est celle des méandres, des détours d’une rivière ou d’un cours d’eau. Regardez ce passage du célèbre et magnifique roman de Balzac Le Lys dans la vallée : « Là se découvre une vallée qui commence à Montbazon, finit à la Loire, et semble bondir sous les châteaux posés sur ces doubles collines ; une magnifique coupe d’émeraude au fond de laquelle l’Indre se roule par des mouvements de serpent. A cet aspect, je fus saisi d’un étonnement voluptueux que l’ennui des landes ou la fatigue du chemin avait préparé. » On est surpris par la symbolique du lieu : la description si « sensuelle » de la vallée de l’Indre emprunte tout un ensemble de valeurs à l’emblématique du détour : les multiples boucles et méandres, galbes, arrondis suggèrent l’éternel féminin, le dvirage.1234090436.jpgésir et la tentation (le titre à lui seul est déjà évocateur!).

    Comme on le voit, le détour s’appuie sur le refus de la rectitude, de la ligne droite, il introduit une rupture dans l’ordre spatial ou temporel. Il n’est guère étonnant que les définitions des dictionnaires lui associent les mots de « tournant », de « courbe », de « virage » ou de « sinuosité ». Je vous conseille de réfléchir au rapport qu’on pourrait établir entre le danger, la vitesse sur route, et le virage : virages en lacet, en épingle à cheveux, etc. Supprimer le détour en un sens, c’est supprimer le danger, mais c’est aussi supprimer la liberté : il n’y a pas de détours sur les autoroutes, il n’y a que du rectiligne. Pas de lieu, plutôt un « non-lieu »…

    Par association d’idées, comment ne pas évoquer ici le « labyrinthe », le « dédale », le « tortueux », c’est-à-dire toute une symbolique de la sinuosité qu’il serait intéressant d’approfondir. De fait, évoquer les « dédales » d’une vieille ville, c’est suggérer l’idée qu’on pourrait se perdre en s’écartant du centre. Il y a donc dans le détour l’idée de franchissement d’une frontière invisible que l’inconscient collectif investit de significations issues des fonds légendaires de l’Occident : se détourner, n’est-ce pas prendre le risque de se perdre ? Comme dans les contes de l’enfance, nous nous détournons de la voie tracée pour réinscrire l’aventure dans l’ordre de la nécessité, la légende dans l’ordre du référentiel, le merveilleux dans l’ordre du déterminé.

    Tours et détours : s’écarter de la voie…

    Je voudrais dedale.1234091196.jpgprécisément en venir ici au deuxième sens du détour : « faire un détour », c’est justement s’écarter de la voie directe. Le mot connote l’idée de dérivation (dériver un fleuve) ou de détournement (détournement d’itinéraire par exemple, déviation sur une route). Que l’on songe également à l’expression « être dérouté par quelque chose »… Nous pourrions évoquer à partir de l’image d’un bateau « allant à la dérive », ces autres détours que sont l’altérité, la notion de marginalité, le refus d’intégration, de normalisation. Le très beau poème de Rimbaud, « Le Bateau ivre » est à ce titre une superbe allégorie de la révolte et des dérives adolescentes :

    « Comme je descendais des Fleuves impassibles,
    Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
    Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
    Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

    J’étais insoucieux de tous les équipages,
    Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
    Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
    Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

    Dans les clapotements furieux des marées,
    Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
    Je courus ! Et les Péninsules démarrées
    N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

    La tempête a béni mes éveils maritimes.
    […]

    Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
    De la Mer… »

    Ce « bateau ivre » (c’est évidemment Rimbaud) ne parvient à exister qu’en se « détournant » des contraintes sociales, des modèles normatifs (les « fleuves impassibles », les « haleurs ») afin de vivre pleinement une expérience existentielle de transgression et de déviance (« Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais »). Le détour, métaphorisé par le bateau balloté à la dérive jusqu’à faire naufrage, est ainsi vécu comme un affranchissement des règles et des contraintes, un refus de « se mettre dans le rang », une « ivresse » de la liberté, fût-ce au prix de l’insouciance et du danger. En ce sens, réfléchir au détour, c’est réfléchir à la norme et aux valeurs. Dans le complément de cours intitulé « Romantisme et détour« , vous avez pu voir combien ce mouvement culturel, en rejetant le modèle sociétal imposé par la révolution industrielle, avait créé un état de tension et un écart proprement transgressifs.

    La langue commune est également intéressante : prenez l’expression « s’écarter du droit chemin », elle suggère très bien le fait de s’écarter du bien, de s’égarer du « bon sens ». Les notions de perversion, de corruption, de folie, de transgression mériteraient ici d’être considérées. Dans un sens négatif, se détourner, c’est donc se tromper, se fourvoyer… Mais qui a raison? Où est la vérité? Se pose alors le problème de la légitimité des modèles de référence, et des normes collectives… Le concept de détour implique ainsi plusieurs champs de recherche entre la littérature, l’histoire, le droit, l’anthropologie, la psychologie… Je consacrerai d’ailleurs une étude à la « Sociologie du détour » (mise en ligne le 2 mars, 21:00).

    « Tourner autour du pot »…

    En parcourant quelques corpus sur le détour, j’ai été un peu étonné de constater combien nombre de problématiques étaient écartées, appauvrissant parfois considérablement le thème. Pourtant, on ne saurait ici négliger le dernier sens du mot, évoquant les moyens indirects de faire, ou de dire quelque chose. Dans le cours que j’ai consacré aux rapports entre détour et stratégie militaire chez Sun Tzu, on peut voir par exemple combien le détour est proche de la tactique ou des manœuvres de stratégie indirecte. On pourrait réfléchir à partir de plusieurs mots clés : biais, ruse, subterfuge, diversion, esquive, etc. Que l’on songe aussi au calcul, au plan, à l’intrigue, à la manigance ; et plus généralement à tout ce qui évoque la simulation, la feinte, le semblant, l’apparence, l’illusion, le simulacre… Si l’on jouait sur les mots et les thèmes du BTS, nous pourrions dire que le détour « fait voir » différemment la réalité.

    « Fait voir » et « fait entendre »! Ne négligez pas le rapport d’analogie entre le détour et le langage : digressions, périphrases, faux raisonnements, sophismes, etc. Que l’on pense aussi à ces expressions familières : « tourner autour du pot », « parle-moi franchement », « en toute sincérité », « à vrai dire »… Par extension, le détour connote aussi ce qui est sous-entendu, voire confus, embrouillé, inextricable. Dans le même axe, on a tendance à définir l’adjectif « droit » comme ce qui est opposé au cœur, c’est-à-dire aux montargis.1234096408.jpgsentiments, à l’émotion, au subjectif, au passionnel. En ce sens, le détour serait ce qui n’est pas « droit », rationnel, et conséquemment ce qui est « du côté du cœur », du marivaudage, du lyrisme, des sentiments, de la poésie. Il n’est guère étonnant qu’en voyage ou en excursion, nous préférions nous perdre dans les petites ruelles sinueuses et typiques d’un vieux quartier que de marcher parmi les rectitudes froides des villes nouvelles, où tout détour est impossible. Un monde sans détour ne serait-il pas un monde sans rencontre? En ce sens le monde moderne, écrasé souvent par les avancées technologiques et le pragmatisme architectural, interdirait précisément… le détour (*).

    villenouvelle.1234094858.jpg

    © Bruno Rigolt, février 2009 (Lycée en Forêt, Montargis, France).

    NetÉtiquette : article protégé par copyright ; la diffusion publique est autorisée sous réserve d’indiquer le nom de l’auteur ainsi que la source : http://brunorigolt.blog.lemonde.fr/
    __________________
    (*) Voir à ce sujet le support de cours intitulé « Modernité et architecture : l’impossible détour« 

    EAF/1ES4 1S5/Bac blanc facultatif n°2 : mercredi 11 février à partir de 13h30

    Voir le cahier de texte (février) pour connaître les détails de l’épreuve (objet d’étude, etc.)

    Pour les Première S5 : Un certain nombre d’élèves de Première S5 a demandé aujourd’hui (soit 5 jours avant une épreuve prévue de longue date) que ce Bac blanc soit repoussé au mercredi 18 février. Malheureusement, mon planning professionnel ne me permet pas de me libérer dans l’après-midi ce jour-là. Aussi j’invite les élèves qui le peuvent à venir (comme initialement prévu) le 11 février. Pour celles ou ceux qui ne le pourraient pas, je leur communiquerai le sujet et il y aura bien sûr d’autres entraînements facultatifs (2 à 3 en fonction des besoins) dans l’année.

    Culture générale BTS "Thème 2" : Romantisme et détour

    bts2009.1232872062.jpgLa crise des valeurs européennes à la fin du dix-huitième siècle donnera naissance au Romantisme. Cette véritable « école du désenchantement » selon l’expression de Paul Bénichou n’est rien d’autre qu’un immense détour, indissociable d’une transgression de l’institution littéraire, artistique et sociale. L’idée de cette étude est de montrer, à travers quelques exemples représentatifs, de quelle façon le Romantisme permet de mieux appréhender le concept de détour.

    Romantisme et Détour

    (Rousseau, Friedrich, Baudelaire, Lautréamont)

    Les « Rêveries » de Rousseau

    Publiées à titre posthume en 1782, les Rêveries du Promeneur solitaire de Rousseau me paraissent très représentatives de ce refus du référentiel, rps.1233770976.jpgqui marquera tout le Romantisme européen, et particulièrement français au dix-neuvième siècle. De fait, on peut considérer qu’en se laissant aller complaisamment au lyrisme, à l’évocation de la nature (qui participe d’ailleurs grandement à cette expression du sentiment), à la fusion du passé et du présent, les Rêveries instituent un rapport différent au temps et à l’espace. Regardez ce passage, à juste titre célèbre, de la « Cinquième Promenade » : la rhétorique émotive du style de Rousseau, fait d’indétermination et d’attente, reconstitue la modulation de la rêverie à travers une synesthésie de perceptions visuelles ou auditives qui n’ont d’autre but, en renvoyant à l’idée d’un « texte-promenade« , que d’instituer le détour et la digression dans le référentiel.

    « Quand le soir approchait je descendais des cimes de l’île et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac sur la grève dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse aperçu. Le flux et reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser. »

    L’évocation du bonheur dans l’île Saint-Pierre récuse donc la norme référentielle en privilégiant le détour comme métaphore spatiale autour de laquelle l’auteur construit son « excursio » : course au-dehors, mais aussi incursion dans le moi profond. La phrase préromantique de l’auteur des Confessions tente ainsi d’analyser rétrospectivement la digression (spatiale, temporelle) comme un mode nouveau d’unité et de cohésion du moi. De fait, aux fluctuations temporelles, fortement liées au clapotis de l’eau, vient s’ajouter la mise en place d’un rapport subjectif au réel qui le détourne bien de sa fonction référentielle.

    Le Romantisme comme poétique du détour

    On comprend pourquoi la description de la nature chez Rousseau, comme plus tard chez de nombreux Romantiques, ne se sépare jamais d’une réflexion sur l’intériorité, le détour dans l’imaginaire et le refus social, qui s’épanouira dans le « culte du moi » et la volonté de trouver dans une nature fusionnelle et l’exil vers l’ailleurs une réponse au vide existentiel. Toute conscience à l’écoute d’elle-même ne peut s’envisager en effet qu’en termes de contournement et de rupture identitaire. À cet égard, la définition du Romantisme, telle qu’on la trouve par exemple dans l’encyclopédie en ligne Wikipedia, met à juste titre l’accent sur la volonté de discontinuité et de rupture qui caractérise « les extases et les tourments » du Romantisme. « Il est ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant l’évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l’exotisme et le passé. Idéal ou cauchemar d’une sensibilité passionnée et mélancolique »…

    Autant d’expressions qu’on peut rapprocher de la définition du détour : tout détour instaure en effet une déviation, une rupture par rapport à la voie directe, une mise en question. Comme on l’a vu, on ne peut comprendre le Romantisme que dans le cadre d’une remise en cause du rationalisme des siècles précédents.friedrich.1233772457.jpg C’est cette tension qui fera d’ailleurs éclater l’unité du discours et de la pensée en  introduisant les contre-modèles : le détour vers le passé, la nostalgie des mythes anciens, etc. Regardez ces deux tableaux du peintre allemand Friedrich : ils établissent parfaitement le lien entre la représentation de la nature et l’expression de l’intériorité. On peut ici faire remarquer combien le concept de détour est à mettre en relation avec une esthétique du chaos et du retour en arrière qui amène évidemment à des questions d’ordre existentiel : Le tableau « L’abbaye dans un bois » peint en 1809, envisage le détour comme message existentiel dans la mesure où il privilégie le symbolique, le mystérieux, le secret et donc l’émergence d’un sentiment mystique de fusion avec le morbide, symptôme de ce qu’on appellera le mal du siècle, et l’appel voué à l’échec de l’idéal. On peut ainsi remarquer combien, à travers la thématique du détour, se lisent les métaphores du dépassement du temporel, de l’élévation mystique et de l’envol vers la mort.

    friedrich1.1233772562.jpgDétour, marginalité, transgression

    Il n’est donc pas étonnant que la thématique du détour renvoie symboliquement à un certain rejet social. Prenons par exemple le « Voyageur contemplant une mer de nuages » de Friedrich (1818) : le personnage représenté ici de dos, évoque une volonté de rupture avec le monde qu’il contemple, selon un point de vue très distancié. Le voyageur en effet regarde le monde, mais « de haut », à la manière d’un exclu qui savourerait son anticonformisme. Tout semble ici métaphore : le refus social, le dandysme propres au personnage romantique semblent privilégier une « métaphysique du paraître » qui instaure le détour comme règle.

    Les poèmes de Baudelaire « l’Étranger » ou « l’Albatros », archi connus, mériteraient d’être rappelés ici :

    L’Étranger
    Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
    – Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
    – Tes amis ?
    – Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est restée jusqu’à ce jour inconnu.
    – Ta patrie ?
    – J’ignore sous quelle latitude elle est située.
    – La beauté ?
    – Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
    – L’or ?
    – Je le hais comme vous haïssez Dieu.
    – Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
    – J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !
    L’Albatros
    Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
    Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
    Le navire glissant sur les gouffres amers.
    A peine les ont-ils déposés sur les planches,
    Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
    Comme des avirons traîner à côté d’eux.
    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
    Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid!
    L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
    L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait!
    Le Poète est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l’archer;
    Exilé sur le sol au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

    Comme on le voit, la signification allégorique des deux textes implique transgression, provocation, asocialité. S’ils se fondent sur une réflexion quant à la condition malheureuse du « poète maudit » dans la société, ces deux poèmes renvoient plus fondamentalement à la conscience exacerbée de l’altérité, si fortement imprégnée du refus de tout lien et du désir de fuite. Baudelaire met en effet en relief ces notions d’exil, et d’anti-modèle, qui caractérisent explicitement le Romantisme. En ce sens, si elle participe à l’élévation spirituelle, la métaphore du détour débouche sur la déception de l’homme de ne pouvoir atteindre cet idéal : le détour, dans sa définition négative, est donc une résistance au monde, à la nécessité, au rationnel, à la marche même de l’Histoire.

    Que le Romantisme se soit emparé du rêve, de l’irréel, du fantastique, du macabre, du satanique est éclairant : le détour n’existe que dans une configuration de paternité avec la mort sociale et l’affirmation d’une trans-descendance, complémentaire à l’impossible quête de l’élévation et de la trans-ascendance. On pourrait évoquer ici ce manifeste surréaliste avant la lettre qu’ont été les Chants de Maldoror. Publiée à titre posthume en 1920, l’œuvre sulfureuse de Lautréamont incarne l’écart et le détour poussé à leur paroxysme :

    « Moi, comme les chiens, j’éprouve le besoin de l’infini… Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin ! Je suis fils de l’homme et de la femme, d’après ce qu’on m’a dit. Ça m’étonne… je croyais être davantage ! Au reste, que m’importe d’où je viens ? Moi, si cela avait pu dépendre de ma volonté, j’aurais voulu être plutôt le fils de la femelle du requin, dont la faim est amie des tempêtes, et du tigre, à la cruauté reconnue : je ne serais pas si méchant. Vous, qui me regardez, éloignez-vous de moi, car mon haleine exhale un souffle empoisonné. Nul n’a encore vu les rides vertes de mon front ; ni les os en saillie de ma figure maigre, pareils aux arêtes de quelque grand poisson, ou aux rochers couvrant les rivages de la mer, ou aux abruptes montagnes alpestres, que je parcourus souvent, quand j’avais sur ma tête des cheveux d’une autre couleur. Et, quand je rôde autour des habitations des hommes, pendant les nuits orageuses, les yeux ardents, les cheveux flagellés par le vent des tempêtes, isolé comme une pierre au milieu du chemin, je couvre ma face flétrie, avec un morceau de velours, noir comme la suie qui remplit l’intérieur des cheminées : il ne faut pas que les yeux soient témoins de la laideur que l’Être suprême, avec un sourire de haine puissante, a mise sur moi. Chaque matin, quand le soleil se lève pour les autres, en répandant la joie et la chaleur salutaires dans toute la nature, tandis qu’aucun de mes traits ne bouge, en regardant fixement l’espace plein de ténèbres, accroupi vers le fond de ma caverne aimée, dans un désespoir qui m’enivre comme le vin, je meurtris de mes puissantes mains ma poitrine en lambeaux. »

    L’extrait est saisissant : il y a d’une part dans le personnage de Maldoror l’incandescence de la transgression faite de déchirement et de conflit intérieur, et d’autre part la recherche d’un ailleurs vécu comme échappatoire et libération. Le thème du détour se repère dans le texte par la décadence, le désordre, la déviation morale, la provocation qu’il instaure dans la norme. Même le langage se désolidarise de la syntaxe pour la détourner contre elle-même : en s’écartant volontairement du sens commun, le poème donne en effet l’impression d’une discontinuité sémantique empreinte de dérision et de violence : brisée, la trame de l’écriture est celle d’un poète marginal pour qui le détour se vit comme volonté de se perdre pour mieux se retrouver, fût-ce dans la mort. Détour de conduite, renversement esthétique, détours verbaux sont ici vécus comme nihilisme convulsif, vertige du néant et de l’inhumain.

    Il faut ici concevoir le détour comme détournement du référentiel, du semblant, du « jeu des rôles », du simulacre social, du « faire voir » qui gouvernent la « Comédie humaine »… Il pourrait être intéressant en effet de mettre en relation les deux thèmes proposés à la session 2009.

    Bruno Rigolt, février 2009 (Lycée en Forêt, Montargis)

    Culture générale BTS « Thème 2 » : Romantisme et détour

    bts2009.1232872062.jpgLa crise des valeurs européennes à la fin du dix-huitième siècle donnera naissance au Romantisme. Cette véritable « école du désenchantement » selon l’expression de Paul Bénichou n’est rien d’autre qu’un immense détour, indissociable d’une transgression de l’institution littéraire, artistique et sociale. L’idée de cette étude est de montrer, à travers quelques exemples représentatifs, de quelle façon le Romantisme permet de mieux appréhender le concept de détour.

    Romantisme et Détour

    (Rousseau, Friedrich, Baudelaire, Lautréamont)

    Les « Rêveries » de Rousseau

    Publiées à titre posthume en 1782, les Rêveries du Promeneur solitaire de Rousseau me paraissent très représentatives de ce refus du référentiel, rps.1233770976.jpgqui marquera tout le Romantisme européen, et particulièrement français au dix-neuvième siècle. De fait, on peut considérer qu’en se laissant aller complaisamment au lyrisme, à l’évocation de la nature (qui participe d’ailleurs grandement à cette expression du sentiment), à la fusion du passé et du présent, les Rêveries instituent un rapport différent au temps et à l’espace. Regardez ce passage, à juste titre célèbre, de la « Cinquième Promenade » : la rhétorique émotive du style de Rousseau, fait d’indétermination et d’attente, reconstitue la modulation de la rêverie à travers une synesthésie de perceptions visuelles ou auditives qui n’ont d’autre but, en renvoyant à l’idée d’un « texte-promenade« , que d’instituer le détour et la digression dans le référentiel.

    « Quand le soir approchait je descendais des cimes de l’île et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac sur la grève dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse aperçu. Le flux et reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser. »

    L’évocation du bonheur dans l’île Saint-Pierre récuse donc la norme référentielle en privilégiant le détour comme métaphore spatiale autour de laquelle l’auteur construit son « excursio » : course au-dehors, mais aussi incursion dans le moi profond. La phrase préromantique de l’auteur des Confessions tente ainsi d’analyser rétrospectivement la digression (spatiale, temporelle) comme un mode nouveau d’unité et de cohésion du moi. De fait, aux fluctuations temporelles, fortement liées au clapotis de l’eau, vient s’ajouter la mise en place d’un rapport subjectif au réel qui le détourne bien de sa fonction référentielle.

    Le Romantisme comme poétique du détour

    On comprend pourquoi la description de la nature chez Rousseau, comme plus tard chez de nombreux Romantiques, ne se sépare jamais d’une réflexion sur l’intériorité, le détour dans l’imaginaire et le refus social, qui s’épanouira dans le « culte du moi » et la volonté de trouver dans une nature fusionnelle et l’exil vers l’ailleurs une réponse au vide existentiel. Toute conscience à l’écoute d’elle-même ne peut s’envisager en effet qu’en termes de contournement et de rupture identitaire. À cet égard, la définition du Romantisme, telle qu’on la trouve par exemple dans l’encyclopédie en ligne Wikipedia, met à juste titre l’accent sur la volonté de discontinuité et de rupture qui caractérise « les extases et les tourments » du Romantisme. « Il est ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant l’évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l’exotisme et le passé. Idéal ou cauchemar d’une sensibilité passionnée et mélancolique »…

    Autant d’expressions qu’on peut rapprocher de la définition du détour : tout détour instaure en effet une déviation, une rupture par rapport à la voie directe, une mise en question. Comme on l’a vu, on ne peut comprendre le Romantisme que dans le cadre d’une remise en cause du rationalisme des siècles précédents.friedrich.1233772457.jpg C’est cette tension qui fera d’ailleurs éclater l’unité du discours et de la pensée en  introduisant les contre-modèles : le détour vers le passé, la nostalgie des mythes anciens, etc. Regardez ces deux tableaux du peintre allemand Friedrich : ils établissent parfaitement le lien entre la représentation de la nature et l’expression de l’intériorité. On peut ici faire remarquer combien le concept de détour est à mettre en relation avec une esthétique du chaos et du retour en arrière qui amène évidemment à des questions d’ordre existentiel : Le tableau « L’abbaye dans un bois » peint en 1809, envisage le détour comme message existentiel dans la mesure où il privilégie le symbolique, le mystérieux, le secret et donc l’émergence d’un sentiment mystique de fusion avec le morbide, symptôme de ce qu’on appellera le mal du siècle, et l’appel voué à l’échec de l’idéal. On peut ainsi remarquer combien, à travers la thématique du détour, se lisent les métaphores du dépassement du temporel, de l’élévation mystique et de l’envol vers la mort.

    friedrich1.1233772562.jpgDétour, marginalité, transgression

    Il n’est donc pas étonnant que la thématique du détour renvoie symboliquement à un certain rejet social. Prenons par exemple le « Voyageur contemplant une mer de nuages » de Friedrich (1818) : le personnage représenté ici de dos, évoque une volonté de rupture avec le monde qu’il contemple, selon un point de vue très distancié. Le voyageur en effet regarde le monde, mais « de haut », à la manière d’un exclu qui savourerait son anticonformisme. Tout semble ici métaphore : le refus social, le dandysme propres au personnage romantique semblent privilégier une « métaphysique du paraître » qui instaure le détour comme règle.

    Les poèmes de Baudelaire « l’Étranger » ou « l’Albatros », archi connus, mériteraient d’être rappelés ici :

    L’Étranger
    Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
    – Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
    – Tes amis ?
    – Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est restée jusqu’à ce jour inconnu.
    – Ta patrie ?
    – J’ignore sous quelle latitude elle est située.
    – La beauté ?
    – Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
    – L’or ?
    – Je le hais comme vous haïssez Dieu.
    – Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
    – J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !
    L’Albatros
    Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
    Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
    Le navire glissant sur les gouffres amers.
    A peine les ont-ils déposés sur les planches,
    Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
    Comme des avirons traîner à côté d’eux.
    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
    Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid!
    L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
    L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait!
    Le Poète est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l’archer;
    Exilé sur le sol au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

    Comme on le voit, la signification allégorique des deux textes implique transgression, provocation, asocialité. S’ils se fondent sur une réflexion quant à la condition malheureuse du « poète maudit » dans la société, ces deux poèmes renvoient plus fondamentalement à la conscience exacerbée de l’altérité, si fortement imprégnée du refus de tout lien et du désir de fuite. Baudelaire met en effet en relief ces notions d’exil, et d’anti-modèle, qui caractérisent explicitement le Romantisme. En ce sens, si elle participe à l’élévation spirituelle, la métaphore du détour débouche sur la déception de l’homme de ne pouvoir atteindre cet idéal : le détour, dans sa définition négative, est donc une résistance au monde, à la nécessité, au rationnel, à la marche même de l’Histoire.

    Que le Romantisme se soit emparé du rêve, de l’irréel, du fantastique, du macabre, du satanique est éclairant : le détour n’existe que dans une configuration de paternité avec la mort sociale et l’affirmation d’une trans-descendance, complémentaire à l’impossible quête de l’élévation et de la trans-ascendance. On pourrait évoquer ici ce manifeste surréaliste avant la lettre qu’ont été les Chants de Maldoror. Publiée à titre posthume en 1920, l’œuvre sulfureuse de Lautréamont incarne l’écart et le détour poussé à leur paroxysme :

    « Moi, comme les chiens, j’éprouve le besoin de l’infini… Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin ! Je suis fils de l’homme et de la femme, d’après ce qu’on m’a dit. Ça m’étonne… je croyais être davantage ! Au reste, que m’importe d’où je viens ? Moi, si cela avait pu dépendre de ma volonté, j’aurais voulu être plutôt le fils de la femelle du requin, dont la faim est amie des tempêtes, et du tigre, à la cruauté reconnue : je ne serais pas si méchant. Vous, qui me regardez, éloignez-vous de moi, car mon haleine exhale un souffle empoisonné. Nul n’a encore vu les rides vertes de mon front ; ni les os en saillie de ma figure maigre, pareils aux arêtes de quelque grand poisson, ou aux rochers couvrant les rivages de la mer, ou aux abruptes montagnes alpestres, que je parcourus souvent, quand j’avais sur ma tête des cheveux d’une autre couleur. Et, quand je rôde autour des habitations des hommes, pendant les nuits orageuses, les yeux ardents, les cheveux flagellés par le vent des tempêtes, isolé comme une pierre au milieu du chemin, je couvre ma face flétrie, avec un morceau de velours, noir comme la suie qui remplit l’intérieur des cheminées : il ne faut pas que les yeux soient témoins de la laideur que l’Être suprême, avec un sourire de haine puissante, a mise sur moi. Chaque matin, quand le soleil se lève pour les autres, en répandant la joie et la chaleur salutaires dans toute la nature, tandis qu’aucun de mes traits ne bouge, en regardant fixement l’espace plein de ténèbres, accroupi vers le fond de ma caverne aimée, dans un désespoir qui m’enivre comme le vin, je meurtris de mes puissantes mains ma poitrine en lambeaux. »

    L’extrait est saisissant : il y a d’une part dans le personnage de Maldoror l’incandescence de la transgression faite de déchirement et de conflit intérieur, et d’autre part la recherche d’un ailleurs vécu comme échappatoire et libération. Le thème du détour se repère dans le texte par la décadence, le désordre, la déviation morale, la provocation qu’il instaure dans la norme. Même le langage se désolidarise de la syntaxe pour la détourner contre elle-même : en s’écartant volontairement du sens commun, le poème donne en effet l’impression d’une discontinuité sémantique empreinte de dérision et de violence : brisée, la trame de l’écriture est celle d’un poète marginal pour qui le détour se vit comme volonté de se perdre pour mieux se retrouver, fût-ce dans la mort. Détour de conduite, renversement esthétique, détours verbaux sont ici vécus comme nihilisme convulsif, vertige du néant et de l’inhumain.

    Il faut ici concevoir le détour comme détournement du référentiel, du semblant, du « jeu des rôles », du simulacre social, du « faire voir » qui gouvernent la « Comédie humaine »… Il pourrait être intéressant en effet de mettre en relation les deux thèmes proposés à la session 2009.

    Bruno Rigolt, février 2009 (Lycée en Forêt, Montargis)

    Concours d'expression orale… Entraînement n°4

    À l’approche de l’épreuve, il ne faut surtout plus vous entraîner sur tel ou tel sujet… Mais vous préparer psychologiquement en révisant la matière la plus importante… VOUS !
    Voici 10 conseils de dernière minute :

    1. D’abord, remettez-vous en mémoire les conseils formulés dans les articles précédents.
    2. Restez « cool » : contrairement aux idées reçues, ce n’est pas en stressant que vous réussirez mieux, bien au contraire !
    3. Choisissez avec soin votre sujet. Attention aux thèmes qui vous paraissent « faciles » : on a tendance souvent à les choisir car ils paraissent proches de nos préoccupations. Or, on n’a pas forcément grand chose à dire sur un thème qui nous plaît… Donc soyez vigilants! Un sujet qui semble ardu au départ est parfois plus facile à traiter qu’il n’y paraît!
    4. Dès que vous avez choisi votre sujet, identifiez précisément le Thème, la Problématique, les Limites du sujet (il ne faut pas vous en écarter) ainsi que les Consignes qui vous sont demandées. Rappelez-vous ces quatre lettres pendant que vous préparez : TPLC (Thème, Problématique, Limites, Consigne).
    5. Soyez psychologue : essayez de Poursuivre la lecture de « Concours d'expression orale… Entraînement n°4 »

    Concours d’expression orale… Entraînement n°4

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    J'ai sélectionné au CDI… "Un livre, Un thème"…

    _________________

    Seconde 12 : aide à l’orientation

    C’est en ce moment et c’est à consulter sur le présentoir

    « nouveautés »

    La revue Alternatives Économiques propose un « Hors-Série Pratique » sur l’insertion des jeunes (n°37, janvier 2009) disponible au CDI sous la cote « 37.048.4 INS ».

    Réalisé en partenariat avec le CEREQ (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) et l’ONISEP, ce guide aborde les formations (professionnelle, génalternativeseco.1233595291.jpgérale et technologique) ainsi que les débouchés filière par filière (CAP, Bac Pro, Bac général et technologique, BTS et DUT, licences pro, Bac +4, Masters, écoles de commerce, etc.). Quelques familles de métiers sont ensuite analysées (brièvement, c’est juste une approche) selon les profils les plus recherchés. Suivent enfin quelques exposés et entretiens sur les formations, les diplômes qualifiants, le marché du travail et ses évolutions…

    Je conseille aux élèves de Seconde 12 de parcourir ce numéro spécial, rempli de conseils pratiques : les auteurs rappellent en particulier que si une poursuite d’étude semble évidemment nécessaire (le chômage concerne prioritairement les jeunes les moins diplômés), il devient cependant impératif de bien cibler en matière d’orientation, surtout face à la dégradation du marché du travail.

    Pour voir en ligne le sommaire de ce numéro spécial, cliquez ici.

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